Voyez la note 1 de la page 289 du Illc volume
LE GNOU
et L’hippélaphe , suivant Aristote, se trouve dans le pays des Arachotas, « qui est situé entre la Perse et l’Inde, et par là même voisin de la patrie a du gnou. Il a une crinière qui s’étend depuis la tête jusque au-dessus des « épaules, et qui n’est pas grande. Aristote la compare à celle du pardion, « ou comme l’écrit Gaza, de Vipparaion, qui est vraisemblablement la « girafe, laquelle a effectivement une crinière plus approchante de celle « du gnou, qu’aucun autre animal sauvage. Diodore de Sicile dit qu’il « se trouve en Arabie et qu’il est du nombre de ces animaux qui parti- « cipent à deux formes différentes; if est vrai qu’il parle du tragélaphe; « mais comme je viens de le remarquer, d’après M. de Buffon, c’est le « même animal que Vhippélaphe. On trouvera dans la note le passage de « Diodore tel qu’il a été rendu par li/todomanus, et qui mérite d’être « cité. Enfin, pour dernier trait de ressemblance, l’hippélapbe a une espèce « de barbe sous le gosier, les pieds fourchus et à peu près de la grandeur « du cerf; tout cela se trouve aussi bien dans le gnou que dans le cerf des « Ardennes; mais ce qui décide la question en faveur du sentiment de « M. de Buffon, c’est que, si Aristote a été bien instruit, l’hippélaphe a « des cornes comme le chevreuil, et que sa femelle n’en a point, ce qui ne « convient pas à notre animal.
« Mais qu’il ait été connu ou non, j’ai toujours été autorisé à dire « qu’il avait été décrit si imparfaitement qu’on ne pouvait s’en former « aucune idée. Il constitue une espèce très-singulière, qui réunit en soi « la force de la tête et des cornes du taureau, la légèreté et le pe- « lage du cerf, et la beauté de la crinière, du corps et de la queue du « cheval.
« Avec le temps, ne parviendra-t-on point à connaître aussi la licorne, « qu’on dit habiter les mêmes contrées, que la plupart des auteurs regardent « comme un animal fabuleux, tandis que d’autres assurent en avoir vu , et « même en avoir pris des jeunes ? »
Je n’ai rien à ajouter ni à retrancher à cette bonne description , ni aux très-judicieuses réflexions du savant M. Allemand; et je dois même avertir, pour l’instruction de mes lecteurs et pour la plus exacte connaissance de cet animal gnou, que le dessin qu’il a fait graver dans l’édition de Hollande de mon ouvrage , et que je donne planche ix, me paraît plus conforme à la nature que celui de ma planche viii* ; les cornes surtout me semblent être mal représentées dans celle-ci, et l’espèce de ceinture de poil que l’animal porte autour du museau me paraît factice; en sorte que l’on doit avoir
a. « Quiiietiam tragelapLi et buhali, pluraque duplicis formæ animalia, ex diversissimis « videlicet naturis contemperata , illic (in Arabia) procreantur. Quorum singularis descriptio « longam sibi moram posceret. » Diodori Siculi Bibliothecæ historicæ libri qui supersunt. Amstelodami, 1746, t. I, p. 163.
1 - C’est plutôt le contraire. Voyez la note 1 de la page 625.
ADDITIONS
plus de confiance à la figure donnée par M. Allemand qu’à celle-ci, et c’est par celte raison que je l’ai fait copier et graver.
DU NIL-GAUT
Cet animal est celui que plusieurs voyageurs ont appelé bœuf gris du Mogol, quoiqu’il soit connu sous le nom de nil-gaut dans plusieurs endroits de l’Inde. Nous avons vu vivants le mâle et la femelle dans le parc du château royal de la Muette, où on les nourrit encore aujourd’hui (juin 1774) et où on les laisse en pleine liberté : nous les avons fait dessiner tous deux d’après nature *.
Quoique le nil-gaut tienne du cerf par le cou et la tête, et du bœuf par les cornes et la queue, il est néanmoins plus éloigné de l’un et de l’autre de ces genres que de celui des gazelles ou des grandes chèvres. Les climats chauds de l’Asie et ceux de l’Afrique sont ceux où les grandes espèces des gazelles et des chèvres sont plus multipliées : on trouve dans les mêmes lieux, ou à peu de distance les uns des autres, le condoma, le bubale, le koba et le nil-gaut, dont il est ici question. L’espèce de barbe qu’il a sous le cou et le poitrail, la disposition de son pied et de ses sabots, plusieurs autres rapports de conformation avec les grandes chèvres , le rapprochent de cette famille plus que de celle des cerfs ou de celle des bœufs J et dans les animaux d’Europe, c’est au chamois qu’on pourrait le comparer plutôt qu’à tout autre animal; mais dans la réalité le nil-gaut est seul de son genre, et d’une espèce particulière qui ne tient au genre du bœuf, du cerf, de la chèvre, de la gazelle et du chamois, que par quelques caractères ou rapports particuliers; il a, comme tous ces animaux, la faculté de ruminer; il court de mauvaise grâce, et plus mal que le cerf, quoiqu’il ait la tête et l’encolure aussi légères; mais ses jambes sont plus massives et plus inégales en hauteur, celles de derrière étant considérablement plus courtes que celles de devant; il porte la queue horizontalement en courant, et la tient basse et entre les jambes lorsqu’il est en repos; le mâle a des cornes et la femelle n’en a point, ce qui le rapproche encore du genre des chèvres, dans lequel d’ordinaire la femelle n’a point de cornes : celles du nil-gaut sont creuses et ne tombent pas comme le bois des cerfs, des daims et des chevreuils, caractère qui le sépare absolument de ce genre d’animaux. Comme il vient d’un pays où la chaleur est plus grande que dans notre climat, il sera peut-être difficile de le multiplier ici ; ce serait
* Antilope pict'a et Irago-camelus (Gmel.). — Le nylgau (Cuv.). — Le taureau-cerf des Indes.
1. Planches x et xi du VI® volume des Suppléments de l’éditiou in-4® de l’Imprimerie royale.
DU NIL-GAUT
néanmoins une bonne acquisition à faire, parce que cet animal, quoique vif et vagabond comme les chèvres, est assez doux pour se laisser régir, et qu’il donnerait comme elles de la chair mangeable, du bon suif et des peaux plus épaisses et plus fermes. La femelle est actuellement plus brune que le mâle et paraît plus jeune, mais elle deviendra peut-être de la même couleur grise avec l’âge.
Voici le détail de la description que j’ai faite de ces deux animaux avec M. de Sève, qui les a dessinés. Le mâle était de la grandeur d’un cerf de taille moyenne; les cornes n’avaient que six pouces de longueur sur deux pouces neuf lignes de grosseur à la base; il n’y avait point de dents incisives à la mâchoire supérieure; celles de la mâchoire inférieure étaient larges et peu longues; il y a un espace vide entre elles et les mâchelières; le train de derrière, dans le mâle, est plus bas que celui de devant, et l’on voit une espèce de bosse ou d’élévation sur les épaules, et cet endroit est garni d’une petite crinière qui prend du sommet de la tête et finit au milieu du dos; sur la poitrine se trouve une touffe de longs poils noirs; le pelage de tout le corps est d’un gris d’ardoise, mais la tête est garnie d’un poil plus fauve, mêlé de grisâtre, et le tour des yeux d’un poil fauve clair, avec une petite tache blanche à l’angle de chaque œil ; le dessus du nez est brun ; les naseaux sont noirs, avec une bande blanche à côté; les oreilles sont fort grandes et larges, rayées de trois bandes noires vers leurs extrémités; la face extérieure de l’oreille est d’un gris roussâtre, avec une tache blanche à l’extrémité; le sommet de la tête est garni d’un poil noir, mêlé de brun, qui forme sur le haut du front une espèce de fer à cheval; il y a sous le cou, près de la gorge, une grande tache blanche; le ventre est gris d’ardoise comme le corps; les jambes de devant et les cuisses sont noires sur la face extérieure, et d’un gris plus foncé que celui du corps sur la face intérieure; le pied est court, et ressemble à celui du cerf; les sabots en sont noirs; il y a sur la face externe des pieds de devant une tache blanche, et sur l’interne deux autres taches de même couleur ; les jambes de derrière sont beaucoup plus fortes que celles de devant, elles sont couvertes de poils noirâtres, avec deux grandes taches blanches sur les pieds, tant en dehors qu’en dedans, et plus bas il y a de grands poils châtains qui forment une touffe frisée; la queue est d’un gris d’ardoise vers le milieu, et blanche sur les côtés ; elle est terminée par une touffe de grands poils noirs ; le dessous est en peau nue; les poils blancs des côtés de la queue sont fort longs, et ne sont point couchés sur la peau comme ceux des autres parties du corps; ils s’étendent au contraire en ligne droite de chaque côté; le fourreau de la verge est peu apparent, et l’on a observé que le jet de l’urine est fort petit dans le mâle.
Il y a à l’École vétérinaire une peau bourrée d’un de ces animaux, qui diffère de celui qu’on vient de décrire, par la couleur du poil, qui est beau-
coup plus brune, et par les cornes, qui sont plus grosses à leur base, et cependant moins grandes, n’ayant que quatre pouces et demi de longueur.
La femelle du nil-gaut qui était au parc de la Muette vient de mourir au mois d’octobre 1774; elle était bien plus petite que le mâle, et en même temps plus svelte et plus haute sur ses jambes; sa couleur était roussâtre, mélangée d’un poil fauve pâle et de poils d’un brun roux, au lieu que le pelage du mâle était en général de couleur ardoisée. La plus grande dilFérence qu’il y eût entre cette femelle et son mâle était dans le train de derrière, qu’elle avait plus élevé que celui de devant, tandis que c’est le contraire dans le mâle ; et cette différence pourrait bien n’être qu’individuelle et ne se pas trouver dans l’espèce entière ; au reste, ce mâle et cette femelle se ressemblaient par tous les autres caractères extérieurs et même par les taches; ils paraissaient avoir un grand attachement l’un pour l’autre, ils se léchaient souvent , et quoiqu’ils fussent en pleine liberté dans le parc , ils ne se séparaient que rarement, et ne se quittaient jamais pour longtemps.
M. William Hunter, docteur en médecine, membre de la Société de Londres, a donné dans les Transactions philosophiques (volume LXl, pour l’année 1771, page 170 ) , un Mémoire sur le nil-gaut, avec une assez bonne figure. M. le Roy, de l’Académie des Sciences de Paris, en ayant fait la traduction avec soin, j’ai cru faire plaisir aux amateurs de l’histoire naturelle de la joindre ici , d’autant que M. Hunter a observé cet animal de beaucoup plus près que je n’ai pu le faire.
(c On doit compter, dit M. Hunter, au nombre des richesses qui nous ont « été apportées des Indes dans ces derniers temps, un bel animal appelé « le mjl-ghau : il est fort à souhaiter qu’il se propage en Angleterre, de ma- « nière à devenir un de nos animaux les plus utiles, ou au moins un de « ceux qui parent le plus nos campagnes; il est plus grand qu’aucun des « ruminants de ce pays-ci, excepté le bœuf; il y a tout lieu de croire qu’on « en trouvera la chair excellente ; et, s’il peut être assez apprivoisé pour (c s’accoutumer au travail, il y a toute apparence que sa force et sa grande « vitesse pourront être employées avantageusement.
« Les représentations exactes des animaux par la peinture en donnent « des idées beaucoup plus justes que de simples descriptions. Quiconque « jettera'les yeux sur le portrait qui a été fait sous mes yeux par M. Stublo, « cet excellent peintre d’animaux, ne sera jamais embarrassé de reconnaître « le nyl-ghau partout où il pourra le rencontrer. Quoi qu’il en soit, je vais « tenter la description de cet animal, en y joignant ensuite tout ce que j’ai « pu apprendre de son histoire. Ce détail ne sera pas très-exact, mais les « naturalistes auront une sorte de plaisir en apprenant au moins quelque « chose de ce qui regarde ce grand et bel animal, dont jusqu’ici nous n’a- « vioiis ni descriptions ni peintures.
DU NIL-GAUT
« Le nyl-ghau mâle me frappa à la première vue, comme étant d’une « nature moyenne entre le taureau et le cerf, à peu près comme nous sup- « poserions que serait un animal qui serait le produit de ces deux espèces « d’animaux ; car il est d’autant plus petit que l’un, qu’il est plus grand que cc l’autre, et on trouve dans ses formes un grand mélange de ressemblance « à tous les deux; son corps, ses cornes et sa queue ressemblent assez à « ceux du taureau, et sa tête, son cou et ses jambes approchent beaucoup « de celles du cerf.
« Sa couleur. La couleur est en général cendrée ou grise, d’après le « mélange des poils noirs et blancs; la plupart de ces poils sont à moitié « noirs et à moitié blancs; la partie blanche se trouve du côté delà racine; « la couleur de ses jambes est plus foncée que celle du corps : on en peut « dire de même de la tête, avec cette singularité que cette couleur plus c( foncée n’y est pas générale , mais seulement dans quelques parties qui « sont presque toutes noires; dans quelques autres endroits, dont nous « parlerons plus bas, le poil est d’une belle couleur blanche.
a. Le tronc. La hauteur de son dos, où il y a une légère éminence « au-dessus de l’omoplate , est de quatre pieds un pouce (anglais), et à k « partie la plus élevée immédiatement derrière les reins, cette hauteur « n’est que de quatre pieds; la longueur du tronc en général, vu de profil « depuis la racine du cou jusqu’à l’origine de la queue, est d’enviroa « quatre pieds , ce qui est à peu près la hauteur de l’animal ; de façon que « vu de profil, et lorsque ses jambes sont parallèles, son dos et ses membres « forment les trois côtés d’un carré, dont le terrain sur lequel il est place « fait le quatrième. Il a quatre pieds dix pouces de circonférence immédiate tement derrière les épaules , et quelque chose do plus au-devant des « jambes de derrière; mais cette dernière dimension doit varier beaucoup, « comme on l’imagine bien, selon que l’animal a le corps plus ou moins « plein de nourriture.
« Son poil. Le poil sur le corps est en général plus rare, plus fort et plu? « raide que celui du bœuf; sous le ventre et aux parties supérieures de ses « muscles , il est plus long et plus doux que sur les côtés et sur le dos; tout « le long du cou et de l’épine du dos, jusqu’à la partie postérieure de l’élé- « vation qui est au-dessus des omoplates, le poil est plus noir, plus long et « plus redressé, formant une espèce de courte crinière rare et élevée; les « régions ombilicale et hypogastrique du ventre , l’intérieur des cuisses, « et toutes les parties qui sont recouvertes par la queue, sont blanches; te « prépuce n’est point marqué par une touffe de poils , et ce prépuce ne « saille que très-peu.
« Les testicules. Les testicules sont oblongs et pendants comme dans te « taureau; la queue descend jusqu’à deux pouces au-dessus de l’os du « talon; l’extrémité en est ornée de longs poils noirs ainsi que de quelques
ADDITIONS
« poils blancs, parUculièrement du côté de l’intérieur; la queue, sur cette « face intérieure , n’est point garnie de poils, excepté, comme on vient de le « dire, vers son extrémité ; mais à droite et à gauche il y a une bordure de « longs poils blancs.
« Les jambes. Les jambes sont minces en proportion de leur longueur, « non pas autant que celles de notre cerf, mais plus que celles de nos tau- « reaux; les jambes de devant ont un peu plus de deux pieds sept pouces « de long; il y a une tache blanche sur la partie de devant de chaque pied, « presque immédiatement au-dessus de chaque sahot , et une autre tache « blanche plus petite au-devant du canon , et au-dessus de chacune il y a « une touffe remarquable de longs poils blancs, qui tourne autour en forme « de boucles pendantes; les sabots des jambes de devant paraissent être « d’une longueur trop grande : cette singularité était fort remarquable dans « chacun des cinq nyl-ghaux que j’ai vus; cependant on conjecture que « cela venait d’avoir été renfermés , et en l’examinant dans l’animal mort , « la conjecture s’est trouvée fondée.
« Le cou. Le cou est long et mince comme dans le cerf; il y a à la gorge <c une belle tache de poils blancs de la forme d’un bouclier; et plus bas, au « commencement de l’arrondissement du cou , il y a une touffe de longs « poils noirs en forme de barbe.
« La tête. La tête est longue et mince; sa longueur, depuis les cornes «jusqu’à l’extrémité du nez, est d’environ un pied deux pouces trois « quarts; la cloison qui sépare les narines avait été percée pour y passer « une corde ou une bride, selon la manière des Orientaux d’attacher et de « mener le bétail.
« La bouche. La fente de la bouche est longue, et la mâchoire inférieure « est blanche; dans toute l’étendue de cette fente la mâchoire supérieure « n’est blanche qu’aux narines.
« Les dents. II y a six dents molaires de chaque côté des mâchoires, et « huit incisives à la mâchoire inférieure; la première des incisives est fort « large et les autres plus petites, en proportion de ce qu’elles sont placées « plus en avant ou en arrière.
« -Les yeux. Les yeux en général sont d’une couleur foncée, car toute la « partie de la conjonctive qu’on peut voir est de cette couleur; de profil, « la cornée et tout ce qu’on peut voir au travers paraît bleu comme l’acier « bruni; la pupille est ovale et transversalement oblongue, et l’iris est « presque noir.
« I.es oreilles. Les oreilles sont grandes et belles, elles ont plus de sept « pouces de long et s’élargissent considérablement vers leur extrémité; « elles sont blanches à leurs bords et dans l’intérieur, excepté dans l’endroit « où deux bandes noires marquent le creux de l’oreille.
« Les cornes. Les cornes ont sept pouces de long, elles ont six pouces de
DU NIL-GAUT
« tour à leur origine et diminuent par degrés ; elles se terminent en une « pointe mousse; elles ont à leur origine trois faces plates, séparées par « autant d’angles; l’im de ces angles est en devant de la corne, et par con- « séquent Tune des faces en forme le derrière, mais cette forme triangu- « laire diminue peu à peu et se perd vers l’extrémité; il y a sur la base, à « l’origine des cornes , de légers plis ou rides circulaires, dont le nombre « correspond à l’âge de l’animal. La corne, depuis la base jusqu’en haut, est « unie et le bout est d’une couleur fort foncée; ces cornes s’élèvent en haut « et en avant, formant un angle fort obtus, avec le front ou la face; elles « sont légèrement courbées; la concavité en est tournée vers l’intérieur et « un peu en devant; leur intervalle, à leur origine, est de trois pouces un «quart, à leur sommet de six pouces un quart, et dans l’intervalle du « milieu un peu moins de six pouces.
(f. Sa nourriture. Il mange de l’avoine, mais pas avidement, il aime « mieux l’herbe et le foin “; cependant ce qu’il aime encore davantage, « c’est le pain de froment qu’il mange toujours avec délices; quand il est « altéré, il boit jusqu’à huit pintes d’eau.
« Sa fiente. Sa fiente est en forme de petites boules rondes de la grosseur « d’une noix muscade.
« Ses mœurs. Quoiqu’on m’eût rapporté qu’il était extrêmement farouche, « j’ai trouvé , tant que je l’ai eu en ma garde , que c’était dans le fond un « animal très-doux, et qui paraissait aimer qu’on se familiarisât avec lui, « léchant toujours la main de celui qui le flattait ou qui lui présentait « du pain, et n’ayant jamais tenté de se servir de ses armes pour blesser c( qui que ce soit; le sens de l’odorat, dans cet animal, paraît très-fin et « semble le guider dans tous ses mouvements; quand quelque personne «l’approche, il la flaire en faisant un certain bruit; il en faisait autant « quand on lui apportait à boire ou à manger, et il était si facilement « offensé par une odeur extraordinaire, ou si circonspect, qu’il ne voulait « pas goûter le pain que je lui présentais, lorsque ma main avait touché de « l’huile de térébenthine ou quelques liqueurs spiritueuses ^
« Sa manière de se battre est fort singulière ; milord Clive l’a observée sur « deux mâles qui avaient été enfermés dans une petite enceinte , et il me « l’a racontée comme il suit : « Étant encore à une distance considérable
а. « Le général Carnat m’apprend qu’on ne fait pas de foin dans l’Inde, que les chevaux y « sont nourris avec de l’herbe fraîchement coupée , et avec une graine du genre des légumes « qu’on appelle gram. »
б. « Le général Carnat rapporte, dans quelques observations à ce sujet, qu’il a bien voulu « me communiquer, que tous les animaux de l’espèce du cerf ont l’odorat extrêmement fin ; « qu’il a fréquemment observé sur les cerfs apprivoisés, auxquels on donne souvent du pain , « que si on leur présente un morceau qui a été mordu ils n’y toucheront pas ; qu’il a fait la même « observation sur une très-belle chèvre qui l’accompagna dans la plupart de ses campagnes a dans l’Inde, et qni lui fournissait du lait, et qu’en reconnaissance de ses services, il avait « amenée en Angleterre avec lui. »
« l’un de l’autre, ils se préparèrent au combat, en tombant sur leurs « genoux de devant, et s’avancèrent l’un vers l’autre d’un pas assez rapide « en tortillant, toujours agenouillés de cette manière; et quand ils furent « arrivés à quelques pas de distance, ils firent un saut et s’élancèrent l’un c< contre l’autre, »
« Pendant tout le temps que j’en eus deux dans mon écurie, je remarquai « que, toutes les fois qu’on voulait les toucher, ils tombaient sur leurs c( genoux de devant, ce qui leur arrivait même quelquefois lorsque je « m’avançais devant eux; mais comme ils ne s’élancaient jamais contre « moi, j’étais si loin de penser que cette posture annonçait leur colère ou « une disposition au combat que je la regardais au contraire comme une « expression de timidité ou d’une grande douceur, ou même d’humilité
« La femelle. La femelle diffère tellement du mâle, qu’à peine pourrait-on c( les croire de la même espèce; elle est beaucoup plus petite, elle ressemble « par sa forme et par sa couleur jaunâtre à une biche, et n’a point de cornes ; « elle a quatre tettes, et l’on croit qu’elle porte neuf mois ; quelquefois elle « produit deux petits, mais le plus souvent elle n’en fait qu’un. Le nyl- « ghau mâle étant jeune ressemble beaucoup par sa couleur à la femelle, et « par conséquent à un jeune cerf.
« Son espèce. Lorsqu’on nous présente un nouvel animal il est souvent « fort difficile et quelquefois même impossible de déterminer son espèce « uniquement par ses caractères extérieurs; mais lorsque cet animal est « disséqué par un anatomiste habile dans l’anatomie comparée, alors la « question se décide communément avec certitude.
« D’après les caractères extérieurs uniquement, je soupçonnai ou plutôt c( je crus que le nyl-ghau était un animal particulier et d’une espèce dis- « tincte. Quelques-uns de mes amis le prirent pour un cerf, mais je fus con- « vaincu qu’il n’était pas de ce genre, par la permanence de ses cornes, qui « ne tombent pas; d’autres pensèrent que c’était une antilope; mais les « cornes et la grandeur de l’animal me firent croire encore que ce n’en « était pas une; et il avait tant de rapport par sa forme, particulièrement « la femelle, avec le cerf, que je ne pouvais pas le regarder comme du « même genre que le taureau. Dans le temps du rut on mit un de ces mâles a nyl-ghau avec une biche, mais on ne remarqua ni amour, ni même
a. « On peut concevoir l’intrépidité et la force avec laquelle il s’élance contre un objet par « l’anecdote suivante, d’un des plus grands et des plus beaux de ces animaux qu’on ait vus en « Angleterre. Il y a lieu de croire même que le choc qu’il éprouva dans cette occasion fut la « cause de sa mort, qui arriva bientôt après. Un pauvre journalier ne sachant pas que l’animal « était si près de lui , ne croyant pas l’irriter, et ne supposant pas qu’il courût aucun risque , « s’approcha eu dehors des palis où il était renfermé ; le nyl-ghau, avec la vitesse d’un éclair, « s’élança avec tant de force contre ces palis qu’U les brisa en plusieurs morceaux et cassa une « de ses cornes près de l’origine. D’après cette anecdote et des informations plus exactes, je (( fus assuré que cet animal est vicieux et féroce dans le temps du rut, quelque doux et appri- (I voisé qu’il soit dans d’autres temps. »
DU NIL-GAUr.
« aucune attention particulière entre ces deux animaux. Enfin l’un de ces « animaux étant mort, je fus assuré par mon frère, qui l’a disséqué, et qui c( a disséqué presque tous les quadrupèdes connus, que le nyl-ghau est un « animal d’une espèce nouvelle
« Son histoire. Plusieurs de ces animaux mâles et femelles ont été ap~ « portés en Angleterre depuis quelques années; les premiers furent envoyés « de Bombay en présent à milord Clive; ils arrivèrent au mois d’août 1767 : « il y en avait un mâle et l’autre femelle, et ils continuèrent de produire « dans ce pays-ci chaque année. Quelque temps après on en amena deux « autres qui furent présentés à la Reine par M. Sukivan, et cette prince cesse, étant toujours disposée à encourager toute espèce de recherches c< curieuses et utiles dans l’histoire naturelle, me fit donner la permission cc de les garder pendant quelque temps, ce qui me mit à portée, non-seuie- « ment de pouvoir les décrire, et d’en avoir une peinture bien exacte, mais cc encore de disséquer, avec le secours de mon frère, l’animal mort, et d’en cc conserver la peau et le squelette. Milord Clive a eu la bonté de me donner cc tous les éclaircissements qu’il a pu me fournir pour en faire l’histoire, cc ainsi que le général Carnat, et quelques autres personnes.
cc Ces animaux sont regardés comme des raretés dans tous les établissecc ments que nous avons dans l’Inde; ils y sont amenés de l’intérieur du pays ce en présents aux Nababs et autres personnes considérables. Le lord Clive, ce le général Carnat, M. Walsh, M. Watts, et beaucoup d’autres personnes cc qui ont vu une grande partie de l’Inde, m’ont tous dit qu’ils ne l’avaient cc jamais vu sauvage. Bernier, autant que je l’ai pu découvrir, est le seul cc auteur qui en fasse mention \ Dans le quatrième volume de ses mémoires cc il fait le récit d’un voyage qu’il entreprit en 1664, depuis Delhi jusqu’à la cc province de Cachemire, avec l’empereur mogol Aurengzeb, qui alla dans cc ce paradis terrestre, comme le regardent les Indiens, pour éviter les chacc leurs de l’été. En parlant de la chasse, qui faisait l’amusement de l’empe- :c reur dans ce voyage, il décrit, parmi plusieurs autres animaux, le nylcc ghau, mais sans rien dire de plus de cet animal, sinon que quelquefois cc l’empereur en tuait un si grand nombre qu’il en distribuait des quartiers cc tout entiers à tous ses omrahs; ce qui montre qu’ils étaient, en grand
a. «M. Pennant, dont l’amour pour l’histoire naturelle augmente le plaisir de jouir d’une « fortune indépendante, dans le Synopsis , qu’il a publié depuis que cet écrit a été rédigé, fait « de cet animal (au pied blanc, page 207), une espèce d’antilope; mais il croit actuellement « qu’il appartient à un autre genre, et le classera en conséquence dans la prochaine édition. »
b. « Depuis que j’ai lu cet écrit, j’ai reçu du docteur Maty la note suivante. — Je trouve dans « le quatrième volume de la description des Indes orientales par Valentin, publiée en Hol- « landais en 1727, à l’article Batavia, page 231, cette courte indication: Parmi les animaux « extraordinaires qu’on garde au château, il y en a un de la grandeur et de la couleur d’un bœuf « danois, mais moins lourd, dont la tête est pointue vers la bouche qui est d’une couleur cen- « drée, et qui n’est pas moins grand que l’élan dont il porte le nom; c’était un présent du U Mogol. »
ADDITIONS
« nombre, sauvages dans celte contrée, et qu’on en regardait la chair ou la « viande comme fort bonne ou délicieuse.
Ceci paraît s’accorder avec la rareté de ces animaux au Bengale, à a Madras et à Bombay. Cachemire est une des provinces les plus septen- « trionales de l’empire du Mogol, et ce fut en allant de Delhi vers cette « province que Bernier vit l’empereur les chasser.
« Son nom. Le mot nyl-ghau (car telles sont les lettres composantes de « ce nom qui correspondent au persan), quoique prononcé comme s’il était « écrit neel-gau (en français nil-ga) , signifie une vache bleue ou plutôt un « taureau bleu, gau étant masculin. Le mâle de ces animaux a, en effet, de « justes titres à ce nom, non-seulement par rapport à sa ressemblance avec « le taureau, mais encore par la teinte bleuâtre qui se fait remarquer sen- « siblement dans la couleur de son corps; mais il n’en est nullement de « même de la femelle, qui a beaucoup de ressemblance et quant à la cou- « leur et quant à la forme avec notre cerf. Les nyl-ghaus qui sont venus en « Angleterre, ont été presque tous apportés de Surate ou de Bombay, et ils « paraissent moins rares dans celte partie de l’Inde que dans le Bengale, ce « qui donne lieu de conjecturer qu’ils pourraient être indigènes dans la « province de Guzarate, l’une des provinces les plus occidentales de l’em- « pire du Mogol, étant située au nord de Surate et s’étendant jusqu’à « l’océan Indien.
« Un officier, qui a demeuré longtemps dans l’Inde ®, a écrit pour obtenir « toutes les connaissances et tous les éclaircissements qu’on pourrait se « procurer sur cet animal. Nous espérons recevoir en conséquence dans le « cours de l’année prochaine quelques détails satisfaisants à ce sujet, quoi- « que les habitants de ces contrées, selon ce qu’en dit cet ofticier, aient « peu d’inclination pour l’histoire naturelle, et même en général pour toute « espèce de connaissance. »
En comparant la gravure de cet animal, donnée dans les Transactions philosophiques, avec les dessins que nous en avons faits d’après nature, dans le parc de la Muette, près Paris, nous avons reconnu que dans la gravure anglaise les oreilles sont plus courtes, les cornes un peu plus émoussées, le poil sous la partie du cou plus court, plus raide et ne faisant pas un flocon. Dans celte même gravure on ne voit pas la touffe de poil qui est sur les éperons des pieds de derrière du mâle ; enfin , la crinière sur le garrot parait aussi plus courte que dans nos dessins, mais toutes ces petites différences n’empêchent pas que ce ne soit le môme animal.
M. Forster m’écrit au sujet du nyl-ghau, « que quoique M. Hunter, qui « en a donné la description, ait dit qu’il est d’un nouveau genre, il paraît « cependant qu’il appartient à la classe des antilopes, et que ses mœurs et
a. « Le général Gamat, à qui je dois pareillement l’article précédent sur le nom de cct U animal. i>
DU NIL-GAUT
« sa forme, comparées avec quelques-unes des grandes espèces d’antilopes, « semblent prouver qu’on ne devrait pas l’en séparer ; il ajoute que l’animal « décrit par le docteur Parsons est certainement le même que le nyl-ghau ; « mais il croit queM. Parsons n’a pas bien remarqué les pieds, car ils sont « ordinairement marqués de blanc dans tous ceux que l’on a vus depuis, et « il dit, comme M. Hunter, que ces animaux avaient produit en Angleterre, « et que même on l’a assuré qu’il y avait exemple d’une femelle qui avait « fait deux petits à la fois. »