Voyez la note de la page 424 du IID volume
3. Après avoir fait ses molécules or^'an/gMes indestructibles , comme les monades de Leibniz, Buffon Tes fait réversibles et passant d’un être à l’autre, comme les âmes de Pythagore. Il reproduit la métempsycose.
4. J’ai souvent parlé des molécules organiques , des moules, du système de Buffon sur la génération : je renvoie, sur tous ces points, à mes précédentes notes.
NOMENCLATURE DES SINGES
matière morte, plus abondantes dans les animaux où tout est plein de vie, plus rares dans les végétaux où le mort domine et le vivant paraît éteint, où l’organique, surchargé par le brut, n’a plus ni mouvement progressif, ni sentiment , ni chaleur, ni vie , et ne se manifeste que par le développement et la reproduction ; et réfléchissant sur la manière dont l’un et l’autre s’opèrent, il a reconnu que chaque être vivant est un moule auquel s’assimilent les substances dont il se nourrit; que c’est par cette assimilation que se fait l’accroissement du corps; que son développement n’est pas une simple augmentation du volume, mais une extension dans toutes les dimensions, une pénétration de matière nouvelle dans toutes les parties de la masse ; que ces parties augmentant proportionnellement au tout, et le tout proportionnellement aux parties, la forme se conserve et demeure toujours la même jusqu’à son développement entier; qu’entin le corps ayant acquis toute son étendue, la même matière, jusqu’alors employée à son accroissement, est dès lors renvoyée, comme superflue, de toutes les parties auxquelles elle s’était assimilée; et qu’en se réunissant dans un point commun elle y forme un nouvel être semblable au premier, qui n’en diffère que du petit au grand, et qui n’a besoin, pour le représenter, que d’atteindre aux mêmes dimensions en se développant à son tour par la même voie de la nutrition. Il a reconnu que l’homme, le quadrupède, le cétacé, l’oiseau, le reptile, l’insecte, l’arbre, la plante, l’herbe, se nourrissent, se développent et se reproduisent par cette même loi; et que si la manière dont s’exécutent leur nutrition et leur génération paraît si différente, c’est que, quoique dépendante d’une cause générale et commune, elle ne peut s’exercer en particulier que d’une façon relative à la forme de chaque espèce d’êtres; et chemin faisant (car il a fallu des siècles à l’esprit humain pour arriver à ces grandes vérités, desquelles toutes les autres dépendent), il n’a cessé de comparer les êtres; il leur a donné des noms particuliers pour les distinguer les uns des autres, et des noms généraux pour les réunir sous un même point de vue ; prenant son corps pour le module physique de tous les êtres vivants, et les ayant mesurés, sondés, comparés dans toutes leurs parties, il a vu que la forme de tout ce qui respire est à peu près la même; qu’en disséquant le singe on pouvait donner l’anatomie de l’homme; qu’en prenant un autre animal on trouvait toujours le même fond d’organisation, les mêmes sens, les mêmes viscères, les mêmes os, la même chair, le même mouvement dans les fluides, le même jeu, la même action dans les solides; il a trouvé dans tous un cœur, des veines et des artères; dans tous, les mêmes organes de circulation, de respiration, de digestion, de nutrition, d’excrétion ; dans tous, une charpente solide, composée des mêmes pièces à peu près assemblées de la même manière; et ce plan toujours le même, toujours suivi de l’homme au singe, du singe aux quadrupèdes, des quadrupèdes aux cétacés, aux oiseaux, aux pois-
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sons, aux reptiles; ce plan, dis-je, bien saisi par l’esprit humain, est un exemplaire fidèle de la nature vivante, et la vue la plus simple et la plus générale sous laquelle on puisse la considérer ; et lorsqu’on veut l’étendre et passer de ce qui vit à ce qui végète on voit ce plan, qui d’abord n’avait varié que par nuances, se déformer par degrés des reptiles aux insectes, des insectes aux vers, des vers aux zoophytes, des zoophytes aux plantes, et quoique altéré dans toutes ses parties extérieures, conserver néanmoins le même fond, le même caractère, dont les traits principaux sont la nutrition, le développement et la reproduction; traits généraux et communs à toute substance organisée, traits éternels et divins que le temps, loin d’effacer ou de détruire, ne fait que renouveler et rendre plus évidents *.
Si, de ce grand tableau des ressemblances dans lequel l’univers vivant se présente comme ne faisant qu’une même famille, nous passons à celui des différences, où chaque espèce réclame une place isolée et doit avoir son portrait à part, on reconnaîtra qu’à l’exception de quelques espèces majeures, telles que l’éléphant, le rhinocéros, l’iiippopotame, le tigre, le lion, qui doivent avoir leur cadre, tous les autres semblent se réunir avec leurs voisins et former des groupes de similitudes dégradées , des genres que nos nomenclateurs ont présentés par un lacis de figures dont les unes se tiennent par les pieds, les autres par les dents, par les cornes, par le poil et par d’autres rapports encore plus petits. Et ceux même dont la forme nous paraît la plus parfaite, c’est-à-dire la plus approchante de la nôtre, les singes, se présentent ensemble et demandent déjà des yeux attentifs pour être distingués les uns des autres, parce que c’est moins à la forme qu’à la grandeur qu’est attaché le privilège de l’espèce isolée, et que l’homme lui-même, quoique d’espèce unique, infiniment différente de toutes celles des animaux, n’étant que d’une grandeur médiocre, est moins isolé et a plus de voisins que les grands animaux^. On verra , dans l’histoire de l’orang-outang, que, si l’on ne faisait attention qu’à la figure, on pourrait également regarder cet animal comme le premier des singes ou le dernier des hommes, parce qu’à l’exception de l’âme, il ne lui manque rien de tout ce que nous avons, et parce qu’il diffère moins de l’homme pour le corps, qu’il ne diffère des autres animaux auxquels on a donné le même nom de singe ^
L’âme, la pensée, la parole, ne dépendent donc pas de la forme ou de l’organisation du corps : rien ne prouve mieux que c’est un don particulier
1. Ce beau passage semble le résumé, fait d’avauce, et c’est assurément le plus judicieux qui pût être fait, de toute la discussion qui a si fortement divisé deux célèbres naturalistes de nos jours : MM. Cuvier et GeoCfroy-Saint-Hilaire. — Il y a un plan commun d’organisation, qui d’abord ne varie que par nuances , et qui se déforme ensuite par degrés des insectes aux vers, des vers aux zoophytes, etc. (Voyez mon Éloge historique de Geoffroy-Saint-Hilaire.)
2. Non. L’espèce de l’bomme est seule. (Voyez mon Éloge historique de Blumenbach.)
3. Non encore. Vorang-outang diffère beaucoup plus de l’homme que des singes.
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et fait à l’homme seul, puisque l’orang-outang, qui ne parle ni ne pense, a néanmoins le corps, les membres, les sens, le cerveau et la langue entièrement semblables à l’homme *, puisqu’il peut faire ou contrefaire tous les mouvements, toutes les actions humaines, et que cependant il ne fait aucun acte de l’homme : c’est peut-être faute d’éducation, c’est encore faute d’équité dans votre jugement; vous comparez, dira-t-on, fort injustement le singe des bois avec l’homme des villes; c’est à côté de l’homme sauvage, de l’homme auquel l’éducation n’a rien transmis, qu’il faut le placer pour les juger l’un et l’autre; et a-t-on une idée juste de l’homme dans l’état de pure nature? la tête couverte de cheveux hérissés ou d’une laine crépue ; la face voilée par une longue barbe, surmontée de deux croissants de poils encore plus grossiers, qui par leur largeur et leur saillie raccourcissent le front et lui font perdre son caractère auguste, et non-seulement mettent les yeux dans l’ombre , mais les enfoncent et les arrondissent comme ceux des animaux; les lèvres épaisses et avancées; le nez aplati; le regard stupide ou farouche; les oreilles, le corps et les membres velus; la peau dure comme un cuir noir ou tanné; les ongles longs, épais et crochus ; une semelle calleuse, en forme de corne, sous la plante des pieds; et pour attributs du sexe des mamelles longues et molles , la peau du ventre pendante jusque sur les genoux; les enfants se vautrant dans l’ordure et se tramant à quatre; le père et la mère, assis sur leurs talons, tout hideux, tout couverts d’une crasse empestée. Et cette esquisse, tirée d’après le sauvage Hottentot, est encore un portrait flatté; car il y a plus loin de l’homme dans l’état de pure nature à l’Hottentot, que de l’Hottentot à nous : chargez donc encore le tableau si vous voulez comparer le singe à l’homme, ajoutez-y les rapports d’organisation , les convenances de tempérament, l’appétit véhément des singes mâles pour les femmes, la même conformation dans les parties génitales des deux sexes ; l’écoulement périodique dans les femelles, et les mélanges forcés ou volontaires des Négresses aux singes, dont le produit est rentré dans l’une ou l’autre espèce et voyez, supposé qu’elles ne soient pas la même, combien l’intervalle qui les sépare est difficile à saisir.
Je l’avoue , si l’on ne devait juger que par la forme , l’espèce du singe pourrait être prise pour une variété dans l'espèce humaine : le Créateur n’a pas voulu faire pour le corps de l’homme un modèle absolument différent de celui de l’animal; il a compris sa forme, comme celle de tous les animaux, dans un plan général ; mais en même temps qu’il lui a départi cette
1. Rien de ceci n’est absolument vrai, au sens anatomique ; V orang-outang n’a pas toutes CCS parties, les membres, le cerveau, etc., entièrement semblables à Tbomme; mais la proposition phUosopbique, que Yâme , que la pensée ne dépendent pas de la forme du corps, est d’une vérité supérieure.