QUI ONT RAPPORT A L’ENGOULEVENT
blables ou dans des arbres creux, mais sans y rien ajouter, ou dans des nids étrangers® qu’ils trouvent tout faits; et j’ose assurer qu’il en est de même de tous les oiseaux qui, par le vice d’une trop grande sensibilité, ou si l’on veut, d’une trop grande perfection des organes visuels, sont offusqués, aveuglés par la lumière du jour, au lieu d’en être éclairés.
Un autre effet de cette incommode perfection, c’est que les engoulevents, ainsi que les autres oiseaux de nuit, n’ont aucune couleur éclatante dans leur plumage et sont même privés de ces reflets riches et changeants qui brillent sur la robe, assez modeste d’ailleurs, de nos hirondelles ; du blanc et du noir, du gris qui n’est que le mélange de l’un et de l’autre, et du roux, font toute leur parure et se brouillent de manière qu’il en résulte un ton général de couleur sombre, confus et terne; c’est qu’ils fuient la lumière, et que la lumière est, comme l’on sait, la source première de toutes les belles couleurs ; nous voyons les linottes perdre sous nos yeux, dans les prisons où nous les tenons renfermées, le beau rouge qui faisait l’ornement de leur plumage lorsqu’à chaque aurore elles pouvaient saluer en plein air la lumière naissante, et tout le long du jour se pénétrer, s’imbiber pour ainsi dire de ses brillantes influences. Ce n’est point dans la froide Norwége ni dans la ténébreuse Laponie que l’on trouve les oiseaux de Paradis, les cotingas, les flamands, les perroquets, les colibris, les paons; ce n’est pas même dans ces climats disgraciés que se forment le rubis, le saphir, la topaze; enfin, les fleurs qui croissent comme malgré elles et végètent tristement sur une cheminée ou dans l’ombre d’une serre entretenue à grands frais, n’ont pas cet éclat vif et pur que le soleil du printemps répand avec tant de profusion sur les fleurs de nos parterres et même sur celles de nos prairies. A la vérité, les phalènes ou papillons de nuit ont quelquefois de fort belles couleurs ; mais celte exception apparente confirme mon idée, ou du moins ne la contredit pas; car d’habiles observateurs® ont remarqué que ceux de ces papillons nocturnes qui voltigent quelquefois le Jour, soit pour chercher leur nourriture, soit pour s’apparier, et qui ne sont par conséquent nocturnes qu’à demi, ont les ailes peintes de couleurs plus vives que les véritables phalènes, les véritables papillons de nuit qui ne paraissent jamais tandis que le soleil est sur l’horizon. J’ai même observé que la plupart de ceux-ci ont des couleurs assez semblables à celles des engoulevents, et si dans le grand nombre il s’en trouve qui en aient de belles, c’est parce que les couleurs du papillon ne peuvent manquer d’être déjà fort ébauchées dans sa larve, et que les larves ou les chenilles des phalènes n’éprouvent pas moins l’action de la lumière que les chenilles des papillons diurnes; enfin, les chrysalides de ceux-ci, qui sont toujours sans enveloppe, toujours exposées à l’air libre, ont pour la plupart des couleurs éclatantes, et
а. Voyez tome V, aux atticles des oiseaux cités.
б. Roesel, Insecten belustigung , t. I. Vorbericht zu der nacht-vœgel ersten classe.
OISEAUX ETRANGERS
quelques-unes semblent ornées de paillettes d’or et d’argent que l’on chercherait vainement sur les chrysalides des phalènes, le plus souvent renfermées dans des coques ou enfouies dans la terre. En voilà assez, ce me semble, pour m’autoriser à croire que lorsqu’on aura fait des observations suivies et comparées sur la couleur des plumes des oiseaux, des ailes des papillons, et peut-être du poil des quadrupèdes®, on trouvera que, toutes choses égales d’ailleurs, les espèces les plus brillantes, les plus riches en couleurs, seront presque toujours celles qui, dans leurs différents états, auront été le plus à portée d’éprouver l’action de la lumière.
Si mes conjectures ont quelque fondement, les personnes qui réfléchissent verront sans beaucoup de surprise combien un sens de plus ou de moins, ou seulement quelques degrés de sensibilité de plus ou de moins dans un seul organe peuvent entraîner de différences considérables et dans les habitudes naturelles d’un animal et dans ses propriétés tant intérieures qu’extérieures.