‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 95 sur 392 · Voyez la nomenclature ci-dessus · texte numérisé non relu

Voyez la nomenclature ci-dessus

LE LORIS DU BENGALE

en différerait beaucoup plus, il n’en serait pas moins vrai que ce paresseux penladactyle du Bengale n’est ni un unau ni un aï, et que par conséquent il n’existe pas plus en Amérique que les deux autres n’existent en Asie. Tous les petits rapports que M. Yosmaër trouve entre son paresseux pentadactyle et ces animaux de l’Amérique ne font rien contre le fait, et il est bien démontré, par la seule inspection de ces animaux, qu’ils sont aussi différents par l’espèce qu’ils le sont par le climat; car je ne nie pas que ce peu-' tadactyle de Bengale ne puisse être aussi lent, aussi lourd et aussi paresseux que les paresseux d’Amérique; mais cela ne prouve pas que ce soient les mêmes animaux, non plus que les autres rapports dans la manière de vivre, dormir, etc. C’est comme si l’on disait que les grandes gazelles et les cerfs sont également légers à la course, qu’ils dorment et se nourrissent de même, etc. M. Tosmaër fournit lui-même une preuve que l’animal didactyle de Seba, qui est certainement l’unau, n’existe point à Ceylan, puisqu’il rapporte, d’après M. de Joux, qui a demeuré trente-deux ans dans cette île, que cette espèce (le didactyle) lui était inconnue. Il paraît donc évidemment démontré que l’unau et l’aï d’Amérique ne se trouvent point dans l’ancien continent, et que le paresseux penladactyle est un animal d’une espèce très-différente des paresseux d’Amérique , et c’est tout ce que j’avais à prouver : je suis même persuadé que M. Yosmaër reconnaîtra cette vérité pour peu qu’il veuille y donner d’attention.

Il nous reste maintenant à rapporter les observations que M. Yosmaër a faites sur le naturel et les mœurs de ce loris de Bengale. ,« Je reçus, dit-il ,

« cet animal singulier le 25 juin 1768 La curiosité de l’observer de

«près m’engagea, malgré son odeur désagréable, à le prendre dans ma

« chambre Il dormait tout le jour et jusque vers le soir, et se trouvant

« ici en été il ne s’éveillait qu’à huit heures et demie du soir. Enfermé dans « une cage de forme carrée oblongue, garnie d’un treillis de fer, il dor- « mait constamment assis sur son derrière tout auprès du treillis, la tête « penchée en avant entre les pattes antérieures repliées contre le ventre. « Dans cette attitude il se tenait toujours en dormant très-fermement « attaché au treillis par les deux pattes de derrière, et souvent encore par « une des pattes antérieures, ce qui me fait soupçonner que l’animal d’or- « dinaire dort sur les arbres et se tient attaché aux branches. Son mou- « vemcnt étant éveillé était extrêmement lent, et toujours le même depuis « le commencement jusqu’à la fin; se traînant de barre en barre, il en « empoignait une par le haut avec les pattes antérieures, et ne la quittait « jamais qu’une de ses pattes de devant n’eût saisi lentement et bien fer- « mement une autre barre du treillis. Quand il rampait à terre sur le foin, « il se mouvait avec la même lenteur, posant un pied après l’autre, comme « s’il eût été perclus; et dans ce mouvement il n’élevait le corps que tant « soit peu, et ne faisait que se traîner en avant, de sorte que le plus souvent

ADDITIONS

« il y avait à peine un doigt de distance entre son ventre et la terre. En « vain le chassait-on en passant un bâton à travers le treillis, il ne lâchait « pas pour cela prise; si on le poussait trop rudement, il mordait le bâton, « et c’était là toute sa défense.

« Sur le soir il s’éveillait peu à peu, comme quelqu’un dont on inter- « romprait le sommeil , après avoir veillé longtemps. Son premier soin « était de manger, car de jour les moments étaient trop précieux pour les « ravir à son repos. Après s’être acquitté de cette fonction, assez vite « encore pour un paresseux comme lui, il se débarrassait du souper de la « veille. Son urine avait une odeur forte, pénétrante et désagréable; sa « fiente ressemblait à de petites crottes de brebis. Son aliment ordinaire, « au rapport du capitaine du vaisseau qui -l’avait pris à bord, n’était que du « riz cuit fort épais, et jamais on ne le voyait boire.

« Persuadé que cet animal ne refuserait pas d’autre nourriture, je lui « donnai une branche de tilleul avec ses feuilles, mais il la rejeta. Les « fruits, tels que les poires et les cerises, étaient plus de son goût; il man- « geait volontiers du pain sec et du biscuit, mais si on les trempait dans « l’eau, il n’y touchait pas : chaque fois qu’on lui présentait de l’eau, il se

a contentait de la flairer sans en boire. Il aimait à la fureur les œufs

« Souvent, quand il mangeait, il se servait de ses pattes et de ses doigts de « devant comme les écureuils. Je jugeai par l’expérience des œufs qu’il « pourrait manger aussi des oiseaux ; en effet, lui ayant donné un moineau « vivant, il le tua d’abord d’un coup de dent, et le mangea tout entier fort

« goulûment Curieux d’éprouver si les insectes étaient aussi de son

« goût, je lui jetai un hanneton vivant, il le prit dans sa patte et le mangea « en entier. Je lui donnai ensuite un pinson, qu’il mangea aussi avec « beaucoup d’appétit, après quoi il dormit le reste de la journée.

« Je l’ai vu souvent encore éveillé à deux heures après minuit, mais dès « les six heures et demie du matin on le trouvait profondément endormi, « au point qu’on pouvait nettoyer sa cage sans troubler son repos. Pendant « le jour, étant éveillé à force d’être agacé, il se fâchait et mordait le bâton, « mais le tout avec un mouvement lent, et sous le cri continuel et réitéré « (['aï, aï, aï, traînant fort longtemps chaque ai d’un son plaintif, langou- « reux et tremblant, de la même manière qu’on le rapporte du paresseux « d’Amérique. Après l’avoir ainsi longtemps tourmenté et bien éveillé, « il rampait deux ou trois tours dans sa cage, mais se rendormait tout de « suite. »

C’est sans doute cette conformité dans le cri et dans la lenteur de l’aï de l’Amérique qui a porté M. Yosmaër à croire que c’était le même animal ; mais, je le répète encore, il n’y a qu’à comparer seulement leurs figures pour être bien convaincu du contraire. De tout ce que M. Yosmaër expose et dit à ce sujet, on ne peut conclure autre chose, sinon qu’il y a dans

LE LORIS DU BENGALE. 18

l’ancien continent des animaux peut-être aussi paresseux que ceux du nouveau continent; mais le nom de paresseux, qu’on peut leur donner en commun , ne prouve nullement que ce soient des animaux du même genre.

Au reste, cet animal auquel nous avons donné la dénomination de loris de Bengale, parce que nous n’en connaissons pas le nom propre, se trouve, ou s’est autrefois trouvé dans des climats de l’Asie beaucoup moins méridionaux que le Bengale; car nous avons reconnu que la tête décharnée dont M. Daubenton a donné la description ’, et qui a été tirée d’un puits desséché de l’ancienne Sidon , appartient à cette espèce , et qu’on doit y rapporter aussi une dent qui m’a été envoyée par M. Pierre-Henry Tesdorpf, savant naturaliste deLuheck. « Cette dent, dit-il, m’a été envoyée « de la Chine ; elle est d’un animal peut-être encore inconnu à tous les natu- « ralistes; elle a la plus parfaite ressemblance avec les dents canines de « l’hippopotame^, dont je possède une tête complète dans sa peau. Autant « que j’ai pu juger de la dernière dent, aussi jolie et complète que petite, « quoiqu’elle ne pèse pas quatorze grains, elle semble avoir tout son accrois- « sement, parce que l’animal dont elle est prise l’a déjà usée à proportion « aussi fort que l’hippopotame le plus grand les siennes. Le noir, qu’on « voit à chaque côté de la pointe de la dent, semble prouver qu’elle n’est « pas d’un animal jeune. L’émail est aussi précisément de la même espèce « que celui des dents canines de l’hippopotame, ce qui me faisait présumer « que ce très-petit animal est cependant de la même classe que l'hippopo- « tame, qui est si gros »

Je répondis, en 1771, à M. Tesdorpf, que je ne connaissais point l’animal auquel avait appartenu cette dent; et ce n’est en effet qu’en 1775 que nous avons eu connaissance du loris de Bengale, auquel elle appartient, aussi bien que la tète décharnée trouvée dans le territoire de l’ancienne Sidon.

C’est au premier loris que j’ai décrit®, au loris de Bengale, qu’on peut rapporter le nom de thevangue que M. le chevalier d’Obsonville dit que cet animal porte dans les Indes orientales, et sur lequel il a bien voulu me donner les notices suivantes :

« Le thevangue, qui, selon M. d’Obsonville, s’appelle aussi dans l’Inde « le talonneur, et tongre en Tamoul , vit retiré dans les rochers et les a bois les plus solitaires de la partie méridionale de l’Inde, ainsi qu'à

a. Lettre de M. Tesdorpf à M. de Buffon , de Lubeck en 1771.

1. Cette tète , décrite par Daubenton , est celle du daman. « On s’aperçut si peu que cette « tète appartenait au daman que , par une erreur presque inconcevable , elle fut attribuée au « loris paresseux du Bengale, avec lequel elle n’a aucun rapport, ni de grandeur, ni de forme, « ni de composition. » (Cuvier. Rech. sur les oss. foss. , t. II, p. 129.)

2. Remarque curieuse, le daman est en effet, malgré sa très-petite taille, un pachyderme. — « C’est en quelque sorte un rhinocéros en miniature. » (Cuvier.)

3. Le loris, décrit par Butfon (page 471 du IID volume), est le loris grêle.

ADDITIONS

« Ceylan : malgré quelques rapports d’organisation, il n’appartient ni à « l’espèce du singe ni à celle du maki ; il est , à ce qu’on croit , peu « multiplié.

« En 1775 , j’eus occasion d’acheter un thevangue ; il a’vait, étant « debout, un peu moins d’un pied de haut, mais on dit qu’il y en a de plus « grands; cependant le mien paraissait être tout formé, car, pendant près « d’un an que je l’ai eu, il n’a point pris d’accroissement.

« La partie postérieure de sa tête, ainsi que ses oreilles, paraissaient « assez semblables à celles d’un singe; mais il avait le front à proportion « plus large et aplati; son museau, aussi effilé et plus court que celui d’une « fouine, se relevait au-dessous des yeux à peu près comme celui des chiens « épagneuls que l’on tire d’Espagne. Sa bouche, très-fendue et bien garnie «de dents, était armée de quatre canines longues et aiguës. Ses yeux « étaient grands et à fleur de tête; l’iris en paraissait d’un gris brun, mêlé «d’une teinte jaunâtre. Il avait le cou court, le corps très-allongé. Sa « grosseur, au-dessus des hanches , était de moins de trois pouces de cir- « conférence. Je le fis châtrer; ses testicules, quoique proportionnellement « fort gros, étaient absolument renfermés dans la capacité du bas-ventre; « sa verge était détachée et couverte de son prépuce comme celle de

« l’homme Il n’avait point de queue ; ses fesses étaient charnues et sans

« callosités; leur carnation est d’une blancheur douce et agréable; sa poi- « trine était large; ses bras, ses mains et ses jambes paraissaient être bien « formés; cependant les doigts en sont écartés comme ceux des singes. « Le poil de la tête et du dos est d’un gris sale tirant un peu sur le fauve; « celui de la partie antérieure du corps est moins épais et presque blan- « châtre.

« Sa démarche a quelque chose de contraint; elle est lente au point de « parcourir au plus quatre toises en une minute; ses jambes étaient trop « longues à proportion du corps pour qu’il pût courir commodément «comme les autres quadrupèdes; il allait plus librement debout, lors « même qu’il emportait un oiseau entre ses pattes de devant.

« Il faisait quelquefois entendre une sorte de modulation ou de siffle- « ment assez doux; je pouvais aisément distinguer le cri du besoin, du « plaisir, de la douleur, et même celui du chagrin ou de l’impatience. « Si, par exemple, j’essayais de retirer sa proie , alors ses regards parais- « saient altérés, il poussait une sorte d’inspiration de voix tremblante, et « dont le son était aigu. Les Indiens disent qu’il s’accouple en se tenant « accroupi, et en se serrant face à face avec sa femelle.

« Le thevangue diffère beaucoup des singes par l’extérieur de sa confor- «mation, mais encore plus par le caractère et les habitudes; il est né « nndancolique, silencieux, patient, carnivore et noctambule, vivant isolé «avec sa petite famille; tout le jour il reste accroupi, et dort la tête

LE LOUIS DU BENGALE

« appuyée sur ses deux mains réunies entre les cuisses. Mais, au milieu du « sommeil , ses oreilles sont très-sensibles aux impressions du dehors, et il « ne néglige point l’occasion de saisir ce qui vient se mettre à sa portée. « Le grand soleil paraît lui déplaire, et cependant il ne paraît pas que la « pupille de ses yeux se resserre ou soit fatiguée par le jour qui entre dans « les appartements

« Celui que je nourrissais fut d’abord mis à l’attache, et ensuite on lui « donna la liberté. A l’approche de la nuit il se frottait les yeux ; ensuite , en « portant attentivement ses regards de tous côtés, il se promenait sur les

meubles, ou plutôt sur des cordes que j’avais disposées à cet effet. Un peu « de laitage et quelques fruits bien fondants ne lui déplaisaient pas, mais il « n’était friand que de petits oiseaux ou d’insectes. S’il apercevait quelqu’un « de ces derniers objets, il s’approchait d’un pas allongé et circonspect, tel « que celui de quelqu’un qui marche en tâtonnant et sur la pointe des pieds « pour aller en surprendre un autre. Arrivé environ à un pied de distance « de sa proie, il s’arrêtait; alors, se levant droit sur ses jambes, il avançait « d’abord en étendant doucement ses bras, puis tout à coup il la saisissait et « l’étranglait avec une prestesse singulière.

« Ce malheureux petit animal périt par accident; il me paraissait fort « attaché; j’avais l’usage de le caresser après lui avoir donné à manger. « Les marques de sa sensibilité consistaient à prendre le bout de ma main « et à le serrer contre son sein, en fixant ses yeux à demi ouverts sur les « miens. »

•ea

DES MULETS

DES MULETS.®

En conservant le nom de mulet à l’animal qui provient de l’àne et de la jument, nous appellerons bardot celui qui a le cheval pour père et l’ànesse pour mère. Personne n’a jusqu’à présent observé les différences qui se trouvent entre ces deux animaux d’espèce mélangée. C’est néanmoins l’un des plus sûrs moyens que nous ayons pour reconnaître et distinguer les rapports de l’influence du mâle et de la femelle dans le produit de la génération. Les observations comparées de ces deux mulets, et des autres métis qui proviennent de deux espèces différentes, nous indiqueront ces rapports plus précisément et plus évidemment que ne le peut faire la simple comparaison de deux individus de la même espèce.

Nous avons fait représenter le mulet et le bardot, afin que tout le monde soit en état de les comparer, comme nous allons le faire nousmêmes. D'abord, le bardot est beaucoup plus petit que le mulet, il paraît donc tenir de sa mère l’ânesse les dimensions du corps; et le mulet, beaucoup plus grand et plus gros que le bardot, les tient également de la jument sa mère; la grandeur et la grosseur du corps paraissent donc dépendre plus de la mère que du père dans les espèces mélangées. Maintenant, si nous considérons la forme du corps, ces deux animaux, vus ensemble , paraissent être d’une figure différente : le bardot a l’encolure plus mince, le dos plus tranchant, en forme de dos de carpe, la croupe plus pointue et avalée, au lieu que le mulet a l’avant-main mieux fait, l’encolure plus belle et plus fournie, les côtes plus arrondies, la croupe plus pleine et la hanche plus unie ^ Tous deux tiennent donc plus de la mère que du père, non-seulement pour la grandeur, mais aussi pour la forme du corps. Néanmoins, il n’en est pas de même de la tête, des membres et

a. Cet article doit être regardé comme une addition à ce que j’ai déjà dit au sujet des mulets dans le discours qui a pour titre : De la dëgénéralion des animaux.

b. Observations communiquées par le sieur de la Fosse , maréchal très-expérimenté. A Paris, en 1753.

1. Cet article sur les mulets commence le Ill« volume des Suppléments de l’édition in-4« de l’Imprimerie royale, volume publié en 177G.

DES MULETS

des autres extrémités du corps. La tête du bardot est plus longue et n’est pas si grosse à proportion que celle de l’câne, et celle du mulet est plus courte et plus grosse que celle du cheval. Ils tiennent donc , pour la forme et les dimensions de la tête, plus du père que de la mère. La queue du bardot est garnie de crins à peu près comme celle du cheval; la queue du mulet est presque nue comme celle de l’âne; ils ressemblent donc encore à leur père par cette extrémité du corps. Les oreilles du mulet sont plus longues que celles du cheval, et les oreilles du bardot sont plus courtes que celles de l’âne; ces autres extrémités du corps appartiennent donc aussi plus au père qu’à la mère. Il en est de même de la forme des jambes ; le mulet les a sèches comme l’âne, et le bardot les a plus fournies; tous deux ressemblent donc, par la tête, par les membres et par les autres extrémités du corps, beaucoup plus à leur père qu’à leur mère *.

Dans les années 1751 et 1752, j’ai fait accoupler deux boucs avec plusieurs brebis, et j’en ai obtenu neuf mulets, sept mâles et deux femelles: frappé de cette différence du nombre des mâles mulets à celui des femelles, je fis quelques informations pour tâcher de savoir si le nombre des mulets mâles, qui proviennent de l’âne et de la jument, excède à peu près dans la même proportion le nombre des mules ; aucune des réponses que j’ai reçues ne détermine cette proportion, mais toutes s’accordent à faire le nombre des mâles mulets plus grand que celui des femelles. On verra dans la suite que M. le marquis de Spontin-Beaufort, ayant fait accoupler un chien avec une louve, a obtenu quatre mulets, trois mâles et une femelle “. Enfin, ayant fait des questions sur des mulets plus aisés à procréer, j’ai su que, dans les oiseaux mulets, le nombre des mâles excède encore beaucoup plus le nombre des mulets femelles. J’ai dit, à l’article du serin des Canaries, que de dix-neuf petits provenus d’une serine et d’un chardonneret, il n’y en avait que trois femelles. Voilà les seuls faits que je puisse présenter comme certains sur ce sujet dont il ne paraît pas qu’on se soit jamais occupé, et qui cependant mérite la plus grande attention, car ce n’est qu’en réunissant plusieurs faits semblables qu’on pourra développer ce qui

a. Extrait d’une lettre de M. le marquis de Spontin-Beaufort, à M. de Buffon, datée de Namur, le 14 juillet 1773 ; confirmée par deux lettres de M. Surirey de Boissy, aussi datées de Namur, les 9 juin et 19 juillet 1773.

b. Ce que je trouve dans différents auteurs au sujet des jumarts, me paraît très-suspect. Le sieur Léger, dans son histoire du Vaudois, année 1669, dit que, dans les vallées de Piémont , il y a des animaux d’espèces mélangées , et qu’on les appelle jumarls; que quand ils sont engendrés par un taureau et une jument , on les nomme 6a/' ou buf, et que quand ils sont engendrés par un taureau et une ânesse, on les appelle bif; que ces jumarts n’ont point de cornes , et

1. Dans mes nombreuses expériences sur le croisement des espèces (voyez la note de la page 387 du II' volume), j’ai remarqué que le type de certaines espèces l’emporte et domine sur le type de certaines autres. Le métis du cheval et de Vdne tient plus de \'ûne que du cheval; le métis du chien et du loup tient plus du chien que du loup; le métis du chacal et du chien lient plus du chacal que du chien, etc., etc.

DES MULETS

reste de mystérieux dans la génération par le concours de deux individus d’espèces dilïérentes , et déterminer la proportion des puissances effectives du mâle et de la femelle dans toute reproduction.

De mes neuf mulets provenus du bouc et de la brebis, le premier naquit le 15 avril : observé trois Jours après sa naissance et comparé avec un agneau de même âge, il en différait par les oreilles qu’il avait un peu plus grandes, par la partie supérieure de la tête qui était plus large, ainsi que la distance des yeux; il avait de plus une bande de poil gris-blanc depuis la nuque du cou jusqu’à l’extrémité de la queue ; les quatres jambes, le dessous du cou, de la poitrine et du ventre , étaient couverts du même poil blanc assez rude; il n’y avait un peu de laine que sur les flancs entre le dos et le ventre, et encore cette laine courte et frisée était mêlée de beaucoup de poil. Ce mulet avait aussi les jambes d’un pouce et demi plus longues que l’agneau du même âge : observé le 3 mai suivant, c’est-à-dire dix-huit jours après sa naissance, les poils blancs étaient en partie tombés et remplacés par des poils bruns semblables pour la couleur à ceux du bouc et presque aussi rudes. La proportion des jambes s’était soutenue; ce mulet les avait plus longues que l’agneau de plus d’un pouce et demi; il était mal sur ses longues jambes, et ne marchait pas aussi bien que l’agneau. Un accident ayant fait périr cet agneau, je n’observai ce mulet que quatre mois après, et nous le comparâmes avec une brebis du même âge. Le mulet avait un pouce de moins que la brebis, sur la longueur qui est depuis l’entre-deux des yeux jusqu’au bout du museau, et un demipouce de plus sur la largeur de la tête, prise au-dessus des deux yeux à l’endroit le plus gros. Ainsi la tête de ce mulet était plus grosse et plus courte que celle d’une brebis du même âge; la courbure de la mâchoire supérieure, prise à l’endroit des coins de la bouche, avait près d’un demipouce de longueur de plus dans le mulet que dans la brebis. La tête du mulet n’élait pas couverte de laine, mais elle était garnie de poils longs et touffus. La queue était de deux pouces plus courte que celle de la brebis.

qu’ils sont de la taille d’un mulet; qu’ils sont très-légers à la course; « que lui-même en avait « monté un le 30 septembre, et qu’il fit en un jour dix-huit lieues ou cinquante- quatre milles « d’Italie; qu’enfln ils ont la démarcbe plus sûre et le pas plus aisé que le cbeval. »

D'après une semblable assertion , on croirait (jue ces jumarts, provenant du taureau avec la jument et l’ànesse, existent ou du moins qu’ils ont existé; néanmoins m’en étant informé, personne n’a pu me confirmer ces faits.

Le Df Sbaw, dans son histoire d’Alger, p. 234, dit qu’il a vu en Barbarie un animal appelé kumrah , et qui est engendré par l’union de l’àne et de la vache, qu’il est solipède comme l’âne, et qu’il n'a point de cornes sur la tète , mais qu’à tous autres égards il diffère de l’âne; qu'il n’est capable que de peu de service , qu’il a la peau , la queue et la tète comme la vache , à l’exception des cornes. Le Shaw est un auteur qui mérite confiance; cependant ayant consulté sur ce fait quelques personnes qui ont demeuré en Barbarie, et particulièrement M. le chevalier James Bruce, tous m’ont assuré n’avoir aucune connaissance de ces animaux engenflrés par l’âne et la vache.

DES MULETS

Au commencement de l’année 1752, j’obtins de l’union du bouc avec les brebis huit autres mulets, dont six mâles et deux femelles; il en est mort deux avant qu’on ail pu les examiner, mais ils ont paru ressembler à ceux qui ont vécu et que nous allons décrire en peu de mots. Il y en avait deux, l’un mâle et l’autre femelle, qui avaient quatre mamelons, deux de chaque côté comme les boucs et les chèvres; et, en général, ces mulets avaient du poil long sous le ventre et surtout sous la verge comme les boucs, et aussi du poil long sur les pieds, principalement sur ceux de derrière; la plupart avaient aussi le chanfrein moins arqué que les agneaux ne l’ont d’ordinaire, les cornes des pieds plus ouvertes, c’est-à-dire la fourche plus large et la queue plus courte que les agneaux®.

J’ai rapporté, dans l’article du chien, les tentatives que j’ai faites pour unir un chien avec une louve : on peut voir toutes les précautions que j’avais cru devoir prendre pour faire réussir celte union; le chien et la louve n’avaient tous deux que trois mois au plus, lorsqu’on les a mis ensemble et enfermés dans une assez grande cour sans les contraindre autrement et sans les enchaîner. Pendant la première année ces jeunes animaux vivaient en paix et paraissaient s’aimer. Dans la seconde année il commencèrent à se disputer la nourriture, quoiqu’il y eût au delà du nécessaire ; la querelle venait toujours de la louve. Après la seconde année les combats devinrent plus fréquents; pendant tout ce temps la louve ne donna aucun signe de chaleur ; ce ne fut qu’à la fin de la troisième année qu’on s’aperçut qu’elle avait les mêmes symptômes que les chiennes en chaleur; mais loin que cet état les rapprochât l’un de l’autre, ils n’en devinrent tous deux que plus féroces , et le chien au lieu de couvrir la louve finit par la tuer. De cette épreuve j’ai cru pouvoir conclure que le loup n’est pas tout à fait de la même nature que le chien, que les espèces sont assez séparées pour ne pouvoir les rapprocher aisément, du moins dans ces climats. Et je m’exprime dans les termes suivants : « Ce n’est pas v( que je prétende, d’une manière décisive et absolue, que le renard et la « louve* ne se soient jamais, dans aucun temps ni dans aucun climat, mêlés « avee le chien; les anciens l’assurent assez positivement pour qu’on puisse « avoir encore sur cela quelques doutes, malgré les épreuves que je viens « de rapporter, et j’avoue qu’il faudrait un plus grand nombre de pareilles « épreuves pour acquérir sur ce fait une certitude entière. » J’ai eu raison de mettre cette restriction à mes conclusions, car M. le marquis de Spontin- Beaufort, ayant tenté cette même union du chien et de la louve, a très-bien réussi, et dès lors il a trouvé et suivi mieux que moi les routes et les moyens que la nature se réserve pour rapprocher quelquefois les animaux

a. Note communiquée par M. Dautenton, de l’Académie des Sciences. 1. Voyez la note 2 de la page 436 du 11® volume.

DES MULETS

qui paraissent être incompatibles. Je fus d’abord informé du fait par une lettre que M. Surirey de Boissy me fit l’honneur de m’écrire, et qui est conçue dans les termes suivants :

A Namur, le 9 juin 1773.

« Chez M. le marquis de Spontin, à Namur, a été élevée une très-jeune « louve, à laquelle on a donné pour compagnon un presque aussi jeune « chien depuis deux ans; ils étaient en liberté, venant dans les apparte- « ments, cuisine, écurie, etc., très-caressants, se couchant sous la table « et sur les pieds de ceux qui l’entouraient. Ils ont vécu le plus intime- « ment.

« Le chien est une espèce de mâtin-braque très-vigoureux. La nourriture « de la louve a été le lait pendant les six premiers mois; ensuite on lui a « donné de la viande crue qu’elle préférait à la cuite. Quand elle mangeait, « personne n’osait l’approcher; en un autre temps on en faisait tout ce « qu’on voulait, pourvu qu’on ne la maltraitât pas; elle caressait tous les « chiens qu’on lui conduisait, jusqu’au moment qu’elle a donné la préfé- « rence à son ancien compagnon : elle entrait en fureur depuis contre tout « autre. Ç’a été le 25 mars dernier qu’elle a été couverte pour la première « fois; ses amours ont duré seize jours avec d’assez fréquentes répétitions, « et elle a donné ses petits le 6 juin à huit heures du matin, ainsi le temps « de la gestation a été de soixante-treize jours au plus; elle a jeté quatre « jeunes de couleur noirâtre. Il y en a avec des extrémités blanches aux « pattes et moitié de la poitrine, tenant en cela du chien, qui est noir et « blanc. Depuis qu’elle a mis bas, elle est grondante et se hérisse contre « ceux qui approchent; elle ne reconnaît plus ses maîtres ; elle étranglerait « le chien même s’il était à portée.

« J’ajoute qu’elle a été attachée à deux chaînes depuis une irruption « qu’elle a faite à la suite de son galant, qui avait franchi une muraille « chez un voisin qui avait une chienne en chaleur, qu’elle avait étranglé à « moitié sa rivale; que le cocher a été pour les séparer à grands coups do « bâton et la reconduire à sa loge, où, par imprudence recommençant la « correction, elle s’est animée au point de le mordre deux fois dans la « cuisse, ce qui l’a tenu au lit six semaines par les incisions considérables « qu’on a été obligé de faire. »

Dans ma réponse à cette lettre, je faisais mes remerciements à M. de Boissy, et j’y joignais quelques réflexions pour éclaircir les doutes qui me restaient encore. M. le marquis de Spontin, ayant pris communication de cette réponse, eut la bonté de m’écrire lui-même dans les termes suivants :

DES MULETS

Namur, le 14 jmllet 1773.

' « J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les réflexions judicieuses que vous faites

« à Surirey de Boissy, que j’avais prié de vous mander pendant mon « absence un événement auquel je n’osais encore m’attendre, malgré la force « des apparences, par l’opinion que j’avais et que j’aurai toujours, comme « le reste du monde, de l’excellence et du mérite des savants ouvrages dont « vous avez bien voulu nous éclairer. Cependant, soit l’effet du hasard ou «d’une de ces bizarreries de la nature, qui, comme vous dites, se plaît « quelquefois à sortir des règles générales, le fait est incontestable, comme « vous allez en convenir vous-même, si vous voulez bien ajouter foi à ce « que j’ai l’honneur de vous écrire, ce dont j’ose me flatter, d’autant plus « que je pourrais autoriser le tout de l’aveu de deux cents personnes au « moins, qui, comme moi, ont été témoins de tous les faits que je vais « avoir l’honneur de vous détailler. Cette louve avait tout au plus trois « jours quand je l’achetai d’un paysan qui l’avait prise dans le bois, après « en avoir tué la mère. Je lui fis sucer du lait pendant quelques jours jus- « qu’à ce qu’elle pût manger de la viande. Je recommandai à ceux qui « devaient en avoir soin de la caresser, de la tourmenter continuellement « pour tâcher de l’apprivoiser au moins avec eux; elle finit par devenir « si familière que je pouvais la mener à la chasse dans les bois, jusqu’à « une lieue de la maison sans risquer de la perdre; elle est même reve- « nue quelquefois seule pendant la nuit, les jours que je n’avais pu la « ramener. J’étais beaucoup plus sûr de la garder auprès de moi quand « j’avais un chien, car elle les a toujours beaucoup aimés, et ceux qui « avaient perdu leur répugnance naturelle jouaient avec elle comme si « c’eût été deux animaux de la même espèce. Jusque-là elle n’avait fait la « guerre qu’aux chats et aux poules quelle étranglait d’abord, sans en « vouloir manger. Dès qu’elle eut atteint un an, sa férocité s’étendit plus « loin, et je commençai à m’apercevoir qu’elle en voulait aux moutons et « aux chiennes, surtout si elles étaient en folie. Dès lors je lui ôtai la « liberté, et je la faisais promener à la chaîne et muselée, car il lui est « arrivé souvent de se jeter sur son conducteur, qui la contrariait. Elle « avait un an au moins, quand je lui fis faire la connaissance du chien qui « l’a couverte. Elle est en ville dans mon jardin, à la chaîne depuis les der- « niers jours du mois de novembre passé. Plus de trois cents personnes « sont venues la voir dans ce temps. Je suis logé presque au centre de la « ville, ainsi on ne peut supposer qu’un loup serait venu la trouver. Dès « qu’elle commença à entrer en chaleur, elle prit un tel goût pour le chien, « et le chien pour elle, qu’ils hurlaient affreusement de part et d’autre « quand ils n’étaient pas ensemble. Elle a été couverte le 28 mars pour la

DES MULETS

« première fois , et depuis deux fois par jour pendant deux semaines envi- « ron. Ils restaient attachés près d’un quart d’heure à chaque fois, pendant « lequel temps la louve paraissait souffrir beaucoup et se plaindre , et le « chien point du tout. Trois semaines après, on s’aperçut aisément qu’elle « était pleine. Le 6 juin, elle donna ses petits au nombre de quatre, qu’elle « nourrit encore à présent, quoiqu’ils aient cinq semaines, et des dents « très-pointues et assez longues. Ils ressemblent parfaitement à des petits « chiens, ayant les oreilles assez longues et pendantes. Il y en a un qui est « tout à fait noir, avec la poitrine blanche, qui était la couleur du chien. Les « autres auront, à ce que je crois, la couleur de la louve. Ils ont tous le poil « beaucoup plus rude que les chiens ordinaires. Il n’y a qu’une chienne qui « est venue avec la queue très-courte, de même que le chien, qui n’en avait « presque pas. Ils promettent d’être grands, forts et très-méchants. La mère

« en a un soin extraordinaire Je doute si je la garderai davantage, en

« ayant été dégoûté par un accident qui est arrivé à mon cocher, qui en a été « mordu à la cuisse si fort qu’il a été six semaines sur son lit sans pouvoir « se bouger; mais je parierais volontiers qu’en la gardant, elle aura encore « (les petits avec ce même chien, qui est blanc avec des grandes taches « noires sur le dos. Je crois. Monsieur, avoir répondu, par ce détail, à vos « observations, et j’espère que vous ne douterez plus de la vérité de cet « événement singulier. »

Je n’en doute pas en effet , et je suis bien aise d’avoir l’occasion d’en témoigner publiquement ma reconnaissance. C’est beaucoup gagner que d’acquérir dans l’histoire de la nature un fait rare; les moyens sont toujours difficiles, et, comme l’on voit, très-souvent dangereux; c’était par cette dernière raison que j’avais séquestré ma louve et mon chien de toute société; je craignais les accidents en laissant vivre la louve en liberté; j’avais précédemment élevé un jeune loup, qui, jusqu’à l’âge d’un an , n’avait fait aucun mal et suivait son maître à peu près comme un chien ; mais, dès la seconde année, il commit tant d’excès qu’il fallut le condamner à la mort : j’étais donc assuré que ces animaux , quoique adoucis par l’éducation, reprennent avec l’âge leur férocité naturelle; et en voulant prévenir les inconvénients qui ne peuvent manquer d’en résulter, et tenant ma louve toujours enfermée avec le chien, j’avoue que je n’avais pas senti que je prenais une mauvaise méthode, car, dans cet état d’esclavage et d’ennui, le naturel de la louve, au lieu de s’adoucir, s’aigrit au point qu’elle était plus féroce que dans l’état de nature; et le chien, ayant été séparé de si bonne heure de ses semblables et de toute société, avait pris un caractère sauvage et cruel, que la mauvaise humeur de la louve ne faisait qu’irriter; en sorte que, dans les deux dernières années, leur antipathie devint si grande qu’ils ne cherchaient qu’à s’entre-dévorer. Dans l’épreuve de M. le marquis de Spontin, tout s’est passé différemment : le chien était dans l’état

DES MULETS

ordinaire, il avait toute la douceur et toutes les autres qualités que cet animal docile acquiert dans le commerce de l’homme; la louve, d’autre part, ayant été élevée en toute liberté et familièrement dès son bas âge avec le chien, qui, par cette habitude sans contrainte, avait perdu sa répugnance pour elle, était devenue susceptible d’affection pour lui; elle l’a donc bien reçu lorsque l'heure de la nature a sonné, et quoiqu’elle ait paru se plaindre et souffrir dans l’accouplement, elle a eu plus de plaisir que de douleui\ puisqu’elle a permis qu’il fût réitéré chaque jour pendant tout le temps qu’a duré sa chaleur. D’ailleurs, le moment pour faire réussir cette union disparate a été bien saisi: c’était la première chaleur de la louve, elle n’était qu’à la seconde année de son âge, elle n’avait donc pas encore repris entièrement son naturel féroce; toutes ces circonstances, et peut-être quelques autres dont on ne s’est point aperçu, ont contribué au succès de l’accouplement et de la production. II semblerait donc, par ce qui vient d’être dit, que le moyen le plus sûr de rendre les animaux infidèles à leur espèce, c’est de les mettre comme l’homme en grande société , en les accoutumant peu à peu avec ceux pour lesquels ils n’auraient sans cela que de l’indifférence ou de l’antipathie. Quoi qu’il en soit, on saura maintenant, grâces aux soins de M. le marquis de Spontin , et on tiendra dorénavant pour chose sûre que le chien peut produire avec la louve, même dans nos climats; j’aurais bien désiré qu’après une expérience aussi heureuse , ce premier succès eût engagé son illustre auteur à tenter l’union du loup et de la chienne , et celle des renards et des chiens : il trouvera peut-être que c’est trop exiger, et que je parle ici avec l’enthousiasme d’un naturaliste insatiable; j’en conviens, et j’avoue que la découverte d’un fait nouveau dans la nature m’a toujours transporté® *.

Mais revenons à nos mulets : le nombre des mâles, dans ceux que j'ai obtenus du bouc et de la brebis, est comme 7 sont à 2; dans ceux du chien et de la louve, ce nombre est comme 3 sont à 1 , et dans ceux des chardonnerets et de la serine, comme 16 sont à 3. 11 paraît donc presque certain que le nombre des mâles, qui est déjà plus grand que celui des femelles

a. Un fait tout pareil vient de m’être annoncé par M. Bourgelat, dans une lettre qu’il m’a écrite le 15 avril 1776, et dont voici l’extrait: « Milord comte de Pembroke me mande, dit « M. Bourgelat, qu’il a vu accoupler depuis plusieurs jours une louve et un gros mâtin , que « la louve est apprivoisée, qu’elle est toujours dans la chambre de son maître et constamment « sous ses yeux, enfin qu’elle ne sort qu’avec lui, et qu’elle le suit aussi fidèlement qu’un « chien. Il ajoute qu’un marchand d’animaux a eu à quatre reprises différentes des productions « de la louve et du chien; il prétend que le loup n’est autre chose qu’un chien sauvage , et « en cela il est d’accord avec le célèbre anatomiste Hunter. 11 ne pense pas qu’il en soit de « même des renards. Il m’écrit encore que la chienne du lord Clansbrawill, fille d’un loup, « accouplée avec un chien d’arrêt, a fait des petits qui, selon son garde-chasse, seront excel- « lents pour le fusil. »

Page 1