‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 61 sur 495 · LE POUILLOT OU LE CHANTRE · texte numérisé non relu

LE POUILLOT OU LE CHANTRE

Nos trois plus petits oiseaux d’Europe sont le roitelet, le troglodyte et le pouillot : ce dernier, sans avoir le corps plus gros que les deux autres, l a

a. En grec, en latin, asilus ; en anglais, green-iuren ou small yellow bird; en

catalan , xiuxerra, en polonais , krolik nieczubaty; dans le Bolonais , reatin ; en Provence, fifl; en Bourgogne, fenerotet ou fretillet; en Lorraine, tuit; en Sologne, frelot ou frelotte , foùület, toute-vive; dans l’Orléanais, vetli-vetto , toUtolo; en Normandie, pouiHoi oupouliot {tous noms qui lui vienuent de son chant, de son nid ou de sa taille. Salerne, Ornilhol., p. 242 ). — Asilus. Gessner, Avi., p. 223. — Jouston , Avi., p. 82. — Moehr., Avi., gen. 35. — Charleton, Exercit., p. 95 , n° 2. — Idem, Onomast., p. 89 , n° 2. — Aldrovande- donne le pouillot deux fois, l’une d’après Belon, Avi., t. II, p. 657, sous le nom de asilus avis,' lautre, p. 653, sous celui de régulas alius non cristatus. Willughby, qui le copie, fait la même répétition. Ornilhol., p. 164, asilus Bellonii; et dans la même page, régulas non cristatus Aldrovandi : on trouve un double emploi pareil dans Jonston ,p. 8i. — Regulus non cristatus Aldrovandi. Ray, Synops., p. 80, n« a, 10. — Rzaczynski, Auctuar. Ilist. nat. Polon.,p. 417, — Régulas cinereus. Linnæus, Syst. nat., édit. VI, g. 82, sp. 24. — « Motacilla cinereo- •« virescens, subtus flavescens, superciliis luteis. » Fauna Suec., n<> 236. — « Motacilla cinereo « virens, remigibus subtus flavescentibus, superciliis luteis. » Trochilus. Idem, Syst. nat., édit. X, g. 99, sp. 31. — Trochilus ex flavo cinereus, capite nigro. Barrère, Ornilhol., class. 3 , g. 23 , sp. 2. — Trochilus capite lævi. Klein, Avi., p. 76 , n“ 2. — Small green‘vjren : régulas non cristatus. Edwards, Pref., p. xii. — « Ficedula supernè dilutè olivacea, « infernè flavicans {imo ventre albo, Fœmina ); tænià supra oculos flavicante ; rectricibus cine- « reo-fuscis, oris exterioribus dilutè olivaceis. » Asilus , le pouliot ou chantre. Brisson, Orni~ thoL, t. III, p. 479. Chantre ou chanteur. Belon, Hat. des oiseaux, p. 344. — Idem , Portrait d'oiseaux , p. 86. — Roitelet non huppé. Albin, t. II, p. 38.

‘ Motacilla trochilus ( Linn. ). — Genre Becs-Fins, sous-genre Roitelets ou Figuiers (Cuv.

LE POUILLOT.

fil

seulement un peu plus allongé; c’est la tournure, la taille et la figure d’un petit figuier, car le pouillot paraît appartenir à ce genre déjà si nombreux, et s’il ne valait pas infiniment mieux donner à chaque espèce son nom propre, dès qu’elle est bien connue, que de la confondre dans les appellations génériques, on pourrait nommer le petit figuier d’Europe, et

je suis surpris que quelque nomenclateur ne s’en soit point avisé. Au reste, le nom de pouillot, comme celui de poul donné au roitelet, paraît venir de pullus , pusillus , et désigne également un oiseau très-petit.

Le pouillot vit de mouches et d’autres petits insectes; il a le bec grêle, effilé, d’un brun luisant en dehors, jaune en dedans et sur les bords®; son plumage n’a d’autres couleurs que deux teintes faibles de gris verdâtre et de blanc jaunâtre ; la première s’étend sur le dos et la tête : une ligne jaunâtre, prise de l’angle du bec, passe près de l’œil et s’étend sur la tempe; les pennes de l’aile d’un gris assez sombre ont, comme celles de la queue, leur bord extérieur frangé de jaune verdâtre; la gorge est jaunâtre, et il y a une tache de la même couleur sur chaque côté de la poitrine, au pli de l’aile; le ventre et l’estomac ont du blanc plus ou moins lavé de jaune faible, suivant que l’oiseau est plus ou moins âgé, ou selon la différence du sexe, car la femelle a toutes les couleurs plus pâles que le mâle ^ ; en général , le plumage du pouillot ressemble à celui du roitelet, qui seulement a de plus une tache blanche dans l’aile et une huppe jaune ^

Le pouillot habite les bois pendant l’été; il fait son nid dans le fort des buissons ou dans une touffe d’heibes épaisses; il le construit avec autant de soin qu’il le cache ; il emploie de la mousse en dehors et de la laine et du crin en dedans; le tout est bien tissu, bien recouvert, et ce nid a la forme d’une boule, comme ceux du troglodyte, du roitelet et de la petite mésange à longue queue ; il semble que celte structure de nid ait été suggérée par la voix de la nature à ces quatre espèces de très-petits oiseaux, dont la chaleur ne suffirait pas si elle n’était retenue et concentrée pour le succès de l’incubation, et ceci prouve encore que tous les animaux ont peut-être plus de génie pour la propagation de leur espèce que d’instinct pour leur propre conservation. La femelle du pouillot pond ordinairement quatre ou cinq œufs d’un blanc terne, piqueté de rougeâtre*^, et quelquefois six ou sept; les petits restent dans le nid jusqu’à ce qu’ils puissent voler aisément.

a. « A le bec longuet et débile, propre à prendre des verms; aussi vit-il de bêtes en vie et non de semences, et vit en l’ombrage des hautes forêts. Selon, Nat. des oiseaux, p. 344.

b. « Varietas est in coloribus avium hujusgeneris : aliæ eniin dilutiùs , aliæ intensiùs virent « aut flavent; aliis venter albet, absque ullà viridis tincturà. » Willughby, Ornithol, p. 164.

c. « Regulo per omnia similis, præter quod cristà caret.... macula etiam albà quam medià « alà ha.bet regulus cristatus. » Aldrovande, Âm., t. II, p. 6S3. — « Il seroit semblable au poul, qu’avons nomnré tyrannus, n’estoit qu'il n’a point de crête jaune sur la teste, et toutes fois a du jaune au ply des ailes. » Selon , Nat. des oiseaux , p. 344.

d. Willughby, Ray. — « Ce petit oiseau est très-attaché à son nid, et il ne l’abandonne que difficilement. Uu de mes amis m'a raconté qu’un jour ayant trouvé le nid de cet oiseau, il lui

2 LE POUILLOT.

En automne, le pouillot quitte les bois et vient chanter dans nos jardins et nos vergers; sa voix, dans cette saison, s’exprime par iuit, tmt, et ce son presque articulé est le nom qu’on lui donne dans quelques comme en Lorraine, où nous ne retrouvons pas la trace du nom chofti qu’on y donnait à cet oiseau du temps de Belon, et qui, selon lui, signi chanteur ou chantre % autre dénomination de cet oiseau, relative a a diversité et à la continuité de son ramage <*, qui dure tout le printemps e tout l’été. Ce chant a trois ou quatre variations, la plupart modulées : c est d’abord un petit gloussement ou grognement entrecoupe,^ puis une suite de sons argentins détachés, semblables au tintement réitéré d ecus qui tomberaient successivement l’un sur l’autre; et c’est apparemment ce son que Willughby et Albin comparent à la strideur des sauterelles « . apres ces deux essors de voix très-différents l’un de l’autre, l’oiseau fait entendre un chant plein ; c’est un ramage fort doux, fort agréable et bien soutenu , qui dure pendant le printemps et l’été ; mais en automne, des le mois d août, le petit sifflement tuit, fuit, succède à ce ramage, et cette dermere variation de la voix se fait à peu près de même dans le rouge-queue et dans le

rossignol L .

Dans le pouillot, le mouvement est encore plus continu que la voix, c i

il ne cesse de voltiger vivement de branche en branche; il part de celle ou il se trouve pour attraper une mouche; revient, repart en furetant sans cesse dessus et dessous les feuilles pour chercher des insectes, ce qui lui a fait donner dans quelques-unes de nos provinces les noms de fretillef , fenerotet : il a un petit balancement de queue de haut en bas, mais lent et

inGsurc*

Ces oiseaux arrivent en avril, souvent avant le développement des feuilles- ils sont en troupes de quinze ou vingt pendant le voyage; mais au moment de leur arrivée ils se séparent et s’apparient, et lorsque maint pondre jusqu’à trente œufs Lun après ktone!

qu’il était pondu; après quoi il en eut pitie, et lui en laissa assez pour

En Toiane ■ lui • et il prononce ce petit nom d’une voix plaintive, dit Olina sans avoir d’autre chant. Ceci semhleraU indiquer que le pouillot ne passe point l’ete en Italie, autan

^ OnTe'^nommTm^ dans la forêt d’Orléans, suivant M. Salerne, Ornithol, p. 242^

■ « Airè”ou“^ et le poul (roitelet), nous ne cognoissons oiseau de

moindre corpulence que cestuy que les Lorrains nomment chofty, qui vaut autant dire en aaîc AATYimp clinnipuT » CgIoii , dBS oiSBClUCC^ p« 344.

:Tpeüt o"r;:rieinhni^^^^ chant... C’estun des premiers le retour du printemps. Je l’ai entendu chanter plus de trois semaines avant le ro.sig

"'TV;ofsSe?':fi:ksî:,'fanoraest. >> Willughby. - « Leur ramage ressemble au ton

willughby appelle une voix plaintive : Et canit voce

qucrulâ. Oi'tiiihol.,]}. 1C4.

LE POÜILLOT.

lieureiisenienl il survient des frimas dans ces premiers temps de leur retour, ils sont saisis du froid et tombent morts sur les chemins Cette petite et faible espèce ne laisse pas d’être très-répandue; elle s’est portée jusqu’en Suède, où Linnæus dit qu’elle habite dans les saussaies ** : on la connaît dans toutes nos provinces : en Bourgogne sous le nom de fénérotet, en Champagne sous celui de fretillet; en Provence sous celui de fiji ' ; on le trouve aussi en Italie**, et les Grecs semblent l’avoir connu sous le nom de oestros (asylus ® ) : il y a même quelque apparence que le petit roitelet vert non huppé f de Bengale, donné par Edwards , n’est qu’une variété de notre pouillot d’Europe.

LE GRAND POUILLOT. *

Nous connaissons un autre pouillot, moins petit d’un quart que celui dont nous venons de donner la description, et qui en diffère aussi par les couleurs ; il a la gorge blanche et le trait blanchâtre sur l’œil ; une teinte roussâtre sur un fond blanchâtre couvre la poitrine et le ventre ; la même teinte forme une large frange sur les couvertures et les pennes de l’aile , dont le fond est de couleur noirâtre ; un mélange de ces deux couleurs se montre sur le dos et la tête. Du reste, ce pouillot est de la même forme que le petit pouillot commun. On le trouve en Lorraine, d’où il nous a été envoyé; mais comme nous ne savons rien de ses habitudes naturelles, nous ne pouvons prononcer sur l’identité de ces deux espèces.

A l’égard du grand pouillot que M. Brisson, d’après ’Willughby, donne comme une variété de l’espèce du pouillot commun, et qui a le double de grandeur, il est difficile, si cela n’est pas exagéré, d’imaginer qu’un oiseau qui a le double de grandeur soit de la même espèce. Nous croyons plutôt

a. (( Ce petit oiseau est si faible, qu’en M jetant une motte de terre sur la branche où il se tient, la secousse l’étourdit et l’abat. » Salerne.

b. Fauna Suecica, n° 'i.Ze.

c. M. Guys.

d. In agro Bononiensi aliquando capitur. Aldrovande.

e. Aristote ( lib, viii , cap. m ) ne fait que nommer l’oiapo; entre Yhypolaïs et le tyrannus, et comme un de ces petits oiseaux qui vivent d’insectes. — « Deux choses nous induisent à croire que cestuy est asiius : l’une qu’on l’avoit ainsi nommé en Grèce, à cause de sa petite corpulence; l’autre que telle mouche même toujours bruit des aelles , aussi est-ce que cet oyseau ne cesse guère de chanter. » Belon, Nat des oiseaux, p. 344.

f. Small green-wren : régulas non cristatus. Edwards, Pref., p. xii.

* Motacilla hypolaïs (Ciiv. ). — « M. Vieillot ne fait pas une espèce particulière de cet oiseau « peu connu. M. Cuvier nomme grand pouillot le bec-fin à poitrine jaune (Motacilla hypolaïs), « dont la figure est représentée dans la planche enluminée 581 , n° 2, sous le nom de fauvette « de roseaux, mais dont la description est bien celle de la véritable fauvette de roseaux, « motacilla arundinacea. » (Desmarets.)

5i LE GRAND POUILLOT.

que AYillughby aura pris pour un pouillot la fauvette de roseaux qui lui ressenible assez, et qui est effectivement une fois plus grosse que le pouillot commun.

LE TROGLODYTE

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