Ces énormes bois sont les restes d’espèces fossiles
DE LA DÉGÊNÉRATION DES ANIMAUX
est plus grand dans le renne que dans aucune autre espèce; et c’est peutêtre cette môme nourriture qui, dans ce climat, produit du bois sur la tête du lièvre, comme sur celle de la femelle du renne; car, dans tous les autres climats, il n’y a ni lièvres cornus ‘ ni aucun animal dont la femelle porte du bois comme le mâle.
L’espèce de l’éléphant est la seule sur laquelle l’état de servitude ou de domesticité n’a jamais influé, parce que dans cet état il refuse de produire^, et par conséquent de transmettre à son espèce les plaies ou les défauts occasionnés par sa condition : il n’y a dans l’éléphant que des variétés légères et presque individuelles^; sa couleur naturelle est le noir, cependant il s’en trouve de roux et de blancs, mais en très-petit nombre. L’éléphant varie aussi pour la taille suivant la longitude plutôt que la latitude du climat; car sous la zone torride dans laquelle il est, pour ainsi dire, renfermé et sous la même ligne, il s’élève jusqu’à quinze pieds de hauteur dans les contrées orientales de l’Afrique, tandis que dans les terres occidentales de cette même partie du monde il n’atteint guère qu'à la hauteur de dix ou onze pieds; ce qui prouve que, quoique la grande chaleur soit nécessaire au [tlein développement de sa nature, la chaleur excessive la restreint et la réduit à de moindres dimensions. Le rhinocéros paraît être d’une taille plus uniforme et d’une gi’andeur moins variable; il semble ne différer de lui-même que par le caractère singulier qui le fait difféier de tous les autres animaux, par cette grande corne qu’il porte sur le nez; cette corne est simple dans les rhinocéros de l’Asie, et double dans ceux de l’Afrique^.
Je ne parlerai point ici des variétés qui se trouvent dans chaque espèce d’animal carnassier, parce qu’elles sont très-légères, attendu que de tous les animaux, ceux qui se nourrissent de chair sont les plus indépendants de l’homme, et qu’au moyen de cette nourriture déjà préparée par la nature, ils ne reçoivent presque rien des qualités de la terre qu’ils habitent; que d’ailleurs, ayant tous de la force et des armes, ils sont les maîtres du choîx de leur terrain, de leur climat, etc., et que par conséquent les trois, causes de changement, d’altération et de dégénération dont nous avons parlé, ne peuvent avoir sur eux que de très-petits elfets.
Mais après le coup d’œil que l’on vient de jeter sur ces variétés, qui nous indiquent les altérations particulières de chaque espèce, il se présente une considération plus importante et dont la vue est bien plus étendue, c’est celle du changement des espèces mêmes, c’est cette dégénération plus ancienne et de tout temps immémoriale qui paraît s’être faite dans chaque famille, ou, si l’on veut, dans chacun des genres sous lesquels on peut