Voyez la note 1 de la page
DES ROCHES VITREUSES
« lières, et quelquefois si grandes et si nombreuses, qu’on dirait, avec « raison, que le fond est blanc ; de temps en temps le fond s’est cristallisé « en rayons de schorl ; alors cette espèce de porphyre vert se rapproche (( beaucoup de l’espèce du granité qui est mêlé de schorl au lieu de mica. « La quatrième à fond vert foncé de la nature du trapp, comme celle du c( précédent, avec de petites taches blanches serrées, oblongues comme du « schorl, rarement d’une figure régulière ou déterminée, mais entrelacées « les unes dans les autres et repliées comme de petits vers; les ouvriers « appellent cette variélé porphyre vert fleuri. La cinquième d’un fond vert « clair de la nature du trapp, avec de petites taches oblongues, de figure « déterminée, et détachées les unes des autres, et de petits rayons de schorl « noir®. »
Je ne puis m’empêcher d’observer encore que cet habile minéralogiste confond ici le schorl avec le feldspath dans sa description de la première variété du porphyre vert, et qu’en même temps qu’il semble attribuer au feu la formation de cette pierre, il dit qu’on y trouve des agates; or, l’agate étant formée par l’eau , il n’est pas probable que cette pierre de porphyre ait été pour le reste produite par le feu, à moins d’imaginer que l’agate s’est produite par infiltration dans les bulles dont M. Ferber remarque que cette pierre est soufflée.
Je remarquerai aussi que, sur ces cinq variétés, il n’y a que les deux premières qui soient de vrais porphyres , et qu’à l’égard des trois dernières variétés dont le fond n’est pas de jaspe, mais de la matière tendre appelée trapp, on ne dok pas les mettre au nombre des porphyres, puisqu’elles en diffèrent non-seulement parleur moindre dureté, mais même par leur composition, et autant que le jaspe diffère du trapp : ceci nous démontre que M. Ferber a confondu, sous le nom de porphyre, plusieurs substances qui sont d’une autre essence, et que celtes qu’il nomme serpentines noires antiques et serpentines vertes antiques sont peut-être, comme le trapp, des matières différentes du porphyre; nous pouvons même dire que ceux qui, comme M. Ferber, dans le Yicentin, et M. Soulavie, dans le Vivarais, n’ont observé la nature qu’en désordre, n’ont pu prendre qse de fausses idées de ses ouvrages et se méprendre sur leur formation. Dans ces terrains bouleversés, les matières produites par le feu primitif, mêlées à celles qui ont ensuite été formées par le transport ou l’intermède de l’eau, et toutes confondues avec celles qui ont été altérées, dénaturées ou fondues par le feu des volcans , se présentent ensemble ; ils n’ont pu reconnaître leur origine ni même les distinguer assez pour ne pas tomber dans de grandes erreurs sur leur formation et leur essence ; il me paraît donc que, quoique M. Ferber soit l’un des plus attentifs de ces observateurs, on ne peut rien
a. Lettres sur la Minéralogie, p. 337 et suiv.
DES ROCHES VITREUSES
conclure de ses descriptions et observations, sinon qu’il se trouve dans ces terrains vulcanisés des matières presque semblables aux vrais porphyres; et, si cela est, n’y a-t-il pas toute raison de penser avec moi que le feu primitif a formé les premiers porphyres, dans lesquels je n’ai admis que le mélange du jaspe, du feldspath et du schorl, parce que je n’ai jamais vu dans le porphyre des parties quarlzeuses, et que je pense qu’il faut distinguer les vrais et anciens porphyres produits par le feu primitif de ceux qui l’ont été postérieurement par celui des volcans? ceux-ci peuvent être mêlés de plusieurs autres matières de seconde formation, au lieu que les premiers ne pouvaient être composés que des verres primitifs, seules matières qui existaient alors.
Après le quartz, le jaspe, le mica, le feldspath et le schorl, qui sont les substances les plus simples, on peut donc dire que, de toutes les autres matières en grandes masses et produites par le feu, le porphyre et les roches vitreuses, dont nous venons de parler, sont les plus simples, puisqu’elles ne contiennent que deux ou trois de ces premières substances ; cependant ces mêmes roches vitreuses et les porphyres ne sont pas à beaucoup près aussi communs que le granité qui contient trois et souvent quatre de ces substances primitives ; c’est de toutes les matières vitreuses la plus abondante et celle qui se trouve en plus grandes masses, puisque le granité forme les chaînes de la plupart des montagnes primitives sur tout le globe de la terre; c’est même cette grande quantité de granité qui a fait penser à quelques naturalistes qu’on devait le regarder comme la pierre primitive de laquelle toutes les autres pierres vitreuses avaient tiré leur origine : je conviens avec eux que le granité a donné naissance à un grand nombre d’autres substances par ses dilférentes exsudations et décompositions; mais comme il est lui-même composé de trois ou quatre matières très-évidemment reconnaissables, il faut nécessairement admettre la priorité de l’existence de ces mêmes matières, et par cette raison regarder le quartz, le mica, le feldspath et le schorl qu’il contient, comme des substances dont la formation est antérieure à la sienne.
En suivant l’ordre qui nous conduit des substances simples aux matières composées, et toujours en grandes masses, nous avons donc d’abord le quartz, le jaspe, le mica, le feldspath et le schorl, que nous regardons comme des matières simples; ensuite les roches vitreuses, qui ne contiennent que deux de ces cinq premières substances; après quoi viennent les porphyres et les granités, qui en contiennent trois ou quatre : on verra qu’en général le développement des causes et des effets dans la formation des masses primitives du globe s’est fait dans une succession relative aux différents degrés de leur densité, solidité et fusibilité respectives, et que, de tous les mélanges ou combinaisons qui se sont faites des cinq verres primitifs, celle de la réunion du quartz, du mica, du feldspath et du schorl est non-seulement
oO
DES ROCHES VITREUSES
la plus commune, mais qu’elle est tellement universelle et si générale que les granités semblent avoir exclu les résultats de la plupart des autres combinaisons de ces verres primitifs.
DU GRANITE
De toutes les matières produites par le feu primitif, le granité* est la moins simple et la plus variée : il est ordinairement composé de quartz, de feldspath et de schorl ; ou de quartz, de feldspath et de mica ; ou enfin de quartz, de feldspath, de schorl et de mica : de ces quatre substances primitives, les plus fusibles sont le feldspath et le schorl; ces verres de nature se fondent sans addition au même degré de feu que nos verres factices, tandis que le quartz résiste au plus grand feu de nos fourneaux ; le feldspath et le schorl sont aussi beaucoup plus fusibles que le mica, auquel il faut appliquer le feu le plus violent pour le réduire en verre ou plutôt en scories spumeuses. Enfin le feldspath et le schorl communiquent la fusibilité aux matières dans lesquelles ils se trouvent mélangés, telles que les porphyres, les ophites et les granités, qui tous peuvent se fondre sans aucune addition ni fondant étranger®; or, ces différents degrés de fusibilité respective dans les matières qui composent le granité, et particulièrement la grande fusibilité du feldspath et du schorl, me semblent suffire pour expliquer d’une manière satisfaisante la formation du granité.
En effet, le feu qui tenait le globe de la terre en liquéfaction a nécessairement eu des degrés différents de force et d’action : le quartz ne pouvait se fondre que par le feu le plus violent, et n’a pu demeurer en fusion qu’autant de temps qu’a duré celte extrême chaleur; dès qu’elle a diminué, le quartz s’est d’abord consolidé, et sa surface, frappée du refroidissement, s’est fendue, écaillée, égrenée, comme il arrive à toute espèce de verre exposé à l’action de l’air; toute la superficie du globe devait donc être cou-
a. l» Un morceau de très-beau granité rouge très-vif , très-dur, faisant feu dans tous les points, enfermé dans un petit creuset de Hesse et recouvert d’un autre, a coulé en verre noir en moins de deux heures ;
2" Un morceau de granité noir et blanc très-dur, du poids de cinq gros vingt-deux grains, a formé dans le même temps une seule masse vitreuse noire , très-compacte , très-homogène ;
30 Un morceau de porphyre très-brun piqué de blanc , très-dur, de deux gros vingt-huit grains, a coulé au point d’enduire absolument le creuset de verre noir : ces trois morceaux antiques ont été trouvés à Autun ;
4“ J’ai exposé au même feu de beau quartz blanc d’Auvergne : il y a pris un blanc plus mat, plus opaque, y est devenu plus tendre, plus aisé à égrener au doigt, mais sans aucune fusion, pas même aux endroits où il touchait le creuset.— Lettre de M. de Morveau à M de Buffon. Dijon, 27 octobre 1778.
1. Le granité se compose de quartz, de feldspath {orthose) et de mica.
DU GRANITE
verte de ces premiers débris de la décrépilation du quartz immédiatement après sa consolidation; et les groupes élancés des montagnes isolées, les sommets des grandes boursouflures du globe, qui dès lors s’étaient faites dans la masse quartzeuse, ont été les premiers lieux couverts de ces débris du quartz, parce que ces éminences, qui présentaient toutes leurs faces au refroidissement, en ont été plus complètement et plus vivement frappées que toutes les autres portions de la terre.
Je dis refroidissement, par rapport à la prodigieuse chaleur qui avait jusqu’alors tenu le quartz en fusion ; car, dans le moment de sa consolidation , le feu était encore assez violent pour dissiper les micas, dont l’exfoliation ne fut que le second détriment du quartz déjà brisé en écailles et en grains par le premier degré du refroidissement. Le feldspath et le schorl, bien plus fusibles que le mica, étaient encore en pleine fonte au point de feu où le quartz déjà consolidé s’égrenait faute de recuit , et formait les micas par ses exfoliations
Le feldspath et le schorl doivent donc être considérés comme les dernières fontes des matières vitreuses : ces deux derniers verres, en se refroidissant, durent s’amalgamer avec les détriments des premiers. Le feu qui avait tenu le quartz en fusion était bien plus violent que celui qui tenait dans ce même état le feldspath et le schorl, et ce n’est qu’après la consolidation du quartz et même après sa réduction en débris que les micas se sont formés de ses exfoliations, et ce n’est encore qu’après ce temps que le feldspath et le schorl, auxquels il ne faut qu’un feu médiocre pour rester en fusion, ont pu se réunir avec les détriments de ces premiers verres : ainsi le feldspath et le schorl ont rempli, comme des ciments additionnels, les interstices que laissaient entre eux les grains de quartz ou de jaspe et les particules de mica ; ils ont lié ensemble ces débris, qui de nouveau prirent corps et formèrent les granités et les porphyres, car c’est en effet, sous la forme d’un ciment introduit et agglutiné dans les porphyres et les granités, qu’ils s’y présentent.
En effet , les quartz en grains décrépités ou exfoliés en micas devaient couvrir généralement la surface du globe, à l’exception des fentes perpendiculaires qui venaient de s’ouvrir par la retraite que fit sur elle-même toute ta matière liquéfiée en se consolidant ; le feu de l’intérieur exhalait
^ Ae quartz s égrenait et formait les micas par ses exfoliations. Mais le quartz et le
mica n ont pas la même composition. Le quartz est Vacide silicique ,1a. silice pure (voyez la note de la page 17 ); et le mica se compose de silice, d’alumine, de peroxide de fer, etc. (voyez la note 2 de la page 29). '• '
Ces erreurs de détail sur la composition chimique du quartz, du mica, etc., inévitables à ■ une époque où la véritable chimie n’existait pas encore, ne doivent pas nous fermer les yeux sur ce grand et beau tableau des premières substances du globe, prenant successivement et graduellement , chacune selon sa nature , chacune à son temps marqué , la consolidation requise, à mesure- que le globe se refroidissait.
DU GRANITE
par ces fentes, comme par autant de soupiraux, les vapeurs métalliques, qui, s’étant incorporées avec la substance du quartz , l’ont moditiée, colorée et convertie en jaspe, lequel ne diffère en effet du quartz que par ces impressions de vapeurs métalliques, et qui , s’étant consolidé et recuit dans ces fentes du quartz, et à l’abri de l’action des éléments humides, est demeuré solide, et n’a fourni à l’extérieur qu’une petite quantité de détriments que le feldspath et le schorl aient pu saisir. Les jaspes ne présentant que leur sommet, et étant du reste contenus dans les fentes perpendiculaires de la grande masse quartzeuse, ne purent recevoir le feldspath et le schorl que dans cette partie supérieure, sur laquelle seule se fit une décrépitation semblable à celle du quartz, parce que cette partie de leur masse était en effet la seule qui pût être réduite en débris par le refroidissement.
Et de fait , les porphyres ’, qui n’ont pu se former qu’à la superficie des jaspes, sont infiniment moins communs que les granités, qui se sont au contraire formés sur la surface entière de la masse quartzeuse; car les granités recouvrent encore aujourd’hui la plus grande partie du globe; et, quoique les quartz percent quelquefois au dehors et se montrent en divers endroits sur de fortes épaisseurs et dans une grande étendue ils n’occupent que de
a. « Les quartz s’offrent à plusieurs endroits dans les Vosges, soit que les masses de granités « éboulées aient découvert les flancs de la masse quartzeuse , ou que des zones on veines de « quartz percent d’elles-mêmes à la surface. Dans les mines du Tliillot et de Château-Lambert, « fouillées dans une des racines de la grande montagne du Balon, et dont l’exploitation fut « autrefois très-riche et pourrait l’être encore, le cuivre se trouve immédiatement dans le « quartz vif, sans autre matrice ni gangue ; ce quartz est d’un beau blanc de lait et perce en « larges bandes jusqu’au dehors de la montagne. On rencontre la tranche d’une autre très- « large zone de quartz , coupée dans le bas de la superbe route qui descend de l’autre côté de « cette même grande montagne du Balon sur Giromigny en haute Alsace. Des masses et des (f zones de quartz se présentent également sur les coupes de l’autre route qui pénètre la mon- « tagne, de Lorraine en Alsace, par la source de la Moselle, Bussang, Saint-Amarin et Than. « Enfin, en nombre d’autres endroits dans toute la chaîne des Vosges, le quartz se montre entre « les granités, soit à la base, soit aux côtés esc irpés des montagnes. » Observations communiquées par M. l’abbé Bexon.
« Dans le canton de Salvert en Auvergne, il y a, dit M. Guettard, une bande de plus de deux (c mille toises de long qui n’est que du quartz blanc ; elle reprend même du côté de Roche- « d’Agout jusqu’à une petite butte qui est auprès de la paroisse de Biolet, ce qui fait en tout « une longueur de plus de dix mille toises.
« Aux environs de Pont-Gibaud, le long du chemin de Clermont au Mont-Dore, il y a du « quartz ; les maisons en sont bâties dans le canton de la Sauvetat . cette pierre est ordinaireu ment d'un blanc plus ou moins vif, etc. » Mémoire sur la Minéralogie d'Auvergne, dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1759.
Presque tous les rochers du Grimsel (l’une des plus hautes Alpes, d’où sortent les sources de l’Aar et du Rhône) contiennent de beaux cristaux; c’est sur cette montagne composée de |M|||||ttjiu’ont été trouvées les plus belles pièces de cristal que l’on connaisse, entre autres vue M. de Haller, et qui pesait six cent quatre-vingt-quinze livres. Voyages de ^^smrrit , t. Il, chap. iii.
« On entrevoit de certaines lois à l’égard de l’arrangement respectif de cet ordre d’anciennes IC roches, par tous les systèmes de montagnes qui appartiennent à l’empire russe, a chaîne
1 Voyez la note 1 de la page 44.
DU GRANITE
petits espaces à la surface de la terre en comparaison des granités, parce que les quartz ont été recouverts et rehaussés, presque partout, par ces mêmes granités, qui ont recueilli dans leur substance presque tous les débris des verres primitifs, et se sont consolidés et groupés sur la roche même du globe, à laquelle ils tiennent immédiatement, et qu’ils chargent presque partout. On trouve le granité comme premier fond au-dessous des bancs calcaires et des couches de l’argile et des schistes, quand on peut en percer l’épaisseur®, et nous ne devons pas oublier que ce fond actuel de notre terre était la surface du globe primitif avant le travail des eaux^.
Or, les granités sont non-seulement couchés sur cette antique surface, mais ils sont entassés encore plus en grand dans les groupes des montagnes primitives®, et nous en avons d’avance indiqué la raison : ces sommets, où
« ouraliqae, par exemple, a du côté de l’orient, sur toute sa longueur, une très-grande abon- « dance de scliistes cornés, serpentins et talqueux , riches en filons de cume, lesquels forment « le principal accompagnement du granité. Des jaspes de diverses couleurs... forment des lits « de montagnes entières et occupent de très-grands espaces ; de ce même côté, il parait beau- « coup de quartz en grandes roches toutes pures. » Observ. sur la formation des montagnes, par M. Pallas, p. 50.
a. « Les montagnes du Vicentin et du Véronois sont composées d’un schiste argileux « micacé ; comme on n’en perce pas l’épaisseur, on ignore s’il en est de même ici que dans « d’autres pays de montagnes, c’est-à-dire s’il y a au-dessous de ce schiste du granité, ce que « je présume cependant; car le granité perce et s’élève au-dessus du schiste dans les hautes « montagnes du Tyrol, et le granité gris ou granitello se montre déj à vers les sources de la « rmère de Cismonvé qui se jette dans la Brenta. » Ferber, Lettres sur la Minéralogie, p. 46.
b. « Il résulte des faits que j’ai rapportés, qu’à l’époque où la mer commençait à couvrir les « Pyrénées de productions marines, il existait déjà de grandes montagnes, purement grani- « teuses, qu’elle n’a fait qu’accroître par d’immenses dépôts, provenant de la destruction des « corps marins organisés ; mais l’enveloppe des masses de granité, continuellement exposée aux « injures du temps et à l’action des eaux du ciel, ne cesse de diminuer depuis que la mer s’est « retirée du sommet des Pyrénées : les torrents surtout, qui sillonnent de profondes cavités « dans le sein de ces montagnes, entraînent les pierres calcaires et argileuses, et dégagent peu « à peu le granité ; ainsi cette roche, après une longue suite de siècles, se trouvera entièrement « à découvert , telle enfin qu’elle était disposée avant d’avoir servi de base à des matières de « nouvelle formation. Les Pyrénées, parvenues à leur premier état, ressembleront aux mon- « tagnes graniteuses du Limousin, qui paraissent avoir subi toutes ces vicissitudes. Les envi- « rons de Chàteauneuf, village situé à six lieues de Limoges, présentent des bancs Inclinés de « marbre gris, enfermés de granité; cette ile calcaire est, selon M. Cornuo, ingénieur-géographe « du roi, d’une demi-lieue de diamètre, et distante de plus de dix lieues des contrées calcaires. « Un pareil monument semble avoir été conservé pour indiquer que les montagnes actuelles « du Limousin ne sont que le noyau d’une région autrefois beaucoup plus haute, formée par « les dépôts de la mer, et détruite, après la retraite des eaux, par les mêmes causes qui rabais- « sent chaque jour la cime des Pyrénées.
« La constitution intérieure de cette chaîne ne permet pas d’admettre, comme nous l’avons « déjà dit, que les matières qui la composent aient été formées en même temps ; il est aisé, au « contraire, de voir que la formation du granité a précédé celle des bancs calcaires et argileux, a auxquels il sert de base. » Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées, par M. l’abbé Palassau, p. 154.
c. « Les granités me semblent mériter, mieux que toutes les autres roches, le nom de roches a primitives, parce qu’on les trouve plus près du centre, et dans le centre même des hautes « chaînes. » Saussure, Voyage dans les Alpes, 1. 1, page 99. — «C’est une observation générale.
DU GRANITE
les degrés du refroidissement furent plus rapides, atteignirent plus tôt le point de la fusion et de la consolidation du feldspath et du schorl , en même temps qu’ils leur offraient à saisir de plus grandes épaisseurs de grains quartzeux décrépités.
Aussi les granités forment-ils la plupart de ces grands groupes et de ces hauts sommets élevés sur la base de la roche du globe comme les obélisques de la nature, qui nous attestent ses formations antiques, et sont les premiers et grands ouvrages dans lesquels elle préparait la matière de toutes ses plus riches productions, et où elle indiquait déjà de loin le dessin sur lequel elle devait tracer les merveilles de l’organisation et de la vie’ ; car on ne peut s’empêcher de reconnaître dans la figuration généralement assez régulière des petits solides du feldspath et du schorl cette tendance à la structure organique, prise dans un feu lent et tranquille, qui, en commençant l’union intime de la matière brute avec quelques molécules organiques, la dispose de loin à s’organiser, en y traçant les linéaments d’une figuration régulière : nos fusions artificielles, et plus encore les fusions produites par les volcans, nous offrent des exemples de cette figuration ou cristallisation par le feu dans un grand nombre de matières®, et même dans tous les métaux et minéraux métalliques.
Si nous considérons maintenant que les grands bancs et les montagnes de granité s’offrent à la superficie de la terre dans tous les lieux où les argiles, les sehistes et les couches calcaires n’ont pas recouvert l’ancienne surface du globe, et où le feu des volcans ne l’a point bouleversée, en un mot partout où subsiste la structure primitive de la terre , on ne pourra guère se refuser à croire qu’ils sont l’ouvrage de la dernière fonte qui ait eu lieu à sa surface encore ardente, et que cette dernière fonte n’ait été celle du
« que dans les grandes chaînes on trouve au deliors les montagnes calcaires, puis les ardoises.» — L’auteur se fût mieux exprimé en disant les schistes, puis les roches feuilletées primitives, et enfin les granités. Idem, ibidem, p. 402.
O. Voyez l’article des volcans, sur les espèces de granités et de porphyres qui se forment quelquefois dans la lave.
b. « Après avoir vu les ruines de l’ancienne Syène, je me rendis aux carrières de granité, qui « sont environ un mille au snd-est. Tout le pays qui est à l’orient, les îles et le lit du Nil, sont « de granité rouge, appelé par Hérodote pierre théhaique. Ces carrières ne sont pas profondes, et « Ton tire la pierre des flancs des montagnes. Je trouvai dedans quelques colonnes ébauchées, « entre autres une carrée, qui était vraisemblablement destinée pour un obélisque... On suit ces « carrières le long du chemin d’Assouan ( Syène) à Philœ. .. L’ile d’Éléphantine n’est aussi qu’un « rocher de granité, rouge... et cesont des rochers de ce même granité, que le Nil a rompus, et « entre lesquels il passe dans ses fameuses cataractes.» Voyage de Pococke. Paris, 1772 , tome I", pages 347, 348, 3S4 et 360.
1 Indiquait de loin le dessin sur lequel elle devait tracer les merveilles de l’organisation
et de la vie. Riches expressions et belle image, mais qu’il ne faut point prendre trop à la lettre. Ce n’est que de loin, et de bien loin, que la figuration du feldspath ou àuschoj'l, etc. indique \’ organisation et la vie (voyez la note 3 de la page 3). Buffon cherche partout des nuances : c’est là son point de vue, et il est très-beau; mais entre la matière brute, figurée ou non , et la vie, entre le brut et le vivant , il y a un abime.
DU GRANITE
feldspath et du schorl, lesquels, des cinq verres primitifs, sont sans comparaison les plus fusibles; et si l’on rapproche ici un fait qui , tout grand et tout frappant qu’il est, ne paraît pas avoir été remarqué des minéralogistes, savoir qu’à mesure que l’on creuse ou qu’on fouille dans une monagne dont la cime et les flancs sont de granité, loin de trouver du granité lus solide et plus beau à mesure que l’on pénètre, l’on voit au contraire qu’au-dessous, à une certaine profondeur, le granité se change, se perd et s’évanouit à la fin, en reprenant peu à peu la nature brute du roc vif et quartzeux. On peut s’assurer de ce changement successif dans les fouilles de mines profondes : quoique ces profondeurs où nous pénétrons soient bien superficielles, en comparaison de celles où la nature a pu travailler les matériaux de ses premiers ouvrages, on ne voit dans ces profondeurs que la roche quartzeuse, dont la partie qui touche aux filons des mines et forme les parois des fentes perpendiculaires est toujours plus ou moins altérée par les eaux ou par les exhalaisons métalliques, tandis que celle qu’on taille dans l’épaisseur vive est une roche sauvage plus ou moins décidément quartzeuse, et dans laquelle on ne distingue plus rien qui ressemble aux grains réguliers du granité. En rapprochant ce second fait du premier, on ne pourra guère douter que les granités n’aient en effet été formés des détriments du quartz décrépité jusqu’à certaines profondeurs, et du ciment vitreux du feldspath et du schorl, qui s’est ensuite interposé entre ces grains de quartz et les micas, qui n’en étaient que les exfoliations.
Il s’est formé des granités à plus grands et à plus petits cristaux de feldspath et de schorl , suivant que les grains quartzeux se sont trouvés plus ou moins rapprochés, plus ou moins gros, et selon qu’ils laissaient entre eux plus d’espace où le feldspath et le schorl pouvaient couler pour se cristalliser. Dans le granité à menus grains, le feldspath et le schorl, presque confondus et comme incorporés avec la pâte quartzeuse, n’ont point eu assez d’espace pour former une cristallisation bien distincte; au lieu que dans les beaux granités à gros grains réguliers, le feldspath et quelquefois le schorl sont cristallisés distinctement, l’un en rhombes et l’autre en prismes®.
Les teintes de rouge du feldspath et de brun noirâtre du schorl dans les granités sont dues sans doute aux sublimations métalliques, qui de même ont coloré les jaspes, et se sont étendues dans la matière du feldspath et du schorl en fusion. Néanmoins cette teinture métallique ne les a pas tous colorés, car il y a des feldspaths et des schorls blancs ou blanchâtres , et
a. « Le granité ( proprement dit) varie par la proportion de ses ingrédients, qui est différente « dans différents rochers, et quelquefois dans les différentes parties d’un même rocher... 11 varie « aussi par la grandeur de ses parties , et surtout des cristaux de feldspath , qui ont quelquefois « jusqu’à un pouce de longueur, et d’autres fois sont aussi petits qu’un grain de sable.» Saussure, Voyage dans les Alpes, tome page lOo.
DU GRANITE
dans certains granités et plusieurs porphyres le feldspath ne se distingue pas du quartz par la couleur®.
Les sommets des montagnes graniteuses sont généralement plus élevés que les montagnes schisteuses ou calcaires: ces sommets paraissent n’avoir jamais été surmontés ni travaillés par les eaux, dont la plus grande hauteur nous est indiquée par les bancs calcaires les plus élevés, car on ne trouve aucun indice de coquilles ou d’autres productions marines dans l’intérieur decces granités primitifs, à quelque niveau qu’on les prenne, comme jamais aussi l’on ne voit de bancs calcaires interposés dans les masses de granité, ni de granités posés sur des couches calcaires, si ce n’est par fragments roulés et transportés*, ou par bancs de seconde formation. Tous ces faits importants de l’histoire du globe ne sont que des conséquences nécessaires de l’ordre dans lequel nous venons de voir les grandes formations du feu précéder universellement l’ouvrage des eaux
Les couches que l’eau a déposées sont étendues horizontalement, et c’est dans ce sens, c’est-à-dire en longueur et largeur, que se présentent leurs plus grandes dimensions; les granités au contraire, et tous les autres ouvrages du feu sont groupés en hauteur; leurs pyramides ont toujours plus d’élévation que de base®. Il y a de ces masses ou pyramides solides de
a. Le granito grigio ou bigio est gris, composé de quartz transparent ou opaque et couleur de lait, de spath dur blanc et de mica noir; lorsque toutes ses parties sont en petits grains, on en nomme l’assemblage granitello... Le granito roseo, ou granité rouge, est composé de quartz blanc, de grands morceaux de spath dur rouge et de mica noir... Quelques colonnes de granité et de granitello sont clairement parsemées de petites taches noires provenant d’un amas de mica plus grand et plus fréquent dans ces endroits; telles sont les colonnes de la façade du Palais royal de Naples, du côté de la mer; telles sont aussi celles de granité gris antique que j’ai rmes à Salerno. Ferber, Lettres sur la Minéralogie, page 343 et suiv.
Les différentes couleurs dont le feldspath est susceptible sont , dans le granité, la source d’un nombre de variétés : celle qu’il présente le plus communément est un blanc laiteux; mais on le voit aussi jaune ou fauve, rouge, violet, et rarement, mais pourtant quelquefois d’un beau noir. Voyage dans les Alpes, par M. de Saussure, tome pf, page 105.
b. « Il y a de gros morceaux de granité, de quartz et d’autres pierres, qui viennent des montes « prhnarii du Tyrol, épars sur les champs des environs de Gallio d’Asiago, de Camporovere et « d’autres endroits, tous situés dans la montagne... Ces morceaux sont de même nature que ceux « qu’entrainent dans leur cours l’Adige et la Brenta en sortant des montagnes du Tyrol; et il « faut concevoir que le cours de ces rivières, avant qu’elles n’eussent approfondi leurs vallées, « était au niveau de ces morceaux détachés des montagnes , et qui n’ont pu être entraînés et « transportés sur ces couches calcaires que par les eaux. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, page 54.
« Arrivés au milieu de la vallée d’ürseren (au mont Saint-Gothard), nous tournâmes à gauche, « et nous montâmes dans une vallée plus élevée, dont les profondeurs sont jonchées de ruines « de montagnes renversées. La Reuss, resserrée des deux côtés entre d’immenses blocs de granité « d’une superbe couleur grise, confusément accumulés, et qui sont des fragments de celui qui a forme tous les sommets des Alpes, s’élance à travers ces débris avec une inconcevable rapi- « dité. » Lettres sur la Suisse, par M. Will. Coxe, tome pf, page 128.
c. Si l’on consulte les auteurs qui ont parlé de la structure des montagnes de granité, on verra « que presque tous disent que les pierres de ce genre se trouvent en masse informe, entassées