‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 363 sur 392 · Voyez la nomenclature de la page · texte numérisé non relu

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ADDITIONS

« récompensée par le grand nombre de choses rares qu’il a vues, et d’ani- « maux dont il a rapporté les dépouilles.

« Dès qu’il eut vu le dessin dont je viens de parler, il m’apprit qu’il ne « représentait point un animal chimérique, mais un véritable animal dont « la race était très-nombreuse en Afrique. Il en avait tué plusieurs, et il « avait apporté la dépouille de deux têtes; il m’en a donné une que j’ai « placée au Cabinet de notre Académie.

« Dans le même temps on envoya du Cap un de ces animaux vivants à la « ménagerie du prince d’Orange, où il est actuellement et se porte très-bien .

« Il est étonnant qu’un animal aussi gros et aussi singulier que celui-ci, « et qui vraisemblablement se trouve dans les lieux où les Européens ont « pénétré, ait été inconnu jusqu’à présent, ou qu’il ait été décrit si imparte faitement qu’il a été impossible de s’en former aucune idée. Il embarras- « sera assurément les nomenclateurs qui voudront le ranger sous quel- « ques-unes des classes auxquelles ils rapportent les différents quadrupèdes. « Il tient beaucoup du cheval, du taureau et du cerf sans être aucun de ces « trois animaux’. On ne manquera pas de lui donner un nom composé « propre à indiquer la ressemblance qu’il a avec eux.

« Les Hottentots le nomment gnou, et je crois devoir adopter cette dénote mination, en observant que le g ne doit pas être prononcé avec cette tt fermeté qu’il a quand il commence un mot, mais qu’il ne doit servir qu’à tt rendre grasse l’articulation de \'n qui le suit, comme il fait au milieu des tt mots dans seigneur, par exemple, campagne, et d’autres. C’est à M. Gort( don que je dois la connaissance de ce nom.

tt Cet animal est à peu près de la grandeur d’un âne; sa hauteur est de tt trois pieds et demi ; tout son corps, à l’exception des endroits que j’inditt querai dans la suite, est couvert d’un poil court comme celui du cerf, de tt couleur fauve, mais dont la pointe est blanchâtre, ce qui lui donne une tt légère teinte de gris blanc ; sa tête est grosse et ressemble fort à celle du tt bœuf; tout le devant est garni de longs poils noirs qui s’étendent justt qu’au-dessous des yeux, et qui contrastent singulièrement avec des poils tt de la même longueur, mais fort blancs, qui lui forment une barbe à la tt lèvre inférieure; ses yeux sont noirs et bien fendus; les paupières sont tt garnies de cils formés par de longs poils blancs, parallèles à la peau, et tt qui font une espèce d’étoile, au milieu de laquelle est l’œil ; au-dessus tt sont placés, en guise de sourcils, d’autres poils de la même couleur et « très-longs ; au haut du front sont deux cornes noires, dont la longueur tt mesurée, suivant l’axe, est de dix-neuf pouces ; leurs bases, qui ont près, tt de dix-sept pouces de circonférence, se touchent et sont appliquées au tt front dans une étendue de six pouces; ensuite elles se courbent vers le

Voyez la nomeaclature de la page C22.

LE GNOU

« haut et se terminent en une pointe perpendiculaire et longue de sept « pouces ; entre les cornes prend naissance une crinière épaisse qui s’étend « tout le long de la partie supérieure du cou jusqu’au dos; elle est formée « par des poils raides, tous exactement de la même longueur, qui est de a trois pouces; la partie inférieure en est blanchâtre à peu près jusqu’aux « deux tiers de leur hauteur, et l’autre tiers en est noir; derrière les cornes « sont les oreilles couvertes de poils noirâtres et fort courts; le dos est uni, « et la croupe ressemble à celle d’un jeune poulain ; la queue est compo- « sée, comme celle du cheval, de longs crins blancs; sous le poitrail il y a « une suite de longs poils noirs qui s’étend depuis les jambes antérieures le « long du cou et de la partie inférieure de la tête jusqu’à la barbe blanche « de la lèvre de dessous; les jambes sont semblables et d’une finesse égale cc à celle du cerf, ou plutôt de la biche; le pied est fourchu comme celui de « ce dernier animal ; les sabots en sont noirs, unis et surmontés en arrière « d’un seul ergot placé assez haut.

« Le gnou n’a point de dents incisives à la mâchoire supérieure, mais il « en a huit à l’inférieure; ainsi je ne doute pas qu’il ne rumine S quoique je «n’aie pas pu m’en assurer par mes propres yeux, non plus que par le « témoignage de l’homme qui a soin de celui du prince d’Orange.

« Sans avoir l’air extrêmement féroce, il indique cependant qu’il n’aime- « rait pas qu’on s’approchât de lui. Lorsque j’essayais de le toucher à « travers les barreaux de sa loge, il baissait la tête et faisait des efforts pour « blesser avec ses cornes la main qui voulait le caresser. Jusqu’à présent il « a été enfermé et obligé de se nourrir des végétaux qu’on lui a donnés, et « il paraît qu’ils lui conviennent, car il est fort et vigoureux.

« La race, comme je l’ai remarqué, en est nombreuse et fort répandue « dans l’Afrique. Si mes conjectures sont fondées, je suis fort porté à croire « que ce n’est pas seulement aux environs du cap de Bonne-Espérance qu’il « habite, mais qu’il se trouve aussi en Abyssinie.

« Dans la quatrième Dissertation sur la côte orientale d’Afrique , depuis « Mélinde jusqu au détroit de Bah-el-Mandel'^, ajoutée aux Voyages de Lobo, « on lit ce passage : « Il y a encore dans l’Éthiopie des chevaux sauvages « qui ont les crins et la tête comme nos chevaux et hennissent de même, « mais ils ont deux petites cornes toutes droites, et les pieds fourchus comme « ceux du bœuf; les Cafres appellent ces animaux empophos. »

« Cette description, tout imparfaite et fautive qu’elle est, comme la plu- « part de celles que Lobo nous a données , paraît convenir à notre gnou : « quel autre animal connu y a-t-il qui ressemble à un cheval avec des « cornes et des pieds fendus? La ressemblance serait plus grande encore si

a. Voyage d’Abyssinie, par le R. P. Loto. Amsterdam, 1728 , t. I, page 292.

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