AVERTISSEMENT DE M. DE LACÉPÈDE
Le public ayant désiré vivement de jouir des derniers travaux de feu M. le comte de Buflbn, qu’une longue et douloureuse maladie a enlevé l’année dernière aux sciences et aux lettres , M. le comte de Buffon son fils , ainsi que M. le chevalier de Buffon son frère et son exécuteur testamentaire , ont bien voulu me remettre les ouvrages manuscrits qu’ils ont trouvés parmi les papiers de ce grand naturaliste ^ et confier le soin de diriger l’impression de ces ouvrages à celui qu’il avait chargé lui-même de les continuer. J’ai cru ne pouvoir répondre convenablement à leur choix, ni bien remplir les intentions qu’ils m’ont témoignées, qu’en publiant ces manuscrits tels qu’ils m’ont été remis. Feu M. de Buffon m’ayant souvent entretenu des projets qu’il avait formés pour ajouter à leur valeur, je sais qu’il se proposait d’y faire quelques changements : il voulait particulièrement abréger plusieurs descriptions qu’il avait faites quelques années auparavant, les embellir par les couleurs brillantes qu’il savait employer avec tant d’art, les mêler avec des considérations plus générales, présenter les rapports des diverses parties de son ouvrage dans de grands tableaux qui , comme autant d’objets éclatants, auraient répandu sur l’ensemble une nouvelle lumière et une chaleur plus vive; mais le génie de ce grand écrivain aurait pu seul terminer ses productions. Ce volume sera donc composé des articles laissés par M. de Buffon, tels qu’ils étaient lorsqu’il allait les perfectionner; j’ai cru seulement que l’on ne serait pas fâché de trouver, dans cet avertissement, l’indication des changements essentiels qu’il avait déterminés , et les noms des auteurs dans lesquels on verra des détails plus étendus sur les animaux dont il voulait compléter l’histoire : j’ai pensé que ces observations étaient autant d’hommages que je devais à sa mémoire , ainsi qu’à l’amitié qu’il m’a toujours témoignée.
ARTICLE DES ORANGS-OUTANGS. — Le singe , indiqué comme étant peut-être une variété par laquelle l’espèce du pongo ou grand orang-outang se rapprocherait du mandrill, est le choras. Nous devons observer aussi que l’iudividu femelle dont M. de Buffon rapporte les habitudes naturelles, d’après M. Wosmaër, est le même que celui dont il donne la description et l’histoire, d’après M. Allamand, dans le même article.
ARTICLE DD piTHÈQUE. — La Comparaison la plus exacte entre les divers pithèques apportés des côtes de Barbarie, et le singe si bien décrit par M. Daubenton sous le nom de magot, o. prouvé qu’ils appartiennent à la même espèce , et qu’ils ne présentent que de légères différences relatives au sexe , ou qui disparaissent avec l’àge ; mais un de nos confrères, M. Desfontaines , savant professeur du jardin du Roi, nous a confirmé qu’il existait en Afrique, ainsi que l’ont dit plusieurs voyageurs, une espèce de singe sans queue, à laquelle il a laissé le nom de magot, dans les observations employées par M. de Buffon, qui est en effet trèsvoisine de celle du magot, et qui en diffère néanmoins par quelques caractères extérieurs , ainsi que par ses habitudes. C’est à ce dernier animal que l’on pourra appliquer le nom de simia-inuus donné au magot ou pithèque par plusieurs naturalistes; et c’est à ce même animal qu’il faudra rapporter aussi la plus grande partie de ce qu’a dit M. de Buffon des habitudes du singe connu depuis longtemps en Europe sous le nom de magot , et avec lequel les animaux appelés pithèques, ne forment qu’une seule et même espèce. Au reste , très-peu de temps avant sa mort, M. de Buffon avait lui-même adopté cette opinion.
ARTICLE DU LOWANDO. — Le babouin que M. de Buffon avait cru devoir rapporter à l’espèce du lowando, est absolument le même que le babouin à museau de chien , dont il parle dans l’article précédent, d’après plusieurs naturalistes , et que M. Linné a nommé simîa hamadryas.
1. Cet Avertissement se trouve en tête du VII® volume des Suppléments de l’édition in-4® de l’Imprimerie royale, volume publié par Lacépède, en 1789, un an après la mort de Buffon. — Voyez la note de la page 243.