‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 7 sur 392 · Phrase excessive, et sur ce dernier point absurde · texte numérisé non relu

Phrase excessive, et sur ce dernier point absurde

NOMENCLATURE DES SINGES

forme matérielle, semblable à celle du singe, il a pénétré ce corps animal de son souffle divin j s’il eût fait la même faveur, je ne dis pas au singe, mais à l’espèce la plus vile, à l’animal qui nous paraît le plus mal organisé, cette espèce serait bientôt devenue la rivale de l’homme; viviliée par l’esprit, elle eût primé sur les autres; elle eût pensé, elle eût parlé : quelque ressemblance qu’il y ait donc entre l’Hottentot et le singe, l’intervalle qui les sépare est immense, puisqu’à l’intérieur il est rempli par la pensée, et au dehors par la parole*.

Qui pourra jamais dire en quoi l’organisation d’un imbécile diffère de celle d’un autre homme? Le défaut est certainement dans les organes matériels, puisque l’imbécile a son âme comme un autre : or, puisque d’homme à homme, oû tout est entièrement conforme et parfaitement semblable , une différence si petite, qu’on ne peut la saisir, suffit pour détruire la pensée ou l’empêcher de naître, doit-on s’étonner qu’elle ne soit jamais née dans le singe, qui n’en a pas le principe?

L’âme, en général, a son action propre et indépendante de la matière; mais comme il a plu à son divin auteur de l’unir avec le corps, l’exercice de ses actes particuliers dépend de la constitution des organes matériels ; et cette dépendance est non-seulement prouvée par l’exemple de l’imbécile, mais même démontrée par ceiix du malade en délire, de l’homme en santé qui dort, de l'enfant nouveau-né qui ne pense pas encore, et du vieillard décrépit qui ne pense plus : il semble même que l’effet principal de l’éducation soit moins d’instruire l’âme ou de perfectionner ses opérations spirituelles que de modifier les organes matériels, et de leur procurer l’étal le plus favorable à l’exercice du principe pensant. Or il y a deux éducations qui me paraissent devoir être soigneusement distinguées, parce que leurs produits sont fort différents : l’éducation de l’individu qui est commune à l’homme et aux animaux, et l’éducation de l’espèce qui n’appartient qu’à l’homme. Un jeune animal, tant par l’incitation que par l’exemple, apprend en quelques semaines d’âge à faire tout ce que ses père et mère font; il faut des années à l’enfant, parce qu’en naissant il est, sans comparaison, beaucoup moins avancé, moins fort et moins formé que ne le sont les petits animaux; il l’est même si peu que dans ce premier temps il est nul pour l’esprit relativement à ce qu’il doit être un jour : l’enfant est donc beaucoup plus lent que l’animal à recevoir l’éducation individuelle; mais par cette raison même il devient susceptible de celle de l’espèce; les secours multipliés, les soins continuels qu’exige pendant longtemps son état de faiblesse entretiennent, augmentent l’attachement des père et mère, et en soignant le corps ils cultivent l’esprit; le temps qu’il faut au premier pour se fortifier tourne au profit du second ; le commun des ani-

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