LE BABOUIN A MUSEAU DE CHIEN
Ce babouin a le museau très-allongé , très-épais et semblable à celui du chien, ce qui lui a fait donner sa dénomination. Sa face est couverte d’une peau ronge, garnie de poils gris très-clair-semés, et la plupart fort courts ; le bout du museau est violet , les yeux sont petits. Les cils des paupières supérieures sont longs, noirs et touffus ; mais ceux des paupières inférieures sont très-clair-semés. Les oreilles sont pointues et cachées dans le poil ; la tête est couverte, tout autour de la face, de poils touffus d’un gris plus ou moins mêlé d’un vert jaunâtre, dirigés en arrière, beaucoup plus longs au-dessus de chaque oreille , et y formant une houppe bien fournie. Les dents incisives sont très-grandes, surtout les deux du milieu de la mâchoire supérieure ; celles de la mâchoire inférieure sont inclinées en avant : les dents canines sont très-longues; celles de dessus ont un pouce et demi de longueur, et avancent sur la lèvre inférieure. Le corps est gros et couvert d’un poil épais, de la même couleur que celui de la tête, et très-long sur le
a. AlstrOmer, à l’endroit déjà cité.
* Le tartarin (Selon.). — Simia hamadryas (Linn.). — Papion à face de chien. (Penn.). — Singe de Moco. (Buff.). — Papion à perruque (Cuv. ).
ADDITIONS
devant et au milieu du corps. Le poil du ventre est blanchâtre ; les callosités sur les fesses sont larges, proéminentes et roussâtresj la queue est velue , plus mince vers l’extrémité qu’à son origine, presque aussi longue que le corps, et communément relevée. Ce caractère suffirait pour faire distinguer le babouin à museau de chien du papion, qui a la queue trèscourte , mais avec lequel le premier a cependant une très-grande ressemblance, tant par sa conformation que par ses habitudes.
Le babouin à museau de chien a les bras et les jambes forts, épais et couverts d’un poil toulfu. Les mains et les pieds sont noirâtres et presque nus; tous les ongles sont arrondis et plats.
M. Edwards avait reçu un individu de cette espèce qui avait près de cinq pieds de hauteur, et qui avait été pris dans l’Arabie. Cette espèce de babouin s’y rassemble par centaines, ce qui oblige les propriétaires des plantations de café à être continuellement sur leurs gardes contre les déprédations de ces animaux. Celui que M. Edwards a vu vivant était fier, indomptable, et si fort qu’il aurait terrassé aisément un homme fort et vigoureux. Son inclination pour les fem.mes s’exprimait d’une manière très-violente et très-énergique. Quelqu’un étant allé le voir avec une jeune fille, et l’ayant embrassée devant ce babouin pour exciter sa jalousie, l’animal devint furieux; il saisit un pot d’étain qui était à sa portée, et le jeta avec tant de force contre son prétendu rival, qu’il lui fit une blessure très-considérable à la tête.
Au reste, celte espèce se trouve non-seulement en Arabie, mais encore en Abyssinie, en Guinée, et en général dans tout l’intérieur de l’Afrique, jusqu’au cap de Bonne-Espérance; ils y sont également en grand nombre. Ils ont les mêmes habitudes que les papions, et se réunissent de même pour aller piller les jardins plusieurs ensemble. Ils se nourrissent communément de fruits; ils aiment aussi les insectes et particulièrement les fourmis, mais ils ne mangent point de viande, à moins qu’elle ne soit cuite.
Malgré leur grande force, il est aisé de les priver lorsqu’ils sont jeunes, et quelques voyageurs ont dit qu’au cap de Bonne-Espérance on s’en servait quelquefois comme de chiens de garde. Ils ajoutent que lorsqu’on les frappe ils poussent des soupirs et des gémissements accompagnés de larmes.
DU LOWANDO.*
Une gravure enluminée m’a été envoyée d’Angleterre par feu M. Ed- i wards, sous le nom de sin(je de Moco, parce qu’il lui était venu de Mooo i
* Ce prétendu lowando est le même animal que le singe de Moco ou babouin à museau de | chien. (Voyez la nomenclature de la p. précédente. — Voyez d’un autre côté, sur Vouanderou ou lowando , la nomenclature de la p. SI.)
LE LOWANDO.
dans le golfe Persique. « Ce singe mâle, m’écrit M. Edwards, que j’ai
rt dessiné vivant, était aussi ardent en amour qu’il était spirituel Pen-
« dant que je faisais sa figure, un jeune homme et une jeune femme vinrent « le voir : il parut désirer très-fort de s’approcher de la femme; il la tirait « fortement par ses jupons, tâchant de la faire tomber sur lui; mais le « jeune homme l’ayant écarté et chassé, il fit très-mauvaise mine, et pour « se venger il lui jeta de toutes ses forces un gros pot d’étain qu’il trouva « sous sa main. Il n’était néanmoins que de la taille d’un enfant de dix ans.»
L’espèce à laquelle ce singe de Moco nous parait appartenir est celle du lowando , dont nous avons parlé à la page 51 ‘. J’ai dit que, quoique l’ouanderou et le lowando nous parussent être d’une seule et même espèce, nous ne laissions pas que de leur conserver à chacun le nom qu’ils portent dans leur pays natal, parce qu’ils forment au moins deux races distinctes et constantes. L’ouanderou a le corps couvert de poils bruns et noirs, avec une large chevelure et une grande barbe blanche : au contraire, le lowando a le corps couvert de poils blanchâtres, avec la chevelure et la barbe noires. Par ces derniers caractères, on voit que c’est en effet au lowando, plutôt qu’à l’ouanderou , qu’on peut rapporter l’animal dont nous parlons ici, car les autres caractères, tels que la longueur de la queue, la forme du corps et celle des membres, sont communs à ces deux espèces, c’est-à-dire les mêmes dans l’ouanderou et le lowando.
Au reste, ce lowando a les fesses pelées, la face sans poil et de couleur de chair jusqu’au bas, où elle est noire aussi bien que le nez; il y a des poils au-dessus des yeux, en forme de sourcils. La tête est coiffée de grands poils grisâtres, touffus et serrés, qui lui forment comme une large perruque dont les bords sont blancs et accompagnent la face. Les pieds et les mains sont noirs, les ongles un peu longs et en gouttières; la queue est d’une médiocre longueur et bien couverte de poils; les cuisses et les jambes sont garnies de poils d’un brun roussâtre. Le corps et les bras, jusqu’au poignet, sont revêtus de longs poils d’un blanc sale, et le dessus du dos est d’un poil brun, ce qui lui forme comme une pelisse qui lui tombe jusqu’aux reins. Cette description, qui n’est faite que d’après la gravure enluminée, ne peut pas être bien exacte, et je ne la donne que faute de plus amples observations : peut-être M. Edwards, qui m’avait envoyé cette gravure trois ans avant sa mort, aura-t-il laissé dans ses papiers une description complète de ce même animal qu’il a dessiné vivant.
1. Le lowando ou ouanderou, dont il est parlé p. 51, est un macaque.