‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 84 sur 392 · Voyez la nomenclature de la page · texte numérisé non relu

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LE COAITA.

dont les trois premiers genres appartiennent aux climats chauds de l’ancien continent, et les deux derniers aux climats chauds du nouveau continent.

« Il n’y a que M. de Buffon, dit M. Yosmaër, qui ait pris la peine de « bien représenter le coaïta. Cependant en le comparant avec la figure qu’il « en donne, l’on s’apercevra bientôt qu’il est un peu trop maigre, que la « face est trop saillante, et que le dessinateur a trop allongé le museau. » La réponse à ceci est que j’ai vu l’animal vivant , que M. de Sève l’a dessiné, qu’il est le plus habile dessinateur que nous ayons dans ce genre , et qu’ayant moi-même soigneusement comparé le dessin avec l’animal vivant, je n’en ai pas trouvé la représentation dilférente de la nature j ainsi la figure n’est pas trop maigre, ni la face trop saillante, ni le museau trop allongé : en sorte qu’il est probable que le coaïta ow dont M. Yosmaër donne

la description, était un animal plus gras, ou peut-être une variété dans l’espèce, qui diffère de notre coaïta, par ces mêmes caractères dont M. Yosinoër reproche le défaut à celui que M. de Sève a dessiné.

M. Yosmaër dit, page 10 de la même description, que l’exquima de Marcgrave, que M. Linnæus a indiqué sous le nom de diam, n’a point la queue prenante. « Nous pouvons, dit-il, assurer M. de Buffon que le diana « n’a point la queue prenante, puisque nous l’avons vu vivant. » Je réponds que je ne doute point du tout de ce témoignage de M. Yosmaër, mais que je doute très-fort que le diana de Linnæus soit l’exquima de Marcgrave; et j’ajouterai qu’il n’y a point dans le nouveau continent d’animal du genre des sapajous et des coaïtas qui n’ait la queue prenante; en sorte que si le diana n’a pas la queue prenante, non-seulement il n’est pas voisin du coaïta par l’espèce, mais même par le climat, puisque n’ayant pas la queue prenante, il serait du genre des guenons*, et non pas de celui des sapajous. Je ne donne point ici la description de M. Yosmaër, parce que je n’y ai rien trouvé qui soit essentiellement différent de la nôtre , sinon que son coaïta était aussi gras que le nôtre était maigre, et que M. Yosmaër lui a fait des yeux d'homme, au lieu de lui faire des yeux de singe.

Nous devons seulement ajouter, à ce que nous avons écrit sur le coaïta, que c’est le plus laid de tous les sapajous, et le plus grand après l’ouarine et l’alouate. Il habite comme eux les forêts humides; il vit des fruits de toutes les espèces de palmiers aquatiques, de balatas, etc. ; il mange de préférence ceux du palmier commun. Sa queue, dégarnie de poils en dessous, vers l’extrémité, lui sert de main; lorsqu’il ne peut atteindre un objet avec ses longs bras, il a recours à sa queue, et ramasse les choses les plus minces, les brins de paille, les pièces de monnaie, etc. Il semble qu’il ait des yeux au bout de cette queue, tant le toucher en est délicat, car il saisit avec sa queue plusieurs choses différentes ; il l’introduit nriême

1. C’est ce qui est, en effet. Voyez la note l de la page 152.

ADDITIONS

dans des trous étroits, sans détourner la tête pour y voir. Au reste, dans quelque situation qu’il se tienne sa queue est toujours accrochée, et il ne reste que malgré lui dans une place où elle ne peut avoir de prise.

Cet animal s’apprivoise aisément, mais il n’a nulle gentillesse. Il est peu vif, toujours triste et mélancolique; il semble éviter la vue des hommes; il penche souvent sa tête sur son estomac, comme pour la cacher : lorsqu’on le louche alors, il regarde en jetant un cri plaintif, et ayant l’air de demander grâce. Si on lui présente quelque chose qu’il aime, il fait entendre un cri doux qui témoigne sa joie.

Dans l’état de liberté, ces animaux vivent en troupes très-nombreuses, et se livrent quelquefois à des actes de méchanceté; ils cassent des branches qu’ils jettent sur les hommes, et descendent à (erre pour les mordre; mais un coup de fusil les disperse bientôt. Ces coaïta-s sauvages sont ordinairement très-gras, et leur graisse est jaune, mais ils maigrissent en domesticité. Leur chair est bonne et préférable à celle de toutes les autres espèces de sapajous; néanmoins ils ont l’estomac, les intestins et le foie remplis d’une quantité de vers longs, grêles et blancs. Ils sont aussi très-délicats et supportent difficilement les fatigues du voyage, et encore moins le froid de nos climats : c’est probablement par cette raison et par sa longue domesticité, que le coaïta dont nous avons donné la description était maigre et avait le visage allongé.

Les grands sapajous noirs que M. de la Borde indique sous le nom de quoiiata , dans les notes qu’il m’a communiquées, sont, selon lui, plus gros que les alouates ou grands sapajous rouges. Il dit qu’ils ne sont point timides, qu’ils viennent à l’homme armés d’une branche sèche, cherchant à le frapper, ou qu’ils lui jettent le fruit d’une espèce de palmier, qu’ils lancent plus adroitement que nous ne pourrions faire. Ils arrachent même de leur corps les flèches qu’on leur a lancées pour les renvoyer; mais ils fuient au bruit des armes à feu. Lorsqu’il y en a un de blessé et qu’il crie, les chasseurs doivent se retirer, à moins qu’ils n’aient avec eux des chiens, que ces animaux craignent beaucoup. Us sautent de branches en branches, auxquelles ils s’attachent par l’extrémité de leur queue. Ils se battent souvent entre eux. Ils vivent et se nourrissent comme les alouates ou grands sapajous rouges; ils s’apprivoisent aisément, mais ils sont toujours mornes et tristes. Lorsqu’on leur jette une pierre, ils portent la main devant la tête pour se garantir du coup®.

a. Note communiquée par M. de la Borde, médecin du Roi à Cayenne.

LE SAJOU BRUN.

ADDITION

A l’article du sajou brun.*

On trouve dans une description de M. Vosniaër, imprimée à Amsterdam ■en 1770, l’espèce de notre sajou brun , donnée sous la dénomination d'espèce rare de singe voltigeur américain, qui n’a point encore été décrit, nommé le siffleur, etc. Cependant il nous paraît que c’est le même animal que le sajou brun, dont nous avons donné l’histoire et la description.

Ce qui a pu faire écrire à M. Vosmaër que c'était une espèce nouvelle différente , c’est la propriété singulière , dit-il , de siffler ; et j’avoue que je n’avais pas cru devoir faire mention de cette faculté de siffler de ce sajou, parce qu’elle est commune, non-seulement à tous les sapajous, mais même aux sagouins : ainsi cette propriété n’est pas singulière comme le dit M. Yosraaër, et je ne puis douter que son singe rare, voltigeur et Kiffleur, ne soit le même que notre sajou brun que l’on appelle vulgairement capucin, à cause de sa couleur, que les nègres et les créoles nomment improprement et enfin que les Hollandais de Surinam,

et même les naturels de la Guiane, nomment niikou ou méékoé. Bien loin d’être rares, ce sont les plus communs, les plus adroits et les plus plaisants. Ils varient pour la couleur et la taille, et il est assez difficile de déterminer si ces différences constituent des espèces vraiment distinctes: on en peut dire autant des sais. Il y a cependant dans les sajous une différence qui pourrait bien faire espèce; l’on en voit dont la taille est incomparablement plus grande, et qui ont sur la tête, près des oreilles, un long bouquet de poils, ce qui leur a fait donner à Cayenne la dénomination de makaques cornus, ei dont nous donnerons ci-après la description sous son vrai nom de sajou cornu.

La chair des sajous est meilleure que celle de l’alouate, mais moins bonne que celle des coaïtas; ils ont aussi des vers dans l’estomac et dans les intestins, mais en plus petite quantité que les coaïtas.

Ils font entendre un sifflement fort et monotone, qu’ils répètent souvent; ils crient lorsqu’ils sont en colère, et secouent très- vivement la tête en articulant aussi vivement ces trois syllabes, /jf, ca, rou.

Ils vivent de fruits et de gros insectes dans l’état de liberté, mais ils mangent de tout ce qu’on leur donne lorsqu’ils sont apprivoisés; ils boivent du vin, de l’eau-de-vie, etc. Ils recherchent soigneusement les araignées , dont ils sont très-friands. Ils se lavent souvent les maiins, la face et le corps avec leur urine. Iis sont malpropres, lascifs et indécents ; leur tempéra-

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