‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 39 sur 105 · DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIÈRES VITREUSES · texte numérisé non relu

DES PIERRES COMPOSÉES DE MATIÈRES VITREUSES

pas longtemps aux injures de l’air : c’est par cette raison que le marbre campan, employé dans les jardins de Marly et de Trianon, s’est dégradé en moins d’un siècle. On devrait doue n’employer pour les monuments que des marbres reconnus pour être sans mélange de schistes, ou d’autres matières argileuses qui les rendent susceptibles d’une prompte altération et même d’une destruction entière®.

Une autre matière mixte, et qui n’est composée que d’argile et de substance calcaire, est celle qu’on appelle à Genève et dans le Lyonnais molasse', parce qu’elle est fort tendre dans sa carrière. Elle s'y trouve en grandes masses ^ et on ne laisse pas de l’employer pour les bâtiments, parce qu’elle se durcit à l’air; mais comme l’eau des pluies et même riuimidité de l’air la pénètrent et la décomposent peu à peu, on doit ne l’employer qu’à couvert; et c’est en effet pour éviter la destruction de ces pierres molasses, qu’on est dans l’usage, le long du Rhône et à Genève, de faire avancer les toits de cinq à six pieds au delà des murs extérieurs, afin de les défendre de la pluie ^ Au reste, cette pierre, qui ne peut résister à l’eau, résiste très-bien au feu, et on l’emploie avantageusement à la construction des fourneaux de forges et des foyers de cheminées.

Pour résumer ce que nous venons de dire sur les pierres composées de malières vitreuses et de substance calcaire en grandes masses, et dont nous ne donnerons que ces trois exemples, nous dirons : 1* que les schistes spathiques ou roches de corne représentent le grand mélange et la combinaison intime qui s’est faite des malières calcaires avec les argiles, lorsqu’elles étaient toutes deux réduites en poudre, et que ni les unes ni les autres n’avaient encore aucune solidité; 2° que les mélanges mo-ins intimes, formés par les transports subséquents des eaux, et dans lesquels chacune des malières vitreuses et calcaires ne sont que mêlées et moins intimement liées , nous sont représentés par ces marbres mixtes et ces pierres dessinées, dans

a. Voyez la dissertation citée.

h. « En 1779, on ouvrit un chemin près de Lyon, au bord du Rhône, dans ime montagne « presque toute de molasse ; la coupe perpendiculaire de cette montagne présentait une infinité « de couches successives légèrement ondées, d’épaisseurs différentes, dont le tissu plus ou moins M serré et les nuances diversifiées annonçaient bien des dépôts formés à différentes époques : « j’y ai remarqué des lits de gravier dont l’interposition était visiblement l’effet de quelques « inondations, qui avaient interrompu de temps à autre la stratification de la molasse. » Note communiquée par M. de Morveau.

c. « Le pont de Be'.legarde sur la Valsime, à peu de distance de son confluent avec le Rhône, « est assis sur un banc de molasse que les eaux avaient creusé de plus de quatre-vingts pieds, « à l’époque de l’année 1778; la comminution lente des deux talus avait tellement travaillé sous « les culées de ce pont, qu’elles se trouvaient en l’air. Il a fallu le reconstruire, et les ingé- « nieurs ont eu la précaution de jeter l’arc beaucoup au delà des deux bords, laissant pour « ainsi dire la part du temps hors du point de fondation, et calculant la durée de cet édifice <( sur la progression de cette comminution. » Suite de la note communiquée par M. do Morveau.

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