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L’onagre est notre àne sauvage

DE LA DÉGÉNÉRATION DES ANIMAUX. 121

l’onagre, de laquelle les Levantins font le cuir grenu qu’on appelle chagrin.

Le lièvre est d’une nature flexible et ferme en même temps, car il est répandu dans presque tous les climats de l’ancien continent, et partout il est à très-peu près le même; seulement son poil blanchit pendant l’hiver dans les climats très-froids, et il reprend en été sa couleur naturelle, qui ne varie que du fauve au roux; la qualité de la chair varie de même; les lièvres les plus rouges sont toujours les meilleurs à manger. Mais le lapin, sans être d’une nature aussi flexible que le lièvre, puisqu’il est beaucoup moins répandu, et que même il paraît confiné à de certaines contrées, est néanmoins sujet à plus de variétés, parce que le lièvre est sauvage partout, au lieu que le lapin est presque partout à demi domestique. Les lapins clapiers ont varié pour la couleur du fauve au gris, au blanc, au noir; ils ont aussi varié par la grandeur, la quantité, la qualité du poil : cet animal, qui est originaire d’Espagne, a pris en Tartarie une queue longue, en Syrie du poil touffu et pelotonné comme du feutre, etc. On trouve quelquefois des lièvres noirs dans les pays froids; on prétend aussi qu’il y a dans la Norwége et dans quelques autres provinces du Nord des lièvres qui ont des cornes L M. Klein® a fait graver deux de ces lièvres cornus : il est aisé de juger à l’inspection des figures que ces cornes sont des bois semblables au bois du chevreuil : cette variété, si elle existe, n’est qu’individuelle et ne se manifeste probablement que dans les endroits où le lièvre ne trouve point d’herbes, et ne peut se nourrir que de substances ligneuses, d’écorce, de boutons, de feuilles d’arbres, de lichens, etc. ^

L’élan , dont l’espèce est confinée dans le nord des deux continents , est seulement plus petit en Amérique qu’en Europe, et l’on voit par les énormes bois ^ que l’on a trouvés sous terre en Canada, en Russie, en Sibérie, etc., qu’autrefois ces animaux étaient plus grands qu’ils ne le sont aujourd’hui: peut-être cela vient-il de ce qu’ils jouissaient en toute tranquillité de leurs forêts, et que n’étant point inquiétés par l’homme, qui n’avait pas encore pénétré dans ces climats, ils étaient maîtres de choisir leur demeure dans les endroits où l’air, la terre et l’eau leur convenaient le mieux. Le renne, que les Lapons ont rendu domestique, a par cette raison plus changé que l’élan, qui n’a jamais été réduit en servitude : les rennes sauvages sont plus grands, plus forts et d’un poil plus noir que les rennes domestiques ; ceux-ci ont beaucoup varié pour la couleur du poil, et aussi pour la grandeur et la grosseur du bois; cette espèce de lichen ou de grande mousse blanche, qui fait la principale nourriture du renne, semble contribuer beaucoup par sa qualité à la formation et à l’accroissement du bois, qui proportionnellement

a. Klein, De quad., page 52, tab. iii, flg. ad. § xxi.

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