‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 4 sur 392 · Voyez la note 1 de la p. 467 du IID volume · texte numérisé non relu

Voyez la note 1 de la p. 467 du IID volume

2. De ces neuf espèces (à suivre la classification de Cuvier), sept seulement sont des guenons : le patas , le malbrouk , le mangabey, la mone, le caliitriche, le moustac et le talapoin. Le macaque est devenu le type d’rm genre à part, celui des macaques ; et le doue le type d’un sous-genre dans le genre des guenons, le sous-genre des semnopithèques.

NOMENCLATURE DES SINGES

assez éloignées, ils leur avaient à chacun donné un nom propre, et ce nom était tiré du caractère le plus apparent; tous les singes et babouins qu’ils connaissaient, c’est-à-dire Xepithèque ou singe proprement dit, le cynocéphale ou magot, et le simia porcaria ou papion, ont le poil d’une couleur à peu près uniforme; au contraire, la guenon que nous appelons ici woîîc, et que les Grecs appelaient kébos, a le poil varié de couleurs différentes : on l’appelle même vulgairement le singe varié; c’était l’espèce de guenon la plus commune et la mieux connue du temps d’Aristote, et c’est de ce caractère qu’est dérivé le nom de kébos, qui désigne en grec la variété dans les couleurs. Ainsi tous les animaux de la classe des singes, babouins et guenons , indiqués par Aristote, se réduisent à quatre : le pythccos, le cynocephalos, le simia porcaria et le kébos, que nous nous croyons fondés à représenter aujourd’hui comme étant réellement le pithèque ou singe proprement dit, le magot, \e papion ou babouin proprement dit, et la mone; parce que, non-seulement les caractères particuliers que leur donne Aristote leur conviennent en effet , mais encore parce que les autres espèces que nous avons indiquées, et celles que nous indiquerons encore, devaient nécessairement lui être inconnues, puisqu’elles sont natives et exclusivement habitantes des terres où les voyageurs grecs n’avaient point encore pénétré de son temps.

Deux ou trois siècles après celui d’Aristote, on trouve dans les auteurs grecs deux nouveaux noms, callithrix et cercopithecos , tous deux relatifs aux guenons ou singes à longue queue ; à mesure qu’on découvrait la terre et qu’on s’avançait vers le midi, soit en Afrique, soit en Asie, on trouvait de nouveaux animaux, d’autres espèces de guenons; et comme la plupart de ces guenons n’avaient pas, comme le kébos, les couleurs variées, les Grecs imaginèrent de faire un nom générique, cercopithecos , c’est-à-dire singe à queue, pour désigner toutes les espèces de guenons ou singes à longue queue; et ayant remarqué parmi ces espèces nouvelles une guenon d’un poil verdâtre et de couleur vive, ils appelèrent cette espèce callithrix, qui signifie beau poil. Ce callithrix se trouve, en effet, dans la partie méridionale de la Mauritanie et dans les terres voisines du cap Yert; c’est la guenon que l’on connaît vulgairement sous le nom de singe vert; et comme nous rejetons dans cet ouvrage toutes les dénominations composées, nous lui avons conservé son nom ancien, callithrix ou callitriche.

A l’égard des sept autres espèces de guenons que nous avons indiquées ci-dessus par les noms de macaque, patas, nialbrouk, mangabey, moustac, talapoin et doue, elles étaient inconnues des Grecs et des Latins. Le macaque est natif de Congo ; le patas, du Sénégal ; le mangabey, de Madagascar ' ;

1. « BafTon le dit de Madagascar; Hasselquist d’Abyssinie. En effet, Sonnerat affirme qu’il « n’y a point de singes à Madagascar. » (Cuvier : Règne animal , 1. 1, p. 91. ) — (Voyez la note de la P . 37 du lll'’- volume ).

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le malbrouk, de Bengale; le moustac, de Guinée; le talapoin, de Siam ; et le doue de la Cochinchine. Toutes ces terres étaient également ignorées des anciens, et nous avons eu grand soin de conserver aux animaux qu’on y a trouvés les noms propres de leur pays.

Et comme la nature est constante dans sa marche, qu’elle ne va jamais par sauts, et que toujours tout est gradué, nuancé, on trouve entre les babouins et les guenons une espèce intermédiaire, comme celle du magot l’est entre les singes et les babouins ; l’animal qui remplit cet intervalle, et forme cette espèce intermédiaire, ressemble beaucoup aux guenons, surlout au macaque G et en même temps il a le museau fort large, et la queue courte comme les babouins : ne lui connaissant point de nom, nous l’avons appelé pour le distinguer des autres; il se trouve à Sumatra; c’est le seul de tous ces animaux, tant babouins que guenons, dont la queue soit dégarnie de poil; et c’est par cette raison que les auteurs qui en ont parlé l’ont désigné par la dénomination de singe à queue de cochon, ou de singe à queue de rat.

Voilà les animaux de l’ancien continent auxquels on a donné le nom commun de singe, quoiqu’ils soient non-seulement d’espèces éloignées, mais même de genres assez différents ; et ce qui a mis le comble à l’erreur et à la confusion, c’est qu’on a donné ces mêmes noms de singe, de cynocéphale, de kébe et de cercopithèque , noms faits il y a quinze cents ans par les Grecs, à des animaux d’un nouveau monde, qu’on n’a découverts que depuis deux ou trois siècles. On ne se doutait pas qu’il n’existait dans les parties méridionales de ce nouveau continent aucun des animaux de l’Afrique et des Indes orientales. On a trouvé en Amérique des bêtes avec des mains et des doigts; ce rapport seul a suffi pour qu’on les ait appelées singes, sans faire attention que, pour transférer un nom, il faut au moins que le genre soit le même, et que, pour l’appliquer juste, il faut encore que l’espèce soit identique ; or ces animaux d’Amérique, dont nous ferons deux classes sous les noms de sapajous et de sagouins, sont très-différents de tous les singes de l’Asie et de l’Afrique ; et de la même manière qu’il ne se trouve dans le nouveau continent ni singes, ni babouins, ni guenons, il n’existe aussi ni sapajous, ni sagouins dans l’ancien. Quoique nous ayons déjà posé ces faits en général dans notre Discours sur les animaux des deux continents, nous pouvons les prouver ici d’une manière plus particulière, et démontrer que de dix-sept espèces auxquelles on peut réduire tous les animaux appelés singes dans l’ancien continent, et de douze ou treize auxquelles on a transféré ce nom dans le nouveau, aucune n’est la même^,

1. Le maimon, c’est-à-dire l’animal dont va parler Buffon , est en effet un macaque. Voyez , plus loin , la nomenclature du maimon.

2. Aucune espèce de singe n’est la même dans les deux continents. Ceci est une des belles découvertes de Buffon. (Voyez la note 3 de la page 7 du III® volume.

NOMENCLATÜRE DES SINGES.

ni ne se trouve également dans les deux : car sur ces dix-sept espèces de l’ancien continent, il faut d’abord retrancher les trois ou quatre singes, qui ne se trouvent certainement point en Amérique, et auxquels les sapajous et les sagouins ne ressemblent point du tout. 2" Il faut en retrancher les trois ou quatre babouins , qui sont beaucoup plus gros que les sagouins ou les sapajous, et qui sont aussi d’une figure très-différente : il ne reste donc que les neuf guenons auxquelles on puisse les comparer. Or toutes les guenons ont, aussi bien que les singes et les babouins, des caractères généraux et particuliers qui les séparent en entier des sapajous et des sagouins; le premier de ces caractères est d’avoir les fesses pelées , et des callosités naturelles et inhérentes à ces parties; le second, c’est d’avoir des abajoues, c’est-à-dire des poches au bas des joues, où elles peuvent garder leurs aliments; et le troisième, d’avoir la cloison des narines étroite, et ces mêmes narines ouvertes au-dessous du nez comme celles de l’homme. Les sapajous et les sagouins n’ont aucun de ces caractères; ils ont tous la cloison des narines fort épaisse, les narines ouvertes sur les côtés du nez et non pas en dessous; ils ont du poil sur les fesses et point de callosités; ils n’ont point d’abajoues ; ils diffèrent donc des guenons, non-seulement par l’espèce, mais même par le genre, puisqu’ils n’ont aucun des caractères généraux qui leur sont communs à toutes ; et cette différence dans le genre en suppose nécessairement de bien plus grandes dans les espèces, et démontre quelles sont très-éloignées.

C’est donc mal à propos que l’on a donné le nom de singe et de guenon aux sapajous et aux sagouins; il fallait leur conserver leurs noms, et, au lieu de les associer aux singes, commencer par les comparer entre eux : ces deux familles ditfèrent l’une de l’autre par un caractère remarquable; tous les sapajous se servent de leur queue comme d’un doigt, pour s’accrocher et même pour saisir ce qu’ils ne peuvent prendre avec la main; les sagouins, au contraire, ne peuvent se servir de leur queue pour cet usage; leur face, leurs oreilles, leur poil, sont aussi différents : on peut donc en faire aisément deux genres distincts et séparés ' .

Sans nous servir de dénominations qui ne peuvent s’appliquer qu’aux

1. Biiffon vient de nous exposer sa classification des singes; et, comme Je l’ai déjà dit, elle est excellente.

Il étatlit, d’abord, deux grandes familles : celle des singes de l’ancien continent, et celle des singes du nouveau.

Il divise ensuite les singes de l’ancien continent en trois genres : les singes propres, sans queue ; les papions, à queue courte; et les guenons, à queue longue et à fesses calleuses; et il divise les singes du nouveau continent, qui tous sont sans callosités, en deux genres : les sapajous, à queue longue et prenante, et les sagouins, à queue longue et non prenante.

Depuis Buffon, le nombre des espèces s’est beaucoup accru, et, à mesure qu’il s’est accru, tous ces premiers genres ont dû être subdivisés; mais on n’a fait que les subdiviser : au fond, c’est avoir conservé la classification. Le genre papion, qui portait sur un caractère faux , la

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singes, aux babouins et aux guenons , sans employer des noms qui leur appartiennent et qu’on ne doit pas donner à d’autres, nous avons tâché d’indiquer tous les sapajous et tous les sagouins par les noms propres qu’ils ont dans leur pays natal. Nous connaissons six ou sept espèces de sapajous et six espèces de sagouins, dont la plupart ont des variétés ; nous en donnerons l’histoire plus loin ; nous avons recherché leurs noms avec le plus grand soin dans tous les auteurs, et surtout dans les voyageurs qui les ont indiqués les premiers. En général, lorsque nous n’avons pu savoir le nom que chacun porte dans son pays, nous avons cru devoir le tirer de la nature même de l’animal , c’est-à-dire d’un caractère qui seul fut suffisant pour le faire reconnaître et distinguer de tous les autres. L’on verra dans chaque article les raisons qui nous ont fait adopter ces noms.

Et à l’égard des variétés, lesquelles dans la classe entière de ces animaux sont peut-être plus nombreuses que les espèces, on les trouvera aussi très-soigneusement comparées à chacune de leurs espèces propres. Nous connaissons et nous avons eu, la plupart vivants, quarante de ces animaux plus ou moins différents entre eux : il nous a paru qu’on devait les réduire à trente espèces , savoir, trois singes, une intermédiaire entre les singes et les babouins; trois babouins, une intermédiaire entre les babouins et les guenons ; neuf guenons, sept sapajous et six sagouins, et que tous les autres ne doivent au moins, pour la plupart, être considérés que comme des variétés : mais, comme nous ne sommes pas absolument certains que quelques-unes de ces variétés ne puissent être en effet des espèces distinctes, nous tâcherons de leur donner aussi des noms qui ne seront que précaires, supposé que ce ne soient que des variétés, et qui pourront devenir propres et spécifiques , si ce sont réellement des espèces distinctes et séparées.

A l’occasion de toutes ces bêtes, dont quelques-unes ressemblent si fort à l’homme, considérons pour un instant les animaux de la terre sous un nouveau point de vue : c’est sans raison suffisante qu’on leur a donné généralement à tous le nom de quadrupèdes. Si les exceptions n’étaient qu’en petit nombre, nous n’attaquerions pas l’application de cette dénomination : nous avons dit, et nous savons que nos définitions, nos noms, quelque généraux qu’ils puissent être, ne comprennent jamais tout; qu’il existe toujours des êtres en deçà ou au delà; qu’il s’en trouve de mitoyens ; que plusieurs, quoique placés en apparence au milieu des autres, ne laissent pas d’échapper à la liste; que le nom général qu’on voudrait leur imposer est une formule incomplète, une somme dont souvent ils ne font pas partie; parce que la nature ne doit jamais être présentée que par unités et non

brièveté de la queue, est devenu, dans Cuvier, le genre cynocéphale ; et ce même Cuvier a partagé le genre sagouin en deux genres : celui des sagouins proprement dits ou sakis, et celui des ouistitis.

NOMENCLATURE DES SINGES

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par agrégats*; parce que l’homme n’a imaginé les noms généraux que pour aider à sa mémoire et tâcher de suppléer à la trop petite capacité de son entendement; parce qu’ensuite il en a fait abus en regardant ce nom général comme quelque chose de réel ; parce qu’enfin il a voulu y rappeler des êtres, et même des classes d’êtres, qui demandaient un autre nom; je puis en donner et l’exemple et la preuve sans sortir de l’ordre des quadrupèdes, qui de tous les animaux sont ceux que l’homme connaît le mieux, et auxquels il était par conséquent en état de donner les dénominations les plus précises.

Le nom de quadrupède que l’animal ait quatre pieds; s’il manque

de deux pieds, comme le lamantin, il n’est plus quadrupède; s’il a des bras et des mains comme le singe, il n’est plus quadrupède ; s’il a des ailes comme la chauve-souris, il n’est plus quadrupède , et l’on fait abus de celte dénomination générale lorsqu’on l’applique à ces animaux Pour qu’il y ait de la précision dans les mots, il faut de la vérité dans les idées qu’ils représentent. Faisons pour les moins un nom pareil à celui qu’on a fait pour les pieds, et alors nous dirons avec vérité et précision que l’homme est le seul qui soit bimane et bipède, parce qu’il est le seul qui ait deux mains et deux pieds ; que le lamantin n’est que bimane; que la chauvesouris n’est que bipède, et que le singe est quadrumane L Maintenant appliquons ces nouvelles dénominations générales h tous les êtres particuliers auxquels elles conviennent, car c'est ainsi qu’il faut toujours voir la nature; nous trouverons que sur environ deux cents ^ espèces d’animaux qui peuplent la surface de la terre, et auxquelles on a donné le nom commun de quadrupèdes, il y a d’abord trente-cinq espèces de singes, babouins, guenons, sapajous, sagouins et malûs, qu’on doit en retrancher, parce qu’ils sont quadrumanes; qu’à ces trente-cinq espèces il faut ajouter celles du loris, du sarigue, de la marmose, du cayopollin, du tarsier, du phalanger, etc., qui sont aussi quadrumanes comme les singes, guenons, sapajous et sagouins; que par conséquent la liste des quadrumanes étant au moins de quarante espèees“^, le nombre réel des quadrupèdes est déjà

a. Nota. Nous ne disons pas trop , en comptant quarante espèces dans la liste des quadrumanes; car il y a dans les guenons, sapajous, sagouins, sarigues, etc., plusieurs variétés qui pourraient bien être des espèces réellement distinctes.

1. Présentée que par unités et non par agrégats. Mais alors que deviendra l’étude des rapports? (Voyez la note 2 de la page 51 du IIU volume.) Dans toute cette Iristoire des singes, Buffon fait des groupes, des genres, des agrégats , et les fait très-judicieusement.

2. C’est pourquoi Linné a changé le nom de quadrupèdes en celui de mammifères. (Voj-ez la note 2 de la page Cl du ID volume. )

3. Dénomination très-juste, et consacrée depuis par Cuvier. Dans la classification de Cuvier, les quadrumanes {singes , makis, etc.) forment le second ordre des mammifères. L’homme, à lui seul, forme le premier. Le troisième est celui des carnassiers, etc., etc.

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