Édition in-4» de l’Imprimerie royale
DES CHEVRES ET DES BREBIS
brebis des bois [saïga),e\\esne lui ont paru avoir aucun rapport, mais qu’il est très-possible que ces brebis valacliiennes soient les mêmes que celles qui se trouvent sur les montagnes ou dans les plaines de la Moldavie
A l’égard des brebis d’Afrique et du cap de Bonne-Espérance, M. Forster a observé les particularités suivantes.
«Les brebis du cap de Bonne-Espérance ressemblent, dit-il, pour la « plupart au bélier de Barbarie ; néanmoins les Hottentots avaient des brebis « lorsque les Hollandais s’y établirent ; ces brebis ont, pour ainsi dire , une « masse de graisse au lieu de queue. Les Hollandais amenèrent au Cap des « brebis de Perse, dont la queue est longue et très-grosse jusqu’à une cer- « taine distance de l’origine, et ensuite mince jusqu’à l’extrémité. Les « brebis que les Hollandais du Cap élèvent à présent sont d’une race « moyenne entre les brebis de Perse et celles des Hottentots; on doit pré- « sumer que la graisse de la queue de ces animaux vient principalement de « la nature ou qualité de la pâture ; après avoir été fondue elle ne prend « jamais de la consistance comme celle de nos brebis d’Europe , et reste au « contraire toujours liquide comme l’huile. Les habitants du Cap ne laissent « pas néanmoins d’en tirer parti , en ajoutant quatre parties de cette graisse « de queue avec une partie de graisse prise aux rognons, ce qui compose « une sorte de matière qui a de la consistance et le goût même du saindoux « que l’on tire des cochons; les gens du commun la mangent avec du pain « et l’emploient aussi aux mêmes usages que le saindoux et le beurre. « Tous les environs du Cap sont des terres arides et élevées , remplies de « particules salines, qui, étant entraînées par les eaux des pluies dans des « espèces de petits lacs, en rendent les eaux plus ou moins saumâtres. Les « habitants n’ont pas d’autre sel que celui qu’ils ramassent dans ces mares « et salines naturelles; on sait combien les brebis aiment le sel et combien « il contribue à les engraisser; le sel excite la soif qu’elles étanchent en « mangeant les plantes grasses et succulentes qui sont abondantes dans ces « déserts élevés , telles que le sedum, l’euphorbe, le cotylédon, etc., et ce « sont apparemment ces plantes grasses qui donnent à leur graisse une « qualité différente de celle qu’elle prend par la pâture des herbes ordi- « naires; car ces brebis passent tout l’été sur les montagnes qui sont cou- « vertes de ces plantes succulentes; mais en automne on les ramène dans (( les plaines basses pour y passer l’hiver et le printemps; ainsi les brebis « étant toujours abondamment nourries , ne perdent rien de leur embon- « point pendant l’hiver; dans les montagnes, surtout dans celles du canton « qu’on appelle Bockenland ou pays des chèvres, ce sont des esclaves tirés « de Madagascar et des Hottentots , avec quelques grands chiens, qui « prennent soin de ces troupeaux et les défendent contre les hyènes et les
a. Lettres de M. le baron de Bock à M. de Buffon. Metz, 26 août et 11 septembre 1778.
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« lions; ces troupeaux sont très-nombreux, et les vaisseaux qui vont aux « Indes ou en Europe font leurs provisions de ces brebis; on en nourrit « aussi les équipages de tous les navires pendant leur séjour au Cap; la « graisse de ces animaux est si copieuse , qu’elle occupe tout le croupion et « les deux fesses ainsi que la queue; mais il semble que les plantes grasses, « succulentes et salines qu’elles mangent sur les montagnes pendant l’été, « et les plantes aromatiques et arides dont elles se nourrissent dans les (( plaines pendant l’hiver, servent à former deux différentes graisses; ces « dernières plantes ne doivent donner qu’une graisse solide et ferme, « comme celle de nos brebis qui se dépose dans l’omentum , le mésentère « et le voisinage des rognons , tandis que la nourriture qui provient des « plantes grasses forme cette graisse huileuse qui se dépose sur le croupion, « les fesses et la queue; il semble aussi que cette masse de graisse huileuse « empêche l’accroissement de la queue, qui, de génération en génération, « deviendrait plus courte et plus mince, et se réduirait peut-être à n’avoir « plus que trois ou quatre articulations, comme cela se voit dans les brebis « des Calmouques, des Mongous et des Kirghises, lesquelles n’ont absolu- « ment qu’un tronçon de trois ou quatre articulations; mais comme le pays « du Cap a beaucoup d’étendue, et que les pâturages ne sont pas tous de la « nature de ceux que nous venons de décrire, et que de plus les brebis de « Perse à queue grosse et courte y ont été autrefois introduites et se sont « mêlées avec celles des Hottentots, la race bâtarde a conservé une queue « aussi longue que celle des brebis d’Angleterre , avec cette différence que « la partie qui est attenante au corps est déjà renflée de graisse, tandis que « l’extrémité est mince comme dans les brebis ordinaires. Les pâturages à « l’est du Cap n’étant pas exactement de la nature de ceux qui sont au « nord, il est naturel que cela influe sur la constitution des brebis, qui « restent dans quelques endroits sans dégénération et avec la queue longue « et une bonne quantité de graisse aux fesses et au croupion , sans cepen- « dant atteindre cette monstrueuse masse de graisse par laquelle les brebis « des Calmouques sont remarquables ; et comme ces brebis changent soute vent de maître et sont menées d’un pâturage au nord du cap à un autre « à l’est , ou même dans le voisinage de la ville, et que les différentes races « se mêlent ensemble, il s’ensuit que les brebis du Cap ont plus ou moins « conservé la longueur de leur queue. Dans notre trajet du cap de Bonne- « Espérance à la Nouvelle-Zélande, en 1772 et 1773, nous trouvâmes que « ces brebis du Cap ne peuvent guère être transportées vivantes dans des « climats très-éloignés , car elles n’aiment pas à manger de l’orge ni du « blé , n’y étant pas accoutumées, ni même du foin, qui n’est pas de bonne « qualité au Cap ; par conséquent ces animaux dépérissaient de jour en « jour; ils furent attaqués du scorbut, leurs dents n’étaient plus fixes et ne « pouvaient plus broyer la nourriture; deux béliers et quatre brebis mou-
DES CHÈVRES ET DES BREBIS
« Furent, et il n’échappa que trois moutons du troupeau que nous avions «embarqué. Après notre arrivée à la Nouvelle-Zélande, on leur offrit « toutes sortes de verdures, mais ils les refusèrent, et ce ne fut qu’après « deux ou trois jours que je proposai d’examiner leurs dents; je conseillai « de les fixer avec du vinaigre, et de les nourrir de farine et de son trempés « d’eau chaude. On préserva de cette manière les trois moutons qu’on « amena à Taïti, où on en fit présent au roi; ils reprirent leur graisse dans « ce nouveau climat en moins de sept à huit mois. Pendant leur abstinence « dans la traversée du Cap à la Nouvelle-Zélande, leur queue s’était non- « seulement dégraissée, mais décharnée et comme desséchée, ainsi que le « croupion et les fesses. »
M. de la Nux, habitant de l’île de Bourbon, m’a écrit qu’il y a dans cette île une race existante de ces brebis du cap de Bonne-Espérance qu’on a mêlée avec des brebis venues de Surate, qui ont de grandes oreilles et la queue très-courte; cetle dernière race s’est aussi mêlée avec celle des brebis à grande queue du sud de Madagascar, dont la laine n’est que faiblement ondée, La plupart des caractères de ces races primitives sont effacés, et on ne reconnaît guère leurs variétés qu’à la longueur de la queue; mais il est certain que dans les îles de France et de Bourbon toutes les brebis transportées d’Europe, de l’Inde, de Madagascar et du Cap, s’y sont mêlées et également perpétuées, et qu’il en est de même des bœufs grands et petits. Tous ces animaux ont été amenés de différentes parties du monde, car il n’y avait dans ces deux îles de France et de Bourbon ni hommes, ni aucuns animaux terrestres, quadrupèdes ou reptiles, ni même aucuns oiseaux que ceux de mer; le bœuf, le cheval, le cerf, le cochon, les singes, les perroquets, etc., y ont été apportés ; à la vérité les singes n’ont pas encore passé (en 1770) à l’île de Bourbon, et l’on a grand intérêt d’en interdire l’introduction pour se garantir des mêmes dommages qu’ils causent à l’île de France; les lièvres, les perdrix et les pintades y ont été apportés de la Chine, de l’Inde ou de Madagascar ; les pigeons, les ramiers, les tourterelles, sont pareillement venus de dehors; les martins, ces oiseaux utiles auxquels les deux îles doivent la conservation de leurs récoltes par la destruction des sauterelles, n’y sont que depuis vingt ans, quoiqu’il y ait peutêtre déjà plusieurs centaines de milliers de ces oiseaux sur les deux îles; les oiseaux jaunes sont venus du Cap, et les bengalis de Bengale. On pourrait encore nommer aujourd’hui les personnes auxquelles est due l’importation de la plupart de ces espèces dans l’île de Bourbon , en sorte qu’excepté les oiseaux d’eau, qui, comme l’on sait, font des émigrations considérables, on ne reconnaît aucun être vivant qu’on puisse assigner pour ancien habitant des îles de France et de Bourbon; les rats, qui s’y sont prodigieusement multipliés, sont des espèces européennes venues dans les vaisseaux.
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