Voyez les notes 1, 2 et 3 de la page 627 du t. IL
2 (e). Voyez, sur ces différents points, mon Histoire de la découverte de la circulation du. sang, 1854.
430 les hirondelles.
étranglé un chien et lui ayant coupé les côtes, le diaphragme, le péricarde, le haut de la trachée-artère, fit ressusciter et mourir cet animal autant de fois qu’il voulut, en soufflant ou cessant de souffler de l’air dans ses poumoos. Il n’est donc pas possible que les hirondelles ni les cigognes, car on les a mises aussi du nombre des oiseaux plongeurs®, vivent six mois sous l’eau sans aucune communication avec l’air extérieur, et d’autant moins possible que cette communication est nécessaire, même aux poissons et aux grenouilles : du moins c’est ce qui résulte des expériences que je viens de faire sur plusieurs de ces animaux.
De dix grenouilles qui avaient été trouvées sous la glace le 2 février, j’en ai mis trois des plus vives dans trois vaisseaux de verre pleins d’eau, de manière que, sans être gênées d’ailleurs, elles ne pouvaient s’élever à la surface, et qu’une partie de cette même surface était en contact immédiat avec l’air extérieur; trois autres grenouilles ont été jetées en même temps chacune dans un vase à demi plein d’eau, avec liberté entière de venir respirer à la surface ; enfin, les quatre restantes ont été mises toutes ensemble dans le fond d’un grand vaisseau ouvert, et vide de toute liqueur.
J’avais auparavant observé leur respiration, soit dans l’air, soit dans l’eau*, et j’avais reconnu qu’elles l’avaient très-irrégulière**; que, lorsqu’on les laissait libres dans l’eau, elles s’élevaient souvent au-dessus, en sorte que leurs narines débordaient et se trouvaient dans l’air; on voyait alors dans leur gorge un mouvement oscillatoire qui correspondait à peu près à un autre mouvement alternatif de dilatation et de contraction des narines; dès que les narines étaient sous l’eau, elles se fermaient et les deux mouvements cessaient presque subitement ; mais ils recommençaient aussitôt que les narines se retrouvaient dans l’air. Si on contraignait brusquement ces grenouilles de plonger, elles donnaient des signes visibles d’incommodité et lâchaient une quantité de bulles d’air ; lorsque l’on remplissait le bocal jusqu’aux bords et qu’on le recouvrait d’un poids de douze onces, elles enlevaient ce poids et le faisaient tomber pour avoir de l’air. A l’égard des trois
a. Voyez Scliwenckfeld , Âviarium Süesice , p. 181; Klein, Ordo avium, pag. 217, 226, 228 et 229 ; saint Cyprieu, Contra Bodinum, p. 1459 ; Luther, Comment, ad Genes., cap. i. Mais M. Hasselquist, étant aux environs de Sinyrne, a vu dans les premiers jours de mars passer des cigognes qui prenaient leur route du sud vers le nord. Voyages dans le Levant ^ U® partie, page 50:
b. Les grenouilles, les tortues et les salamandres s’enflent quelquefois tout à coup, et
demeurent dans cet état près d’un gros quart d’heure ; quelquefois elles se désenflent entiè-
rement et tout à coup, et demeurent très-longtemps dans cet état. Animaux de Perrault, part. Il , p. 272.
1. A rigoureusement parler (comme il convient ici, puisqu’il s’agit d’expériences), la grenouille adulte ne respire que dans l’air, et ne respire point dans l’eau. La jeune grenouille , le têtard, respire alternativement, pendant un certain temps, dans l’air et dans leau, parce qu’elle a tout à la fois, pendant un certain temps, des poumons et des branchies ; des poumons, pour respirer d'ans l’air, et des branchies pour respirer dans l’eau. — (Voyez la note 2 de la page 508 du tome III. )
LES HIRONDELLES
grenouilles que l’on a tenues constamment sous l’eau, elles n’ont cessé de faire tous leurs efforts pour s’approcher le plus près possible de la surface, et enfin elles sont mortes, les unes au bout de vingt-quatre heures, les autres au bout de deux jours mais il en a été autrement des trois qui avaient l’air et l’eau, et des quatre qui avaient l’air et point d’eau ; de ces sept grenouilles, les quatre dernières et une des premières se sont échappées au bout d’un mois, et les deux qui sont restées, l’une mâle et l’autre femelle, sont plus vives que jamais dans ce moment (22 avril 1779), et dès le 6 la femelle avait pondu environ 1,300 œufs.
Les mêmes expériences faites avec les mêmes précautions sur neuf petits poissons ‘ de sept espèces différentes ont donné des résultats semblables ; ces sept espèces sont les goujons, les ablettes, les meuniers, les vérons, les chabots, les rousses et une autre dont je ne connais que le nom vulgaire en usage dans le pays que j’habite, savoir la bouzière : huit individus des six premières espèces, tenus sous l’eau, sont morts en moins de vingt-quatre heures ^ tandis que les individus qui étaient dans des bouteilles semblables, mais avec la liberté de s’élever à la surface de l’eau, ont vécu et conservé toute leur vivacité; à la vérité, la bouzière renfermée a vécu plus longtemps que les six autres espèces, mais j’ai remarqué que l’individu libre de cette même espèce ne montait que rarement au-dessus de l’eau, et il est à présumer que ces poissons se tiennent plus habituellement que les autres au fond des ruisseaux, ce qui supposerait une organisation un peu différente ° ; cependant je dois ajouter que l’individu renfermé s’élevait souvent jusqu’aux tuyaux de paille qui l’empêchaient d’arriver au-dessus de l’eau ; que dès le second jour il était souffrant, mal à son aise; que sa respiration commença dès lors à devenir pénible, et son écaille pâle et blanchâtre'*
a. Il est bon de remarquer que les grenouilles sont très-vivaces, qu’elles soutiennent pendant des mois le jeûne le plus absolu, et qu’elles conservent pendant plusieurs heures le mouvement et la vie après que le cœur et les autres viscères leur ont été tirés du corps. Voyez la Collection académique , Hist. nat. séparée, t. I, p. 320.
&. L’ablette est morte en trois heures, les deux petits meuniers en six heures et demie, l’un des goujons au bout de sept heures, l’autre au bout de douze heures, le véron en sept heures et demie, le chabot en quinze heures, la rousse en vingt-trois heures, et la bouzière en près de quatre jours. Ces mêmes poissons, tenus dans l’air, sont morts, savoir : les ablettes au bout de trente-cinq à quarante-quatre minutes, la bouzière au bout d’environ quarante-quatre, la rousse au bout de cinquante ou cinquante-deux, les meuniers au bout de cinquante à soixante, l’un des vérons en deux heures quarante-huit minutes, l’autre en trois heures, l’un des goujons au bout d’une heure quarante-neuf minutes, et l’autre au bout de six heures vingt-deux ; le plus grand de tous ces poissons n’avait pas vingt lignes de long entre œil et queue.
c. Ce poisson était plus petit qu’une petite ablette; il avait sept nageoires comme elle, les écailles du dessus du corps jaunâtres, bordées de brun, et celles du dessous nacrées.
d. Cela a lieu en général pour tous les poissons qu’on laisse mourir sous l’eau ; mais il y a
1. Les poissons respirent dans l’eau , mais ne respirent point Veau; ils ne respirent que Vair ,.ontenu dans leau. (Voyez mes expériences sur le Mécanisme de la respiration des poissons, dans mes Mémoires d’analoinie et de physiologie comparées.)
LES HIRONDELLES
Mais ce qui paraîtra plus surprenant, c’est que de deux carpes égales, celle que j’ai tenue constamment sous l’eau a vécu un tiers de moins que celle que j’ai tenue hors de l’eau % quoique celle-ci, en se débattant, fut tombée de dessus la tablette d’une cheminée qui avait environ quatre pieds de hauteur ; et dans deux autres expériences comparées faites sur des meuniers beaucoup plus gros que ceux dont il a été question ci-dessus, ceux qu’on a tenus dans l’air ont vécu plus longtemps et quelques-uns une fois plus longtemps que ceux qu’on a tenus sous l’eau
J’ai dit que les grenouilles sur lesquelles j’ai fait mes observations avaient été trouvées sous la glace, et comme il serait possible que cette circonstance donnât lieu de croire à quelques personnes que les grenouilles peuvent vivre longtemps sous l’eau et sans air, je crois devoir ajouter que celles qui sont sous la glace ne sont point sans air, puisqu’il est connu que 1 eau, tanc is qu’elle se glace, laisse échapper une grande quantité d’air qui s’amasse nécessairement entre l’eau et la glace, et que les grenouilles savent bien
trouver. , ,
Si donc il est constaté par les expériences ci-dessus que les grenouilles et
les poissons ne peuvent se passer d’air 5 s’il est acquis par l’observation générale de tous les pays et de tous les temps qu’aucun amphibie, petit ou grand, ne peut subsister sans respirer l’air, au moins par intervalles, et chacun à sa manière % comment se persuader que des oiseaux puissent en
loin de là aux changements de couleur si singuliers qu’éprouve en mourant autrefois chez les Romains sous le nom de mullus, et dont le
des plaisirs de la tahle chez ceux qu’on appelait alors proceres gulœ. Voyez Pline, Hist. nat., liv IX chap. XVII ; et Sénèque, Quest. nat., liv. iii , chap. xviii. ^
a La première a vécu dix-huit heures sous l’eau, et la seconde près de yingt-sept dans 1 ai . 6. Des^deux meuniers qn’on a laissé mourir hors de l’eau dans une chambre sans feu , te momètre sept degrés au-dessus de zéro , l’un avait un pied de long, pesait trente-trois once., et a vécu huit heures; l’autre avait un peu plus de neuf pouces et derni, a vécu quatre heures dix-sept minutes : tandis que deux poissons de meme espece n o sous l’eau, l’un que trois heures cinquante-sLx minutes, et l’autre que trois heures et quart ülais il n’en a pas été de même des rousses , car la plus grande, qui avait cinq pouces huit lignes de long, n’a vécu que trois heures dans l’air, et l’autre, qui avait quatre pouces neuf lignes, a vécu trois heures trois quarts sous l’eau. Dans le cours de ces observations , ] ai cru voü' que l’agonie de chaque poisson se marquait par la cessation du mouvement régulier des ouïes^et par une convulsion périodique dans ce même organe, laquelle revenait deux nu ti3s Sen în quart d’heure : le gros meunier en a eu treize en soixante-dix-sept minutes, et il m’a paru que la dernière a marqué l’instant de la mort; dans l’un des petits, cet instant a été mriuTpar\n^ convulsion dans les nageoires du ventre, mais dans le plus gmnd no* celui de tous les mouvements externes et réguliers qui s est soutenu le p us ong e p ,
mouvement de la mâchoire inférieure. loa hinun-
c. On sait que les castors, les tortues, les salamandres, les lézards, les f PJ
notâmes les baleines, viennent souvent au-dessus de l’eau, ainsi que les grenouilles pour jouir de’l’air; les coquillages eux-mêmes, qui de tous les
semblent avoir besoin d’air, et viennent de temps en temps le respirer a la J"’
par exemple, la moule des étangs. Voyez le Mémoire de M. Mery sur ce coquillage, Mémoires de l’Académie royale des sciences de Paris, année 1710.
1. Voyez mes expériences, déjà citées, sur la Respiration des poissons.
LES HIRONDELLES
supporter l’entière privation pendant un temps considérable? comment supposer que les hirondelles, ces filles de l’air qui paraissent organisées pour être toujours suspendues dans ce fluide élastique et léger, ou du moins pour le respirer toujours, puissent vivre pendant six mois sans air?
Je serais sans doute plus en droit que personne d’admettre ce paradoxe, ayant eu l’occasion de faire une expérience, peut-être unique jusqu’à présent, qui tend à le confirmer. Le 5 septembre, à onze heures du matin, j’avais renfermé dans une cage une nichée entière d’hirondelles de fenêtre, composée du père, de la mère et de trois jeunes en état de voler : étant revenu quatre ou cinq heures après dans la chambre où était cette cage, je m’aperçus que le père n’y était plus, et ce ne fut qu’après une demi-heure de recherche que je le trouvai ; il était tombé dans un grand pot à l’eau où il s’était noyé ; je lui reconnus tous les symptômes d’une mort apparente, les yeux fermés, les ailes pendantes, tout le corps raide; il me vint à l’esprit de le ressusciter, comme j’avais autrefois ressuscité des mouches noyées ; je l’enterrai donc à quatre heures et demie sous de la cendre chaude, ne laissant à découvert que l’ouverture du bec et des narines ; il était couché sur son ventre; bientôt il commença à avoir un mouvement sensible de respiration qui faisait fendre la couche de cendres dont le dos était couvert ; j’eus soin d’y en ajouter ce qu’il fallait; à sept heures, la respiration était plus marquée, l’oiseau ouvrait les yeux de temps en temps, mais il était toujours couché sur son ventre; à neuf heures, je le trouvai sur ses pieds, à côté de son petit tas de cendres; le lendemain matin il était plein de vie; on lui présenta de la pâtée, des insectes ; il refusa le tout, quoiqu’il n’eùt rien mangé la veille ; l’ayant posé sur une fenêtre ouverte, il y resta quelques moments à regarder de côté et d’autre, puis il prit son essor en jetant un petit cri de joie et dirigea son vol du côté de la rivière Cette espèce de résurrection d’une hirondelle noyée depuis deux ou trois heures ne m’a point disposé à croire possible la résurrection périodique et générale de toutes les hirondelles après avoir passé plusieurs mois sous l’eau ; la première est un phénomène auquel les progrès de la médecine moderne nous ont accoutumés et qui se réalise tous les jours sous nos yeux dans la personne des noyés; la seconde n’est à mon avis ni vraie ni vraisemblable; car, indépendamment de ce que j’ai dit, n’est-il pas contre toute vraisemblance que les mêmes causes produisent des effets contraires? que la température de l’automne dispose les oiseaux à l’engourdissement et que celle du printemps les dispose à se ranimer, tandis que le degré moyen de celte dernière température, à compter du 22 mars au 20 avril, est moindre que le degré moyen de celle de l’automne, à compter du 22 septembre au 20 octobre^? par la
a. Une personne digne de foi m’a assuré avoir ressuscité de la même manière un chat noyé récemment,
L J’ai calculé la température moyenne de ces deux périodes sur un journal d’observations VII. 28
LES HIRONDELLES
même raison, n"est-il pas contre toute vraisemblance que l’occulte énergie de cette température printanière, lors même qu’elle est plus froide et plus longtemps froide que de coutume, eomme elle le fut en 1740, ne laisse pas de réveiller les hirondelles jusqu’au fond des eaux, sans réveiller en même temps les inseetes dont elles se nourrissent et qui sont néanmoins plus exposés et plus sensibles à son action"? d’où il arrive que les hirondelles ne ressuscitent alors que pour mourir de faim ^ au lieu de s’engourdir une seconde fois et de se replonger dans l’eau, comme elles devraient faire si les mêmes causes doivent toujours produire les mêmes effets; n’est-il pas contre toute vraisemblance que ces oiseaux supposés engourdis, sans mouvement, sans respiration, percent les glaces, qui souvent couvrent et ferment les lacs au temps de la première apparition des hirondelles, et qu’au contraire, lorsque la température des mois de février et de mars est douce et même chaude, comme elle le fut en 1774% elle n’avance pas d’un seul jour l’époque de cette apparition? n’est-il pas contre la vraisemblance que, l’automne étant chaud, ces oiseaux ne laissent pas de s’engourdir au temps marqué, quoique l’on veuille regarder le froid comme la cause de cet engourdissement? enfin, n’est-il pas contre toute vraisemblance que les hirondelles du Nord, qui sont absolument de la même espèce que celles du Midi, aient des habitudes si difiérentes et qui supposent une tout autre organisation?
En recherchant d’après les faits connus ce qui peut avoir donné lieu à cette erreur populaire ou savante, j’ai pensé que, parmi le grand nombre d’hirondelles qui se rassemblent la nuit dans les premiers et derniers temps de leur séjour sur les joncs des étangs, et qui voltigent si fréquemment sur l’eau, il peut s’en noyer plusieurs par divers accidents faciles à imaginer**; que des pêcheurs auront pu trouver dans leurs filets quelques-unes de ces hirondelles noyées récemment ; qu’ayant été portées dans un poêle, elles
météorologiques, faites pendant les dix dernières années, et j’ai trouvé que la chaleur moyenne de la période du printemps était à la chaleur moyenne de la période de l’automne dans la raison de 22 à 29.
a. On sait que, lorsque Thiver est doux , les insectes engourdis se raniment, même dans les mois de février et de janvier, et que si, après cela, il survient des froids, ils s’engourdissent de nouveau.
h. Dans cette année 1740 , les hirondelles étant arrivées avant qu’aucun insecte ailé eût subi sa dernière métamorphose, retardée par les froids, il en périt un grand nombre faute do nourriture; elles tombaient mortes ou mourantes dans les rues, au milieu de la campagne. Cela prouve que ces oiseaux n’ont pas le pressentiment des températures aussi sûr que des personnes, fort instruites d’ailleurs, veulent nous le faire croire. Voyez la Collection académique , partie étrangère, tome XI, Académie de Stockholm, page bl.
c. Le temps fut si doux à cette époque, que même dans les pays du Nord, les plantes avaient commencé d’entrer en végétation.
d. On en trouve quelquefois l’été de noyées dans les petites pièces d’eau et même dans les mares, ce qui prouve qu’elles se noient très-facilement ; mais, encore une fois, la question principale n’est pas de savoir si elles tombent dans l’eau, c’est de savoir si elles en sortent , et comment elles en sortent.
LES HIRONDELLES. 435
auront repris le mouvement sous leurs yeux ; que de là on aura conclu trop vite et beaucoup trop généralement qu’en certains pays toutes les liirondelles passaient leur quartier d’hiver sous l’eau; enfin, que des savants se seront appuyés d’un passage d’Aristote pour n’attribuer cette habitude qu’aux hirondelles des contrées septentrionales, à cause de la distance des pays chauds “ où elles pourraient trouver la température et la nourriture qui leur conviennent, comme si une distance de quatre ou cinq cents lieues de plus était un obstacle pour des oiseaux qui volent aussi légèrement et sont capables de parcourir jusqu’à deux cents lieues dans un jour, et qui d’ailleurs, en s’avançant vers le Midi, trouvent une température toujours plus douce, une nourriture toujours plus abondante. Aristote croyait en effet à l’occultation des hirondelles et de quelques autres oiseaux, en quoi il ne se trompait que dans la trop grande généralité de son assertion; car il est trèsvrai que l’on voit quelquefois l’hiver paraître des hirondelles de rivage, de cheminée, etc., dans les temps doux ; on en vit deux de la dernière espèce voltiger tout le jour dans les cours du château de Mayac, en Périgord, le 27 décembre 1775, par un vent de midi accompagné d’une petite pluie. J’ai sous les yeux un procès-verbal revêtu d’un grand nombre de signatures respectables qui attestent ce fait, et ce fait, qui confirme à quelques égards, le sentiment d’Aristote sur l’occultation des hirondelles, ne s’accorde point avec ce qu’ajoute ce philosophe quelles sont alors sans plumes. On peut croire que les hirondelles, vues le 27 décembre en Périgord, étaient ou des adultes dont la ponte avait été retardée, ou des jeunes qui, n’ayant pas eu l’aile assez forte pour voyager avec les autres, étaient restées en arrière, et, par une suite de hasards heureux, avaient rencontré une retraite, une exposition, une saison** et des nourritures convenables : ce sont apparemment quelques exemples pareils, moins rares dans la Grèce que dans notre Europe septentrionale, qui auront donné lieu à l’hypothèse de l’occultation générale des hirondelles, non-seulement de celles de fenêtre et de cheminée, mais encore de celles de rivage ; car M. Klein prétend aussi que ces dernières restent l’hiver engourdies dans leurs trous % et il faut
а. « Nec omnes ad loca tepidiora abeunt, sed quibus loca ejusmodi surit vicina solitæ sedi.... « quæ autem procul ejusmodi locis morantur, non mutant sedem, sed se ibidem condunt. Jam « enim visæ sunt multæ hirundines in angustiis convallium nudæ atque omnino déplumés. » Aristote, Hist. animal., lib. vin , cap. xii et xvi.
б. Cette année 1775, l’automne a été assez belle et point froide dans la partie de la Bourgogne que j’habite, et qui est de deux degrés plus septentrionale que Périgueux ; sur quatrevingt-quinze journées jusqu’au 27 décembre, il n’y en a eu que vingt-sept sans soleil; le thermomètre n’est point descendu plus bas que cinq ou six degrés au-dessous de zéro , et il a été plus souvent à cinq ou six au-dessus, même sur la fin de décembre; le 27, il était, au lever du soleil , à trois degrés au-dessus.
c. On y ajoute les martinets, les râles, les rossignols, les fauvettes, et il parait que M. Klein voudrait en ajouter bien d'autres. Si son système se réalisait, la terre n’aurait pas assez de cavernes, les rochers n’auraient pas assez de trous ; d’ailleurs, plus cette occultation sera siip-
^3g LES HIRONDELLES.
avouer que ce sont celles qui pourraient en être soupçonnées avec plus de waisernWance, puisqu’à Malle et même en France, elles para, ssenl assez ” pLda^t 1-hiver. m: de Buffon n'avait pas eu
îui-mêrae dans cette saison, mais il les avait vues de 1 P ?
avan“ é d après leur nature que s',1 y avait une espèce d'h, rondelle suîeTté à l^ngourdissement, ce devait être celle-ci en effet, es h.rondel s de rivage craignent moins le froid que les autres, puisqu elles se tiennent P e que toujours sur les ruisseaux et les rivières : selon ton e apparence, èiles ont aussi le sang moins chaud; les trous où elles pondent, ou elle habitent ressemblent beaucoup au domicile des animaux que I on sait q s’engourdissent ; d’ailleurs, elles trouvent dans la terre des insectes en toute saison - elles peuvent donc vivre au moins une partie de 1 Inver dans oavs où les autres hirondelles périraient faute de nourriture; encoie faut il hîm^e arderdefam^ de cette occultation une loi générale pour oute l’espèce • elle doit être restreinte à quelques individus seulement, c est un conL' u^icrqui résulte d’une observation faite en Angleterre au mois d’octobre 1757 et dirigée par M. Collinson; il ne se trouva pas une s u e es rondelles dans'one berge criblée de leurs trous et que on fou très-exactement. La principale source des erreurs dans ce ‘ ^
COUP d'autres, c'est la facilité avec laquelle on se permet de l, er des con séquences générales de quelques faits particuliers et souvent mal vus.
Put donc que les hirondelles (je pourrais dire tous les oiseaux de passage) ne cherchent point, ne peuvent trouver sous l'eau un à leur nature contre les inconvénients de la mauvaise ®'son, > en faut revenir à l'opinion la plus ancienne, la plus conforme a 1 observation et a l'expérience ; il faut dire que ces oiseaux , ne trouvant plus dans un pays insecte qui leur conviennent, passent dans des contrées moins troides qui leur offrent en abondance cette proie, sans laquelle ils ne peuvent subsister» • et il est si vrai que c'est là la cause générale et déterminante des migrations des oiseaux, que ceux-là partent les premiers qui vivent d .nsec es voltigeants, et pour ainsi dire aériens, parce que ces insectes manquent les premiers ; ceux qui vivent de larves de fourmis et autres insectes terres re en trouvent plus longtemps et partent plus tard ; ceux qui v^nt de ^
de petites graines et de f™ls qui mûrissent en automne et re-te.ff^^^^^
arbres tout l'hiver, n'arrivent aussi qu'en ‘
campagnes la plus grande partie de l'hiver; ceux qui vivent des me. choses que l'homme et de son superflu restent toute 1 annee a portée des
posée générale, plus elle doit être supposée notoire. Vo,es O, -do ««««., png. M3 , »* , « passim.
a. Voyez le tome V de cette édition de Buffon, page 9. ^ ■ „ + v ti eni
i. Voyez Swammerdam , dans la Collection académique, partie étrangère, t. V, p.
1. ...OEil de l’esprit : expression de Buffon lui-même. (Voyez la page 6GS> du I yolu
LES HIRONDELLES
lieux habités; enfin de nouvelles cultures qui s’introduisent dans un pays donnent lieu, à la longue, à de nouvelles migrations : c’est ainsi qu’après avoir établi à la Caroline la culture de l’orge, du riz et du froment, les colons y ont vu arriver régulièrement chaque année des volées d’oiseaux qu’on n’y connaissait point, et à qui l’on a donné, d’après la circonstance, les noms d’oiseaux de riz, d’oiseaux à blé, etc. D’ailleurs il n’est pas rare de voir dans les mers d’Amérique des nuées d’oiseaux attirés par des nuées de papillons si considérables, que l’air en est obscurci^. Dans tous les cas, il paraît que ce n’est ni le climat, ni la saison, mais l’article des subsistances, la nécessité de vivre, qui décide principalement de leur marche % qui les fait errer de contrées en contrées, passer et repasser les mers, ou qui les fixe pour toujours dans un même pays.
J’avoue qu’après cette première cause, il en est une autre qui influe aussi sur les migrations des oiseaux, du moins sur leur retour dans le pays qui les a vus naître. Si un oiseau n’a point de climat, du moins il a une patrie; comme tout autre animal, il reconnaît, il affectionne les lieux où il a commencé de voir la lumière, de jouir de ses facultés, où il a éprouvé les premières sensations, goûté les prémices de l’existence* ; il ne le quitte qu’avec regret ; et lorsqu’il y est forcé par la disette, un penchant irrésistible l’y rappelle sans cesse; et ce penchant, joint à la connaissance d’une route qu’il a déjà faite, et à la force de ses ailes, le met en état de revenir dans le pays natal toutes les fois qu’il peut espérer d’y trouver le bien-être et la subsistance ^ ; mais sans entrer ici dans la thèse générale du passage des oiseaux et de ses causes, il est de fait que nos hirondelles se retirent au mois d’octobre dans les pays méridionaux, puisqu’on les voit quitter chaque année, dans cette même saison, les différentes contrées de l’Europe, et arriver peu de jours après en différents pays de l’Afrique, et que même on les a trouvées plus d’une fois en route au milieu des mers. Il est de ma
а. Voyez les Transactions philosophiques , n'> 483 , art. 3S.
б. Second Voyage de Colomb, chap. xiv.
c. Il est probable que les migrations des poissons, et même celles des quadrupèdes, sont sujettes à la même loi, ou plutôt à la loi plus générale qui tend à la conservation de cliaque espèce et de chaque individu : par exemple, je croirais volontiers que les poissons volants n’eussent jamais fait usage de leurs nageoires pour voler, s’ils n’eussent été poursuivis par les bonites, les dorades et autres poissons voraces, et il peut se faire que le passage des oiseaux de proie, qui a lieu au mois de septembre, ait aussi quelque influence sur le départ des hirondelles.
d. Dans la partie de la Libye où le Nil prend sa source, les hirondelles et les milans sont sédentaires et restent toute l’année. Hérodote, lib. ii. On a dit la même chose de quelques cantons de l’Éthiopie; au reste, il peut y avoir dans le même pays des hirondelles de passage et d’autres sédentaires, comme au cap de Bonne-Espérance.
1. Prémices de l’existence : expression heureuse, et qui peint bien ce je ne sais quoi de doux, qui ne permet pas d’oublier le lieu natal :
Nescio c[uâ natale solum dulcedine cunctos Allicit , immemores nec sinit esse sui.