‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 356 sur 495 · X. — L ENGOULEVENT ROUX DE CAYENNE · texte numérisé non relu

X. — L ENGOULEVENT ROUX DE CAYENNE

Du roux brouille de noirâtre fait presque tout le fond du plumage; un noir plus ou moins foncé en fait presque tout l’ornement; ce noir it jeté par bandes longitudinales, obliques, irrégulières, sur la tête et le dessus du corps; il forme une rayure transversale fine et régulière sur la gorge, un peu plus large sur le devant du cou, le dessous du corps et les jambes; encore un peu plus large sur les couvertures supérieures et sur le bord intérieur de l’aile près de l’extrémité ; enfin la plus large de toutes sur les pennes de la queue; quelques taches blanches sont semées çà et là sur le corps, tant dessus que dessous; en général, le noirâtre domine sur le haut du ventre, le roux sur le bas-ventre et plus encore sur les couvertures inférieures de la queue ; la partie moyenne des grandes pennes des ailes offre un compartiment de petits carrés alternativement roux et noirs qui ont presque la régularité des cases d’un échiquier; l’iris est jaune; le bec brun clair et les pieds couleur de chair.

Longueur totale, dix pouces et demi; bec, vingt-une lignes; queue, quatre pouces deux tiers : dépasse les ailes de six lignes.

J ai vu chez M. Mauduit un engoulevent de la Louisiane de la même taille que celui-ci et lui ressemblant beaucoup; seulement les raies transversales étaient plus espacées sur le cou, et le roux y devenait plus clair, ce qui formait une sorte de collier; le reste du dessous du corps était rayé comme dans le precedent; le bec était noir a la pointe et jaunâtre à la base.

Longueur totale, onze pouces; bec, deux pouces, bordé de huit ou dix moustaches très-raides revenant en avant ; queue, cinq pouces, dépassant fort peu les ailes.

a. Voyez les planches enluminées, n» 735, où cet oiseau est représente sous le nom ue Crapaud-volant ou Tette-chèvre de Cayenne.

Capi imulgus ru fus {Lath., Gmel.). — Genre Engoulevents (Cuv.).

h'il

LES HIRONDELLES

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On a vu que les engoulevents n’étaient pour ainsi dire que des hiron» déliés de nuit et qu’ils ne différaient essentiellement des véritables hirondelles que par la trop grande sensibilité de leurs yeux, qui en fait des oiseaux nocturnes, et par l’influence que ce vice premier a pu avoir sur leurs habitudes et leur conformation. En effet, les hirondelles ont beaucoup de traits de ressemblance avec les engoulevents, comme je 1 ai déjà dit , toutes ont le bec petit et le gosier large ; toutes ont des pieds courts et de longues ailes, la tête aplatie et presque point d? cou ; toutes vivent d’insectes qu’elles happent en volant; mais elles n’ont point de barbes autour du bec, ni l’ongle du doigt du milieu dentelé ; leur queue- a deux pennes de plus et elle est fourchue dans la plupart des espèces : je dis la plupart, vu que 1 on connaît des hirondelles à queue carrée, par exemple celles de la Marhmque, et j’ai peine à concevoir comment un ornithologiste célèbre, ayant établi a queue fourchue pour la différence caractérisée qui sépare le genre des hirondelles de celui des engoulevents, a pu manquer à sa méthode au point de rapporter au genre des hirondelles cet oiseau à queue carrée de la Martinique, lequel était, selon cette méthode, un véritable engoulevent. Quoi qu’il en soit , m’attachant ici principalement aux différences les plus apparentes qui se trouvent entre ces deux familles d’oiseaux, je remarque d’abord qu’en général les hirondelles sont beaucoup moins grosses que les engoulevents; la plus grande de celles-là n’est guère plus grande que le plus petit de ces derniers, et elle est deux ou trois fois moins grande que le plus (T|’and.

^ Je remarque en second lieu que, quoique les couleurs des hirondelles

a. En hébreu, agur, hagur, sus, sis, chauraf, thartaf, chatas, chataf ; suivant quelquesuns algardaione; en grec, xutiXa, les petits,

en grec vulgaire, ivaîpa tÔ ix-n ^oveiv, à^eiv, parce qu’elle voltige

et chante sur le bord des eaux; en latin , himndo , ah hœrendo , ou plutôt de en chan-

geant-/, en h; aussi disait-on anciennement helundo; chez les poètes, progne, pandionis aies, atfMs- en italien, r ondine , rondina; rundino, rundinella, rendena, cesila, zisila; en espagnol 'golondrina, andorinha; en français, hirondelle: en vieux français , herondelle, harondelle- dans le Brabant, aronde; en allemand, schwalb , schwalbe ; en saxon, swale; en suisse, schwalm; en flamand, swalwe; en anglais, swallow, sans doute à cause de son large gosier, car fo swallow signifie avaler; en polonais, jaskolka ; en üljnen , wlastowige. Voyez Gessner, Aves, pag. bl et 348; Aldrovande, t. II, p. 658 , etc. - Hirundo. Mœhring iumm gener., n“ 38. — En Guinée, les hirondelles de jour que l’on sait très-bien distinguer de celles de nuit, c’est-à-dire des engoulevents, se nomment leld atterenna-, à laGuiane, elles se nomment papays en langue gariponne.

** Ordre des Passereaux , famille des Fissirostres , genre Hirondelles. — La famille des Passereaux fissirostres se divise, comme celle des oiseaux de proie (le régime des fissirostres est absolument insectivore) , en diurnes et en nocturnes : les hirondelles comprennent les espèces diurnes, et les engoulevents les espèces nocturnes.

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soient à peu près les mêmes que celles des engoulevents et se réduisent à du noir, du brun, du gris, du blanc et du roux, cependant leur plumage est tout différent, non-seulement parce que ces couleurs sont distribuées par plus grandes masses, moins brouillées, et qu’elles tranchent plus nettement l’une sur l’autre, mais encore parce qu’elles sont changeantes et se multiplient par le jeu des divers reflets que l’on y voit briller et disparaître tour à tour à chaque mouvement de l’œil ou de l’objet.

3° Quoique ces deux genres d’oiseaux se nourrissent d’insectes ailés qu’ils attrapent au vol, ils ont cependant chacun leur manière de les attraper et une manière assez différente; les engoulevents, comme je l’ai dit, vont à leur rencontre en ouvrant leur large gosier, et les phalènes qui donnent dedans s’y trouvent prises à une espèce de glu, de salive visqueuse dont l’intérieur du bec est enduit; au lieu que nos hirondelles et nos martinets n’ouvrent le bec que pour saisir les insectes et le ferment d’un effort si brusque qu’il en résulte une espèce de craquement. Nous verrons encore d’autres différences à cet égard entre les hirondelles et les martinets lorsque nous ferons l’histoire particulière de chacun de ces oiseaux.

4° Les hirondelles ont les mœurs plus sociales que les engoulevents; elles se réunissent souvent en troupes nombreuses et paraissent même en certaines circonstances remplir les devoirs de la société et se prêter un secours mutuel , par exemple lorsqu’il s’agit de construire le nid.

5“ La plupart construisent ce nid avec grand soin, et si quelques espèces pondent dans des trous de murailles ou dans ceux qu’elles savent se creuser en terre, elles font ou choisissent ces excavations assez profondes pour que leurs petits venant à éclore y soient en sûreté, et elles y portent tout ce qu’il faut pour qu’ils s’y trouvent à la fois mollement, chaudement et à leur aise.

6° Le vol de l’hirondelle diffère en deux points principaux de celui de l’engoulevent : il n’est pas accompagné de ce bourdonnement sourd dont j’ai parlé dans l’histoire de ce dernier oiseau, et cela résulte de ce qu’elle ne vole point comme lui le bec ouvert ; en second lieu, quoiqu’elle ne paraisse pas avoir les ailes beaucoup plus longues ou plus fortes, ni par conséquent beaucoup plus habiles au mouvement, son vol est néanmoins beaucoup plus hardi, plus léger, plus soutenu, parce qu’elle a la vue bien meilleure, et que cela lui donne un grand avantage pour employer toute la force de ses ailes®. Aussi le vol est-il son état naturel , je dirais presque son état nécessaire : elle mange en volant, elle boit en volant, se baigne en volant, et quelquefois donne à manger à ses petits en volant. Sa marche est peut-être moins rapide que celle du faucon, mais elle est plus facile et plus libre;

a. Cet exemple est une confirmation ajoutée à tant d’autres des vues de M. de Buflbnsur ce sujet. Voyez t. V, page 15.

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run se précipite avec effort, l’autre coule dans l’air avec aisance ; elle sent uue l’air est son domaine, elle en parcourt toutes les dimensions et dans tous les sens, comme pour en jouir dans tous les détails, et le plaisir de cette jouissance se marque par de petits cris de gaîte; tantôt elle donne a chasse aux insectes voltigeants, et suit avec une agilité souple leur trace oblique et tortueuse, ou bien quitte l’un pour courir a 1 autre e happe en passant un troisième; tantôt elle rase légèrement la surface de la terie e des eaux pour saisir ceux que la pluie ou la fraîcheur y rassemble ; tantôt elle échappe elle-même à l’impétuosité de l’oiseau de proie par la flexibilité preste de ses mouvements : toujours maîtresse de son vol dans sa p us grande vitesse, elle en change à tout instant la direction; elle semble décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif , dont les routes se croisent, s’entrelacent, se fuient, se rapprochent, se heurtent, se roulent, montent, descendent, se perdent, et reparaissent pour se croiser, se rebrouiller encore en mille manières, et dont le plan , trop complique pour être représenté aux yeux par l’art du dessin, peut à peine être indique a

l’imagination par le pinceau de la parole.

70 Les hirondelles ne paraissent point appartenir à l’un des continents plus qu’à l’autre, et les espèces en sont répandues à peu près en nombre égal dans l’ancien et dans le nouveau : les nôtres se trouvent en Norwége et au Japon sur les côtes de l’Égypte, celles de Guinée et au cap de Bonne- Espérance ^ Hé ! quel pays serait inaccessible à des oiseaux qui volent si bien et voyagent avec tant de facilité ! Mais il est rare qu elles restent toute l’année dans le même climat : les nôtres ne demeurent avec nous que pendant la belle saison ; elles commencent à paraître vers l’équinoxe du printemps, et disparaissent peu après l’équinoxe d’automne. Aristote qui écrivait en Grèce, et Pline qui le copiait en Italie, disent que les hirondelles vont passer l’hiver dans des climats d’une température plus douce, lorsque ces climats ne sont pas fort éloignés, mais que lorsqu’elles se trouvent à une grande distance de ces régions tempérées, elles restent pendant l’inver dans leur pays natal, et prennent seulement la précaution de se cacher dans quelques gorges de montagne bien exposées : Aristote ajoute qu on en a trouvé beaucoup qui étaient ainsi recelées, et auxquelles il n était pas resté une seule plume sur le corpsG Celte opinion accréditée par de giands noms, et fondée sur des faits, était devenue une opinion populaire, au point que les poètes y puisaient des sujets de comparaison : quelques obseiva-

o. Voyez Kæmpfer, t. I , p. 208.

b. Voyage deVillault, p. 270. Kolbe, Voyage au cap de Bonne-Espérance, t. I, p. 151.

c. Aristote, Ilist. animal., lib. viii, cap. xu et xvi ; et Pline, Hist. nat., lib. x , cap. xxiv.

il. Vel qualis gelidis, pUimâ labentr, pruinis

Arboris immoritur trunco brumalis hirimdo.

Claudien.

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lions modernes semblaient même la confirmer et si l’on s’en fût tenu là, il n’eût fallu que la restreindre pour la ramener au vrai; mais un évêque d’üpsal nommé Olaüs Magnus, et un jésuite nommé Kirker, renchérissant sur ce qu’ Aristote avait avancé déjà trop généralement, ont prétendu que dans les pays septentrionaux les pêcheurs tirent souvent dans leurs filets, avec le poisson, des groupes d’hirondelles pelotonnées, se tenant accrochées les unes aux autres, bec contre bec, pieds contre pieds, ailes contre ailes; que ces oiseaux, transportés dans des poêles, se raniment assez vite, mais pour mourir bientôt après ^ et que celles-là seules conservent la vie après leur réveil qui , éprouvant dans son temps l’influence de la belle saison, se dégourdissent insensiblement, quittent peu à peu le fond des lacs, reviennent sur l’eau , et sont enfin rendues par la nature même et avec toutes les gradations à leur véritable élément : ce fait, ou plutôt cette assertion, a été répétée, embellie, chargée de circonstances plus ou moins extraordinaires; et comme s’il y eût manqué du merveilleux, on a ajouté que vers le commencement de l’automne ces oiseaux venaient en foule se jeter dans les puits et les citernes®. Je ne dissimulerai pas qu’un grand nombre d’écrivains et d’autres personnes recommandables par leur caractère ou par leur rang ont cru à ce phénomène. M. Linnæus lui-même a jugé à propos de lui donner une espèce de sanction*, en l’appuyant de toute l’autorité de son suffrage; seulement il l’a restreint à l’hirondelle de fenêtre et à celle de cheminée, au lieu de le restreindre, comme il eût été plus naturel, à celle de rivage. D’autre part, le nombre des naturalistes qui n’y croient point est tout aussi considérable'*, et s’il ne s’agissait que de compter ou de peser les opinions, ils balanceraient facilement le parti de l’affirmative ; mais, par la force de leurs preuves, ils doivent, à mon avis, l’emporter de beaucoup. Je sais qu’il est quelquefois imprudent de vouloir juger d’un fait particulier d’après ce que nous appelons les lois générales de la nature; que ces lois, n’étant que des résultats de faits, ne méritent vraiment leur nom que lorsqu’elles s’accordent avec tous les faits; mais il s’en

a. Albert, Augustin Nyphus, Gaspard Heldelin et quelques autres, ont assuré qu’on avait trouvé plusieurs fois pendant l’Mver, en Allemagne, des hirondelles engourdies dans des arbres creux et même dans leurs nids, ce qui n’est pas absolument impossible.

b. Voyez l’Histoire des nations septentrionales, ouvrage sans critique, où l’auteur s’est plu à entasser plus de merveilleux que de vérités. Au reste, M. l’abbé Prévost fait honneur de cette belle découverte de l’immersion des hirondelles à un autre évêque, auteur de la Vie du cardinal Commendon (Voyez l’Histoire générale des Voyages, t. XV, p. 266); mais cette Vie de Commendon ne peut avoir paru qu’après la mort de ce cardinal, arrivée en 1584 , et l’Histoire des nations septentrionales, par Olaüs, avait paru à Rome dès l’an 1555.

c. P. Ant. Tolentinus. Voyez V Ornithologie d’Aldrovande, t. II , p. 665.

d. Marsigli, Ray, Willughby, Cateshy, Gollinson, Wagger, Edwards, Réaumur, Adanson, Frisch,Tesdorf , Lottinger, Vallisnieri, les auteurs de l’Ornithologie italienne, etc.

1. M. Cuvier en a fait à peu près autant; mais il restreint beaucoup mieux le phénomène, en le bornant à l’hirondelle de rivage. — Voyez la note 1 de la page 7 du t. V.

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faut bien que je regarde comme un fait le séjour des hirondelles sous l’eau. Voici mes raisons :

Le plus grand nombre de ceux qui attestent ce prétendu fait^ notamment Hevelius et Schœffer, chargés de le vérifier par la Société royale de Londres, ne citent que des ouï-dire vagues ^ ne parlent que d’après une tradition suspecte, à laquelle le récit d’Olaüs a pu donner lieu, ou qui peut-être avait cours dès le temps de cet écrivain , et fut l’unique fondement de son opinion. Ceux même qui disent avoir vu, comme Etmuller, Vallerius et quelques autres % ne font que répéter les paroles d’Olaüs, sans se rendre l’observation propre par aucune de ces remarques de détail qui inspirent la confiance et donnent de la probabilité au récit.

S’il était vrai que toutes les hirondelles d’un pays habité se plongeassent dans l’eau ou dans la vase régulièrement chaque année au mois d'octobre, et qu’elles en sortissent chaque année au mois d avril, on aurait eu de fréquentes occasions de les observer, soit au moment de leur immeision, soit au moment beaucoup plus intéressant de leur émersion, soit pendant leui long sommeil sous l’eau. Ce serait nécessairement autant de faits notoires qui auraient été vus et revus par un grand nombre de personnes de tous états, pêcheurs, chasseurs, cultivateurs, voyageurs, bergers, matelots, etc., et dont on ne pourrait douter. On ne doute point que les marmottes, les loirs, les hérissons ne dorment, l’hiver, engourdis dans leurs trous; on ne doute point que les chauves-souris ne passent cette mauvaise saison dans ce même état de torpeur, accrochées au plafond des grottes souterraines, et enveloppées de leurs ailes comme d’un manteau ; mais on doute que les hirondelles vivent six mois sans respirer, ou qu’elles respirent sousl’eau pendant six mois; on en doute, non-seulement parce que la chose tient du merveilleux, mais parce qu’il n’y a pas une seule observation, vraie ou fausse, sur la sortie des hirondelles hors del’eau^*; quoique cette sortie, si elle était réelle, dût avoir lieu et très-fréquemment dans la saison où 1 on s occupe

a Schœffer, Hevelius. Aldrovande, Néander et Bartius, Gérard, de Resurrectione, Schwenckfeld, Rzaczynski, Derham, Klein , Regnard, Ellis, Linnæus, etc. : on pourrait encore allonger cette liste, mais ici le nombre des partisans devient un préjugé contre l'opinion qu'ils défendent, lorsqu’on se rappelle que, de tant d’observateurs, aucun ne produit une seule observation détaillée, authentique et qui mérite confiance.

b. Voyez les Transactions 'philosophiques , n® 10, et jugez si on a été fondé à dire que la Société royale avait vérifié le fait, comme l’ont dit les journalistes de Tré\oux, labbé Plucbe et quelques autres.

c. Chambers cite le docteur Colas, qui dit avoir vu seize hirondelles tirées du lac Samerotb, une trentaine tirées du grand étang royal en Rosmeilen, et deux autres à Scbledeiten, au moment où elles sortaient de l’eau : il ajoute qu’elles étaient humides et faibles, et quil a observé en effet que ces oiseaux sont ordinairement très-faibles lorsqu’ils commencent à paraître; mais cela est contraire à l’observation journalière; d’ailleurs le docteur Colas n’indique ni les espèces dont il parle, ni la date de ses observations, ni les circonstances, etc.

d. Je sais bien que M. Heerkens, dans son poëme intitulé Hirundo, a décrit en vers latins cette émersion ; mais il ne s’agit point ici de descriptions poétiques.

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!e pins des étangs et de leur pêche®; enfin, l’on en doute jusque sur les bords de la mer Baltique. Le docteur Halmann, Moscovite, et M. Brown, Norw'égien, se trouvant à Florence, ont assuré aux auteurs de VOrnitholocjie italienne que, dans leurs pays respectifs, les hirondelles paraissent et disparaissent à peu près dans les mêmes temps qu’en Italie, et que leur prétendu séjour sous l’eau pendant l’hiver est une fable qui n’a cours que parmi le peuple.

M. Tesdorf de Lubec, homme qui joint beaucoup de philosophie à des connaissances très-étendues et très-variées, a mandé à M. le comte de Buffon que, malgré toute la peine qu’il s’était donnée pendant quarante ans, il n’avait pu encore parvenir à voir une seule hirondelle tirée de l’eau.

M. Klein, qui a fait tant d’efforts pour donner crédit à l’immersion et à l’émersion des hirondelles, avoue lui-même qu’il n’a jamais été assez heureux pour les prendre sur le fait

M. Herman, habile professeur d’histoire naturelle à Strasbourg, et qui semble pencher pour l’opinion de M. Klein, mais qui aime la vérité pardessus tout, me fait dans ses lettres le même aveu; il a voulu voir et n’a rien vu.

Deux autres observateurs dignes de toute confiance, M. Hébert et M. le vicomte deQuerhoënt, m’assurent qu’ils ne connaissent la prétendue immersion des hirondelles que par ouï-dire, et que jamais ils n’ont rien aperçu par eux-mêmes qui tendît à la confirmer.

M. le docteur Lottinger, qui a beaucoup étudié les procédés des oiseaux, et qui n’est pas toujours de mon avis, regarde cette immersion comme un paradoxe insoutenable.

On sait qu’il a été offert publiquement en Allemagne à quiconque apporterait, pendant l’hiver, de ces hirondelles trouvées sous l’eau, de les payer en donnant autant d’argent poids pour poids, et qu’il ne s’en est pas trouvé une seule à payer®.

Plusieurs personnes, gens de lettres, hommes en place, grands seigneurs'*, qui croyaient à cet étrange phénomène et avaient à cœur d’y faire croire, ont promis souvent d’envoyer des groupes de ces hirondelles pêchées pendant l’hiver, et n’ont rien envoyé.

M. Klein produit des certificats, mais presque tous signés par une seule personne qui parle d’un fait unique, lequel s’est passé longtemps auparavant, ou lorsqu’elle était encore enfant, ou d’un fait qu’elle ne sait que par

a. Dans le Nivernais , le Morvand, la Lorraine et plusieurs autres provinces où les étangs abondent, le peuple n’a pas même l’idée de l’immersion des hirondelles.

h. Voyez Ordo avium, page 20S.

c Frisch , tome I.

d. Un grand-maréchal de Pologne et un ambassadeur de Sardaigne en avaient promis à

M. de Réaumur-, M. le gouverneur de R et beaucoup d’autres en avaient promis à M. de

Buffon.

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ouï-dire : certificats par lesquels même il est avoué que ces pêches d’hirondelles sont des cas fort rares, tandis qu’au contraire ils devraient être fort communs, certificats dénués de ces circonstances instructives et caractérisées qui accompagnent ordinairement une relation originale, enfin, certificats qui paraissent tous calqués sur le texte d Olaüs. Ici 1 incertitude naît des preuves elles-mêmes, et devient la réfutation de 1 erreur que je combats; c’est le cas de dire : le fait est incertain, donc il est faux“.

Mais ce n’est point assez d’avoir réduit à leur juste valeur les preuves dont on a voulu étayer ce paradoxe, il faut encore faire voir qu’il est contraire aux lois connues du mécanisme animal. En effet, lorsqu’une fois un quadrupède, un oiseau a commencé de respirer, et que le trou ovale qui faisait dans le fœtus la communication des deux ventricules du cœur est fermé, cet oiseau, ce quadrupède ne peut cesser de respirer sans cesser de vivre, et certainement il ne peut respirer sous l’eau. Que l’on lente, ou plutôt que l’on renouvelle l’expérience, car elle a été déjà faite que l’on essaie de tenir une hirondelle sous l’eau pendant quinze jours avec toutes les précautions indiquées, comme de lui mettre la tête sous 1 aile, ou quelques brins d’herbe dans le bec, etc.; que l’on essaie seulement de la tenir enfermée dans une glacière, comme a fait M. de Buffon % elle ne s’engourdira pas, elle mourra et dans la glacière, comme s’en est assuré M. de Butfon, et bien plus sûrement encore étant plongée sous l’eau ; elle y mourra d’une mort réelle, à l’épreuve de tous les moyens employés avec succès contre la mort apparente des animaux noyés récemment; comment donc oserait-on se permettre de supposer que ces mêmes oiseaux puissent vivre sous l’eau pendant six mois tout d’une haleine? Je sais qu’on dit cela possible à certains animaux ; mais voudrait- on comparer, comme a fait M. Klein les hirondelles aux insectes®, aux grenouilles, aux poissons, dont l’organisation intérieure est si diiférenle? Voudrait-on même s’autoriser de l’exemple des marmottes, des loirs, des hérissons, des chauves-souris, dont nous parlions tout à l’heure, et, de ce que ces animaux vivent pendant l’iiiver engourdis, conclure que les hirondelles pourraient aussi passer celte

а. Les feuilles périodiques ont aussi rapporté des observations favorables à l’iiypotlièse de M. 'Klein; mais il ne faut que jeter un coup d’œil sur ces observations pour voir combien elles sont incomplètes et peu décisives.

б. Voyez YOrnithologie italienne, t. III, p. 6 : les auteurs assurent positivement que toutes îes hirondelles que l’on a plongées sous l’eau, dans le temps même de leur disparition, y meurent au bout de quelques minutes; et quoique ces hirondelles noyées récemment eussent pu revenir à la vie par la méthode que j’indiquerai ci-dessous, néanmoins il est plus que probable que si elles restaient sous l’eau plusieurs jours de suite ( à plus forte raison si elles y restaient plusieurs semaines, plusieurs mois), elles ne seraient plus ressuscitables.

c. Voyez ci-devant, tome V, p. 7.

d. Page 217.

e. Les chenilles périssent dans l’eau au bout d’un certain temps, comme s’en est assm'é M. de Réaumur, et probablemen il en est de même des autres insectes qui ont des trachées.

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saison dans un état de torpeur à peu près semblable ? Mais sans parler de fonds de nourriture que ces quadrupèdes trouvent en eux-mêmes dans îa graisse surabondante dont ils sont pourvus sur la fin de l’automne, et qui manque à l’hirondelle; sans parler de leur peu de chaleur intérieure ‘.observée par M, de Butfon®, en quoi ils diffèrent encore de l'hirondelle * ; sans me prévaloir de ce que souvent ils périssent dans leurs trous, et passent de l’état de- torpeur à l’état de mort quand les hivers sont un peu longs, ni de ce que les hérissons s’engourdissent aussi au Sénégal, où l’hiver est plus chaud que notre plus grand été, et où l’on sait que nos hirondelles ne s’engourdissent point®; je me contente d’observer que ces quadrupèdes sont dans 1 air, et non pas sous 1 eau ; qu’ils ne laissent pas de respirer quoiqu ils soient engourdis; que la circulation de leur sang et de leurs humeurs, quoique beaucoup ralentie, ne laisse pas de continuer ; elle continue de même, suivant les observations de Vallisnieri'*, dans les grenouilles qui passent l’hiver au fond des marais; mais la circulation s’exécute dans ces amphibies par une mécanique toute differente de celle qu’on observe dans les quadrupèdes ou les oiseaux®; et il est contraire à toute expérience, comme je l’ai dit, que des oiseaux plongés dans un liquide quelconque puissent y respirer, et que leur sang puisse y conserver son mouvement de circulation ; or, ces deux mouvements, la respiration et la circulation, sont essentiels à la vie, sont la vie même. On sait que le docteur Hooke ayant

a. Voyez le tome II , page 627.

b. Le docteur Martine a trouvé la chaleur des oiseaux , et nommément celle des hirondelles, plus forte de deux ou trois degrés que celle des quadrupèdes les plus chauds. Dissertation sur la chaleur, p. 190.

c. Consultez le Voyage de M, Adanson au Sénégal, p. 67.

d. Tome I , page 436.

e. La circulation du sang dans les quadrupèdes et les oiseaux n’est autre chose que le mouvement perpétuel de ce fluide, déterminé par la systole du cœur, à passer de son ventricule droit par 1 artère pulmonaire, dans les poumons ; à revenir des poumons par la veine pulmonaire, dans le ventricule gauche ; à passer de ce ventricule, qui a aussi sa systole, par le tronc de 1 aorte et ses branches, dans tout le reste du corps ; à se rendre par les branches des veines dans leur tronc commun , qui est la veine-cave, et enfin dans le ventricule droit du cœur, d’où il recommence son cours par les mêmes routes. Il résulte de cette mécanique que, dans les quadrupèdes et les oiseaux, la respiration est nécessaire pour ouvrir au sangla route de la poitrine, et que par conséquent elle est nécessaire à la circulation ; au lieu que chez les amphibies, comme le cœur n’a qu’un seul ventricule ou plusieurs ventricules qui, commuûiquant ensemble, ne font l’effet que d’un seul, les poumons ne servent point de passage à toute îa masse du sang, mais en reçoivent seulement une quantité suffisante pour leur nourriture, et par conséquent leur mouvement, qui est celui de la respiration, est bien moins nécessaire à celui de la circulation 2. Cette conséquence est prouvée par le fait ; une tortue à qui on avait lié le tronc de l’artère pulmonaire a vécu, et son sang a continué de circuler pendant quatre jours, quoique ses poumons fussent ouverts et coupés en plusieurs endroits. Voyez Animaux dt Perrault, part. 11, p. 196.

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