‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 103 sur 105 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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DE L’OE

Quoique l’or soit le plus compacte et le plus tenace des métaux, il n’est néanmoins que peu élastique et peu sonore : il est Irès-llexible et plus mou que l’argent, le cuivre et le fer, qui de tous est le plus dur; il n’y a que le plomb et l’étain qui aient plus de mollesse que l’or, et qui soient moins élastiques; mais quelque flexible qu’il soit, on a beaucoup de peine à le rompre. Les voyageurs disent que l’or de Malaca, qu’on croit venir de Madagascar, et qui est presque tout blanc, se fond aussi promptement que du plomb. On assure aussi qu’on trouve dans les sables de quelques rivières de ces contrées des grains d’or que l’on peut couper au couteau, et que même cet or est si mou qu’il peut recevoir aisément l’empreinte d’un cachet il se fond à peu près comme du plomb, et l’on prétend que cet or est le plus pur de tous : ce qu’il y a de certain, c’est que plus ce métal est pur et moins il est dur; il n’a dans cet état de pureté, ni odeur ni saveur sensible, même après avoir été fortement frotté ou chauffé ’ . Malgré sa mollesse, il est cependant susceptible d’un assez grand degré de dureté par l’écrouissement , c’est-à-dire par. la percussion souvent réitérée du marteau, ou par la compression successive et forcée de la fdière; il perd même alors une grande partie de sa ductilité et devient assez cassant. Tous les métaux ac(iuièrent de même un excès de dureté par l’écrouissement ; mais on peut toujours détruire cet effet en les faisant recuire au feu, et l’or qui est le plus doux , le plus ductile de tous, ne laisse pas de perdre cette ductilité par une forte et longue percussion; il devient non-seulement plus dur, plus élastique, plus sonore, mais même il se gerce sur ses bords lorsqu’on lui fait subir une extension forcée sous les rouleaux du laminoir : néanmoins il perd par le recuit ce fort écrouissement plus aisément qu’aucun autre métal ; il ne faut pour cela que le chauffer, pas même jusqu’au rouge, au lieu que le cuivre et le fer doivent être pénétrés de feu pour perdre leur écrouissement.

Après avoir exposé les principales propriétés de l’or, nous devons incli-

a. Quelques chimistes eut assuré qu’on peut donner par l’art cette mollesse à l’or, que quelquefois il tient de la nature : Beccher, dans le second supplément à sa Physique souterraine , indique un procédé par lequel il prétend qu’on peut donner à l’or la mollesse du plomb , et ce procédé consiste à jeter un grand nombre de fois le même or fondu dans une liqueur composée d’esprit de sel ammoniac et d’esprit-de-vin rectifié. Je doute de ce résultat du procédé de Beccher, et il serait bon de le vérifier en répétant l’expérience.. Brandt dit avoir obtenu un or blanc et fragile par une longue digestion avec le mercure; il ajoute que dans cet état il n’est plus possible de séparer entièrement le mercure de l’or, ni par la calcination la plus forte avec le soufre, ni par la fonte répétée plusieurs fois au feu le plus violent. Lettres du docteur Demeste, t. II, p. 458.

1. « L’or est insipide , inodore, d’une couleur jaune un peu rougeâtre. Lorsqu’il est réduit eu « feuilles très-minces, il parait vert par transmission et rouge par réflexion. S’il est en poudre M très-fine, il est d’un jaune violacé. — Il est moins dur que V argent, et presque aussi mou « que le plomb : c’est le plus malléable et le plus ductile des métaux. On peut le réduire en « feuilles de un dix-millieme de millimètre d’épaisseur : cinq centigrammes d’or peuvent être « tirés en un fil long de 162“', 419. » (Pelouze et Frémy.)

DE L’OR

qner aussi les moyens dont on se sert pour le séparer des autres métaux ou des matières hétérogènes avec lesquelles il se trouve souvent mêlé. Dans les travaux en grand, on ne se sert que du plomb, qui, par la fusion, sépare de l’or toutes ces matières étrangères en les scorifiant : on emploie aussi le mercure, qui, par amalgame, en fait pour ainsi dire l’extrait en s’y attachant de préférence. Dans les travaux chimiques, on fait plus souvent usage des acides. « Pour séparer l’or de toute autre matière métal- « lique, on le traite, dit mon savant ami, M. de Morveau, soit avec des sels^ « qui attaquent les métaux imparfaits à l’aide d’une chaleur violente, et « qui s’approprient même l’argent qui pourrait lui être allié, tels que le « vitriol, le nitre et le sel marin; soit par le soufre ou par l’antimoine qui « en contient abondamment; soit enfin par la coupellation, qui consiste à « mêler l’or avec le double de son poids environ de plomb, qui, en se vitri- « fiant, entraîne avec lui et scorifie tous les autres métaux imparfaits; de « sorte que le bouton de fin reste seul sur la coupelle, qui absorbe dans ses « pores la litharge de plomb et les autres matières qu’elle a scorifiées®. » La coupellation laisse donc l’or encore allié d’argent; mais on peut les séparer par le moyen des acides, qui n’attaquent que l’un ou l’autre de ces métaux ; et comme l’or ne se laisse dissoudre par aucun acide simple , ni par le soufre, et que tous peuvent dissoudre l’argent, on a, comme l’on voit, plusieurs moyens pour faire la séparation ou le départ de ces deux métaux : on emploie ordinairement l’acide nitreux, il faut qu’il soit pur, mais non pas trop fort ou concentré; c’est de tous les acides celui qui dissout l’argent avec plus d’énergie, et sans aide de la chaleur, ou tout au plus avec une petite chaleur pour commencer la dissolution.

En général, pour que toute dissolution s'opère, il faut non-seulement qu’il y ait une grande affinité entre le dissolvant et la matière à dissoudre, mais encore que l’une de ces deux matières soit fluide pour pouvoir pénétrer l’autre, en remplir tous les pores et détruire par la force d’affinité celle de la cohérence des parties de la matière solide. Le mercure, par sa fluidité et par sa très-grande affinité avec l’or, doit être regardé comme l’un de ses dissolvants, car il le pénètre et semble le diviser dans toutes ses parties; cependant ce n’est qu’une union, une espèce d’alliage, et non pas une dissolution, et l’on a eu raison de donner à cet alliage le nom (['amalgame, parce que l’amalgame se détruit par la seule évaporation du mercure, et que d’ailleurs tous les vrais alliages ne peuvent se faire que par le feu, tandis que l’amalgame peut se faire à froid, et qu’il ne produit qu’une union particulière, qui est moins intime que celle des alliages naturels ou faits par la fusion ; et, en effet, cet amalgame ne prend jamais d’autre solidité que celle d’une pâte assez molle, toujours participant de la fluidité du mercure, avec

a. Éléments de Chimie, article de l’Or.

DE L’OR

quelque métal qu’on puisse l’unir ou le mêler. Cependant l’amalgame se fait encore mieux à chaux qu’à froid ; le mercure, quoique du nombre des liquides, n’a pas la propriété de mouiller les matières terreuses, ni même les chaux métalliques, il ne contracte d’union qu’avec les métaux, qui sont sous leur forme de métal : une assez petite quantité de mercure suffit pour les rendre friables, en sorte qu’on peut dans cet état les réduire en poudre par une simple trituration, et avec une plus grande quantité de mercure on en fait une pâte, mais qui n’a ni cohérence ni ductilité; c’est de cette manière très-simple qu’on peut amalgamer l’or, qui, de tous les métaux, a la plus grande affinité avec le mercure; elle est si puissante qu’on la prendrait pour une espèce de magnétisme; l’or blanchit dès qu’il est touché par le mercure, pour peu qu’il en reçoive les émanations; mais dans les métaux qui ne s’unissent avec lui que difficilement, il faut pour le succès de l’amalgame employer le secours du feu, en réduisant d’abord le métal en poudre très-fine et faisant ensuite chauffer le mercure à peu près au point où il commence à se volatiliser ; on fait en même temps et séparément rougir la poudre du métal, et tout de suite on la triture avec le mercure chaud; c’est de cette manière qu’on l’amalgame avec le cuivre; mais l’on ne connaît aucun moyen de lui faire contracter union avec le fer'.

Le vrai dissolvant de l’or est, comme nous l’avons dit, l’eau régale composée de deux acides, le nitreux et le marin^; et comme s’il fallait toujours deux puissances réunies pour dompter ce métal, on peut encore le dissoudre par le foie de soufre, qui est un composé de soufre et d’alcali fixe^ : cependant cette dernière dissolution a besoin d’être aidée et ne se fait que par le moyen du feu. On met l’or en poudre très-fine ou en feuilles brisées dans un creuset avec du foie de soufre, on les fait fondre ensemble, et l’or disparaît dans le produit de cette fusion; mais en laissant dissoudre dans l’eau ce même produit, l’or y reste en parfaite dissolution, et il est aisé de le tirer par précipitation.

Les alliages de l’or avec l’argent et le cuivre sont fort en usage pour les monnaies et pour les ouvrages d’orfèvrerie; on peut de même l’allier avec tous les autres métaux; mais tout alliage lui fait perdre plus ou moins de sa ductilité®, et la plus petite quantité d’étain ou même la seule vapeur de ce métal suffisent pour le rendre aigre et cassant : l’argent est celui de tous oui diminue le moins sa très-grande ductilité.

L’or naturel et natif est presque toujours allié d’argent en plus ou moins

a. L’or s’unit à la platine, et c’est la crainte de le voir falsifier par ce mélange qui a décidé le gouvernement d’Espagne à faire fermer les mines de platine. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, t. I, p. 263.

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