‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 38 sur 105 · DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIERES VITREUSES · texte numérisé non relu

DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIERES VITREUSES

mais ne se méprend-il pas lorsqu’il dit que des blocs ou tranches de grande, qui se rencontrent quelquefois enfermés dans ces roches de corne, s’y sont produits ou introduits postérieurement à la formation de ces mêmes roches? Il me semble que c’est lors de leur formation même que ces fragments de granité primitif y ont été renfermés, soit qu’ils y soient tombés en se détachant des sommets plus élevés soit que la force même des Ilots les y ail entraînés dans le temps que les eaux charriaient la pâte molle des argiles mélangées des poudres calcaires, dont est formée la substance des schistes spathiques; car nous sommes bien éloignés de croire que ces tranches ou prétendus filons de grande se soient produits, comme le dit M. de Saussure, par crislallisation et par l’infiltration des eaux; ce ne serait point alors du véritable grande primitif, mais une concrétion secondaire et formée par l’agglutination des sables graniteux ^ Ces deux formations doivent être soigneusement distinguées, et l’on ne peut pas, comme le fait ici ce savant auteur, donner la même origine et le même temps de formation aux masses primitives et à leurs productions secondaires ou stalactites : ce serait bouleverser toute la généalogie ' des substances du règne minéral.

Il y a aussi des schistes spathiques, dans lesquels le quartz et le feldspath se trouvent en fragments et en grains dispersés, et comme disséminés dans la substance de la pierre : M. de Saussure en a vu de cette espèce dans la même vallée de Chamoiini La formation de ces pierres ne me paraît pas difficile à expliquer, en se rappelant qu’entre les détriments des quartz, des granités et des autres matières vitreuses primitives entraînées parles eaux, la poudre la plus ténue et la plus décomposée forma les argiles ; et que les sables plus vifs et non décomposés formèrent le grès : or, il a dû se trouver, dans cette destruction des matières primitives, de gros sables, qui bientôt furent saisis et agglutinés par la pâte d’argile pure, ou d'argile déjà mélangée de substances calcaires Ces gros sables, eu égard à leur

a. L’observation même de M. de Saussure aurait pu le convaincre que la matière de ces tranches de granité a été amenée par le mouvement des eaux, et qu’elle s’est déposée en même temps que la matière de la pierre de corne dans laquelle ce granité est inséré , puisqu’il remarque qu’où elles se présentent, les couches de la roche de corne s'interrompent brusquement , et paraissent s’ètre inégalement affaissées. Voyage dans les Alpes, page 533.

b. M. de Saussure remarque lui-même dans cette pierre di petites fentes rectilignes qui

lui paraissent Veffet d'un commencement de retraite.

c. « Les rochers des Montées (route de Servez à Ghamouni, le long de la rive deVArve), « contiennent, outre la pierre de corne, d’autres éléments des montagnes primitives, tels que le « quartz et le feldspath : dans quelques endroits, la pierre de corne est dispersée en tr's-petite « quantité, sous la forme d'une poudre grise, dans les interstices des grains de quartz et de « feldspath, et là les rochers sont durs; ailleurs la pierre de corne, de couleur verte, forme des « veines suivies et parallèles entre elles, qui régnent entre les grains de quartz et de feldspath , « et là le rocher est plus tendre. » Voyage dans les Alpes, t. I , p. 4 25.

d. M. de Saussure, après avoir parlé d'une pierre composée d’un mélange de quartz et de

1. La généalogie des substances du règne minéral... C’est là le problème à résoudre : l’honneur de Bnffon sera de l’avoir posé.

ET DE SUBSTANCES CALCAIRES

pesanteur, n’ont point été charriés loin du lieu de leur origine; et ce sont en elTet ces grains de quartz, de feldspath et de schorl, qui se trouvent incorporés et empâtés dans la pierre argileuse spathique, ou pierre de corne, voisine des vrais granités Enfin, il est évident que la formation des schistes spathiques et le mélange de substances argileuses et calcaires qui les composent, ainsi que la formation de toutes les autres pierres mixtes, supposent nécessairement la décomposition des matières simples et primitives dont elles sont composées; et vouloir conclure ** de la formation de ces productions secondaires à celle des masses premières, et de ces pierres remplies de sables graniteux aux véritables granités, c’est exactement comme si l’on voulait expliquer la formation des premiers marbres par les brèches, ou celle des jaspes par les poudingues.

Après les pierres dans lesquelles une portion de matière calcaire s’est combinée avec l’argile, la nature nous en offre d’autres où des portions de matière argileuse se sont mêlées et introduites dans les masses calcaires : tels sont plusieurs marbres, comme le vert-campan des Pyrénées, dont les zones vertes sont formées d’un vrai schiste, interposé entre les tranches calcaires rouges qui font le fond de ce marbre mixte; telles sont aussi les pierres de Florence , où le fond du tableau est de substance calcaire pure, ou teinte par un peu de fer, mais dont la partie qui représente des ruines contient une portion considérable de terre schisteuse % à laquelle, suivant toute apparence, est due cette figuration sous différents angles et diverses coupes, lesquelles sont analogues aux lignes et aux faces angulaires sous lesquelles on sait que les schistes affectent de se diviser lorsqu’ils sont mêlés de la matière calcaire.

Ces pierres mixtes, dans lesquelles les veines schisteuses traversent le fond calcaire, ont moins de solidité et de durée que les marbres purs; les portions schisteuses sont plus tendres que le reste de la pierre, et ne résistent

spath calcaire , et Tavoir improprement appelé granité , ajoute (page 423 ) que cette matière se trouve par filons dans les montagnes de roche de corne : or, cette stalactite des roches de corne nous fournit une preuve de plus que ces roches sont composées du mélange des débris des masses vitreuses et des détriments des substances calcaires.

a. C’est à la même origine qu’il faut rapporter cette pierre que M. de Saussure appelle granité veiné (page 118 ), dénomination qui ne peut être plausible que dans le langage d’un natu- ^ raliste qui parle sans cesse de couches perpendiculaires : ce prétendu granité veiné est composé de lits de graviers graniteux, restés purs et sans mélange, et stratifiés près du lieu de leur origine, voisinage que cet observateur regarde comme formant un passage très-important pour conduire à la formation des vrais granités (page 117 ); mais ce passage en apprend sur la formation du granité à peu près autant que le passage du grès au quartz en pourrait apprendre sur l’origine de cette substance primitive.

h. « Je ferai voir combien ce genre mixte nous donne de lumière sur la formation des gra- « nites proprement dits, ou granités en masses. » Saussure, Voyage dans les Alpes, 1. 1, p. 427. On peut voir d’ici quelle espèce de lumière pourra résulter d’une analogie si peu fondée.

c. Voyez la dissertation que XI. Bayen, savant chimiste, a donnée sous le titre d’ Examen chimique de différentes pierres.

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