‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 37 sur 105 · G DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIÈRES VITREUSES · texte numérisé non relu

G DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIÈRES VITREUSES

schistes spathiques ne diffèrent en effet entre eux que par la plus ou moins grande quantité de matière calcaire qu’ils contiennent. Ceux où la substance argileuse est presque pure ont le grain semblable à celui du schiste pur mais ceux où la matière calcaire ou spathique abonde offrent à leur cassure un grain brillant, écailleux, avec un tissu fibreux *, et même montrent distinctement dans leur texture une figuration spathique en lames rectangulaires, striées; et c’est dans ce dernier état que quelques auteurs ont donné à leur pierre de corne le nom de Iiorn-blende' , et que Wallerius l’a indiquée sous la dénomination de corneus spathosus.

Les schistes spathiques sont en général assez tendres, et le plus dur de ces schistes spathiques ou pierres de corne est celle que les Suédois ont appelée trapp"^- (escalier), parce que celte pierre se casse par étages ou plans superposés, comme les marches d’un escalier La pierre de corne com-

devoir la ranger sous une même dénommation avec ces pierres , et ce n’était pas la peine d'inventer un nom sans analogie pour ne nous rien apprendre de nouveau, et pour désigner une substance qui n’est qu’un schiste mélangé de parties calcaires. En rappelant donc cette pierre au nom générique de s-histe, auquel elle doit rester subordonnée , il ne s’agit que de lui assigner une épithète spécifique, qui la classe et la distingue dans son genre ; et comme le nom de spath, malgré les raisons qu’il y aurait eu de ne l’appliquer qu’à une seule substance, parait avoir été adopté pour désigner des substances très-différentes, je croirais qu’il serait à propos d’appeler les prétendues pierres de corne, schistes spathiques, puisqu’en effet leur texture offre toujours une cristallisation plus ou moins apparente en forme de spath.

a. M. de Saussure. Voyage dans les Alpes, t. I, p. 69.

b. Corneus fissilis. Wallerius, sp. 170.

c. « On trouve le trapp dans plusieurs endroits de la Suède , souvent dans des montagnes de «première formation, remplissant des veines étroites et d’une structure si subtile, que ses « particules sont impalpables ; quand il est noir, il sert comme la pierre de touche, à éprouver « l’or et l’argent; il n’y a dans ces montagnes aucvm vestige de feu souterrain...

« On en rencontre aussi dans les montagnes par couches , surtout dans celles d’Ostrogothie ; « il porte sur une couche de pierre calcaire pleine d’animaux marins pétrifiés ; cette dernière « couche est posée sur un lit de pierre sablonneuse , qui est couchée horizontalement sur le « granité

« Dans les monts Kinne-lmlle, Billigen et Moesberg, cette couche de trapp est ordinairement « en pente ; dans ceux de Hunne et de Halleberg , elle s’élève comme un mur perpendiculaire, « de plus de cent pieds de haut, rempli de fentes, tant horizontales que verticales, qui donnent « naissance à des prismes pour la plupart quadrangulaires : immédiatement sous cette couche, « on trouve un schiste noir parallèle à l’horizon , ce qui éloigne toute idée de regarder le trapp « comme le produit d’un incendie volcaniqTie. » Extrait de M. Bergmann, dans le Journal de Physique, septembre 1780 — Le même M. Bergmann, dans sa lettre à M. de Troïl {Lettres sur l’Islande, p. 448), s’exprime ainsi : « Dans toutes les montagnes disposées par couches qui « se trouvent dans la Vestrogothie, la couche supérieure est de trapp, placée sur une ardoise « noire; il n’y a nulle apparence que cette matière de trapp ait jamais été fondue. » Mais quand ensuite cet habile chimiste veut attribuer au basalte la même origine, il se trompe ; car il est certain que le basalte a été fondu, et son idée sur l’identité du trapp et du basalte, fondée sur la ressemblance de leurs produits dans l’analyse, ne prouve rien autre chose, sinon que le feu a pu, comme Teau, envelopper, confondre les mêmes matières.

Le trapp, suivant M. de Morveau, contient beaucoup de fer; il a, tiré quinze par cent de fer

1- Hornblende ; variété noire de V amphibole (voyez la note de la page précédente ).

2. Le trapp ou dolérite se compose de silice , d’alumine, de chaux, d’oxyde de fer et d’oxyde de manganèse.

ET DE SUBSTANCES CALCAIRES

raune est moins dure que le trapp : quelques autres pierres de corne sont si tendres, qu’elles se laissent entamer avec l’ongle Leur couleur varie entre le gris et le noir; il s’en trouve aussi de vertes, de rouges de diverses teintes. Toutes sont fusibles à un degré de feu assez modéré, et donnent en se fondant un verre noir et compacte. Wallerius observe qu’en liumeclant ces pierres, elles rendent une odeur d’argile ; ce fait seul, joint à l’inspection, aurait dù les lui faire placer à la suite des pierres argileuses ou des schistes; et la nature passe en effet par nuances des schistes simples ou purement argileux à ces schistes composés, dont ceux qui sont le moins mélangés de parties calcaires n’offrent pas la figuration spalhique, et ne peuvent , de l’aveu des minéralogistes, se distinguer qu’à peine du schiste pur.

Quoique le trapp et les autres pierres de corne ou schistes spathiques, qui ne contiennent qu’une petite quantité de matière calcaire , ne fassent aussi que peu ou point d’effervescence avec les acides, néanmoins en les traitant à chaud avec l’acide nitreux, on en obtient par l’alcali fixe un précipité gélatineux, de même nature que celui que donnent la zéolilhe et toutes les autres matières mélangées de parties vitreuses et de parties calcaires.

Ce schiste spathique se trouve en grand volume et en masses très-considérables mêlées parmi les schibtes simples : M. de Saussure, qui le décrit sous le nom de pierre de corne, l’a rencontré en plusieurs endroits des Alpes. « A demi-lieue de Chamouni , dit ce savant professeur, en suivant la (( rive droite de l’Arve, la base d’une montagne, de laquelle sortent plu- « sieurs belles sources, est une roche de corne mêlée de mica et de quartz, « Ses couches sont à peu près verticales, souvent brisées et diversement « dirigées **. » Ce mélange de mica, ce voisinage du quartz , celte violente inclinaison des masses me paraissent s’accorder avec ce que je viens de dire sur l’origine et le temps de la formation de cette pierre mélangée : il faut en effet que ce soit dans le temps où les micas étaient flottants et disséminés sur les lieux où se trouvaient les débris plus ou moins atténués des quartz, et dans des positions où les masses primitives, rompues en différents angles, n’offraient comme parois ou comme bases que de fortes inclinaisons et des pentes raides; ce n’est, dis-je, que dans ces positions que les couches de formation secondaire ont pu prendre les grandes inclinaisons des pentes et des faces contre lesquelles on les voit appliquées. En effet, M, de Saussure nous fournit de ces exemples de roches de corne , adossées à des granités ;

d’un morceau de trapp qui lui avait été envoyé de Suède par M. Bergmann : celui-ci assure que le trapp se fond au feu sans bouillonnement, que l’alcali minéral le dissout par la voie sèclie avec effervescence, et que le borax le dissout sans effervescence. Opuscules de M. Bergmann, t. II, diss. 25.

a. Idem , ibidem, p. 70.

b. Voyage dans les Alpes, t. I , p. 433.

c. Idem, ibidem, 1. 1, p. 531.

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