‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 383 sur 392 · CG · texte numérisé non relu

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« sont presque sûrs d’échapper, car il est fort rare qu’à cet âge ils en soient « attaqués, et il n’y a pas d’exemple qu’au-dessus de trois ans aucun de « ces animaux ait eu cette maladie : elle commence donc par les plus « jeunes, comme étant les plus faibles, et ceux qui tettent encore en sont « les premières victimes; lorsque la mère, par la finesse de son odorat, « sent dans son petit le germe de la maladie, elle est la première à le con- « damner en lui refusant la tette. Cette épizootie se communique avec une «rapidité extraordinaire; en neuf jours au plus un troupeau de jeunes « buffles, quelque nombreux qu’il soit, en est presque tout infecté. Ceux « qui prennent le mal dans les six premiers jours périssent assez souvent « presque tous, au lieu que ceux qui n’en sont attaqués que dans les trois « derniers jours échappent assez souvent, parce que depuis le sixième jour « de l’épizootie la contagion va toujours en diminuant jusqu’au neuvième, « qu’elle semble se réunir sur la tête d’un seul, dont elle fait, pour ainsi «dire, sa victime d’expiation...

« Elle n’a point de saison fixe, seulement elle est plus commune et plus « dangereuse au printemps et en été qu’en automne et en hiver... Une «observation assez générale, c’est qu’elle vient ordinairement lorsque « après les chaleurs il tombe de la pluie qui fait pousser de l’herbe nou- « velle, ce qui semblerait prouver que sa cause est une surabondance de « chyle et de sang, occasionnée par ce pâturage nouveau dont la saveur et « la fraîcheur invitent les petits buffles à s’en rassasier au delà du besoin. « Une expérience vient à l’appui de cette réflexion : les jeunes buffles aux- « quels on a donné une nourriture saine et copieuse pendant l’hiver, s’aban- « donnant avec moins d’avidité à l’herbe nouvelle du printemps, n’en sont « pas attaqués autant que les autres, et meurent en plus petit nombre. « Dans les années de sécheresse, cette maladie se manifeste moins que dans « les années humides ; et ce qui confirme ce que je viens d’avancer sur sa « cause, c’est que le changement de pâturage en est le seul demi-remède; « on les conduit sur les montagnes où la pâture est moins abondante que « dans la plaine, ce qui ne fait cependant que ralentir la fureur du mal « sans le guérir. En vain les gardiens des troupeaux de buffles ont tenté « les différents remèdes que leur a pu suggérer leur bon sens naturel et « leurs faibles connaissances ; ils leur ont appliqué à la gorge le bouton de « feu , ils les ont fait baigner dans l’eau de fleuve et de mer, ils ont séparé « du troupeau ceux qui étaient infectés, afin d’empêcher la communication a du mal , mais tout a été inutile : la contagion gagne également tous les « troupeaux ensemble et séparément; la mortalité est toujours la même; a le seul changement de pâturage semble y apporter quelque faible adou- « cissement, et encore est-il presque insensible...

« La chair des buffles morts du barhone est dans un état de demi-putré- « faction. Elle a été reconnue si dangereuse qu’elle a réveillé rattention

DU BUFFLE

« du gouvernement, qui a ordonné, sous des peines très-sévères, de l’en- « terrer, et qui a défendu d’en manger...

« Quoique cette maladie semble particulière aux buffles, elle ne laisse « pas de se communiquer aux différents animaux qu’on élève avec eux , « comme poulains, faons et chevreaux, ce qui lui donne tous les caractères « d’une épizootie. La cohabitation avec les buffles malades, le seul contact « de la peau de ceux qui sont morts suffisent pour infecter ces animaux , «qui ont les mêmes symptômes et bientôt la même fin... Et même le « cochon est sujet à la prendre, il en est attaqué de la même manière et « dans le même temps, et il en est souvent la victime; il y a cependant « quelque différence à ce sujet entre le buffle et le cochon : 1“ le buffle n’esl « assailli par ce mal qu’une seule fois dans sa vie, et le cochon l’est jusqu’à « deux fois dans la même année, de manière que celui qui a eu le bnrbone « en avril, l’a souvent une seconde fois en octobre; 2“ il n’y a pas d’exem- « pie qu’un buffle au-dessus de trois ans en ait été attaqué, et le cochon y c( est sujet à tout âge, mais beaucoup moins cependant lorsqu’il est parvenu « à son entier accroissement; 3“ l’épizootie ne dure que neuf jours au plus « dans les troupeaux de buffles, au lieu qu’elle exerce sa fureur sur le « cochon pendant quinze jours et encore au delà; mais cette maladie n’est « pas naturelle à son espèce, et ce n’est que par sa communication avec les « buffles qu’il en est attaqué.

« Le barbone étant presque la seule maladie dangereuse pour le buffle, « et étant en même temps si meurtrière que sur cent de ces animaux qui « en sont attaqués dans leur première année il est rare qu’elle en épargne « une vingtaine, il serait de la dernière importance de découvrir la cause de « cette maladie pour y apporter remède. Les remarques faites jusqu’à pré- « sent sont insuffisantes, parce qu’elles n’ont pu être que superficielles. . . Mais « je me propose, dès que cette épizootie se manifestera de nouveau, d’aller « une seconde fois sur les lieux pour l’examiner avec des personnes de l’art, « afin de pouvoir fournir à M. de Buffon une description qui le mette en état « de donner, par son sentiment, des lumières certaines sur cette matière. »

Quoique ce mémoire de monsignor Gaëtani sur le buffle soit assez étendu dans l’extrait que je viens d’en donner, je dois cependant avertir que j’en ai supprimé à regret un grand nombre de digressions très-savantes et de réflexions générales aussi solides qu’ingénieuses, mais qui, n’ayant pas un rapport immédiat ni même assez prochain avec l’hisloire naturelle du buffle, auraient paru déplacées dans cet article; et je suis persuadé que l’illustre auteur me pardonnera ces omissions en faveur du motif, et qu’il recevra avec bonté les marques de ma reconnaissance des instructions qu’il m’a fournies; sa grande érudition, bien supérieure à la mienne, lui a fait trouver les racines, dans les langues grecque et latine, du nom du buffle, et les soins qu’il a pris de rechercher dans les auteurs et dans les monuments

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