VULGAIREMENT ET IMPROPREMENT LE ROITELET
Dans le cboix des dénominations , celle qui peint ou qui caractérise l’olqet doit toujours être préférée : tel est le nom de troglodyte, qui signifie habitant des antres et des cavernes % que les anciens avaient donné à ce petit oiseau et que nous lui rendons aujourd hui 5 car c est par eireui que les modernes l’ont appelé roitelet. Cette méprise vient de ce que le véritable roitelet, que nous appelons tout aussi improprement poul ou souci huppé, est aussi petit que le troglodyte. Celui-ci paraît en hiver autour de nos habitations; on le voit sortir du fort des buissons ou des branchages épais pour entrer dans les petites cavernes que lui forment les trous des murs :
a. Voyez les planches enluminées, n» 651, fig. 2, sous le nom de roitelet.
b. En grec, Tpoyaiç à Tp=yw, TptùyXoJÛTr,;; en grec moderne, TpD.aro; en latin, trochilus, troglodytes; en italien, reattino , re di siepe; en toscan, stricciolo; en sicilien, perchia chagia ; en allemand, schnee-kœnig , winter-kœnig , zaun-kœnig , thurin-kœnig , mœuse-kœnig , zaun-schlupfer ; en suédois, tumling; en anglais, wren , cornmon wren; en polonais, krolik, pokrsywska,wolowe ocsko; en turc, bilUl; en Provence, vaqw.-petoé et roi-bedelet; en Saintonge, roi-bouti; en Sologne, roi-bery; en Poitou, quionqmon; en Guyenne, arrepit; en Normandie, rehêtre; en Anjou, berkhon ou roi-bertaud; dans l’Orléanais, ratillon ou ratereau, petit rat. en Bourgogne , fourré-buisson et roi de froidure. Troglodytes (passer). Gessner, Avi. p! 651. - Idem, Icon. avi., p. 49. — Aldrovande, Avi., t. II, p. 654. — Jonst., Aui., p. 82. — Sclrwenckfeld , Aviar. Siles., p. 324. — Klein, Avi., p. 76, n® 1. Linnæus, Syst.7iat., édit. VI, g. 82, sp. 20. — Willughby, Ornithol.,p. 164. — Passer troglodytes Aldrovandi, perperam regulus. Sibbald, Scot. illustr., part, ii , lib, iii , p. 18. Passer troglodytes. Charleton, Exercit., p. 87, n® 11. — Idem, Onomast., p. 79, n» 11. — Trochilus, sive passer troglodytes. Frisch, avec une belle figure, tab. 24. —Passer troglodytes orniihologis ; passer sepium Turnero. Rzaczynslù, Hist. nat. Polon., p. 290, Trochilus. Idem, Auctuar., p. 405. — Passer sepium. Idem, ibidem, p. 407. — Trochilus fulvus. Barrère, Ornithol. class. 3, g. 23, sp. 1. — Regulus opricus. Schwenckfeld, p. 324. — Motacilla grisea, alis ’nigro cinereoque undulalis. Linnæus, Fauna Sttecica, n® 232. — Reattino. Olina, p. 6.
yluis nobis roitelet dicta. Belon, Observ., p. 17. — Roitelet. Idem, Nat. des oiseaux, p. 342.
— Idem, Portrait d’oiseaux, p. 86, a. — Roitelet ordinaire. Albin, t. 1, p. 47. — « Ficedula « supeinè fusco-rufa, infernè fusco-rufescens, lineolis fuscis transversim striata, apicibus « peiinaium albidis; collo inferiore et pectore sordidè albo-rnfescentibus ; tænià supra oculos « sordidè albo rufescente; rectricibus fusco-rufis, lineolis fuscis transversim striatis. » Regulus, le roitelet. Brisson, t. III, p. 425.
c. « Troglodyten dicunt a subeundis troglis, id est cavernis, uti etiam populus Troglodytes. » Aldrovande, t. H, p. 655.
* Motacilla troglodytes (Linn.). — Le troglodyte d’Europe, nommé en plusieurs lieux roitelet. — Genre id., sous-genre Troglodytes (Cuv. J.
LE TROGLODYTE
c’est par cette habitude naturelle qu’Aristote le désigne®, donnant ailleurs sous des traits qu’on ne peut méconnaître, et sous son propre nom, le véritable roitelet ^ auquel la huppe ou couronne d’or et sa petite taille ont , par analogie, fait donner le nom de petit-roi ou roitelet'. Or, notre troglodyte en est si différent, par la figure autant que par les mœurs, qu’on n’aurait jamais dû lui appliquer ce même nom; néanmoins, l’erreur est ancienne, et peut-être du temps même d’Aristote Gessner l’a reconnue®; mais malgré son autorité f, soutenue de celles d’Aldovrande et de Willughby, qui, comme lui, distinguent clairement ces oiseaux la confusion a duré parmi les autres naturalistes, et l’on a indistinctement appelé du nom de roitelet ces deux espèces, quoique très-différentes et très-éloignées *.
Le troglodyte est donc ce très-petit oiseau qu’on voit paraître dans les villages et près des villes à l’arrivée de l’hiver et jusque dans la saison la plus rigoureuse, exprimant d’une voix claire un petit ramage gai, particulièrement vers le soir; se montrant un instant sur le haut des piles de bois, sur les tas de fagots, où il rentre le moment d’après, ou bien sur l’avance d’un toit, où il ne reste qu’un instant, et se dérobe vite sous la couverture ou dans un trou de muraille ‘ ; quand il en sort il sautille sur les branchages entassés, sa petite queue toujours relevée •?' ; il n’a qu’un vol court et tour-
a. « Trochilus et fruteta. incolit, et foramina, capi difficilis, fugax. » Aristote, lib. ix, cap. II.
b. U Tyrannos (roi) cui corpus non multô ampliùs quam locustæ, cristà rutila, explumà « elatiusciüà, et caetera, elegans cantuque suavis. » Aristote, Hist. animal., lib. viii, cap. iii.
c. « Les Grecs de Crète nomment le troglodyte trilalo dans leur langue vulgaire, nom correspondant à celui de trochilus dans la langue antique, lequel oiseau ils savent fort bien distinguer d’un autre oiseau moindre que lui, qu’ils nommoient tettigon , les Latins tyrannus et les François un poul, souci ou sourcicle. » Selon, Observ., p. 11.
d. « Vocatur idem {trochilos) senator et rex ; quamobrem aquilam pugnare cum eo referunt. » Idem, lib. ix , cap. ii.
e. « Oruitbologi recentiores omnes, ante Gessnerum , aviculam banc {troglodytem) pro veterum regulo babuerunt. » Willugbby, Ornithol., p. 165.
f. Voyez Gessner, page 625 , et la figure qu’il donne du troglodyte , qui est bien reconnaissable.
g. Turner, sous la dénomination de trochilus, décrit le troglodyte; et Ætius en donne une notice très-exacte, en le distinguant fort bien du roitelet, souci. Voyez Aldrovande, tome 11, page 655.
h. Olina, Selon, Albin et M. Srisson le nomment roitelet; Frischet Scbwenckfeld , apres l’avoir nommé troglodyte, l’appellent aussi roitelet; mais Gessner, Aldrovande , Jonston , Willugbby et Sibbald après eux , rejettent cette dernière dénomination , et s’en tiennent à celle de troglodyte. Voyez la nomenclature, au commencement de cet article. Par une nouvelle confusion , Klein , Sarrère , Frisch et Gessner lui-mème appliquent de nouveau au roitelet, tyrannus, le nom de trochilos, qui, dans Aristote, appartient évidemment au troglodyte : M. Srisson copie leur erreur. Voyez la nomenclature sous l’article roitelet.
». « Per sepes et foramina reptat, imde et meritô troglodytes dicitur. » Willugbby, p. 165.
j. Il lui donne en chantant un petit mouvement vif de droite à gauche. Elle a douze pennes assez singulièrement étagées : la plus extérieure est de beaucoup plus courte que la suivante, celle-ci que la troisième ; mais les deux du milieu le sont à leur tour un peu plus que leurs
gg LE TROGLODYTE.
noyant, et ses ailes battent d’un mouvement si vif, que les vibrations en échappent à l’œil. C’est de cette habitude naturelle que les Grecs le nommaient aussi trochilos, sabot, toupie’^; et cette dénomination est non-seulement analogue à son vol , mais aussi à la forme de son corps accourci et
ramassé. ^ .
Le troglodyte n’a que trois pouces neuf lignes de longueur et cinq pouces
et demi de vol ; son bec a six lignes et les pieds sont hauts de huit; tout son plumage est coupé transversalement par petites zones ondées de brun fonce et de noirâtre sur le corps et les ailes, sur la tête et même sur la queue ; e dessous du corps est mêlé de blanchâtre et de gris. C’est en raccourci , et pour ainsi dire en miniature , le plumage de la bécasse ^ ; il pèse à peine le
quart d’une once. ,
Ce très-petit oiseau est presque le seul qui reste dans nos contrées jusqu’au fort de l’hiver; il est le seul qui conserve sa gaieté dans cette triste saison; on le voit toujours vif et joyeux, et comme dit Belon avec une expression dont notre langue a perdu l’énergie, allègre etviogey. son chant haut et clair est composé de notes brèves et rapides, sidiriti , sidiriti , il est coupé par reprises de cinq ou six secondes. C est la seule voix légère et gracieuse qui se fasse entendre dans cette saison, où le silence des habitants de l’air n’est interrompu que par le croassement désagréable des corbeauxLe troglodyte se fait surtout entendre quand il est tombé de la neige % ou sur le soir, lorsque le froid doit redoubler la nuit. Il vit ainsi dans les basses-cours, dans les chantiers, cherchant dans les branchages, sur les écorces, sous les toits, dans les trous des murs et jusque dans les puits, les chrysalides et les cadavres des insectes. Il fréquente aussi les bords des sources chaudes et des ruisseaux qui ne gèlent pas , se retirant dans quelques saules creux, où quelquefois ces oiseaux se rassemblent en nombre^; ils vont souvent boire et retournent promptement à leur domicile commun. Quoique familiers, peu défiants et faciles à se laisser approcher, ils sont néanmoins difficiles à prendre : leur petitesse ainsi que leur prestesse les
voisines de chaque côté; disposition facile à reconnaître dans cette queue, que l’oiseau a coutume, non-seulement de relever, mais d’épanouir en volant, et qui la fait paraître a deux
pointes. .
a. « A trocho trochilus , quôd brevi trochiformi corpore est. » Klein. ^
b. Aussi ai-je vu des enfants à qui la bécasse était connue, du premier moment qu on. leur
montrait le troglodyte , l'appeler peO'/e WcuMe. ^ . ., v
c. « Ayant la queue troussée comme un coq... C’est un oiseau qui n’est jamais mélancolique, toujours prêt à chanter : aussi l’oit-on soir et matin de bien loing, et principaleinent en teinps d’hiver; lors il n’a son chant guère moins hautain que celui du rossignol. » Belon , Nat. des
OiSCQtlCCt
d. « Lorsqu’il chante, le son de sa voix est si fort et si agréable, qu’on souhaite toujours de
l’entendre plus souvent et plus longtemps. » Salerne, OrnithoL, p. 244. ^ ^
e. '( On l’entend et on le voit encore quand il y a peu de temps qu’il a neigé, ce qui le lait nommer par quelques-uns roitelet de neige. Ibidem.
f. Un chasseur nous assure en avoir trouvé plus de vingt réunis dans le même trou.
LE TROGLODYTE
fait presque toujours échapper à l’œil et à la serre de leurs ennemis.
Au printemps, le troglodyte demeure dans les bois, où il fait son nid près de terre sur quelques branchages épais ou même sur le gazon, quelquefois sous un tronc ou contre une roche, ou bien sous l’avance de la rive d’un ruisseau, quelquefois aussi sous le toit de chaume d’une cabane isolée dans un lieu sauvage, et jusque sur la loge des charbonniers et des sabotiers qui travaillent dans les bois : il amasse pour cela beaucoup de mousse, et le nid en est à l’extérieur entièrement composé j mais en dedans il est proprement garni de plumes : ce nid est presque tout rond, fort gros, et si informe en dehors, qu’il échappe à la recherche des dénicheurs ; car il ne paraît être qu’un tas de mousse jetée au hasard : il n’a qu’une petite entrée fort étroite pratiquée au côté : l’oiseau y pond neuf à dix petits œufs ® blanc terne, avec une zone poinlillée de rougeâtre au gros bout ; il les abandonne s’il s’aperçoit qu’on les ait découverts ; les petits se hâtent de quitter le nid avant de pouvoir voler, et on les voit courir comme de petits rats dans les buissons*’ : quelquefois les mulots s’emparent du nid, soit que l’oiseau l’ait abandonné, soit que ces nouveaux hôtes soient des ennemis qui l’en aient chassé en détruisant sa couvée ^ Nous n’avons pas observé qu’il en fasse une seconde au mois d’août dans nos contrées, comme le dit Albert dans Aldrovande'*, et comme Olina l’assure de ritalie', en ajoutant qu’on en voit une grande quantité à Rome et aux environs. Ce même auteur donne la manière de l’élever pris dans le nid, ce qui pourtant réussit peu, comme l’observe Belonf ; cet oiseau est trop délicat 5. Nous avons remarqué qu’il se plaît dans la compagnie des rouges-gorges : du moins on le voit venir avec ces oiseaux à la pipée; il approche en faisant un petit cri, tirit, tirit, d’un son plus grave que son chant, mais également sonore de timbre. Il est si peu défiant et si curieux, qu’il pénètre à travers la feuillée, jusque dans la loge du pipeur. Il voltige et chante dans les bois
а. Aldrovande , Schweiickfeld.
б. Gessner, p. 625.
c. « Je trouvai ce printemps, dans une haie d’épines, à environ cinq pieds de terre, un nid qui avait la forme de celui de roitelet, construit de mousse et de laine; je fus fort surpris, l'ayant défait, d’y trouver cinq petits mulots. Le nid avait été construit par dés roitelets, et des mulots se l’étaient approprié. » (Note de M. le vicomte de Querlioënt. )
d. Avi., t. II , p. 655.
e. Uccelieria , p. 6.
f. « Ses petits sont moult difficiles à élever, pour les nourrir en cage; car combien qu’on les nourrisse jusqu’à quelque temps, si est-ce qu’ils se meurent à la parfîn ; mais si d’adventure Ton en peut conserver aucun ( qui est chose qu’avons veu advenir ) , Ton a autant de plaisir de son chant que de nul autre oyseau, d’autant qu’il chante le long de l’hiver. » Belon , Nat. des oiseaiix, p. 342.
g. « Pom Télever, on le tient bien chaudement dans le nid; il faut lui donner à manger peu et souvent, du cœur de mouton ou de veau, haché Lien menu, et quelques mouches. Quand il mange seul, on met dans sa cage un petit retranchement de drap rouge, dans lequel il puisse se rether la nuit. » Traité du servi des Canaries , Paris, 1707.
LE TROGLODYTE
jusqu’à la nuit serrée ; et c'est un des derniers oiseaux, avec le rouge-gorge et le merle, qu’on y entende après le coucher du soleil “ ; il est aussi un des premiers éveillés le matin : cependant ce n’est pas pour le plaisir de la société, car il aime à se tenir seul hors le temps des amours, et les mâles, en été, se poursuivent et se chassent avec vivacité ^
L’espèce en est assez répandue en Europe. Belon dit qu’il est connu partout'^; cependant s’il résiste à nos hivers, ceux du Nord sont trop rigoureux pour son tempérament : Linnæus témoigne qu’il est peu commun en Suède. Au reste, les noms qu’on lui donne en différents pays suffiraient pour le faire reconnaître. Frisch l’appelle roitelet de haies d’hiver; Schwenckfeld, roitelet de neige Dans quelques-unes de nos provinces, on le nomme roi de froidure. Un de ses noms allemands signifie qu’il se glisse dans les branchages®; c’est aussi ce que désigne le nom de dihe-smoulert, qu’on lui donne en Angleterre suivant Gessner, et celui de perchia-chagia, qu’il porte en Sicile s. Dans l’Orléanais on l’appelle ratereau ou ratillon ^ parce qu’il pénètre et court comme un petit rat dans les buissons. Enfin le nom de bœuf, qu’il porte dans plusieurs provinces, lui est donné par antiphrase à cause de son extrême petitesse *.
Cet oiseau de notre continent paraît avoir deux représentants dans l’autre : le roitelet ou troglodyte de Buénos-Âyres, donné dans nos planches enluminées, n“ 730, tig. 2, et le troglodyte de la Louisiane, même planche, fig. 1. Le premier avec la même grandeur et les mêmes couleurs, seulement un peu plus tranchées et plus distinctes, pourrait être regardé comme une variété de celui d’Europe. IM. de Commerson , qui 1 a vu à Buenos- Ayres, ne dit rien autre chose de ses habitudes naturelles, sinon qu on le voit sur l’une et l’autre rive du fleuve de la Plata, et qu’il entre de luimême dans les vaisseaux pour y chasser aux mouches.
Le second est d’un tiers plus grand que le premier : il a la poitrine et le ventre d’un fauve jaunâtre, une petite raie blanche derrière l’œil ; le reste
а. « Paulô ante vesperam solet impensiùs strepere; et omnium ferè avium postremus ad « somnum se recipit. » Turner apud Gessn., p. 625.
б. « Il aime à se tenir seulet , et mesmement s'il trouve un autre son semilable, et principalement s’il est mâle , ils se combattront l’un Tautre ]usqu’à ce que l'un demeure vainqueur, et est assez au vainqueur que le vaincu s’enfuie devant lui. » Belon, Isat. des oiseaux, p. 342.
c. « Et pour ce qu’il est veu voler en toutes contrées, se manifestant par sa vois, aussi est-il cogneu de toutes parts. » Idem , ibid
d. Schnee-kœnig.
e. Zain-schlupfer.
f. « In sepibus delitescens. » Gessner.
g. Pe'xe-buisson , suivant Olina ; ailleurs conta-fasona (compte-fagots), comme si, en sautillant sur les fascines , il semblait les compter,
h. Orn«</!o/o5'i> de Salerne.
i. « Le roitelet roux à queue retroussée, qu'on trouve partout et en tout temps, même da,ns les villes, a la voix fort mélodieuse ; il chante même par les plus grands froids, et il est trèscommun ; on l’appelle en Brie le bœuf. » (Note de XI. Hébert. )
LE TROGLODYTE
du plumage sur la tête, le dos, les ailes et la queue, de la même couleur, et madré de même que celui de notre troglodyte. Le P. Charlevoix loue le chant du troglodyte ou roitelet du Canada qui probablement est le même que celui de la Louisiane.
LE ROITELET
C’est ici le vrai roitelet, comme l’a très-bien prouvé M. de Buffon ; on aurait toujours dû l’appeler ainsi, et c’est par une espèce d’usurpation, fort ancienne à la vérité, que le troglodyte s’était approprié ce nom ; mais enfin nous le rétablissons aujourd’hui dans ses droits : son titre est évident ; il est roi, puisque la nature lui a donné une couronne, et le diminutif ne convient à aucun autre de nos oiseaux d’Europe autant qu’à celui-ci, puisqu’il est le plus petit de tous*. Le roitelet est si petit qu’il passe à travers les mailles des filets ordinaires; qu’il s’échappe facilement de toutes les cages,
a. Histoire de la Nouvelle-France , t. III, p. 556.
b. Voyez les planches enluminées , n® 631 , fig. 3, où cet oiseau est représenté sons les noms de souci et de pouL
c. Tyrannus , o Tûsawoç , Aristote, Hist. animal., lih. iii, cap. vin. Rex aviutn, ibidem,
lib. IX, cap. I. — Trochilos, rex avium. Pline, Hist. nat., lit. x, cap. l.xxiv. — TpoV,t>>c?, Élien, lib. xii, cap. xv. Cet auteur dit qu’il y a nombre d’espèces de ce genre, mais dont les noms sont trop durs à prononcer; en conséquence il se borne à citer le trochilos cladarorynchos , dont le nom lui a paru plus doux à l’oreille ; c'est le cure-dent du crocodile , dont il sera question plus bas; mais ce n’est point le roitelet de cet article : je suppose que ce roitelet est 1 une des nombreuses espèces de trochili qu’Élien s’est contenté d’indiquer en général , d’autant plus que la méprise qui a fait confondre le roitelet ( tyrannus) et le troglodyte (Irochilus), est plus ancienne qu’Élien. — Tyrannus d’Aristote; en français, la soulcie ou soucie; les Manceaux le nomment sourcicle, poul; en gïec moierne , tettigon. Belon, iVat. des oiseaux, p. 345; et Observations , fol. 12, verso. — Régulas, tyrannus quorumdarn ; bitriscus Jo. Saresberiensis ; en italien, fior rancio (fleur de souci), occhio bovino (œil de bœuf); en allemand, or/im-œMÿlem, en suisse, struessle; en turc, sercê. Gessner, Aves ,
p. 727. Parus sylvaticus ; en allemand, wald-meissle , thann-meissle , et plus improprement, ivald-zinssle , ziszel-perle ; en turc, agulgussin. Gessner, Aves, p. 642. — Regulus, basilisctts, parra , regaliolus ; à Verone, capo d'oro; à Gènes , boarino délia Stella; à Bologne, papaz- 2ino (petit pape); ailleurs, realtino , reillo, regillo; en grec, BaciXtTCo; , sdêiXXo;, T^Uy.oç, 0;xiXoç, KootiXo;, en français, petit roi; en flamand, koniinxken; en polonais,
krolik; en anglais, wren. Aldrovande, OrnithoL, t. II^, p. 650. — Passerculus troglodytes. Jonston, Av., p. 81. — Parra, id est parva avis. De nat. rerum. — Parus ater. Jonston , jiv., p. 86. — Regulus cristatus , regaliolus ; en italien, reatlino, fior rancio. Olina, Uccelleria, fol. 6. — Trochilus Plinio et Aristoteli. (Ces auteurs appliquent ce nom à un autre oiseau dont le plumage est blanc, qui se plaît sur le bord des eaux, et vit, dit-on, des sangles et des restes de nourriture qu’il trouve dans la gueule et entre les dents du crocodile. )
ior rancio , id est, flos calendulæ; en ancien breton, syvigw , c’est-à-dire, mésange à tête
* Motacilla regulus (Linn. ). — Sous-genre Roitelets ou figuiers (Cuv. ).
I- « On en a distingué depuis peu une espèce un peu plus petite, à tache plus orangée, et qui « a un tiait noir devant et derrière l’œil : Regulus ignicapillus. » ( Cuvier.)
et que, lorsqu’on le lâche dans une chambre que l’on croit bien fermée, il disparaît au bout d’un certain temps et se fond en quelque sorte sans qu’on en puisse trouver la moindre trace : il ne faut, pour le laisser passer, qu’une issue presque invisible. Lorsqu’il vient dans nos jardins, il se glisse subtilement dans les charmilles, et comment ne le perdrait-on pas bientôt de vue ? la plus petite feuille suffit pour le cacher : si on veut se donner le plaisir de le tirer, le plomb le plus menu serait trop fort, on ne doit y employer que du sable très-fin, surtout si on se propose d’avoir sa dépouille bien conservée. Lorsqu’on est parvenu à le prendre, soit aux gluaux, soit avec le trébuchet des mésanges, ou bien avec un filet assez fin , on craint de trop presser dans ses doigts un oiseau si délicat ; mais comme il n’est pas moins vif, il est déjà loin qu’on croit le tenir encore; son cri aigu et perçant est celui de la sauterelle, qu’il ne surpasse pas de beaucoup en grosseur®. Aristote dit qu’il chante agréablement, mais il y a toute apparence que ceux qui lui avaient fourni ce fait avaient confondu notre roitelet avec le troglodyte, d’autant plus que, de son aveu, il y avait dès lors confusion de noms entre ces deux espèces. La femelle pond six ou sept œufs, qui ne sont
d’oT j en anglais, thc golden-crowned wven. Willugliby, p. 163. — Regillus, reguliolus , acunthis sylualica, parulus abietum , tan-meisslin. Schwenclsfeld, Avi. Siles., p. 345. — Regillus, calendula auri-capilla, auri-capitella balbini , mal à propos cladorynchus Bellonii; en polonais, kioUk, czubaty; en aXlGmanà, ochsen-œuglein; en hohéimea, ztotohtawek. Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 417. Parus sylvaticiis Gessneri ; en allemand, holtz-meise ; en polonais, sikora lesna. Idem , p. 404. — Tyrannus, the crested wren. Albin, Nat. des oiseaux , t. I, n» 53 , p. 47. — Trochylus; en allemand, gekroentes kœniglein. Klein, Ordo av., part, n, § XXXIV , n° 3. — Catcsby, Append. pl. xiii , cité par M. Klein. — The copped wren. Gharletoii, Exercit.. p. 95. — Regulus , trochylus cristal us ; en allemand, der sommer z aun-kœni g ; dans la Franconie, gold-hœnlein (petit coq doré). Frisch, t. 1, class. 2, div. v, p. 4 ou n» 24. — Parus sylvaticus Gessneri. Sibbald, Atlas Scot., lib. in, sect. ni, cap. iv, p. 18. — The goldencrested wren. Britisli Zoology, p. 101. — The golden crowned wren. Edwards, pl. 254. — Régulas cristalus Aklrovandi; wcod-tilmouse of Gessner. Borlase, Nat. hist. of Cornwall, p. 247 , cité par M. Brisson. — Motaciüa remigibus secundariis exteriori margine flavis, medio aigris; en suédois, kongs vogcl. Linnæus , Fauna Suecica, n“ 235. — Motacilla remigibus secundariis exteriori margine flavis , medio aïbis , vertice luteo , regulus. Linn. Sysl. nat., édit. XIII, p. 338, sp. 48. — Fugle-konge; en islandais, rindill, an musa-broder? Muller, Zoo'ogiœ Dan. prodromus , p. 33, n» 280. — En autricliien, gold-hannel. Kramer, Flenchus Auslr. inf., p. 378. — Trochilus cirratus , regulus cirratus Jonstonii, roitelet huppé. Barrère, Spccim. novnm , class. 2 , gen. 23. — Parus nigricans, maculâ rubente in vertice; parus sylvativus Jonstonii. Barrère, Specim. novum , class. 2, gen. 24. — Roitelet crêté; dans l’Orléanais, sucet ou petit sucet , peut-être pour souciet; ailleurs, suet , petit bœuf; à Fay au-dessus d’Orléans, bissourdet. Salerne , IHst. nat. des oiseaux, p. 239-241. — Empereur, petit doré, selon d’autres. — « Parus supernè olivaceus (non nihil ad flavum inclinans. Mas), infernè « griseo-rufcscens ; vertice aurantio (Mas) luteo (Fœmina), fasciâ nigrâ utrimque donato; « tænià duplici transversâ in alis candicante ; rcctricibus griseo-fuscis, oris exterioribus oliva- (( ceis... » Calendula, regulus cristatus vulgà dicta, le poul ow souci, appelé vulgairement roitelet huppé. Brisson , t. III, p. 579. — Le voyageur Kolbe en a fait aussi une mésange dans S I Description du cap de Bonne-Espérance , part, iii , chap. xix , p. 155; et c’est probablement ce même oiseau dont parle Olina sous le nom de parus sylvaticus , fol. 28.
a. Ce chant n’est pas fort harmonieux, si Gessner l’a bien entendu et bien rendu; car il l’expiime ainsi : zul, zil , zalp.
LE ROITELET. (il
guère plus gros que des pois, dans un petit nid fait en boule creuse, tissu solidement de mousse et de toile d’araignée, garni en dedans du duvet le plus doux, et dont l’ouverture est dans le flanc ; elle l’établit le plus souvent dans les forêts, et quelquefois dans les ifs et les charmilles de nos jardins, ou sur des pins à portée de nos maisons
Les plus petits insectes sont la nourriture ordinaire de ces très-petits oiseaux ; l’été ils les attrapent lestement envolant, l’hiver ils les cherchent dans leurs retraites, où ils sont engourdis, demi-morts et quelqufois morts tout à fait; ils s’accommodent aussi de leurs larves et de toutes sortes de vermisseaux; ils sont si habiles à trouver et à saisir cette proie, et ils en sont si friands, qu’ils s’en gorgent quelquefois jusqu’à étouffer. Ils mangent pendant l’été de petites baies, de petites graines, telles que celles du fenouil; enfin on les voit aussi fouiller le terreau qui se trouve dans les vieux saules, et d’où ils savent apparemment tirer quelque parcelle de nourriture. Je n’ai jamais trouvé de petites pierres dans leur gésier.
Les roitelets se plaisent sur les chênes, les ormes, les pins élevés, les sapins, les genévriers, etc. On les voit en Silésie l’été comme l’hiver, et toujours dans les bois, dit Schwenckfeld; en Angleterre, dans les bois qui couvrent les montagnes; en Bavière, en Autriche, ils viennent l’hiver aux environs des villes, où ils trouvent des ressources contre la rigueur de la saison : on ajoute qu’ils volent par petites troupes, composées non-seulement d’oiseaux de leur espèce, mais d’autres petits oiseaux qui ont le même genre de vie, tels que grimpereaux, torche-pots, mésanges, etc. ^ D’un autre côté, M. Salerne nous dit que dans l’Orléanais ils vont ordinairement deux à deux pendant l’hiver, et qu’ils se rappellent lorsqu’ils ont été séparés ; il faut donc qu’ils aient des habitudes différentes en différents pays , et cela ne me paraît pas absolument impossible, parce que les habitudes sont relatives aux circonstances; mais il est encore moins impossible que les auteurs soient tombés dans quelque méprise. En Suisse, on n’est pas bien sûr qu ils restent tout l’hiver : du moins on sait que dans ce pays et en Angleterre ils sont des derniers à disparaître' ; il est certain qu’en France nous les voyons beaucoup plus l’automne et l’hiver que l’été, et qu il y a plusieurs de nos provinces où ils ne nichent jamais, ou presque jamais.
Ces petits oiseaux ont beaucoup d’activité et d’agilité : ils sont dans un m.ouvernent presque continuel, voltigeant sans cesse de branche en branche, grimpant sur les arbres, se tenant indifféremment dans toutes les situa-
a. Le lord Trevor a trouvé un de ces nids dans son jardin sur un if. Le docteur Derham a remarqué que ces mêmes oiseaux venaient nicher tous les ans sur des sapins , devant sa maison, a Upmmster, province d’Essex. Willughby.
b. Gessner, Klein, Catesby.
r. Si itish Zoo’.ogiy, à l’endroit cité.
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lions, et souvent les pieds en haut comme les mésanges, furetant dans toutes les gerçures de l’écorce, en tirant le petit gibier qui leur convient, ou le guettant à la sortie. Pendant les froids, ils se tiennent volontiers sur les arbres toujours verts, dont ils mangent la graine ; souvent même ils se perchent sur la cime de ces arbres mais il ne paraît pas que ce soit pour éviter l’homme, car en beaucoup d’autres occasions ils se laissent approcher de très-près : l’automne ils sont gras, et leur chair est un fort bon manger, autant qu’un si petit morceau peut être bon : c’est alors qu’on en prend communément à la pipée, et il faut qu’on en prenne beaucoup aux environs de Nuremberg, puisque les marchés publics de cette ville eu sont garnis.
Les roitelets sont répandus non-seulement en Europe, depuis la Suède jusqu’en Italie, et probablement jusqu’en Espagne, mais encore en Asie, jusqu’au Bengale, et même en Amérique, depuis les Antilles jusqu’au nord de la Nouvelle-Angleterre, suivant M. Edwards, pl. 254*’ : d’où il suit que ces oiseaux, qui à la vérité fréquentent les contrées septentrionales, mais qui d’ailleurs ont le vol très-court, ont passé d’un continent à l’autre; et ce seul fait bien avéré serait un indice de la grande proximité des deux continents du côté du nord. Dans cette supposition, il faut convenir que le roitelet , si petit, si faible en apparence, et qui dans la construction de son nid prend tant de précautions contre le froid, est cependant très-fort, nonseulement contre le froid, mais contre toutes les températures excessives, puisqu’il se soutient dans des climats si diflérents.
Ce qu’il y a de plus remarquable dans son plumage, c’est sa belle couronne aurore bordée de noir de chaque côté, laquelle il sait faire disparaître et cacher sous les autres plumes par le jeu des muscles de la tête; il a une raie blanche qui, passant au-dessus des yeux, entre la bordure noire de la couronne et un autre trait noir sur lequel l’œil est posé, donne plus de caractère à la physionomie : il a le reste du dessus du corps, compris les petites couvertures des ailes, d’un jaune olivâtre ; tout le dessous, depuis la base du bec, d’un roux clair, tirant à l’olivâtre sur les flancs ; le tour du bec blanchâtre, donnant naissance à quelques moustaches noires; les pennes des ailes brunes, bordées extérieurement de jaune olivâtre; cette buiilure interrompue vers le tiers de la penne par une tache noire dans la sixième, ainsi que dans les suivantes, jusqu’à la quinzième, plus ou moins : les couvertures moyennes, et les grandes les plus voisines du corps, pareillement brunes, bordées de jaune olivâtre et terminées de blanc sale, d’où
a. On on voit l’iiiver sur les piceas et autres arbres toujours verts du Jardin du Roi, mais ils ri'y ont jamais niché.
b. Sa cairi' ie serait encore bien plus étendue, s'il était vrai qu’on le tiouvàt dans les terres Mafrellaniiines, comme il est dit dans les Navigations aux terres Australes , t, II , p. -38; mais on n’est pas fondé à assuier que l'espèce de roitelet dont il est question dans ce passage soit la meme que celle de cet article.
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résultent deux taches de cette dernière couleur sur chaque aile; les pennes de la queue gris-brun, bordées d’olivâtre; le fond des plumes noirâtre, excepté sur la tête, à la naissance de la gorge et au bas des jambes ; l’iris noisette et les pieds jaunâtres. La femelle a la couronne d’un jaune pâle, et toutes les couleurs du plumage plus faibles, comme c’est l’ordinaire.
Le roitelet de Pensylvanie, dont M. Edwards nous a donné la figure et la description, pl. 254, ne diffère de celui-ci que par de légères nuances, et trop peu pour constituer, je ne dis pas une espèce, mais une simple variété : la plus grande différence est dans la couleur des pieds, qu’il a noirâtres.
M. Brisson dit que dans notre roitelet la première plume de chaque aile est extrêmement courte, mais ce n’est point une penne ; elle n’en a pas la forme, elle n’est point implantée de même et n’a pas le même usage ; elle naît de l’extrémité d’une espèce de doigt qui termine l’os de l’aile, comme il naît une autre plume semblable à celle-ci d’une autre espèce de doigt qui se trouve à l’articulation suivante
Le roitelet pèse de quatre-vingt-seize à cent vingt grains.
Longueur totale, trois pouces et demi ; bec, cinq lignes, noir, ayant les bords de la pièce supérieure échancrés près de la pointe et la pièce inférieure un peu plus courte; chaque narine située près de la base du bec et recouverte par une seule plume à barbes longues et raides, qui s’applique dessus; tarse, sept lignes et demie; doigt extérieur adhérent à celui du milieu par ses deux premières phalanges ; ongle postérieur presque double des autres; vol, six pouces; queue, dix-huit lignes, composée de douze pennes, dont les deux intermédiaires et les deux extérieures sont plus courtes que les autres, en sorte que la queue se partage en deux parties égales, l’une et l’autre étagées : dépasse les ailes de six lignes; le corps plumé n’a pas un pouce de long.
Langue cartilagineuse terminée par de petits filets ; œsophage, quinze lignes, se dilatant et formant une petite poche glanduleuse avant son insertion dans le gésier ; celui-ci musculeux, doublé d’une membrane sans adhérence et recouvert par le foie; tube intestinal, cinq pouces; une vésicule du fiel ; point de cæcum.
a. On peut appliquer cette remarque à beaucoup d’autres espèces d’oiseaux, dont on a dit qu ils avaient la première penne de Taile extrêmement courte.
variétés du roitelet.