‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 369 sur 392 · DU BOUC DE JÜDA · texte numérisé non relu

DU BOUC DE JÜDA

M. le vicomte de Querhoënt nous a communiqué la note suivante ;

« Les chèvres et les cabris qu’on a lâchés à l’île de l’Ascension y ont « beaucoup multiplié ; mais ils sont fort maigres, surtout dans la saison « sèche. Toute l’île est battue des sentiers qu’ils ont faits; ils se retirent la « nuit dans les excavations des montagnes; ils ne sont pas tout à fait aussi « grands que les chèvres et les cabris ordinaires ; ils sont si peu vigoureux, « qu’on les prend quelquefois à la course ; ils ont presque tous le poil d’un « brun foncé. »

DES CHÈVRES* ET DES BREBIS

Nous donnons la figure* d’un bouc dont les sabots avaient pris un accroissement extraordinaire : ce défaut, ou plutôt cet excès, est assez commun dans les boucs et les chèvres qui habitent les plaines et les terrains humides.

Il y a des chèvres beaucoup plus fécondes que les autres, selon leur race et leur climat. M. Secretary, chevalier de Saint-Louis, étant à Lille en Flandre, en 1773 et 1774, a vu chez Denizet six beaux chevreaux qu’une chèvre avait produits d’une seule portée; cette même chèvre en avait produit dix dans deux autres portées, et douze dans trois portées précédentes®.

Feu M. de la Nux, mon correspondant à l’île de Bourbon, m’a écrit qu’il y a aussi dans cette île des races subsistantes depuis plus de quinze ans, provenant des chèvres de France et des boucs des Indes ; que nouvellement on s’était procuré des chèvres de Goa très-petites et très-fécondes, qu’on a mêlées avec celles de France, et qu’elles se sont perpétuées et fort multipliées. J’ai rapporté dans l’article des mulets (page 193) , les essais que j’ai faits sur le mélange des boucs et des brebis ; et ces essais démontrent qu’on en obtient aisément des métis qui ne dilfèrent guère des agneaux que par la toison, qui est plutôt de poil que de laine. M. Roume de Saint-Laurent fait à ce sujet une observation qui est peut-être fondée : « Comme l’espèce « des chèvres, dit-il, et celle des brebis produisent ensemble des métis nom- « més chabins, qui se reproduisent, il se pourrait que ce mélange eût influé « sur la masse de l’espèce, et fût la cause de l’elfet que l’on a attribué au « climat des îles, où l’espèce de la chèvre a dominé sur celle de la brebis. »

On sait que les grandes brebis de Flandre produisent communément

a. Lettre de M. Secretary à M. de Buffon, datée de Montflanquin en Agénois, le 4 janvier 1777.

* Voyez la nomenclature de la page 453 du II® volume.

** Voyez la nomenclature de la page 444 du II® volume.

1. Volume VI des Suppléments de l’édition in-4® de l’Imprimerie royale, planche xvi.

m ADDITIONS.

quatre agneaux chaque année : ces grandes brebis de Flandre viennent originairement des Indes orientales, d’où elles ont été apportées par les Hollandais il y a plus de cent ans; et l’on prétend avoir remarqué qu’en général les animaux ruminants qu’on a amenés des Indes en Europe ont plus de fécondité que les races européennes®.

M. le baron de Bock a eu la bonté de m’informer de quelques particularités que j’ignorais sur les variétés de l’espèce de la brebis en Europe. 11 m’écrit qu’il y en a trois espèces en Moldavie : celle de montagne, celle de plaine et celle de bois. « Il est fort difficile de se figurer, dit-il , la quantité « innombrable de ces animaux qu’on y rencontre. Les marchands grecs, « pourvoyeurs du Grand-Seigneur, en achetaient au commencement de ce « siècle plus de seize mille tous les ans, qu’ils menaient à Constantinople « uniquement pour l’usage de la cuisine de Sa Hautesse. Ces brebis sont « préférées à toutes les autres, à cause du bon goût et de la délicatesse de « leur chair; dans les plaines elles deviennent beaucoup plus grandes que c( sur les montagnes , mais elles y multiplient moins. Ces deux premières « espèces sont réduites en servitude; la troisième, qu’on appelle brebis des c( bois, est entièrement sauvage; elle est aussi très-différente de toutes les « brebis que nous connaissons; sa lèvre supérieure dépasse l’inférieure de « deux pouces, ce qui la force à paître en reculant ; le peu de longueur et c( le défaut de flexibilité dans son cou l’empêchent de tourner la tête de côté « et d’autre; d’ailleurs, quoiqu’elle ait les jambes très-courtes, elle ne laisse « pas de courir fort vite, et ce n’est qu’avec grande peine que les chiens « peuvent l’atteindre; elle a l’odorat si fin qu’elle évente, à la distance d’un « mille d’Allemagne, le chasseur ou l’animal qui la poursuit, et prend aussi- « tôt la fuite. Cette espèce se trouve'sur les frontières de la Transylvanie, « comme dans les forêts de Moldavie : ce sont des animaux très-sauvages « et qu’on n’a pas réduits en domesticité; cependant on peut apprivoiser « les petits. Les naturels du pays en mangent la chair, et sa laine, mêlée « de poil, ressemble à ces fourrures qui nous viennent d’Astracan, »

Il me paraît que cette troisième brebis, dont M. le baron de Bock donne ici la description d’après le prince Cantemir, est le même animal que j’ai indiqué sous le nom de saïga *, et qui se trouve par conséquent en Moldavie et en Transylvanie, comme dans la Tartarie et dans la Sibérie.

Et à l’égard des deux premières brebis , savoir , celle de plaine et celle de montagne, je soupçonne qu’elles ont beaucoup de rapports avec les brebis valachiennes, dont j’ai donné les figures (Supplément, volume III, planches VII et viii^), d’autant plus que M. le baron de Bock m’écrit qu’ayant comparé les figures de ces brebis valachiennes avec sa description de la

n. Instruction sur la manière de perfectionner les brebis , par M. Hartfer, p. 40 et suiv.

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