‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 368 sur 392 · DE LA BREBIS · texte numérisé non relu

DE LA BREBIS

grosses, qu’il y en a quelques-unes qui pèsent jusqu’à vingt-cinq à trente livres. On en fait des vases, des cuillers et d’autres ustensiles; ils sont aussi vifs et aussi légers que les chevreuils; ils habitent les montagnes les plus escarpées au milieu des précipices; leur chair est délicate, ainsi que la graisse qu’ils ont sur le dos; mais c’est pour avoir leurs fourrures qu’on se donne la peine de les chasser®.

Je crois qu’il reste actuellement très-peu, ou plutôt qu’il ne reste point du tout de vrais mouflons dans l’île de Corse. Les grands mouvements de guerre qui se sont passés dans cette île auront probablement amené leur destruction ; mais on y trouve encore des indices de leur ancienne existence, par la forme même des races de brebis qui y subsistent actuellement: il y avait au mois d’août 1774 un bélier de Corse appartenant à M. le duc de la Yrillière; il n’était pas grand, même en comparaison d’une belle brebis de France qu’on lui avait donnée pour compagne. Ce bélier était tout blanc, petit et bas de jambes, la laine longue et par flocons; il portait quatre cornes larges et fort longues, dont les deux supérieures étaient les plus considérables, et ces cornes avaient des rides comme celles du mouflon.

Dans les pays du nord de l’Europe, comme en Danemark et en Norwége, les brebis ne sont pas belles, et pour en améliorer l’espèce, on fait de temps en temps venir des béliers d’Angleterre. Dans les îles qui avoisinent la Norwége on laisse les béliers en pleine campagne pendant toute l’année. Ils deviennent plus grands et plus gros, et ont la laine meilleure et plus belle que ceux qui sont soignés par les hommes. On prétend que ces béliers qui sont en pleine liberté, passent toujours la nuit au côté de l’ile d’où le vent doit venir le lendemain : ce qui sert d’avertissement aux mariniers , qui ont grand soin d’en faire l’observation

En Islande, les béliers, les brebis et les moutons diffèrent principalement des nôtres, en ce qu’ils ont presque tous les cornes plus grandes et plus grosses. Il s’en trouve plusieurs qui ont trois cornes, et quelques-uns qui en ont quatre, cinq, et même davantage : cependant il ne faut pas croire que cette particularité soit commune à toute la race des béliers d’Islande, et que tous y aient plus de deux cornes ; car dans un troupeau de quatre ou cinq cents moutons, on en trouve à peine trois ou quatre qui aient quatre ou cinq cornes : on envoie ceux-ci à Copenhague comme une rareté,

, et on les achète en Islande bien plus cher que les autres, ce qui seul suffit pour prouver qu’ils y sont très-rares®.

а. Histo're générale des voyages , t. XIX, page 252.

б. Histoire naturelle de la Norwége, par Poutoppidan. Journal étranger, juin 1756.

c. Histoire générale des Voyages, t. XVIIl, p. 19.

ADDITIONS

DES CHÈVRES d’eUROPE. ''

Pontoppidan rapporte que les chèvres sont , en Norwége , en si grande quantité, que dans le seul port de Berghen on embarque tous les ans jusqu’à quatre-vingt mille peaux de boucs non apprêtées, sans compter celles auxquelles on a déjà donné la façon. Les chèvres conviennent en effet beaucoup à la nature de ce pays ; elles vont chercher leur nourriture jusque sur les montagnes les plus escarpées. Les mâles sont fort courageux, ils ne craignent pas un loup seul, et ils aident même les chiens à défendre le troupeau

DU BOUC DE JUDA [suite).

Nous donnons la figure ' d’un bouc de Juda ou Jiiida, qui nous a paru avoir quelques différences avec celui que nous avons donné volume XII, pi. XX 2. M. Bourgelat l’avait vivant à l’École vétérinaire, et il en conserve encore la dépouille dans son beau Cabinet d’anatomie zoologique. Ce bouc était considérablement plus grand de corps que celui de notre planche xx; il avait deux pieds neuf pouces de longueur sur un pied sept pouces de hauteur, tandis que l’autre n’avait que vingt-quatre pouces et demi sur dix-sept pouces de hauteur; la tête et tout le corps sont couverts de grands poils blancs , le bout des narines noir ; les cornes se touchent presque en naissant, s’écartent ensuite , et sont beaucoup plus longues que celles du premier bouc, auquel celui-ci ressemble par les pieds et par les sabots, qui sont fort courts. Ces différences sont trop légères pour séparer ces deux animaux, que nous croyons être tous deux des variétés de la même espèce.

Nous avons parlé, volume II, page 460, des chèvres de Syrie à oreilles pendantes, qui sont à peu près de la grandeur de nos chèvres, et qui peuvent produire avec elles, même dans notre climat; mais il existe à Madagascar une chèvre considérablement plus grande, et qui a aussi les oreilles pendantes, et si longues qjue, lorsqu’elle descend, les oreilles lui couvrent les yeux, ce qui l’oblige à un mouvement de tête presque continuel pour les jeter en arrière : en sorte que quand on la poursuit elle cherche toujours à grimper, et jamais à descendre. Cette indication, qui nous a été donnée par M. Commerson, est trop succincte pour qu’on puisse dire si cette chèvre est de la même race que celle de Syrie, ou si c’est une race différente qui aurait également les oreilles pendantes.

a. Histoire naturelle de la Norwége, par Pontoppidan. Journal étranger, juin 1756.

• Voyez la nomenclature de la page 453 du IP volume.

1. Volume lll des Suppléments de l’édition in-4» de l’Imprimerie royale, planche xiii.

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