‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 21 sur 105 · Voyez la note de la p. 457 du IX« volume · texte numérisé non relu

Voyez la note de la p. 457 du IX« volume

DIT GRANITE

granité, sans fentes ni sutures, d’une très-grande hauteur et d’un volume énorme"; on en peut juger non-seulement par l’inspection des montagnes graniteuses*’, mais même par les monuments des anciens : ils ont travaillé des blocs de granité de plus de vingt mille pieds cubes, pour en former des colonnes et des obélisques d’une seule pièce % et de nos jours on a remué des masses encore plus fortes, car le bloc de granité qui sert de piédestal à la statue équestre du grand Pierre I", élevée par l’ordre d’une Impératrice encore plus grande *, contient trente-sept mille pieds cubes : cependant ce,

« sans aucun ordre : la source de ce préjugé vient principalement de ce qu’on a cru trouver dui « désordre partout où. Ton n’a pas vu des couches horizontales; mais tout homme qui observera « en grand, et sans aucune prévention, la structure de ces hautes chaînes de montagnes de granité,

« reconnaîtra qu’elles sont composées de grandes lames ou feuillets pyramidaux appuyés les uns

« contre les autres Ces feuillets sont tous à peu près verticaux; ceux du centre ou du cœur

« delà chaîne le sont presque toujours; mais les autres, à mesure qu’ils s’en éloignent, s’in- « clinent en s’appuyant contre ce même centre. » Saussure, Voyage dans les Alpes, tome P'', page 502.

a. Le plus bel endroit du passage du mont Saint-Gothard, et celui qui frappe le plus par son aspect, est un chemin taillé sur le roc comme un escalier; là, une seule pièce de granité de quatre vingt.s pieds de haut sur mille pas de front surplombe ce chemin. Voyage de M. Bourrit, tome II, chap. v.

b. « Un œil exercé peut découvrir, même à de grandes distances, la matière dont un pic inac- « cessible est composé, surtout lorsqu’elle est d’uu granité dur, comme dans les hautes Alpes.

« Les montagnes composées de ce genre de pierres ont leurs sommités terminées par des créne- « lures très-aiguës à angles vifs; leurs faces et leurs flancs sont de grandes tables planes, verti- « cales, dont les angles sont aussi vifs et tranchants. La nuance même que la nature a souvent « mise entre les roches de corne molles et les granités durs se marque à ces signes : les crêtes des « sommets qui sont composés d’une roche de corne tendre paraissent arrondies, émoussées, sans « physionomie; mais à mesure que la pierre, en se chargeant de quartz et de feldspath, approche « de la dureté du granité, on voit naître des créneaux plus distincts et des formes plus tran- « chées; ces gradations s'observent à merveille sur l’aiguille inaccessible des Charmos qui « domine le glacier des bois dans le district de Chamouni. » Saussure, Voyage dans les Alpes, tome I®'', page 500.

c. La colonne de Pompée, dont le fût est d’une seule pièce, passe pour être le plus grand monument des anciens en ce genre. « Cette colonne est, dit Thévenot, située à environ deux « cents pas d’ Alexandrie ; elle est posée sur un piédestal ou base carrée, large d’environ vingt « pieds et haute de deux ou environ, mais faite de plusieurs grosses pierres : pour le fût de la « colonne, il est tout d’une seule pièce de granité, si haute qu’elle n’apas au monde sa pareille,

« car elle a dix-huit cannes de haut, et est si grosse qu’il faut six personnes pour l’embrasser. » Voyage au Levant, tome I", page 227. En supposant la canne de cinq pieds de longueur, le fût de cette colonne en a quatre-vingt-dix de hauteur sm’ trente pieds de circonférence , parce que chaque homme, les bras étendus, embrasse aussi cinq pieds : ces dimensions donnent environ vingt mille pieds cubes. — « Nos montagnes européennes, dit M. Ferber, contiennent du granité « rouge et du granité gris, et il n’y a pas de doute que Ton en pourrait tirer des blocs aussi « beaux et aussi grands que le sont ceux des obélisques venus d'Égypte, si on voulait y mettre « la main et y employer les sommes que les Romains dépensaient pour les avoir. » Lettres sur la Minéralogie, page 344.

d. Catherine II, actuellement régnante, et dont l’Europe et l’Asie admirent et respectent également le grand caractère et le puissant génie.

1. Bulîon pousse la flatterie bien loin; mais Catherine vivait, lui écrivait de belles lettres, et lui envoyait de superbes fourrures pour ses hivers. En retour, Buffon l’appelait : la plus grande personne de l’Univers. ( Voyez, dans mon Histoire des travaux et des idées de Buffon, une lettre de Buffon à l’Impératrice de Russie.)

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bloc a été trouvé dans un marais, où il était isolé et détaché des hautes masses auxquelles il tenait avant sa chute. « Mais nulle part, nous dit « M. l’abbé Bexon®, on ne peut prendre une idée plus magnifique de ces « masses énormes de granités que dans nos montagnes des Vosges : elles en « offrent en mille endroits des blocs plus grands que tous ceux que l’on « admire dans les plus superbes monuments, puisque les larges sommets « et les flancs escarpés de ces montagnes ne sont que des piles et des groupes « d’immenses rochers de granité entassés les uns sur les autres ^ » Plusieurs observateurs ont déjà reconnu que la plupart des sommets des montagnes, surtout des plus élevées, sont formés de granité'. La plus

a. Mémoires sur l’Histoire naturelle de la Lorraine, communiqués par M. l’abbé Bexon.

b. On vient depuis peu de commencer à travailler ces granités des Vosges, et les premiers essais ont découvert dans ces montagnes les plus grandes richesses en ce genre ; elles offrent des granités très-beaux et très- variés pour le grain et pour les couleurs, et diverses espèces de porphyres; on en tire aussi des jaspes richement colorés, et toutes ces matières s’y rencontrent partout dans une extrême abondance : quoique dans une exploitation commencée on n’ait encore attaqué aucune masse considérable, et qu’on se soit borné aux morceaux rompus, épars au penchant des montagnes, et que les habitans entassent en gros murs bruts pour enclore leurs terrains. Le premier établissement de ce travail des granités des Vosges, fait d’abord à Giromagny, dans la haute Alsace, est actuellement transféré , pour plus grande abondance de matières et plus grande facilité de transports, de l’autre côté de la montagne, en Lorraine, dans le vallon de la Moselle, environ quatre lieues au-dessous de sa source. Nous le devons au goût et à l’activité de M. Patu des Hauts-Champs, magistrat qui joint à l’honneur et aux distinctions héréditaires l’amour éclairé du bien public et de grandes connaissances dans les sciences et dans les arts. Son entreprise, qui nous semble très-digne de l’attention et de la faveur du gouvernement, mettrait en valeur des matières précieuses restées jusqu’à présent brutes entre nos mains, et pour lesquelles nous payons jusqu’ici un tribut à l’Italie.

c. Les hautes sommités des Alpes sont presque toutes de granité proprement dit, savoir, de celui qui est composé de quartz, de feldspath et de mica... Le Mont-Blanc, qui s’élève comme un géant au centre des Alpes, est un immense rocher de granité. Saussure, Voyage dans les Alpes, tome PL pages 105 et 356. — Le sommet du Saint-Gothard est une plate-forme de granité nu. Lettres sur la Suisse, par M. William Goxe, traduites par M Ramond, tome I®"', page 193. — Le mont Sinaï (où je l’observai près du couvent) est presque tout de granité rougeâtre et à gros grains. Descript. de l’Arabie, par Niebuhr, tome II, page 278. Les observations des derniers voyageurs ont constaté que le Caucase, qui occupe l’espace entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, est une grande masse de granité très-irrégulièrement accompagnée de ces bandes schisteuses qui recouvrent toujours les côtés des grandes chaînes, ainsi que des montagnes secondaires et tertiaires qui les accompagnent... La chaîne célèbre des montagnes d’Oural, qui trace la limite naturelle entre l’Europe et l’Asie, et que le respect des peuples qui l’avoisinent leur a fait appeler la ceinture de la terre, est élevée sur une échine de granité et de quartz qui va en serpentant du midi au nord, et dont la plus grande largeur se trouve sur les sources du Jaïck et du Bielaïa... elle arrive en décroissant aux bords de la mer Glaciale, où elle forme le grand cap à l’ouest du golfe de roby... et répond enfin, par des côtes escarpées, à la grande chaîne boréale d’Europe, laquelle ayant parcouru toute la Scandinavie en forme de fer-à-cheval, et élevé le cap Nord, vient remplir de rochers granitiques les basses terres de la Finlande. La grande chaîne altaïque, qui forme un des pins puissants systèmes de montagnes qui aient été reconnus sur notre planète, remplit l’Asie de ses différentes branches; elles partent de ces prodigieux sommets dont la suite règne depuis la grande montagne Ouloutaou, au milieu de la Tartarie déserte, par le Boghdo (montagne souveraine), qui élève ses pics fort au-dessus des neiges, jusqu’aux effroyables groupes de montagnes au nord des Indes, dont le Thibet et le royaume de Cachemire sont hérissés : toute cette suite de sommets est granitique, et il en part des rameaux de même nature qui

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grande hauteur où les eaux aient déposé des coquilles n’étant qu’à quinze cents ou deux mille toises au-dessus du niveau actuel de la mer, il y a par

se distribuent entre tous les grands fleuves de l’Asie. (Extrait d’une dissertation de M. Pallas, intitulée: Observations sur la formation des montagnes.)

« En traversant le Tyrol pour aller en Italie, on trouve d’abord des montagnes calcaires, « ensuite des montagnes scbisteuses, et enfin des montagnes de granité ; ces dernières sont les « plus élevées ; on redescend par le même ordre de montagnes graniteuses, schisteuses et cal- « caires... La même chose s’observe en montant les autres chaînes considérables de l’Europe, « comme cela est incontestable dans les montagnes Carpathiques , dans celles de Saxe, du « Hartz, de la Silésie, de la Suisse, des Pyrénées, de l’Écosse et de la Laponie, etc. ; on peut en « tirer la juste conséquence que le granité forme les montagnes les plus élevées, et en même « temps les plus profondes et les plus anciennes, puisque toutes les autres montagnes sont « appuyées et reposent sur le granité, que le schiste a été posé sur le granité ou à côté de lui, et « que les montagnes calcaires ou autres couches de pierres ou de terres amenées par les eaux « ont encore été placées par-dessus le schiste. » Ferber, Lettres sur la Minéralogie, pages 495 et 496. — « Plusieurs montagnes au-dessus du lac de Côme, dans le canton appelé la Giigna, « sont composées de granité; teUes sont celles qui environnent en forme d’amphithéâtre le lago « Maggiore, sur lequel sont les charmantes îles Borromées : ce granité a une couleur de chair « pâle. » Idem, page 473. — Le même M. Ferber dit expressément ailleurs (page 343) que la partie la plus élevée des Alpes, entre l’Italie et l’Allemagne, est de granité ; et il ajoute que ces granités ernupéens ne diffèrent en aucune façon du granité oriental.

Tous les pays du monde offriront donc des granités dans leurs chaînes de montagnes primitives, et si les observations sur cet objet ne sont pas plus multipliées, c’est que de justes notions durègne minéral, pris en grandi, paraissent avoir juBqu’ici manqué aux observateurs. Quoi qu’il en soit, toutes nos provinces montagneuses, l’Auvergne, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, la Lorraine, la Franche-Comté et même la Bourgogne vers Semur, offrent des granités. La Bretagne depuis la Loire, et partie de la Normandie touchant à la Bretagne, en comprenant Mortain, Argentan, Lisieux, Bayeux, Cherbourg, est appuyée sur une masse de granité. La Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italié, ont les leurs. Les montagnes de la Corse et celles de l’île d’Elbe en sont formées. « 11 s’y en trouve, dit M. Ferber (page 441 ), qui est violet ettrès- « beau, parce que le feldspath est violet, à grands cubes, larges ou épais, oblongs ou « polygones. »

« Le bas de la montagne de Vol vie (en Auvergne) qui a brûlé, est, dit M. Guettard, composé « de granités de différentes couleurs ; il y en a de blanc, jaunâtre et gris, qui a des grains de « moyenne grosseur bien liés, et un peu de paillettes talqueuses d’un argenté brillant ; un autre « est blanc pointillé de noir à grains moyens et serrés, et à paillettes talqueuses brunes ou « noires; il ressemble beaucoup au carreau de Saint-Sever en Normandie; un troisième est « encore blanc, mais fouetté de jarmâtre et pointillé de brun et de noir; ces grains sont de « moyenne grosseur, serrés, et les paülettes talqueuses, brunes et petites; les deux suivants « sont jaunes, le premier est lavé de blanc pointillé de brun et de noir; ces grains sont peu liés, « de moyenne grosseur, serrés, et les paillettes talqueuses, brunes et petites; on y remarque « outre cela, des plaques qui ont un coup d’œil de spath; le second est jaune rouille de fer « pointillé de blanc, à grains moyens, très-peu liés et à paillettes petites et brunes; enfin, des « deirx autres, l’un est noir et couleur de chair à grains serrés et petits, mêlés d’un peu de talc « brun; l’autre est couleur de cerise foncée et brune, à grains moyens et im peu serrés, et à « paillettes talqueuses d’un bnrn tirant sur le noir. Il y a encore de cette espèce de pierre le « long du chemin qui conduit de Clermont au Mont-d’Or; j’en ai observé qui étaient d’un blanc « jaunâtre, sans paillettes talqueuses, et dont le grain était très-serré; ces granités étaient trace versés par des veines de quelques lignes d’épaisseur d’un quartz blanc sale et demi transpao rent; d’autres étaient couleur de cerise vif, fouetté de brun avec quelques paillettes talqueuses « d’un brun doré, ou bien ils étaient gris-blancs avec de très-grandes plaques de quartz : cette « pierre se rencontre aussi sur la route de Clermont à Ponb-Gibaud, à Rajat, sur le chemin de

1 (c). C’est précisément l’histoire du règne minéral, pris en grand, (que fait Buffon; et il est le premier qui l’ait faite, ou du moins ( et ceci est encore beaucoup ) qui ait essayé de la faire.

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conséquent un grand nombre de sommets qui se trouvent au-dessus de celle hauteur; mais il s’en faut bien que toutes les pointes moins élevées aient été recouvertes des productions de la mer ou cachées sous l’argile, le schiste et tes autres matières transportées par les eaux; plusieurs montagnes, telles que tes Vosges, moins hautes que ces grands sommets, sont composées de granités qui n’otfrent aucun vestige de productions marines, et ces granités ne sont pas surmontés de bancs calcaires, quoique la mer ait porté dans d’autres endroits ses productions à de bien plus grandes hauteurs. Au reste, ce n’est que dans les hautes montagnes vitreuses que l’on peut voir à nu la structure ancienne et la composition primitive du globe en masses de quartz, en veines de jaspe , en groupes de granité et en fdons métalliques

Quelque solide et durable que soit la matière du granité, le temps ne laisse pas de la miner et de la détruire à la longue, et des trois ou quatre substances dont il est composé, le quartz paraît être celle qui a le plus perdu de sa solidité, et cela est peut-être arrivé dès le premier temps qu’il s’est décrépité; car quoique, étant d’une substance plus simple, il soit en lui-même plus solide que le feldspath et le schori , cependant ces derniers verres, et surtout le feldspath, sont ce qu’il y a de plus durable dans le granité ; du moins il est certain que sur les faces des blocs de granité exposés à l’air aux flancs des montagnes, c’est la partie quartzeuse qui tombe en détriment la première avec le mica, et que les rhombes du feldspath restent nus et relevés à la surface du granité dépouillé du mica et des grains de

« Rochefort à Pont-Gibaud, dans les environs de Clermont et du Puy-de-Dôme, dont la base est « de cette pierre, à Gergovie, où il parait décomposé : tous ces granités sont de différentes cou- « leurs. Auprès d’Aurillac, dans la commande rie de la Salvetat, il y en a de rouges; toutes les « montagnes du canton de Gourpierre sont, à ce qu’on dit, composées en grande partie de gra- « nites remplis de talc blanc et jaune. » Mémoires sur la Minéralogie d' Auvergne , dans cens, de V Académie des Sciences, année 1759,

Quoique les montagnes qui sont auprès de l’Escurial paraissent toutes de granité bleu, on en trouve aussi du rouge comme celui d'Égypte... Il se décompose au contact de l’air, comme les

autres pierres et le rouge perd de sa couleur à mesure qu’il se décompose... Il y a aussi

d’énormes masses de roche grossière et de granité , avec des morceaux de quartz blanc et de cristal de roche qui y sont enchâssés... Le pied de la montagne de Saint-lldefonsc est de granité, dont on fait des meules de moulin qui ne sont pas de bonne qualité, parce qu’elles deviennent trop unies en s’usant, et qu’on est obligé de les piquer souvent. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, pages 440 et 446... M. Bowles ajoute que le granité bleu ou gris de l’Escurial, et le granité rouge de Saint-lldefonse , ne sont pas comme les granités ordinaires mêlés de spath, ce qui pourrait faire croire que ce sont plutôt des quartz que des granités. Ibid., page 448.

a. « Toutes ces énormes montagne.^ qui bordent la vallée de Chamouni sont dans la classe « des primitives : on trouve cependant une ou deux carrières de gypse , et des rochers calcaires « parsemés dans le fond de la vallée; on voit aussi quelques bancs d’ardoise appliqués contre « le pied du Mont-Blanc et des montagnes de sa chaîne ; mais toutes ces pierres secondaires « n’occupent que le fond ou les bords des vallées, et ne pénètrent point dans le cœur des mon- « tagnes : le centre de celles-ci est de roche primitive , et les sommités assises sur ce centre a sont aussi de cette même roche. » Saussure, Voyage dans les Alpes , 1. 1, p. 431.

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quartz qui les environnaient. Cet effet se remarque surtout dans les granités où la quantité du feldspath est plus grande que celle du quartz; et il provient de ce que les cristaux de cette même matière vitreuse sont en masses plus longues et plus profondément implantées que les grains du quartz dans presque tous les granités. Au reste, ces grains de quartz détachés par l’action des éléments humides et entraînés par les eaux s’arrondissent en roulant, et se réduisent bientôt en sables quartzeux et micacés®, lesquels, comme les sables de grès, se convertissent ensuite en terres argileuses.

On trouve dans l’intérieur de la terre des granités décomposés, dont les grains n’ont que peu d’adhérence et dont le ciment est ramolli ** ; cette décomposition se remarque surtout dans les fentes perpendiculaires où les eaux extérieures peuvent pénétrer par infiltration, et aussi dans les endroits où la masse des rochers est humectée par les vapeurs qui s’élèvent des eaux souterraines : toute humidité s’oppose à la dureté, et la preuve en est que toute masse pierreuse acquiert de la dureté en se séchant à l’air. Cette différence est plus sensible dans les marbres et autres pierres calcaires que dans les matières vitreuses; néanmoins elle se reconnaît dans les granités, et plus particulièrement encore dans le grès qui est toujours humide dans sa carrière, et qui prend plus de dureté après s’être séché à l’air pendant quelques années.

Lorsque les exhalaisons métalliques sont abondantes et en même temps mêlées d’acides et d’autres éléments corrosifs, elles détériorent avec le temps la substance des granités, et même elles altèrent celle du quartz : on le voit dans les parois de toutes les fentes perpendiculaires où se trouvent

a. La cliaine des monts Carpentins en Espagne, est presque toute de granité ; il se résout en une espèce de gravier menu, par la dissolution du ciment qui unissait ses parties, et les petits cailloux de quartz restent détachés avec les feuilles de talc et de spath (feldspath) qui, ensuite avec le temps , se décomposent et se convertissent en terre parfaite qui n’est pas de la nature calcaire. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, 1. 1, p. 260.

b. C’est mal à propos que M. de Saussure veut établir (Voyage dans les Alpes, t. I, p. 106) diverses espèces de granité sur les divers degrés de dureté de cette pierre, et parce qu’il s’en trouve de tendre au point de s’égrener entre les doigts, puisque ce n’est ici qu’une décomposition ou destruction par l’air et par l’eau du vrai granité, si pourtant, c’est de ce granité que l’observateur entend parler, de quoi l’on peut douter avec raison, puisqu’il attribue le vice de ces granités devenus tendres à l’effet de « quelque matière saline ou argileuse, entrée dans leur composition» (ibid.); mais plus bas il se rétracte, en observant que, si dès l’origine ce principe de mollesse fût entré dans leur combinaison, les fragments roulés que l’on trouve de ces granités « n’eussent pu, sans se réduire en sable, supporter les chocs qui les ont arrondis. » (Ibid. )

c. « Si ces eaux sont chaudes, la décomposition des parties de la roche en est plus intime et « plus profonde : les fentes des rochers de granité, d’où coulent les eaux chaudes de Plombières, « se montrent revêtues et remplies d’une argile très-blanche, qui, en la pétrissant, se trouve « encore mêlée de grains de quartz, et qui n’est en effet que la substance du quartz même « dissoute et fondue par l’eau. La douceur au toucher de cette espèce d’argile, et sa facilité à « se délayer dans l’eau qu’elle rend détersive, lui ont fait doimer dans le pays le nom impropre « de savon ou de terre savonneuse; elle se fond à un feu très-modéré en donnant un beau « verre laiteux, et c’est un véritable pélunt-zé, propre à entrer dans la plus belle porcelaine. » Morceau extrait de l’Histoire naturelle de Lorraine, manuscrite, par M. l’abbé Bexon.

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les filons des mines métalliques; le quartz paraît décomposé et le granité adjacent est friable.

Mais cette décomposition d’une petite portion de granité dans l’intérieur de la terre, n’est rien en comparaison de la destruction immense et des débris que dut produire l’action des eaux, lorsqu’elles vinrent battre pour la première fois les pics des montagnes primitives, plus élancés alors qu’ils ne le sont aujourd’hui; leurs flancs nus, exposés aux coups d’un océan terrible , durent s’ébranler, se fendre, se rompre en mille endroits et de mille manières : de là ces blocs énormes qu’on en voit détachés et tombés à leurs pieds; et ces autres blocs qui, comme suspendus et menaçant les vallées, ne semblent plus tenir à leurs sommets que pour attester les efforts qui se firent pour les en arracher mais tandis que la force des vagues renversait les masses qui offraient le plus de prise ou le moins de résistance, l’eau par une action plus tranquille et tout aussi puissante, attaquait généralement et altérait partout les surfaces des matières primitives, et, transportant la poudre de leurs détriments, en composait de nouvelles substances, telles que les argiles et les grès; mais il dut y avoir aussi dans les amas de ces débris, de gros sables qui n’étaient pas réduits en poudre; et les granités étant les plus composés, et par conséquent les plus destructibles des substances primitives , ils fournirent ces gros sables en plus grande quantité ; et l’on conçoit qu’eu égard à leur pesanteur, ces sables ne purent être transportés par les eaux à de très-grandes distances du lieu de leur origine : ils se déposèrent en grande quantité aux environs de leurs masses primitives, ils s’y accumulèrent en couches graniteuses, et ces grains, agglutinés de nouveau par l’intermède de l’eau, ont formé les granités secondaires, bien différents, comme l’on voit, quant à leur origine, des vrais granités primitifs. Et en effet l’on trouve en divers endroits ces nouveaux granités, soit en couches, soit en amas inclinés, et on reconnaît à plusieurs caractères qu’ils sont de seconde formation ; 1® à leur position en couches , et quelquefois en sacs entre des matières calcaires 2° en ce qu’ils sont moins

a. Vous rencontrez (dans une vallée des Pyrénées), des blocs énormes de granité ; ce sont les débris de quelques montagnes formées par le prolongement des masses de granité qu’on trouve vers Feutrée de la vallée de Louron, et qu’un tremblement de terre aura peut-être renversées. Ce bouleversement n’a pu arriver qu’après la formation des bancs calcaires et argileux qui traversent cette vallée, puisque ces bancs sont couverts parles blocs de granité. On voit régner ce désordre dans une grande partie du terrain qui se trouve entre le village de Saint-Paul et celui d’Oo. Essai sur la Minéralogie des monts Pyrénées, p. 205.

a. Au-dessus de Lescrinet, du côté d’Aubenas (en Vivarais), on trouve une scissure énorme dans du marbre, remplie de matière granitique, qui démontre bien visiblement que les granités supérieurs sont venus se mouler dans cette fente perpendiculaire. Il fallut donc, pour la formation de ce filon fort curieux : 1® que la roche calcaire existât avant lui ; 2® que la fente perpendiculaire de cette carrière matrice se fit après la séparation des eaux de la mer par les lois du retrait; car si la matière calcaire eût été dans un état de vase, elle se fût mélangée pai l’action du courant avec la vase de granité, ou avec ses grains sablonneux...; 3® que la roche de

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compactes, moins durs et moins durables que les granités antiques ; 3“ en ce que le feldspath et le schorl n’y sont pas en cristaux bien distincts, mais par petites masses qui paraissent résulter de l’agglutination de plusieurs fragments de ces mêmes substances, et qui n’offrent à l’œil qu’une teinte terne et mate, de couleur briquetée ou d’un gris rougeâtre; 4“ en ce que les parcelles du mica y ont forme par leur jonction des feuilles assez grandes, et même de petites piles de ces feuilles qui ressemblent à du talc; 5” enfin , en ce que l’empâtement de toute la pierre est grossier, imparfait, n’ayant ni la cohérence, ni la solidité, ni la cassure vive et vitreuse du vrai granité. On peut vérifier ces différences en comparant les granités des Vosges ou des Alpes avec celui qui se trouve à Semur en Bourgogne ; ce granité est de seconde formation; il est friable, peu compacte, mêlé de talc; il est disposé par lits et par couches presque horizontales; il présente donc toutes les empreintes d’un ouvrage de l’eau, au lieu que les granités primitifs n’ont d’autres caractères que ceux d’une vitrification *.

On ne doit donc rien inférer, rien conclure de la formation de ces granités secondaires à celle du granité primitif dont ils ne sont que des détriments : les grès sont relativement au quartz ce que ces seconds granités sont au premier, et vouloir les réunir pour expliquer leur formation par un principe commun, c’est comme si l’on prétendait rendre raison de l’origine du quartz par la formation du grès.

Ceux qui voudraient persister à croire qu’on doit rapporter à l’eau la formation de tous les granités, même de ceux qui sont élancés à pic, et groupés en pyramides dans les montagnes primitives, ne voient pas qu’ils ne font que reculer, ou plutôt éluder la réponse à la question ; car ne doiton pas leur demander d’où sont venus, et par quel agent ont été formés ces fragments vitreux employés par l’eau pour composer les granités et dès lors ne seront-ils pas forcés à rechercher l’origine des masses, dont ces

granité, en supposant ces trois premiers cas, fût réellement dans un état de pâte molle, puisqu’elle remplit exactement toutes les sinuosités de sa gangue. Hist. naturelle de la France méridionale, par M. Soulavie, 1. 1, pages 385 et 386.

a. Le granité, dit très-bien M,de Saint-Fond, n’est pas la pierre primitive dont est formé le noyau de notre globe, et qui couronne les hautes montagnes... Cette roche étant composée de différentes matières agrégées, bien connues et bien distinctes, elle suppose la préexistence de ces matières. Vues générales du Dauphiné, p. 13.

1. « Il ne peut y avoir aucun doute sur la nature ignée des roches granitiques , d’après leur « manière d’être injectées dans toutes sortes de dépôts, et les modifications qu’elles ont pro-

« duites dans les matières qu’elles ont traversées ou soulevées Ces roches ont commencé à

« paraître dès les premiers dépôts de sédiment, et peut-être même y en a-t-il eu d’antérieurement « épanchées sur la surface du globe; mais elles se sont continuées à toutes les époques jusqu’a- M près les terrains tertiaires... On trouve souvent le granité complètement isolé, et formant à « lui seul des dépôts considérables, couvrant de vastes contrées, comme dans le centre de la tf France, dans l’Auvergne et le Limousin... Mais alors même on en reconnaît de divers « àgc-s... Le granité du Morvan est encore différent, et son apparition se rattache à des époques U plus modernes... » ( Beudant.)

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fragments vitreux ont été détachés, et ne faut-il pas reconnaître que si l’eau peut diviser, transporter, rassembler les matières vitreuses, elle ne peut en aucune façon les produire ?

La question resterait donc à résoudre dans toute son étendue, quand on voudrait par prévention de système, ou qu’on pourrait par suite d’analogie, établir que les granités primitifs ont été formés par l’eau ou dans le sein des eaux, et il resterait toujours pour fait constant que la grande masse vitreuse, dont les éléments de ces granités sont ou l’extrait ou les débris, est une matière antérieure et étrangère à l’eau, et dont la formation ne peut être attribuée qu’à l’action du feu primitif*.

Les nouveaux granités sont souvent adossés aux flancs, ou stratifiés aux pieds des grandes masses antiques dont ils tirent leur origine ; ils sont étendus en couches ou en lits, plus ou moins inclinés, et souvent horizontaux , au lieu d’être groupés en hauteur, entassés en pyramides, ou empilés en feuillets verticaux “ , comme le sont les véritables granités dans les grandes montagnes primitives : cette différence de position est un effet remarquable et frappant, qui d’un côté caractérise l’action du feu, dont la la force expansive du centre à la circonférence ne pouvait qu’élancer, élever la matière et la grouper en hauteur, tandis que la seconde position présente l’ouvrage de l’eau , qui soumise à la loi de l’équilibre, et ne travaillant que par voie de transport et de dépôt, tend généralement à suivre la ligne horizontale^.

a. C’est ce que M. de Saussure appelle des couches perpendiculaires, par une association de mots aussi insociables que les idées qu’ils présentent sont incompatibles; car qui dit coneftes dit dépôt stratifié, étendu, couché enfin sur une ligne plus ou moins voisine de la ligne horizontale, et dont les feuillets se divisent en ce sens; or, une telle masse, stratifiée horizontalement, ne peut rien offrir de perpendiculaire que les fissures ou sutures qui l’ont accidentellement divisée : la tranche perpendiculaire porte au contraire sa plus grande dimension sur la ligne de hauteur, elle se coupe en lames verticales; et il est aussi impossible qu’elle ait été formée par la même cause que la couche horizontale, qu’il Test que cette dernière devienne jamais perpendiculaire, si ce n’est par accident ^ ; car il est indubitable que toutes les couches stratifiées par la mer, et qui ne doivent pas leur inclinaison aux causes accidentelles, comme la chute des cavernes, la tiennent des inclinaisons même, des pentes ou des coupes des masses primitives auxquelles elles sont venues s’adosser, s’adapter et se superposer, qui, en un mot, leur ont servi de base. Aussi M. de Saussure, après avoir fait la description et l’énumération de plusieurs de ces couches violemment inclinées ou presque perpendiculaires , rappelle-t-il tous ces faits particuliers à une observation qu’il regarde lui-même comme « générale et importante, « savoir, que les montagnes secondaires sont d’autant plus irrégulières et plus inclinées, qu’elles « approchent plus des primitives. »

1. Le granité est dû à Taction du feu primitif, à Vaction ignée (voyez la note de la page précédente ) ; tout le monde le sait et le dit aujourd’hui : Buffon (si j’en excepte le seul Leibnitz) a précédé tout le monde .

2. On ne saurait mieux définir les deux actions opposées : Yaction du feu, « dont la force « expansive ne pouvait qu’élancer, élever la matière et la grouper en hauteur, et Y ouvrage de l’eau , « qui , soumise à la loi de l’équilibre , et ne travaillant que par voie de transport et de « dépôt, tend généralement à suivre la ligne horizontale. »

3 (a). C’est l’axiome célèbre de Stenon, universellement reçu aujourd’hui : « Toute couche « inclinée est une couche qui a été redressée. »

DU GRANITE

Les granités secondaires se sont donc formés des premiers débris dn granité primitif, et les fragments rompus des uns et des autres, et roulés par les eaux, ont postérieurement rempli plusieurs vallées “, et ont même formé par leur entassement des montagnes subalternes. Il se trouve des carrières, entières et en bancs étendus, de ces fragments de granités roulés et souvent mêlés de pareils fragments de quartz arrondis, comme ceux de granité, en forme de cailloux **. Mais ces couches sont, comme l’on voit, de seconde et même de troisième formation. Et dans le même temps que les

O. « Presque tous les ruisseaux qui se déchargent dans le gave de la vallée de Bastan roulent « des blocs de granité : il y en a d’énormes à une petite distance de Baréges, et en si grande « quantité , qu’on ne peut s’empêcher de penser que cette espèce de pierre a dû former ancien- « nement de hautes montagnes dans celte partie des Pyrénées.

« Les ruisseaux qui descendent du pic de Midi et du pic des Aiguillons entraînent aussi des « blocs de granité. » Essai sur la Minéralogie des monts Pyrénées, p. 259.

h. La montagne où est le château de Molina (en Espagne) est très-élevée, et son sommet est composé d'une masse de petits quartz arrondis, et incrustés ou conglutinés avec le ciment naturel formé de sable et de pierre à chaux... A côté de la montagne de la Platilla, il y a une autre montagne composée de roche de tuf (ce tuf est un grès feuilleté), en couches inclinées, soutenues par un lit de quartz ronds, fortement conglutinés entre eux, comme ceux qui se trouvent au sommet de la montagne de Molina : ce lit suit la même pente que celui de la roche du tuf qui contient beaucoup de quartz enchâssés, qui viennent de ceux qui se sont détachés de leur grande masse par la destruction de la colline ; d’où l’on infère que ces quartz sont d’une origine antérieure aux lits de la roche de tuf, et que celle-ci était un sable menu avant d’être roche

A une demi-lieue de Molina, du côté de la mine de la Platilla, il y a une cavité d’environ cent cinquante pieds de profondeur et de vingt à quarante de largeur, formée dans une montagne déroché de sable rouge, sur des bancs de quartz arrondis, conglutinés avec le sable; il y a des fentes perpendiculaires qui séparent ces roches ainsi que le quartz. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, pages 179, 180 et 188.

La grande quantité de caillomx de granité, dont le terrain sablonneux de la Pologne est rempli, est, après le sable, ce qu’il y a de plus frappant... ils dominent dans la plupart des terrains qui ont des cailloux, c’est le quartz dans d’autres... Les villes et villages de Pologne, situés dans les endroits où la surface du terrain n’en est point parsemé, ont quelquefois un pavé de ces cailloux ; tous ceux de la Prusse ducale en sont pavés...

La couleur de ces cailloux varie beaucoup : les uns sont gris-blancs et rouges ou couleur de cerise, parsemés de points noirâtres et de verdâtres; d’autres sont gris-terreux ou lie de vin avec des points gris ; le fond de la couleur est dans d’autres vert avec des points blancs ; la plupart sont très-durs, les grains en sont fins et bien liés, souvent même leur liaison est telle qu’on ne peut les distinguer les uns des autres; ceux-ci approchent beaucoup des porphyres, s ils n’en sont pas réellement : beaucoup ont des grains plus gros, mélangés avec des lames quartzeuses de plusieurs lignes de large, d’un blanc plus ou moins vif, teint de rouge ou de couleur de cerise; quelques-uns sont intérieurement colorés de gris de fer luisant, ce qui paraît réellement être une matière ferrugineuse, quelques-uns enfin sont veinés de couleur de cerise, de noirâtre et de gris...

^ Il n est pas rare de trouver parmi ces cailloux graniteux, d’autres cailloux qui sont de quartz, d agate ou de jaspe; ceux de quartz sont communément blancs... On en voit de gris, de rouges et de quelques autres couleurs : les agates sont assez ordinairement blanches... cependant j’en ai vu de brunes et de blanches, de rougeâtres, de jaunâtres, de roussâtres et de blanc sale, de giises avec des taches de gris de lin pâle, et de plusieurs autres nuances et variétés. Les jaspes ne sont pas moins diversifiés : il y en a qui sont d’un très-beau rouge, d’autres sont verts, verdâtres, fleuris ou marbrés. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1702, p. 241 et suiv.

DU GRANITE

eaux entraînaient, froissaient et entassaient ces fragments massifs, elles transportaient au loin, dispersaient et déposaient partout les parties les plus ténues, et la poussière flottante de ces débris graniteux ou qnarlzeux; dès lors ces poudres vitreuses ont été mêlées avec les poudres calcaires, et c’est de là que proviennent originairement les sucs quartzeux ou silicés qui transsudent dans les craies et autres couches calcaires formées par le dépôt des eaux.

Et comme le transport de ces débris du granité, du grès et des poudres d’argile, s’est longtemps fait dans le fond des mers, conjointement avec celui des détriments des craies, des marbres et des autres substances calcaires, les unes et tes autres ont quelquefois été entraînées, réunies et consolidées ensemble : c’est de leur mélange que se sont formées les brèches et autres pierres mi-parties de calcaire et de vitreux ou argileux, tandis que les fragments de quartz et de granité, unis de même par le ciment des eaux, ont formé les poudingues purement vitreux , et que les fragments des marbres et autres pierres de même nature ont formé les brèches purement calcaires.

DU GRÈS

Le grès* lorsqu’il est pur est d’une grande dureté, quoiqu’il ne soit composé que des débris du quartz réduits en petits grains qui se sont agglutinés par l’intermède de l’eau ; ce grès, comme le quartz, étincelle sous le choc de l’acier; il est également réfractaire à l’action du feu le plus violent; les détriments du quartz ne formaient d’abord que des sables qui ont pris corps en se réunissant par leur affinité, et ont ensuite formé les masses solides des grès, dans lesquels on ne voit en effet que ces petits grains quartzeux plus ou moins rapprochés, et quelquefois liés par un ciment de même nature qui en remplit les interstices Ce ciment a pu être porté dans le grès de deux manières différentes; la première par les vapeurs qui s’élèvent de

a. Par ces mots de ciment ou gluten, je n’entends pas, comme l’on fait ordinairement, une matière qui a la propriété particulière de réunir des substances dissemblables, et pour ainsi dire d’une autre nature, en faisant un seul volume de plusieurs corps isolés ou séparés, comme la colle qui s’emploie pour le bois, le mortier pour la pierre, etc. ; l’habitude de cette acception du mot ciment pourrait en imposer ici. Je dois donc avertir que je prends ce mot dans un sens pinte général, qui ne suppose ni une matière difl’érente de celle de la masse, ni une force attractive particulière, ni même la séparation absolue des parties avant l’interposition du ciment, mais qui consiste dans leur union encore plus intime, par l’accession de molécules de même nature, qui augmentent la densité de la masse, en sorte que la seule condition essentielle qui fera distinguer ce ciment des matières sera le plus souvent la différence des temps où ce ciment y sera survenu, et où elles auront acquis par là leur plus grande solidité.

1. « On donne le nom de grès à des roches arénacées, formées de grains de quartz hyalin, a reliés par un ciment de calcaire ou de silice. » (Dufrénoy.)

DU GRÈS

l’intérieur de la terre, et la seconde par la stillation des eaux : ces deux causes produisent des effets si semblables, qu’il est assez difficile de les distinguer. Nous allons rapporter à ce sujet les observations faites récemment par un de nos plus savants académiciens, M. de Lassone, qui a examiné avec attention la plupart des grès de Fontainebleau, et qui s’exprime dans les termes suivants :

« Sur les parois extérieures et découvertes de plusieurs blocs de grès le « plus compacte, et presque toujours sur les surfaces de ceux dont on a . « enlevé de grandes et larges pièces en les exploitant, j’ai observé un enduit « vitreux très-dur : c’est une lame de deux ou trois lignes d’épaisseur, « comme une espèce de couverte, naturellement appliquée, inlimenient « inhérente , faisant corps avec le reste de la masse , et formée par une « matière atténuée et subtile, qui en se condensant a pris le caractère pier- « reux le plus décidé, une consistance semblable à celle du silex, et presque « à celle de l’agate ; cet enduit vitreux n’est pas bien longtemps à se démon- (( trer sur les endroits qu’il revêt. Je l’ai vu établi au bout d’un an sur les (( surfaces de certains blocs entamés l’année précédente : on découvre et on « distingue les nuances et la progression de cette nouvelle formation, et, ce « qui est bien remarquable, cette substance vitrée ne paraît et ne se trouve a que sur les faces entamées des blocs, encore engagés par leur base dans (c la minière sableuse qui doit être regardée comme leur matrice et le vrai « lieu de leur génération ®. »

Cette observation établit, comme l’on voit, l’existence réelle d’un ciment pierreux, qui même forme en s’accumulant un émail silicé d’une épaisseur considérable ; mais je dois remarquer que cet émail se produit non-seulement sur les blocs encore attachés ou enfouis par leur base, comme le dit M. de Lassone, mais même sur ceux qui en sont séparés; car on m’a fait voir nouvellement quelques morceaux de grès qui étaient revêtus de cet émail sur toutes leurs faces : voilà donc le climat quartzeux ou silicé clairement démontré, soit qu’il ait transsudé de l’intérieur de la pierre, soit que l’eau ou les vapeurs aient étendu cette couche à la superficie de ces morceaux de grès. On en a des exemples tout aussi frappants sur le quariz, dans lequel il se forme de même une matière silicée par la stillation des eaux et par la condensation des vapeurs

a. Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1774, pages 209 et suiv.

b. M. de Gensane, savant physicien et minéralogiste très-expérimenté, que j’ai eu souvent occasion de citer avec éloge, a fait des observations que j’ai déjà indiquées, et qui me paraissent ne laisser aucun doute sur cette formation de la matière silicée ou quartzeuse, par la seule condensation des vapeurs de la terre. « Étant descendu, dit-il, dans une galerie de mine (de « plomb) de Pont-Pean, près de Rennes en Bretagne, dont les travaux étaient abandonnés, je « vis au fond de cette galerie toutes les inégalités du roc presque remplies d’une matière trèsic blanche, semblableà de la céruse ctélayée, que je reconnus être un véritable guhr ou sinter... M C’est une vapeur condensée qui, en se cristallisant, donne un véritable quartz. » M. de Gen-

DU GRÈS

Mais si nous considérons en général les ciments naturels, il s’en faut bien qu’ils soient toujours, Jii partout, les mêmes; il faut d’abord en distinguer de deux sortes, l’un qui paraît homogène avec la matière dont il remplit les interstices, comme dans les nouveaux quartz et les grès où il est plus apparent à la surface qu’à l’intérieur, l’autre qu’on peut dire hétérogène, parce qu’il est d’une substance plus ou moins différente de celle dont il remplit les interstices, comme dans les poudingues et les brèches : ce dernier ciment est ordinairement moins dur que les grains qu’il réunit. Nous connaissons d’ailleurs plusieurs espèces de ciments naturels, et nous en traiterons dans un article particulier : ces ciments se mêlent et se combinent quelquefois

sane voulut reconnaître si cette matière provenait de la circulation de l’air dans les travaux, ou si elle transpirait au travers du roc sur lequel elle se formait ; pour cela il commença par bien laver la surface du rocher avec une éponge pour ôter le guhr qui s’y trouvait. « Ensuite, « dit -il, je pris quatre écuelles neuves de terre vernissée, qie j’appliquai aux endroits du rocher « où j’avais aperçu le plus de guhr, et, avec de la bonne glaise bien pétrie, je les cimentai bien « tout à l’entour de deux bons pouces d’épaisseur, après quoi je plaçai des travers de bois vis- « là-vis mes écuelles, qui formaient presque les quatre angles d’un carré. »

Au bout de huit mois, M. de Gensane leva une de ces écuelles, et il fut fort surpris de voir que le guhr qui s’était formé dessous avait près d’un demi-pouce d’épaisseur, et formait un rond sur la surface du rocher de la grandeur de l’écuelle ; il était très-blanc et avait à peu près la consistance du beurre frais ou de la cire molle ; il en prit de la grosseur d’une noix, et remit l’écuelle, comme auparavant, sans toucher les autres... il laissa sécher cette matière à l’ombre, elle prit une consistance grenue et friable, et ressemblait parfaitement à une matière semblable, mais ordinairement tachetée, qu’on trouve dans les filons de différents minéraux, surtout dans ceux de plomb, et à laquelle les mineurs allemands donnent le nom de leten. Il y en a quantité dans celui de Pont-Pean, et le minéral y est répandu par grains, la plupart cubiques, et souvent accompagnés de grains de pyrite. « Toute la différence que je trouvais, dit M. de Gensane, « entre ma matière et celle du filon, c’est que la matière était très-blanche, et que celle du filon « était parsemée détachés violettes et roussâtres; je pris de celle du filon qui ne contenait assu- (t rément aucun minéral, et la plus blanche que je pus trouver, j’en pris également de la « mienne, et fondis poids égal de ces deux matières dans deux creusets séparés et au même feu;

« elles me parurent également fusibles et me donnèrent des scories entièrement semblables

« ,1e soupçonnai dès lors que ces matières étaient absolument les mêmes Quatorze mois se

« passèrent depuis le jour que j’avais visité la première écuelle jusqu’au temps de mon départ « de ces travaux; je fus voir alors mon petit équipage ; je trouvai que le guhr n’avait pas sen- « siblement augmenté sur la partie du roc qui était à découvert; et, ayant visité l’écuelle que « j’avais visitée précédemment, j’aperçus l’endroit où j’avais enlevé le guhr recouvert de la même « matière, mais fort mince et très-blanche, au lieu que la partie que je n’avais pas touchée, « ainsi que toute la matière qui était sous les écuelles que je n’avais pas remuées, était toute « pars mée de taches roussâtres et violettes, et absolument semblables à celles qu’on trouve a dans le filon de cette mine, avec cette différence que cette dernière renferme quantité de grains « de mine de plomb dispersés dans les taches violettes, et qui n’avaient pas eu le temps de se « former dans la première.

« 11 résulte de cette observation que les guhrs se forment par une espèce de transpiration au « travers des rochers même les plus compactes, et qu’ils provieqnent de certaines exhalaisons « ou vapeurs qui circulent dans l’intérieur de la terre, et qui se condensent et se fixent dans les « endroits où la température et les cavités leur permettent de s’accumuler... Cette matière est « une véritable vapeur condensée qui se trouve, dans une infinité d’endroits, renfermée dans U des roches inaccessibles à l’eau. Lorsque le guhr est dissous et chassé par Teau, il se cristal- « lise très-facilement et forme un vrai quartz. » Histoire naturelle du Languedoc, tome II, pages 22 et suiv.

DU GRÈS

dans la même matière, et souvent semblent faire le fond des substances solides. Mais ces ciments, de quelque nature qu’ils soient, peuvent avoir, comme nous venons de le dire, une double origine ; la première est due aux vapeurs ou exhalaisons qui s’élèvent du fond de la terre au moyeu de la chaleur intérieure du globe; la seconde à l’infiltration des eaux qui détachent avec le temps les parties les plus ténues des masses qu’elles lavent ou pénètrent; elles entraînent donc ces particules détachées, et les déposent dans les interstices des autres matières; elles forment même des concrétions qui sont très-dures, telles que les cristaux de roche et autres stalactites du genre vitreux , et cette seconde source des extraits ou ciments pierreux , quoique très-abondante , ne l’est peut-être pas autant que la première qui provient des vapeurs de la terre, parce que cette dernière cause agit à tout instant et dans toute l’étendue des couches extérieures du globe, au lieu que l’autre, étant bornée par des circonstances locales à des effets particuliers, ne peut agir que sur des masses particulières de matière.

On doit se rappeler ici que, dans le temps de la consolidation du globe , toutes les matières s’étant durcies et resserrées en se refroidissant, elles n’auront pu faire retraite sur elles-mêmes, sans se séparer et se diviser par des fentes perpendiculaires en plusieurs endroits. Ces fentes, dont quelquesunes descendent à plusieurs centaines de toises , sont les grands soupiraux par où s’échappent les vapeurs grossières chargées de parties denses et métalliques ; les émanations plus subtiles, telles que celles du ciment silicé, sont les seules qui s’échappent partout, et qui aient pu pénétrer les masses entières du grès pur : aussi n’entre-t-il que peu ou point de substances métalliques dans leur composition, tandis que les fentes perpendiculaires qui séparent les masses du quartz, des granités et autres rochers vitreux, sont remplies de métaux et de minéraux produits par les exhalaisons les plus denses, c’est-à-dire par tes vapeurs chargées de parties métalliques. Ces émanations minérales, qui étaient très-abondantes lors de la grande chaleur de la terre, ne laissent pas de s’élever, mais en moindre quantité, dans son état actuel d’attiédissement : il peut donc se former encore tous les jours des métaux, et ce travail de la nature ne cessera que quand la chaleur intérieure du globe sera si diminuée, qu’elle ne pourra plus enlever ces vapeurs pesantes et métalliques. Ainsi le produit de ce travail, déjà petit aujourd hui, sera peut-être nul dans quelques milliers d’années, tandis que les vapeurs plus subtiles et plus légères, qui n’ont besoin que d’une chaleur très-médiocre pour être sublimées, continueront à s’élever et à revêtir la surface, ou même pénétrer l’intérieur des matières qui leur sont analogues.

Lorsque le grès est pur, il ne contient que du quartz réduit en grains plus ou moins menus, et souvent si petits qu’on ne peut les distinguer qu’à la loupe. Les grès impurs sont au contraire mélangés d’autres substances

DU GRÈS

vitreuses ou métalliques ® , et plus souvent encore de matières calcaires, et ces grès impurs sont d’une formation postérieure à celle des grès purs ; en général, il y a plus de grès mélangés de substance calcaire, que de grès simples et purs et ils sont rarement teints d’autres couleurs métalliques que de celles du fer j on les trouve par collines, par bancs et en très-grandes masses, quelquefois séparées en gros blocs isolés, et seulement environnés

a. Il y a des grès mêlés de mica, et d’autres en plus grand nombre contiennent de petites masses ferrugineuses très-dures, que les ouvriers appellent des clous.

« J’ai vu au bas des Vosges, dit M. l’abbé Bexon, des grès mélangés ou semés de mica : ces « grès, dont on peut suivre la bande tout le long du pied de la chaîne des montagnes, et qui « forme comme la dernière lisière entre le pays élevé de gi’anite et le bassin de la plaine cal- « Caire, sont généralement déposés en couches, dont les plus épaisses fournissent la pierre de « taille du pays, et dont les plus minces, qui sont feuilletées et se lèvent en tables, telles qu’on « les exploite sur les hauteurs de Plombières, de Valdajol et ailleurs, servent à couvrir les toits « des maisons. Chacune de ces feuilles ou tables a sa surface saupoudrée et brillante de mica: « il parait même que c’est à cette poudre de mica semée entre les tables du grès que la carrière « doit sa structure en couches feuilletées; car on peut concevoir qu’à mesure que les eaux char- « riaient ensemble le sable quartzeux et la poudre de mica mélangés, le sable, comme le plus « pesant, tombait le premier et formait sa couche, sur laquelle le mica flottant venait ensuite « se déposer, et marquait ainsi le trait d’une seconde feuille. » Mémoires sur l’Histoire naturelle de la Lorraine.

h. « En considérant les blocs de grès à Fontainebleau dans leur disposition naturelle, et tels « qu’ils ont été formés, nous les voyons constamment dispersés dans le sable où ils sont enfouis, « et qui est comme leur matrice; ils y sont solitaires et isolés, de même que les silex ou cail- « loux le sont dans des bancs de marne ou de craie, où ils ont pris naissance : c’est exactement « la même disposition, le même arrangement, et la parité est encore établie par la forme à peu « près arrondie que chaque bloc affecte ordinairement dans ses contours; mais ceci n’a lieu en « général que pour les grès purs et homogènes, tels que ceux de Fontainebleau car nous obser- « vous que d’autres, qui sont mixtes ou mélangés, se comportent différemment, à cause sans « doute de leur composition plus compliquée.

« Et même les grès purs de Fontainebleau, quoique formant presque toujours des blocs sépa- « rés, paraissent néanmoins en quelques endroits disposés en bancs ou en masses continues et « horizontales, parce qu’ici les masses sont plus rapprochées , et qu’elles ont une épaisseur et « une étendue plus considérable... .

« J’ai déjà fait remarquer que les grès de Fontainebleau étaient au rang des plus purs et des « plus homogènes; à la vue simple et sans être armée, on reconnaît et on distingue, malgré leur « petitesse et leur ténuité, les grains sableux rapprochés et réunis en une masse compacte, et « formant les blocs d’une manière uniforme : sans doute l’adhérence et l’union réciproque de « ces premières molécules sableuses sont procurées par un fluide subtil et affiné qui, en les « agglutinant, se condense avec elles; la subtilité de ce gluten particulier est telle que, quoique « universellement répandu dans la masse comme un moyen unissant entre tous les corpuscules, (( il ne masque et ne fait disparaître que très-faiblement l’apparence et la forme des grains « sableux, de sorte que l’on jugerait qu’ils n’adhèrent entre eux que par le contact immédiat, « sans mélange d’autre matière interposée.

« Cependant plusieurs remarques semblent établir l’existence réelle de ce gluten pierreux, et « peuvent même servir à déterminer sa nature et son caractère.

« En effet, parmi les différents blocs de ce grès, il en est dont les molécules sableuses ont une « agrégation sensiblement plus dense et plus compacte; les fragments de ces blocs les plus durs « laissent à peine apercevoir sur les surfaces de leurs cassures les petits grains arénacés, qui « sont ici beaucoup plus serrés et plus fins , et comme fondus avec la matière qui parait les « lier. » Mémoire sur les grès de Fontainebleau, par M. de Lassone , dans ceux de V Académie des Sciences, année 1774.

DU GRÈS

du sable qui semble leur servir de matrice et comme ces amas ou couches de sable sont dans toute leur épaisseur perméables à l’eau , les grès sont toujours humectés par ces eaux filtrées; l’humidité pénètre et réside dans leurs pores, car tous les grès sont humides au sortir de la carrière, et ce n’est qu’après avoir été exposés pendant quelques années à l’air, qu’ils perdent cette humidité dont ils étaient imbus.

Les grès les plus purs, c’est-à-dire ceux dont le sable qui les compose n’a été ni transporté ni mélangé, sont entassés en gros blocs isolés; mais il y en a beaucoup d’autres qui sont étendus en bancs continus et même en couches horizontales, à peu près disposées comme celles des pierres calcaires Cette différence de posilion dans les grandes masses de grès paraît nous indiquer qu’elles ont été formées dans des temps différents, et que la formation des grès qui sont en bancs horizontaux, est postérieure à la production de ceux qui se présentent en blocs isolés ; car celle-ci ne suppose que la simple agrégation du sable quarlzeux, dans le lieu même où il s’est trouvé après la vitrification générale, au lieu que la position des autres grès par couches horizontales suppose le transport de ces mêmes sables par le mouvement des eaux; et le mélange des matières étrangères qui se trouvent dans ces grès semble prouver aussi qu’ils sont d’une formation moins ancienne que celle des grès purs.

Si l’on voulait douter que l’eau pût former le grès par la seule réunion des molécules du quartz, il serait aisé de le démontrer par la formation du cristal de roche', qui est aussi dur que le grès le plus pur, et qui néanmoins n’est formé que des mêmes molécules par la stillation des eaux ; et d’ailleurs on voit un commencement de cette réunion des particules quartzeuses dans la consistance que prend le sable lorsqu’il est mouillé : plus ce sable est sec et plus il est pulvérulent; et dans les lieux où les sables de grès couvrent la surface du terrain, les chemins ne sont jamais plus praticables que quand il a beaucoup plu, parce que l’eau consolide un peu ces sables en rapprochant leurs grains.

Les grès ne se trouvent communément que près des contrées de quartz,

a. « Eu examinant les Llocs encore enfouis dans leurs minières sableuses, on voit en les cas- « sant leur masse intériemu sensiblement imbue et pénétrée d’une humidité qui s’y est insinuée « uniformément par toutes les porosités...

« Il est probable que cette humectation intérieure est cause aussi que les grès, dans leur « minière, sont toujours moins durs, et qu’ils n’achèvent de se durcir (jue quand ils ont sué « longtemps en plein air. » Idem, ibidem.

b. La Bonne-Ville, capitale de Faucigny, parait être assise sur un rocher de grès : ce rocher, qui sort de terre sous la porte de la ville qui regarde Genève, est formé d’une pierre de sable mélangée de mica, et disposée par bancs inclinés de trente-huit à quarante degrés ; ces bancs ne passent point par-dessous les bases des montagnes voisines, ils sont d’une date beaucoup plus récente. Saussure, Voyage dans les Alpes, tome Uf, page 366.

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