‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 54 sur 105 · Voyez la note 1 de la page · texte numérisé non relu

Voyez la note 1 de la page

2. Voyez la note 1 de la page 517 du IX® volume. — « Tout porte à croire que, dans l’ancien « monde, de puissantes émissions de gaz acide carbonique se mêlèrent à l’atmosphère, favori- « sèrent l’acte par lequel les végétaux s’assimilent le carbone, et formèrent ainsi les forêts pri- « mitives, origine de l’inépuisable amas de matières combustibles (lignites et charbon de terre) « que les révolutions du globe ont enfoui dans les couches terrestres. » (Humboldt ; Cosmos, t. I, p. 227.)

DU CHARBON DE TERRE

obstacle fait tourner au nord ou au midi, reprend bientôt sa première direction du levant au couchant ; cette direction, commune au plus grand nombre des veines de charbon, est un effet particulier dépendant de l’effet général du mouvement qui a dirigé toutes les matières transportées par les eaux de la mer, et qui a rendu les pentes de tous les terrains plus rapides du côté du couchant Les charbons de terre ont donc suivi la loi générale imprimée par le mouvement des eaux à toutes les matières qu’elles pouvaient transporter, et en même temps ils ont pris l’inclinaison de la pente du terrain sur lequel ils ont été déposés, et sur lequel ils sont disposés toujours parallèlement à cette pente; en sorte que les veines de charbon, même les plus étendues, courent presque toutes du levant au couchant, et ont leur inclinaison au nord en même temps qu’elles sont plus ou moins inclinées dans chaque endroit, suivant la pente du terrain sur lequel elles ont été déposées il

« dévoyant les autres, depuis le sommet d’une montagne jusqu’au plus profond Ces failles

« sont toutes inclinées Une faüle aura depuis quarante-deux jusqu’à cent soixante-quinze

« pieds d’épaisseur dans son sommet, c’est-à-dire au haut de la terre, et quatre cent vingt pieds « d’épaisseur à la profondeur de trois mille cent quatre-vingt-deux pieds : les veines qui sont « coupées par les failles s’y perdent , en s’y continuant, par de très-petits filets détommés, ou « enfin elles sautent par derrière au-dessus ou au-dessous de leur position naturelle, et jamais

« en droiture Quelquefois, en sortant des failles, les veines se relèvent ou descendent contre

« elles avant de reprendre leur direction. » Connaissance des veines de houille, etc., pages 39 et 40. — Je dois observer que M. Morand a raison, et fait une critique juste de ce que M. Genneté dit au sujet des failles, dont en effet il ne parait guère possible de déterminer les dimensions d’une manière aussi précise que l’a fait cet observateur. V^oyez l’ouvrage de M. Morand sur le Charbon de terre, page 868. — a Cette critique de ce que dit M. Genneté est « d’autant plus juste que, par la planche 3 de son Traité, il ne paraît pas qu’aucune de ces trois « failles qui y sont figurées aient été traversées ni même reconnnes à différentes profondeurs, « comme cela doit être pour déterminer sûrement les differentes épaisseurs et qualités des « failles.

« Il en est de même des cinq veines cotées 37, 58, 59, 60 et 61, dont il n’est pas possible de « fixer aussi précisément les courbures et les profondeurs, quand on ne les a reconnues que « dans un seul point , comme l’indique { figure 7, table 3 ) le plan qu’il en donne sans échelle • « encore ces cinq veines n’ont-elles été reconnues qu’à peu de distance de la superficie. 11 ne « dit pas non plus si l’on a remarqué, par les différents travaux des figures 1, 2, 3,4, 3 et 6, « table 3, que les épaisseurs et qualités des bancs de rochers qui séparent les autres veines et « les dimensions de ces mêmes veines aient été si exactement analogues dans les deux extré- « mités de ces ouvrages, qu’on ait dû en conclure le parallélisme parfait décrit dans cette même « table 3. » Note commrmiquée par M. le Camus de Limare, le 5 juillet 1780.

a. Voyez les Époques de la Nature, t. IX, pag. 544 et suiv.

b. « La conformité, dit M. de Gensane, que j’ai toujours remarquée entre la configuration du « fond de la mer et celle des couches de charbon de terre est si frappante, que je la regarde « connue une preuve de fait, qui équivaut à une démonstration de tout ce que nous avons dit « sur son origine : les bords de la mer, dans la plupart de ses parages, commencent d’abord par « une pente plus ou moins rapide, qui prend successivement une position qui approche toujours « de plus en plus de l’horizontale, à mesure que le terrain s’avance au-dessous des eaux de la « mer; la même chose arrive aux veines de charbon de terre; leur tête, qui est près de la sur- « face du terrain, conserve toujours une certaine pente, souvent assez rapide jusqu’à une cer- « taine profondeur, après quoi elles prennent une position qui est presque horizontale; et « l’épaisseur de ces veines est pour l’ordinaire d’autant plus forte qu’elles approchent davantage « de cette dernière position. Il y a d’autres parages où les bords de la mer sont fort escarpés

y en a même qui approchent de la perpendiculaire; mais cette grande ditîérence dans leur inclinaison n’empêche pas qu’en général cette inclinaison n’approche, dans chaque veine, de plus en plus de la ligne horizontale, à mesure que l'on descend plus profondément; c’est alors l’endroit que les ouvriers appellent le plateurùe la mine, c’est-à-dire le lieu plat et horizontal auquel aboutit la partie inclinée de la veine. Souvent, en suivant ce plateur fort loin, on trouve que la veine se relève et remonte non-seulement dans ta même direction du levant au couchant, mais encore sous le même degré à très-peu près d’inclinaison qu’elle avait avant d’arriver au plateur; mais ceci n’est qu’un effet particulier, et qui n’a été encore reconnu que dans quelques contrées, telles que le pays de Liège : il dépend de la forme primitive du terrain, comme nous l’expliquerons tout à l’heure; d’ordinaire, lorsque les veines inclinées sont arrivées à la ligne de niveau, elles ne descendent plus et ne remontent pas de l’autre côté de cette ligne

A cette disposition générale des veines, il faut ajouter un fait tout aussi général, c’est que la même veine va en augmentant d’épaisseur, à mesure qu’elle s’enfonce plus profondément, et que nulle part son épaisseur n’est plus grande que tout au fond, lorsqu’on est arrivé au plateur ou ligne horizontale; il est donc évident que ces couches ou veines de charbon qui, dans leur inclinaison, suivent la pente du terrain, et qui deviennent en même temps d’autant plus épaisses que la pente est plus douce, et encore plus épaisses dès qu’il n’y a plus de pente, suivent en cela la même loi que toutes les autres matières transportées par les eaux et déposées sur des terrains

« jusqu’à une forte profondeur au-dessous des eaux; il arrive également qu’on rencontre des « veines ou couches de charl)On dont la situation est presque perpendiculaire, mais cela est « très-rare, et cela doit être, parce que dans les endroits où les bords de la mer sont fort escar- « pés, il y a toujours des courants qui ne permettent que difficilement aux vases de s’y reposer. « Enfin on remarque souvent au fond de la mer des filons ou amas de sables connus sous le « nom de bancs; ceux qui connaissent les mines de charbon me sont témoins qu’elles forment « aussi quelquefois des courbures ou dos d’âne fort analogues à ces bancs ; lorsque ces dépôts « de vase se forment dans des anses de la mer, qui, par la retraite des eaux, deviennent des « vallées, les veines de charbon y ont deux tètes, une de chaque côté de la vallée dont elles « coupent le fond; en sorte que la coupe verticale de ces veines forme une anse de panier reu- « versée, dont les deux extrémités s’appuient contre les montagnes : telles sont les veines de « charbon des environs de Liège. » Histoire naturelle du Languedoc, t. I, pag. 35 et suiv.

a. « L’inclinaison des veines de charbon, dit M. de Gensane, n’affecte pas une aire de vent « déterminée; il y en a qui penchent vers le levant, d’autres vers le couchant, et ainsi des autres « points de l’horizon ; elles n’ont rien de commun non plus avec le penchant des montagnes K dans lesquelles elles se trouvent. » — .le dois observer que ce rapport de l’inclinaison des veines avec le penchant des montagnes a existé anciennement et nécessairement, et l’observation de M. de Gensane doit être particularisée pour les terrains qui ont subi des changements depuis le temps du dépôt des veines. (Voyez ci-après.) « Quelquefois, continue-t-il, « les veines sont inclinées dans le même sens que le penchant de la montagne ; d’autres fois, « elles entrent directement dans l’intérieur de la montagne et penchent vers sa base ou vers « son centre; mais aussi, lorsqu’une veine a pris sa direction, elle s’en écarte rarement : elle « peut bien former quelque inflexion, mais elle reprend ensuite sa direction ordinaire. » Hist. naturelle du Languedoc, pa,r M. de Gensane, t. I, pag. 36 et 37.

DU CHARBON DE TERRE

inclinés : ces dépôts, faits par alluvion sur ces terrains en pente, ne sont pas seulement composés de veines de charbon , mais encore de matières de toute espèce, comme de schistes, de grès, d’argile, de sable, de craie, de pierre calcaire, de pyrites; et, dans cet amas de matières étrangères qui séparent les veines, il s’en trouve souvent qui sont en grandes masses dures et en bancs inclinés, toujours parallèlement aux veines de charbon.

Il y a ordinairement plusieurs couches de charbon les unes au-dessus des autres et séparées par une épaisseur de plusieurs pieds et même de plusieurs toises de ces matières étrangères. Les veines de charbon s’écartent rarement de leur direction; elles peuvent, comme nous venons de le dire, former quelque inflexion , mais elles reprennent ensuite leur première direction; il n’en est pas absolument de même de leur inclinaison : par exemple, si la veine la plus extérieure de charbon a son inclinaison de dix degrés , la la seconde veine, quoiqu’à vingt ou trente pieds plus bas que la première, aura dans le même endroit la même inclinaison d’environ dix degrés; et si, en fouillant plus profondément, il se trouve une troisième, une quatrième veine, etc., elles auront encore à peu près le même degré d’inclinaison, mais ce n’est que quand elles ne sont séparées que par des couches d’une médiocre épaisseur; car si la seconde veine, par exemple, se trouve éloignée de la première par une épaisseur très-considérable , comme de cent cinquante ou deux cents pieds perpendiculaires, alors cette veine qui est à deux cents pieds au-dessous de la première est moins inclinée, parce qu’elle prend plus d’épaisseur à mesure qu’elle descend, et qu’il en est de même de la masse intermédiaire de matières étrangères, qui sont aussi toujours plus épaisses à une plus grande profondeur.

Pour rendre ceci plus sensible, supposons un terrain en forme d’entonnoir, c'est-à-dire une plaine environnée de collines dont les pentes soient à peu près égales : si cet entonnoir vient à se remplir par des alluvions successives, il est certain que l’eau déposera ses sédiments, tant sur les pentes que sur le fond, et dans ce cas les couches déposées se trouveront égalemient épaisses en descendant d’un côté et en remontant de l’autre; mais ce dépôt formera sur le plan du fond une couche plus épaisse que sur les pentes, et cette couche du fond augmentera encore d’épaisseur par les matières qui pourront descendre de la pente. Aussi les veines de charbon sont-elles, comme nous venons de le dire, toujours plus épaisses sur leur plateur que dans le cours de leur inclinaison ; les lits qui les séparent sont aussi plus épais par la même raison. Maintenant, si, dans ce même terrain en entonnoir, il se fait un second dépôt de la même matière de charbon, il est évident que comme l’entonnoir est rétréci et les pentes adoucies par le premier dépôt, cette seconde veine, plus extérieure que la première, sera un peu moins inclinée, et n’aura qu’une moindre étendue dans son plateur : en sorte que s’il s’est formé de cette même manière plusieurs veines les

DU CHARBON DE TERRE

unes au-dessus des autres, et chacune séparée par de grandes épaisseurs de matières étrangères, ces veines et ces matières auront d’autant plus d’inclinaison qu’elles seront plus intérieures, c’est-à-dire plus voisines du terrain sur lequel s’est fait le premier dépôt; mais comme cette différence d’inclinaison n’^est pas fort sensible dans les veines qui ne sont pas à de grandes distances les unes des autres en profondeur, les minéralogistes se sont accordés à dire que toutes les veines de charbon sont parfaitement parallèles; cependant il est sûr que cela n’est exactement vrai que quand les veines ne sont séparées que par des lits de médiocre ou petite épaisseur; car celles qui sont séparées par de grandes épaisseurs ne peuvent pas avoir la même inclinaison, à moins qu’on ne suppose un entonnoir d’un diamètre immense, c’est-à-dire une contrée entière comme le pays de Liège, dont tout le sol est composé de veines de charbon jusqu’à une très-grande profondeur.

M. Genneté a donné l’énumération® de toutes les couches ou veines de

a. « Pour donner, dit-il, l’idée la plus complète de la marche variée des veines qui gar- « nissent un même terrain, j’ai choisi la montagne de Saint-Gilles près de Liège, qui est « presque dans le milieu de la trace où ces veines filent du levant au couchant , et où le pen- « chant de la montagne fait découvrir le plus grand nombre de veines avec les plus grandes « profondeurs auxquelles on puisse les atteindre... Le diamètre du plateau (de cette montagne) « est d’environ mille pieds: c’est aussi la longueur de la première veine.... qui s’étend de tous « côtés, tant en longueur qu’en largeur, ainsi que toutes les autres qui suivent.

Épaisseur des veines.

Pieds, Pouces.

Distance du gazon à la première veine

Épaisseur de cette première ■ 1 3

Cette première veine n’a partout qu’un seul lit ou épaisseur . uniforme; elle a un doigt d’épaisseur de houage (terre noire, meuble, qui se trouve dessous ou entre lés bancs de houille) , en dessous, ce qui la rend très-facile à l’exploitation.

Distance de la première à la seconde veine

Épaisseur de la deuxième veine 1 7

Elle est séparée en deux lits, par un doigt d’épaisseur de houage.

Distance de la deuxième à la troisième veine

Épaisseur de la troisième veine 4 3

Cette troisième veine est quelquefois séparée en deux par un ou deux pieds de roc, et, à prendre la chose en général , on peut compter depuis un pied jusqu’à une et même deux toises de distance entre ces deux lits de houille, qui ne font cependant qu’une seule veine.

Distance de la troisième à la quatrième

Épaisseur de la quatrième veine 1 7

Elle a trois pouces de houage en bas; sa houille est bonne, et brûle comme le charbon du meilleur bois.

Distance de la quatrième à la cinquième veine

Épaisseur de la cinquième veine 1 3

Cette cinquième veine est mêlée de pierres qui prennent la moitié de son épaisseur, et la réduisent à sept ou huit pouces, divisée entrois couches; elle renferme quelquefois des pyrites

Distance entre les veines, pieds.

DU CHARBON DE TERRE

charbon de la montagne de Saint-Gilles au pays de Liège, et j’ai cru devoir en donner ici le tableau, quoiqu’il y ait beaucoup plus de fictif et de con-

Êpaisseùr Distance

des veines. entre les veines, pieds. Pouces. Pieds.

snlforetises, qui lui doiment une odeur désagréable en brûlant.

Distance de la cinquième à la sixième veine 50

Épaisseur de la sixième veine » 7

Distance de la sixième à la septième veine 56

Épaisseur de cette septième veine 2 3

La houiUe de cette veine est de boime qualité ; c’est à cette veine que commence à toucher la grande faUle qui coupe ensuite toutes celles qui sont au-dessous.

Distance entre la septième et la huitième veine 21

Épaisseur de la huitième veine 2 7

Elle est séparée en deux, par une épaisseur de deux à trois pouces de pierres, et a en dessous environ trois pouces de Louage.

Distance de la huitième à la neuvième veine 23

Épaisseur de la neuvième veine 1 3

Elle est séparée en trois branches par deux lits de pierres, qui font qu’elle ne vaut presque rien.

Distance de la neuvième à la dixième veine 35

Épaisseur de cette dixième veine 1 »

Elle est de bonne qualité, quoique difficile à exploiter.

Distance de la dixième à la onzième veine 28

Épaisseur de cette onzième veine 3 3

Elle a en dessous deux ou trois doigts d’épaisseur de Louage, et est excellente.

Distance de la onzième à la douzième veiue 91

Épaisseur de cette douzième veine 1 2

La houille de cette veine répand une mauvaise odeur en brûlant, parce qu’elle renferme des boutures ou pyrites sulfureuses: exposée à l’air pendant les pluies, celle qui est émiettée

fermente et s’enflamme d’elle-mème, et c’est pour cela qu’on ne peut exploiter cette veine pendant Thiver, puisque la houille ne pourrait se conserver en tas à Tair libre pour la vente, sans accident.

Distance de la douzième à la treizième veine 21

Épaisseur de cette treizième veine 1 7

Elle est divisée en trois bancs par deux lits de pierres, d’un à deux doigts d’épaisseur, et a en dessous environ un demidoigt de Louage.

Distance de la treizième à la quatorzième veine 93

Épaisseur de cette quatorzième veine 4 »

Elle est séparée en deux branches presque égales, par un banc

de pierres noires et de veine mitoyenne ( ou fausse veine terreuse qui n’est ni de vraie houille, ni proprement terre, ni véritable pierre , mais un composé des trois fondues ensemble), le tout d’un pied d’épaisseur, et a en dessous deux ou

trois doigts d’épaisseur de Louage.

Distance de la quatorzième à la quinzième veine 77

Épaisseur de cette quinzième veine 3 8

Elle est quelquefois séparée eu deux par un lit de pierre et de

jectural que de réel dans son exposition : il prétend que ees veines sont au nombre de soixante-une, et que la dernière est à quatre mille cent vingt-

Épaisseiir Distance

des veines. entre les veines.

Pieds. Pouces. PÎttds.

matière bitumineuse, ce qui n’empèche pas que la veine ne

soit excellente.

Distance de la quinzième à la seizième veine 56

Épaisseur de cette seizième veine 3 »

Elle est qucdquefois d’une seule pièce, et d’autres fois elle a trois couches; alors celle de dessus et celle de dessous sont les plus épaisses; souvent il y a un peu de houage, et souvent il n’y

en a point.

Distance de la seizième à la dix-septième veine

Épaisseur de cette dix-septième veine 3 »

Il y a un lit de deux doigts d’épaisseur qui la divise en deux branches; c’est encore ici une veine d’élite : il y a depuis deux jusqu’à cinq doigts d’épaisseur de houage sous cette veine.

Distance de la dix-septième à la dix-huitième veine 91

Épaisseur de cette dix-huitième veine 1 3

Cette veine est bonne; elle est tantôt d’une seule pièce, et tantôt de deux couches : elle a quelquefois du houage, et d’autres fois elle n’en a point.

Distance de la dix-huitième à la dix-neuvième veine 87

Épaisseur de cette dix-neuvième veine 5 6

Elle a un lit de pierres qui la divise en deux branches, et ce lit, n’étant que d’un pied en quelques endroits, se trouve de plusieurs pieds d’épaisseur en d’autres : il y a un demi-pied

de houage sous la dernière couche du bas; la veine a quelquefois des pyrites sulfureuses.

Distance de la dix-neuvième à la vingtième veine 42

Épaisseur de cette vingtième veine 3 »

Elle est quelquefois d’une seule pièce, et d’autres fois de deux couches, qui sont séparées par un doigt de houage.

Distance de la vingtième à la vingt et unième veine 98

Epaisseur de cette vingt et unième veine 2 3

Elle est souvent séparée en deux couches par un lit de sept à huit pouces de roc : celle de dessus est la plus épaisse, et est quelquefois divisée par deux doigts de houage.

Distance de la vingt et unième à la vingt-deuxième veine 49

Épaisseur de cette vingt-deuxième veine 4 »

C’est la meilleure de toutes les veines; cependant il s’y trouve quelquefois des pyrites, mais aisées à séparer ; elle a deux doigts de houage en bas.

Distance de la vingt-deuxième à la vingt-troisième veine 28

Épaisseur de cette vingt-troisième veine 1 7

La houille donne au feu un peu de mauvaise odeur ; elle a trois

couches, celle d’en bas et celle d’en haut sont les plus épaisses: il y a un doigt de houage sous celle du milieu;

la veine contient souvent des pyrites.

Distance de la vingt-troisième à la vingt-quatrième veine 42

Épaisseirr de cette vingt-quatrième veine » 7

11 y a un demi-pied de houage en dessous.

Distance de la vingt-quatrième à la vingt-cinquième veine 35

DU CHARBON DE TERRE

cinq pieds liégeois de profondeur, tandis que, dans la réalité et de fait, les travaux les plus profonds de la montagne de Saint-Gilles ne sont parvenus

Épaisseur Distance

des veines. entre les veines.

Pieds. Pouces. Pieds.

Épaisseur de cette vingt-cinquième veine 1 2

Elle contient beaucoup de pyrites sulfureuses, et est divisée en deux couches.

Distance de la vingt-cinquième à la vingt-sixième veine 84

Épaisseur de cette vingt-sixième veine 3 3

Elle est aussi divisée en deux couches, et a depuis deux jusqu’à trois pouces de houage au-dessous.

Distance de la vingt-sixième à la vingt-septième veine. 43

Epaisseur de cette vingt-septième veine 2 3

Cette veine est bonne et toute d’une pièce.

Distance de la vingt-septième à la vingt-huitième veine 42

Épaisseur de' cette vingt-huitième veine 2 3

Cette veine est bonne et aussi d’une seule pièce : elle a deux doigts de houage.

Distance de la vingt-huitième à la vingt-neuvième veine 98

Épaisseur de cette ■vingt-neuvième veine 5 7

Il y a deux lits de pierres qui divisent la veine en trois : l’un de ces lits de pierres a trois pouces, et l’autre un pied d’épaisseur; elle est mise au nombre des meilleures veines, et a un pouce de houage au milieu.

Distance de la vingt-neuvième à la trentième veine 24

Épaisseur de cette trentième veine 3 »

Elle est divisée en deux couches : il y a quelquefois du houage et toujours des pyrites sulfureuses.

Distance de la trentième à la trente et unième veine 49

Épaisseur de cette trente et unième veine 2 3

Il y a deux lits de pierre qui la divisent en trois branches, et qui ont chacun sept à huit pouces d’épaisseur : ces trois branches donnent de la houille qui est peu estimée.

Distance de la trente et unième à la trente-deuxième veine 94

Épaisseur de cette trente-deuxième veine 3 »

C’est ici une bonne veine , divisée en deux couches par une épaisseur de deux doigts de houage. •

Distance entre la trente-deuxième et la trente-troisième veine. . . 70

Épaisseur de cette trente-troisième veine 4 7

Il y a un lit de pierres de sept pouces d’épaisseur, qui la divise en deux branches à peu près égales : la houille de cette veine est un peu moins noire que celle des autres veines; il y a trois doigts de houage au-dessous.

Distance entre la trente-troisième et la trente- quatrième veine.. . 42

Épaisseur de cette trente-quatrième veine 1 3

Il y a encore ici trois couches de houille, dont la supérieure est la plus épaisse, avec un demi-doigt de houage au-dessous.

Distance de la trente-quatrième à la trente-cinquième veine. ... 70

Épaisseur de cette trente-cinquième veine 3 7

Cette trente-cinquième veine est bonne : elle a deux doigts de houage au-dessous.

Distance de la trente-cinquième à la trente-sixième veine 91

Épaisseur de cette trente-sixième veine 3 »

Il y a deux lits de pierres, chacun de quatre à cinq pouces

DU CHARBON DE TERRE

qu’à la vingt-troisième veine, laquelle ne se trouve qu’à douze cent quatrevingt-huit pieds liégeois, c’est-à-dire à mille soixante-treize pieds de Paris

Épaisseur Distance

des veines. entre les veines, pieds. Pouces. Pieds,

d’épaisseur, qui séparent la veine en trois branches : cette veine porte sur deux doigts de houage, et renferme quelquefois des pyrites sulfureuses.

Distance de la trente-sixième à la trente-septième veine 35

Épaisseur de cette trente-septième veine 2 7

11 y a un lit de pierres qui divise la veine en deux branches, dont la supérieure a un demi-doigt de houage : cette veine renferme quelques pyrites.

Distance de la trente-septième à la trente-huitième veine 28

Épaisseur de cette trente- huitième veine ■ 1 »

Souvent cette veine est d’une seule pièce, et souvent elle est divisée en deux couches, dont l’inférieure porte sur une épaisseur de deux doigts de houage.

Distance de la trente-huitième à la trente-neuvième veine 14

Épaisseur de cette trente-neuvième veine 1 5

Cette veine a deux couches; celle de dessus est la plus épaisse, et porte sur un doigt de houage.

Distance de la trente-neuvième à la quarantième veine 42

Épaisseur de cette quarantième veine » 7

Distance de la quarantième à la quarante et unième veine 56

Épaisseur de cette quarante et unième veine 2 3

Cette veine est composée de deux couches ; celle de dessous est la plus épaisse, et porte sur deux doigts de houage.

Distance de la quarante et unième à la quarante-deuxième veine. 42

Épaisseur de cette quarante-deuxième veine 4 3

Il y a un lit de pierres de deux doigts d’épaisseur, qui divise la

veine en deux branches; celle de dessus est la plus forte, et celle de dessous a trois doigts de houage.

Distance de la quarante-deuxième à la quarante-troisième veine. 49

Épaisseur de cette quarante-troisième veine 1 7

Distance de la quarante-troisième à la quarante-quatrième veine. 67

Épaisseur de cette quarante-quatrième veine 3 »

Distance de la quarante -quatrième à la quarante -cinquième

veine 42

Épaisseur de cette quarante-cinquième veine 2 »

Elle est divisée en deux couches ; celle de dessous a deux doigts de houage.

Distance de la quarante-cinquième à la quarante-sixième veine. 21

Épaisseur de cette quarante-sixième veine 4 »

Distance de la quarante-sixième à la quarante-septième veine ... 105

Épaisseur de cette quarante-septième veine 2 »

Elle est composée de deux couches ; celle d’en bas a un doigt d’épaisseur de houage.

Distance de la quarante-septième à la quarante-huitième veine. . 70

Épaisseur de cette quarante-huitième veine » 7

Distance de la quarante-huitième à la quarante-neuvième veine . 7

Épaisseur de cette quarante-neuvième veine 1 3

Distance de la quarante-neuvième à la cinquantième veine 70

Épaisseur de cette cinquantième veine » 4-j-

Distance de la cinquantième à la cinquante et unième veine 7

de profondeur, suivant le calcul même des distances rapportées par cet

Épaissenr Oisfance

des veines. entre les veines..

Pieds. Pouces. Pieds.

Épaisseur de cette cinquante et unième veine 1 3

Distance de la cinquante et unième à la cinquante -deuxième

veine 35

Épaisseur de cette cinquante-deuxième veine 3 »

Elle est divisée en deux couches; celle de dessous a quatre pouces de houage.

Distance de la cinquante -deuxième à la cinquante -troisième

veine 8^

Épaisseur de cette cinquante-troisième veine 4 »

11 y a un lit de pierres d'un pied d’épaisseur, qui divise la veine en deux branches; celle d’en bas a un pied de houage.

Distance de la cinquante -troisième à la cinquante -quatrième

veine 70

Épaisseur de cette cinquante-quatrième veine 3 3

Elle est difficile à exploiter, à cause des pierres qui s’y trouvent mêlées.

Distance de la cinquante- quatrième à la cinquante -cinquième

veine — 56

Épaisseur de cette cinquante-cinquième veine 3 3

Cette veine est bonne, facile à exploiter avec trois pouces de houage en dessous.

Distance de la cinquante-cinquième à la cinquante-sixième veine. 84

Épaisseur de cette cinquante-sixième veine 1 7

Elle est divisée en deux couches; celle de dessus est la plus

épaisse, et porte sur un doigt d’épaisseur de houage : il y a ici une faille dont on a déjà parlé, qui a quatre cent vingt pieds d’épaisseur, et qui sépare la cinquante-sixième veine

de la cinquante-septième.

Distance de la cinquante-sixième à la cinquante-septième veine. . 420

Épaisseur de cette cinquante-septième veine 2 7

Il y a un lit de pierres qui, depuis trois pouces, s’élargit jusqu’à vingt et vingt et un pieds, et divise ainsi la veine en deux branches.

Distance de la cinquante- septième à la cinquante- huitième

veine 105

Épaisseur de cette cinquante-huitième veine 1 »

Distance de la cinquante -huitième à la cinquante -neuvième

veine 126

Épaisseur de cette cinquante-neuvième veine 3 3

Elle est divisée en deux couches par deux doigts d’épaisseur de houage, et contient beaucoup de pyrites.

Distance de la cinquante-neuvième à la soixantième veine 154

Épaissem’ de cette soixantième veine 1 2

Distance de la soixantième à la soixante et unième veine 126

Épaisseur de cette soixante et unième et dernière veine 3 8

Cette veine est d’élite ; elle porte sur trois pouces de houage , et est divisée en deux couches. »

M. Genneté ajoute que le houage se trouve toujours sous les veines ou bieu entre elles, et que toutes celles où il y a de cette espèce de terre sont plus faciles à exploiter que les autres, parce que l’on y fait entrer aisément les coins de fer pour détacher la houille et l’enlever en morceaux. Connaissance des veines de houille, etc., page 47 jusqu’à la page 81.

DU CHARBON DE TERRE

auteur®. Les autres travaux des environs ne sont pas aussi profonds^ M. Genneté a donc eu tort de faire entendre que les mines du pays de Liège ont été fouillées jusqu’à quatre mille cent vingt-cinq pieds de profondeur : lontce qu’il aurait pu dire, c’est que si l'on voulait exploiter par le sommet de la montagne de Saint-Gilles sa soixante-unième veine, il faudrait creuser iusqu’à quatre mille cent vingt-cinq pieds de profondeur perpendiculaire, c’est-à-dire à trois mille quatre cent trente-huit pieds de Paris, si toutefois cette veine conserve la même courbure qu’il lui suppose. Rejetant donc comme conjecturales et peut-être imaginaires toutes les veines supposées par M. Genneté au delà de la vingt-troisième, qui est la plus profonde de toutes celles qui ont été fouillées, et n’en comptant en elfet que vingt-trois au lieu de soixante-une , on verra, par la comparaison entre elles de ces veines de charbon, toutes situées les unes au-dessous des autres, que leur épaisseur n’est pas relative à la profondeur où elles gisent; car dans le nombre des veines supérieures, de celles du milieu et des inférieures, il s’en trouve qui sont à peu près également épaisses ou minces, sans aucune règle ni aucun rapport avec leur situation en profondeur.

On verra aussi que l’épaisseur plus ou moins grande des matières étrangères interposées entre les veines de charbon n’influe pas sur leur épaisseur propre.

Il en est encore de même de la bonne ou mauvaise qualité des charbons : elle n’a nul rapport ici avec les différentes profondeurs d’où on les tire ; car on voit par le tableau que le meilleur charbon de ces vingt-trois veines est celui qui s’est trouvé dans les quatrième, septième, dixième, onzième, quinzième, dix-septième, dix-huitième et vingt-deuxième veines; en sorte que dans les veines les plus basses, ainsi que dans celles du milieu, et dans les plus extérieures, il se trouve également du très-bon, du médiocre et du mauvais charbon ; cela prouve encore que c’est une même matière amenée et déposée par les mêmes moyens, qui a formé les unes et les autres de ces difféientes veines, et qu’un séjour plus ou moins long dans le sein de la terre n’a pas changé leur nature ni même leur qualité, puisque les plus profondes et par conséquent les plus anciennement déposées sont absolument de la même essence et qualité que les plus modernes; mais cela n’empêche pas qu’ici, comme ailleurs, la partie du milieu et le fond de la veine ne soient toujours celles où se trouve le meilleur charbon : celui de la partie supérieure est toujours plus maigre et plus léger, et à mesure que les rameaux de la veine approchent plus de la surface de la terre, le charbon en est moins compacte, et il paraît avoir été altéré par la stillation des eaux

a. Voyez la planche ni, figure i, de M. Genneté.

b. Note communiquée par M. le Camus de Limare.

c. « Il y a’ deux espèces de charbon : le premier gras, compacte, luisant et lent à s'en-

DU CHARBON DE TERRE

Dans ces vingl-lrois veines, il yen a huit de très-bon charbon, dix de médiocre qualité, et cinq qui donnent une très-mauvaise odeur par la grande quantité de pyrites qu’elles contiennent; et comme l’une de ces veines pyriteusesse trouve être la dernière, c’est-à-dire la vingt-troisième, on voit que les pyrites, qui ne se forment ordinairement qu’à de médiocres profondeurs, ne laissent pas de se trouver à plus de douze cent quatre-vingts pieds liégeois dans l’intérieur de la terre, ou mille soixante-treize pieds de Paris; ce qui démontre qu’elles y ont été déposées en même temps que la matière végétale qui fait le fond de la substance du charbon.

On voit encore, en comparant les épaisseurs de ces différentes veines, qu’elles varient depuis sept pouces jusqu’à cinq pieds et demi , et que celle des lits qui les séparent varie depuis vingt-un pieds jusqu’à quatre-vingtdix-huit, mais sans aucune proportion ni relation des unes aux autres. Les veines les plus épaisses sont les troisième, quatorzième, dix-neuvième, vingt-deuxième, et la plus mince est la sixième.

Au reste dans une même montagne, et souvent dans une contrée tout entière, les veines de charbon ne varient pas beaucoup par leur épaisseur, et l’on peut juger dès la première veine de ce qu’on peut attendre des suivantes; car si cette veine est mince, toutes les autres le seront aussi. Au contraire si la première veine qu’on découvre se trouve épaisse, on peut présumer avec fondement que celles qui sont au-dessous ont de même une forte épaisseur.

Dans les différents pays, quoique la direction des veines soit partout assez constante et toujours du levant au couchant, leur situation varie autant que leur inclinaison ; on vient de voir que dans celui de Liège, elles se trouvent pour ainsi dire à toutes profondeurs. Dans le Ilainaut, aux villages d’Auzin, de Fresnes, etc., elles sont fort inclinées avant d’arriver à leur plateur, et se trouvent à trente ou trente-quatre toises au-dessous delà surface du terrain, tandis que dans le Forez elles sont presque horizontales et à fleur de terre, c’est-à-dire à deux ou trois pieds au-dessous de sa surface ; il en est à peu près de même en Bourgogne, à Montcenis, Épinac, ete. , où les premières veines ne sont qu’à quelques pieds. Dans le Bourbonnais, à Fins, elles se trouvent à deux , trois ou quatre toises et sont peu inclinées , tandis qu’en Anjou, à Saint-George, Chatel-Oison et Concourson, où elles remontent à la surface, c’est-à-dire à deux, trois et quatre pieds, elles ont dans leur commeneement une si forte inclinaison qu’elles approchent de la

« flammer, mais qui, Tétant une fois, donne un feu vif, une flamme blanche, et jette une

Il fumée épaisse Cette espèce est la meilleure, et est appelée charbon de pierre On ne

« trouve ce bon charbon que dans la profondeur, où il conserve une portion plus considérable

« de bitume qui le rend plus compacte et plus onctueux La seconde espèce de charbon est

« tendre, friable et sujette à se décomposer à Tair; il s’allume facilement, mais sa chaleur

« est faible Sa situation superficielle est cause qu’il a perdu la partie la plus subtile de son

« bitume. » Mémoire sur le charbon minéral, par M. de Tilly, pages S et 6,

DU CHARBON DE TERRE

perpendiculaire ; et ces veines, presque verticales à leur origine, ne font plateur qu’à sept cents pieds de profondeur.

Nous avons dit “ que les mines d’ardoise et celles de charbon de terre avaient bien des rapports entre elles par leur situation et leur formation : ceci nous en fournit une nouvelle preuve de fait, puisqu’en Anjou, où les ardoises sont posées presque perpendiculairement, les charbons se trouvent souvent de même dans cette situation perpendiculaire. Dans l’Albigeois, à Carmeaux, la veine de charbon ne se trouve qu’à deux, cents pieds, et elle fait son plateur à quatre cents pieds ^

L’épaisseur des veines est aussi très-différente dans les différents lieux : on vient de voir que toutes celles du pays de Liège sont très-minces, puisque les plus fortes n’ont que cinq pieds et demi d’épaisseur dans la montagne de Saint-Gilles, et sept pieds dans quelques autres contrées de ce même pays. Mais il y a deux manières dont les charbons ont été déposés : la première en veines étendues sur des terrains en pente, et la seconde en masses sur le fond des vallées, et ces dépôts en masses seront toujours plus épais que les veines en pentes. Il y a de ces masses de charbon qui ont jusqu’à dix toises d’épaisseur : or si les veines étaient partout très-minces, on pourrait imaginer avec M. Genneté qu’elles ne sont en effet produites que par le suintement des bitumes des grosses couches intermédiaires; mais comment concevoir qu’une masse de dix toises d’épaisseur ait pu se produire par celte voie? On ne peut donc pas douter que ces masses si épaisses ne soient des dépôts de matière végétale accumulés l’un sur l’autre quelquefois jusqu’à soixante pieds d’épaisseur.

Quoique les veines soient à peu près parallèles les unes au-dessus des autres, cependant il arrive souvent qu’elles s’approchent ou s’éloignent beaucoup, en laissant entre elles de plus ou moins grandes distances en hauteur, et ces intervalles sont toujours remplis de matières étrangères , dont les épaisseurs sont aussi variables et toujours beaucoup plus fortes que celle des couches de charbon : celles-ci sont en général assez minces; et communément elles sont d’un pied, deux pieds, jusqu’à six ou sept d’épaisseur; celles qui sont beaucoup plus épaisses ne sont pas des couches ou veines qui se prolongent régulièrement, mais plutôt, comme nous venons de l’exposer, des amas ou masses en dépôts qui ne se trouvent que dans quelques endroits, et dont l’étendue n’est pas considérable.

Les mines de charbon les plus profondes que l’on connaisse en Europe sont celles du comté de Namur qu’on assure être fouillées jusqu’à deux mille quatre cents pieds du pays % ce qui revient à peu près à deux mille pieds de France ; celles de Liège, où l’on est descendu à mille soixante-treize

a. Époques de la Nature , tome IX.

b. Mémoire sur le charbon minéral, par M. de Tilly, pag. 13 et suiv.

c. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 133.

DU CHARBON DE TERRE

pieds; celle de Viteliaven près de Moresby, qui passe pour être la plus profonde de toute la Grande-Bretagne, n’a que cent trente brasses, c’est-à-dire six cent quatre-vingt-treize de nos pieds : on y compte vingt couches ou veines de charbon les unes au-dessous des autres.

Dans toutes les mines de charbon et dans quelque pays que ce soit , les surfaces du banc de charbon par lesquelles il est appliqué au toit et au sol sont lisses, luisantes et polies, et on trouve souvent de petits lits durs et pierreux dans la veine même de charbon, lesquels la traversent et la suivent horizontalement. Le cours des veines est aussi assez fréquemment gêné ou interrompu par des bancs de pierre qu’on appelle des creins : ils n’ont ordinairement que peu d’étendue; mais ils sont souvent d’une matière si dure qu’ils résistent à tous les instruments; ces creins partent du toit ou du sol de la veine et quelquefois de tous les deux ; ils sont de la même nature que le banc inférieur ou supérieur auquel ils sont attachés. Les failles dont nous avons parlé sont d’une étendue bien plus considérable que les creins, et souvent elles terminent la veine ou du moins l’interrompent entièrement et dans une grande longueur; elles partent de la plus grande profondeur, traversent toutes les veines et autres matières intermédiaires, et montent quelquefois jusqu’à la surface du terrain : dans le pays de Liège, elles ont pour la plupart quinze ou vingt toises d’épaisseur sans aucune direction ni inclinaison réglées; il y en a de verticales, d’obliques et d’horizontales en tous sens; elles ne sont pas de la même substance dans toute leur étendue; ce ne sont que d’énormes fragments de schiste, de roche, de grès ou d’autres matières pierreuses superposées irrégulièrement, qui semblent s’être éboulées dans les vides de la terre “.

Les schistes, qui couvrent et enveloppent les veines, sont souvent mêlés de terre limoneuse et presque toujours imprégnés de bitume et de matières pyriteuses ; ils contiennent aussi des parties ferrugineuses et deviennent rouges par l’action du feu ; plusieurs de ces schistes sont combustibles. On a des exemples de bonnes veines de charbon qui se sont trouvées au-dessous d’une mine de fer, et dans lesquelles le schiste qui sert de toit au charbon est plus ferrugineux que les autres schistes; il y en a qui sont presque entièrement pyriteux, et les charbons qu’ils recouvrent ont un enduit doré et varié d’autres couleurs luisantes : ces charbons pyriteux conservent même ces couleurs après avoir subi l’action du feu ; mais ils les perdent bientôt s’ils demeurent exposés aux injures de l’air, car il n’y a pas de soufre en nature dans les charbons de terre, mais seulement de la pyrite plus ou moins décomposée, et comme le fer est bien plus abondant que le cuivre dans le sein de la terre, la quantité des pyrites ferrugineuses ou martiales étant beaucoup plus grande que celle des pyrites cuivreuses, presque toutes

a. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, pag. 59 et suiv.

DU CHARBON DE TERRE

les veines de charbon sont mêlées de pyrites martiales, et ce n’est qu’en très-peu d’endroits où il s’en trouve de mélangées avec les pyrites cuivreuses.

Lors donc qu’il se trouve du soufre en nature dans quelques mines de charbon comme dans celle de Witehaven en Angleterre, où le schiste qui fait l’enveloppe delà veine de charbon est entièrement incrusté de soufre", cet effet ne provient que du feu accidentel qui s’est allumé dans ces mines par l’effervescence des pyrites et l’inflammation de leurs vapeurs; les mines de charbon dans lesquelles il ne s’est fait aucun incendie ne contiennent point de soufre naturel, quoique presque toutes soient mêlées d’une plus ou moins grande quantité de parties pyriteiises.

Ces charbons pyriteux sont donc imprégnés de l’acide vitrioliqiie et des terres minérales et végétales qui servent de hase à l’acide pour la composition de la pyrite; ces charbons se décomposent à l’air, et très-souvent il se produit à leur surface des filets d’alun par leur effiorescence : par exemple, les eaux qui sortent des mines de Montcenis en Bourgogne sont très-alumineuses, et il n’est pas même rare de trouver des terres alumineuses près des charbons de terre. On tire aussi quelquefois de l’alun de la substance même du charbon; on en a des exemples dans la mine de Laval en France**; dans celle de Nordhausen en Allemagne", et dans celle dn pays de Liège où M. Morand*^ a trouvé une grande quantité d’alun formé en cristaux sur les pierres schisteuses du toit des veines de charbon ; « le territoire de ce pays, « dit-il, ouvert pour les mines de houille, l’est également pour des terres « d’alun dont les mines sont appelées aluniêres. »

L’alun n’est pas le seul sel qui se trouve dans les charbons de terre : il y a certaines mines de charbon, comme celles de Nicolaï en Silésie, qui contiennent du sel marin, et dont on tire des pierres quelquefois recouvertes d’une grande quantité de sel gemme. En général, tout ce qui entre dans la composition des pyrites et de la terre végétale doit se trouver dans les charbons de terre, car la décomposition de ces substances végétales et pyriteuses y répand tous les sels formés de l’union des acides avec les terres végétales et ferrugineuses.

Quoique nous ayons dit que les veines de charbon étaient ordinairement couvertes et enveloppées par un schiste plus ou moins mêlé de terre végétale ou limoneuse, ce n’est cependant pas une règle sans exception, car il y a quelques mines où le toit et le sol de la veine de charbon sont de grès, et même de pierre calcaire plus ou moins dure : on en a des exemples dans les mines des territoires de Mons, deJuliers, et dans certains endroits de

a. Transactions philosophiques, année 1733,

h. Essai sur les Mines, par M. Hellot, de TAcadémie des Sciences, c. Bruckmann, Epistol. îtinera., cap. xx , n° 13.

i. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 23.

DU CHARBON DU TERRE

l’Allemagne, cités par le savant chimiste M. Lehmann ; on peut voir, dans le troisième volume de ses Essais sur l’histoire naturelle des couches de la terre, tous les lits qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre en Misnie près de Vettin et de Loébegin ; en Thuringe dans le comté de Hohenstein, dans tout le terrain qui environne le Hartz jusques auprès du comté de Mansfeldj et encore les mines du duché de Brunswick près de Helmstadt. On voit, dans le tableau que M. Lehmann donne de ces différents lits, que les veines de charbon se trouvent également sous le schiste, sous une matière spatheuse, sous des pierres feuilletées composées d’argile et d’un peu de pierre calcaire, etc.; et l’on peut observer que dans les lits qui séparent les différentes veines de charbon, il n’y a ni ordre de matières, ni suite régulière, et que. ces lits sont, dans tous les autres terrains à charbon, comme jetés au hasard, l’argile sur la marne, la pierre calcaire sur le schiste, les substances spathiques sur les sables argileux, etc.

Dans l’immense quantité de décombres et de débris de toute espèce qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre, il se trouve quelquefois des métaux, des demi-métaux ou minéraux métalliques; le fer y est abondamment répandu sous la forme d’ocre, et quelquefois en grains de mine®; le cuivre et l’argent s’y trouvent plus rarement, et l’on doit regarder comme chose extraordinaire ce que l’on raconte de la mine de charbon de Chemnitz en Saxe qui contient un très-beau vert de gris, et produit dans certains essais trente livres de bon cuivre de rosette et cinq onces et demie d’argent par quintal : il me paraît évident que cette quantité de cuivre et d’argent ne se trouve pas dans un quintal de charbon, et qu’on doit regarder cette mine de cuivre comme isolée et séparée de celle du charbon. Il en est à peu près de même des mines de calamine, qui sont assez fréquentes dans le pays de Liège : toutes les mines métalliques de seconde formation peuvent se trouver, comme celles de charbon , dans les couches de la terre qui sont elles-mêmes d’une formation secondaire. Il peut, par cette même raison, se trouver quelques filets ou grains de métal charriés et déposés par la stillation des eaux dans le charbon de terre, qui se seront formés dans celte matière de la même manière qu’ils se forment' dans toutes les autres couches de la terre : ces mines métalliques secondaires et parasites tirent leur origine des anciens filons, et n’en sont que des particules détachées par l’eau ou déposées dans le sein de la terre par la décomposition des anciens filons métalliques; et ce n’est que par ce moyen qu’il peut se trouver quelquefois dans le charbon de terre, comme dans toute

a. « Ea Angleterre, à Bilston et à Brosely sur la Severne, le toit des veines de charbon est « rempli de cailloux arrondis plus ou moins gros, qui sont de la vraie mine de fer : c'est une « pierre compacte fort dure, sans cependant faire feu avec l’acier, et de couleur d’ardoise plus « ou moins foncée; elle est quelquefois mêlée de petites veines de cristallisations calcaires ; il « faut la griller une et deux fois à l’air libre avant de la fondre avec du coke dans les hauts- « fourneaux ordinaires. » Note communiqu'éfe par M. le Camus de Limare.

DU CHARBON DE TERRE

autre matière, de petites portions de métaux. M. Kurella en donne quelques exemples; il cite un morceau de charbon de terre qui laissait apercevoir une mine d’argent pur®, et ce morceau venait apparemment des mines de Hesse, dans le charbon desquelles on trouve en effet un peu d’argent assez pur; celle de Richentfein en Silésie contient de l’or ; une de celles du comté de Buckingham dans la Grande-Bretagne donne du plomb, et M. Morand dit que l’étain se trouve aussi quelquefois dans le charbon de terre Tous les métaux peuvent donc s’y trouver, mais en parcelles et en débris comme toutes les autres matières qui sont de formation secondaire.

Nous devons encore observer au sujet des veines, des couches et des masses de charbon, qu’il s’en trouve très-souvent de grands amas qui ne se prolongent pas au loin en veines régulières, et qui néanmoins occupent des espaces assez grands : ces amas ont dû se former toutes les fois que les arbres et autres matières végétales se sont trouvés amoncelés sur des fonds creux environnés d’éminences; ainsi ces amas n’ont point de communication entre eux, et ne sont pas disposés par veines dirigées du levant au couchant. Ces mines en masses sont bien plus faciles à exploiter que les mines en veines ; elles sont ordinairement plus épaisses et situées moins profondément: dans le Bourbonnais, l’Auvergne, le Forez et la Bourgogne, et dans plusieurs autres provinces de France, les mines dont on tire le plus de charbon sont en amas et non pas en veines prolongées; elles ont ordinairement huit et dix pieds d’épaisseur de charbon et souvent beaucoup plus.

Mais, comme nous l’avons dit, toutes les mines de charbon, soit en veines ou en amas, ne se trouvent que dans les couches de seconde formation, dont les matières ont été amenées et déposées par les eaux de la mer; on n’en a jamais trouvé dans les grandes masses vitreuses de première formation, telles que le quartz, les jaspes et les granités : c’est toujours dans les collines et montagnes du second ordre, et surtout dans celles dont la construction par bancs est la plus irrégulière, que gisent ces amas et ces veines de charbon, et la plus grande partie de la masse de ces montagnes est d’ordinaire un schiste ou une argile différemment modifiée; souvent aussi ce sont ou des grès plus ou moins décomposés, ou des pierres calcaires plus ou moins dures, ou des terres presque toujours imprégnées de matières pyriteuses qui leur donnent plus de pesanteur et une grande dureté, M, Lehmann dit avec quelque raison que le schiste qui sert presque toujours d’assise et de plancher a*u charbon de terre, n’est qu’une argile durcie, feuilletée, sulfureuse, alumineuse et bitumineuse. Mais je ne vois pas comment on peut en conclure avec lui que ce schiste est bitumineux lorsque sa portion argileuse a été imprégnée d’acide vitriolique, et qu’il est fétide lorsque cette même portion

a. Essais et expériences chimiques, in-8®.

b. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 138.

Dü CHARBON DE TERRE.

argileuse a été imprégnée d’acide marin carie bitume ne se forme pas par le mélange de la terre argileuse avec l’acide vitriolique, mais par celui de ce même acide avec l’huile des végétaux, à moins que cet habile chimiste n’ait, comme M. de Gensane, pris le limon ou la terre limoneuse pour de l’argile. Il ajoute que des observations réitérées ont fait connaître que ces schistes, ardoises, ou pierres feuilletées, occupent la partie du milieu du terrain sur lequel les mines de charbon sont portées, et que ces mines occupent toujours la partie la plus basse; ce qui n’est pas exactement vrai, puisque l’on trouve souvent des couches de schiste au-dessous des veines de charbon.

Les mines de charbon les plus aisées à exploiter ne sont pas celles qui sont dans les plaines ou dans le fond des vallons : ce sont au contraire celles qui gisent en montagnes, et desquelles on peut tirer les eaux par des galeries latérales, tandis que dans les plaines il faut des pompes ou d’autres machines pour élever les eaux, qui sont quelquefois en telle abondance qu’on est obligé d’abandonner les travaux et de renoncer à l’exploitation de ces mines noyées; et ces eaux, lorsqu’elles ont croupi, prennent souvent une qualité funeste; l’air s’y corrompt aussi dès qu’il n’a pas une libre circulation ; les accidents causés par les vapeurs qui s’élèvent de ces mines sont peut-être aussi fréquents que dans les mines métalliques. Le docteur Lister est le premier qui ait observé la nature de ces vapeurs ; il en distingue quatre sortes : la première, qu’il nomme exhalaison fleurs de pois parce qu’elle a l’odeur de cette fleur, n’est pas mortelle, et ne se fait guère sentir qu’en été ; la seconde, qu’il appelle fulminante, en effet un éclair

et une forte détonation, en prenant feu à l’approche d’une chandelle, et l’on a remarqué qu’elle ne s’enflammait pas par les étincelles du briquet, en sorte que, pour éclairer les ouvriers dans ces profondeurs entièrement obscures, on s’est quelquefois servi d’une meule, qui, frottée continuellement contre des morceaux d’acier, produisait assez d’étincelles pour leur donner de la lumière sans courir le risque d’enflammer la vapeur; la troisième, qu’il regarde comme l’exhalaison commune et ordinaire dans toutes ces mines, est un mauvais air qu’on a peine à respirer ; on reconnaît la présence de cette exhalaison à la flamme d’une chandelle qui commence par tourner et diminuer jusqu’à extinction; il en serait de même de la vie, si l’on s’obstinait à demeurer dans cet air qui paraît avoir perdu partie de son élasticité; enfin la quatrième vapeur est celle que Lister nomme exhalaison globuleuse : c’est un amas de ce même mauvais air qui s’attache à la voûte de la mine en forme d’un ballon, dont l’enveloppe n’est pas plus épaisse qu’une toile d’araignée; lorsque ce ballon vient à s’ouvrir, la vapeur qui en sort suffoque, étouffe ceux qui la respirent. Je crois, avec M. Morand,

O. Voyez l’ouvrage de M. Lehmann sur les couches de la terre, tome III, page 287.

DU CHARBON DE TERRE

qu’on peut réduire ces quatre sortes de vapeurs à deux : l’une n’est qu’un simple brouillard de mauvais air auquel nous donnerons le nom de mouffette ou pousse'^; cet air qui éteint les lumières et fait périr les hommes, est l’acide aérien ou air fixe’, aujourd'hui bien connu, qui existe plus ou moins dans tout air, et qui n’a pu être encore ni composé ni décomposé par l’art les ventilateurs et le feu lui-même ne le purifient pas et ne font que le déplacer; il faut donc entretenir une libre circulation dans les mines. Celte vapeur devient plus abondante lorsque les travaux ont été interrompus pendant quelques jours, et dans les grandes chaleurs de l’été 1e brouillard est quelquefois si fort qu’on est obligé de cesser les ouvrages ; il se condense souvent en filets qui voltigent; et ce sont apparemment ces filets réunis qui forment les globes dont parle Lister. La seconde exhalaison est la vapeur qui s’enflamme et qu’on appelle feu grieux'^^; c’est vraiment de l’air inflammable^, tout pareil à celui qui sort des marais et de toutes les eaux croupies; cet air siffle et pétille dans certains charbons, surtout lorsqu’ils sont amoncelés; ils s’enflamment quelquefois d’eux-mêmes comme le feraient des pyrites entassées. Les ouvriers savent reconnaître qu’ils sont menacés de cette exhalaison, et qu’elle va s’allumer par l’effet très-naturel quelle produit de repousser l’air de l’endroit d’où elle vient ; aussi dès qu’ils s’en aperçoivent, ils se hâtent d’éteindre leurs chandelles ; ils sont encore avertis par les étincelles bleuâtres que la flamme de ces chandelles jette alors eu assez grande quantité''.

Les mauvais effets de toutes ces exhalaisons peuvent être prévenus en purifiant l’air par le feu, et surtout en lui donnant une grande et libre circulation. Souvent les ventilateurs et les puits d’air ne suffisent pas; il faut établir dans les mines des fourneaux d’aspiration. Au reste, ce n’est guère que dans les mines où le charbon est très-pyriteux , que ce feu grieux s’allume, et l’on a observé qu’il est plus fréquent dans celles où les eaux croupissent; mais dans les mines de charbon purement bitumineux ou peu

a. L’actioa de la mouffette ou pousse est telle qu’elle éteint la chandelle, et qu’ensuite cette chandelle éteinte ne donne pas la moindre fumée, et qu’un charbon ardent qui a été soumis à la mouffette revient sans aucun vestige de chaleur. Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 34 et 157.

b. On connaît plusieurs mines dans lesquelles le feu grieux se conserve depuis longtemps... Dans la mine de Mulhein (à une lieue de Cologne)... l’odeur qui accompagne ce feu ressemhle à celle de la poudre à canon enflammée. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 930.

c. Idem, pag. 34 et suiv.

1. Le gaz acide carbonique (voyez la note 1 de la page 176), successivement nommé air fixé, air fixe, acide méphy tique, acide aérien, acide crayeux.

2. 11 l’a été par Vart de la nouvelle chimie, et c’a été l’une des premières et des plus belles déoouvertes de cette science ; il se compose de carbone et d’oxygène.

3. Grieu ou grisou : gaz hydrogène carboné, qui se dégage dans les mines de houille, et détone au contact des lumières, en produisant de graves accidents.

4. Air inflammable : c’est le gaz hydrogène. — Le gaz inflammable des marais est du gaz hydrogène carboné, quelquefois sulfuré et phosphoré, etc.

DU CHARBON DE TERRE

mélangé de parties pyriteuses , cette vapeur inflammable ne se manifeste point et n’existe peut-être pas.

Comme il y a plusieurs charbons de terre qui sont extrêmement pyriteux, les embrasements spontanés sont assez fréquents dans leurs mines; et quand une fois le feu s’est allumé, il est non-seulement durable, mais perpétuel ; on en a plusieurs exemples, et l’on a vainement tenté d’arrêter le progrès de cet incendie souterrain dont l’effet peu violent n’est pas accompagné de fortes explosions, et n’est nuisible que par la perte du charbon qu’il consume. Souvent ces mines ont été enflammées par les vapeurs même qu’elles exhalent , et qui prennent feu à l’approche des chandelles allumées pour éclairer les ouvriers “

Dans le travail des mines de charbon de terre, l’on est toujours plus ou moins incommodé par les eaux : les unes y coulent en sources vives, les autres n’y tombent qu’en suintant par les fentes des rochers et des terres supérieures, et les mineurs les plus expérimentés assurent que plus ils creusent, plus les eaux diminuent, et qu’elles sont plus abondantes vers la superficie. Cette observation est conforme aux idées qu’on doit avoir de la quantité des eaux souterraines, qui, ne tirant leur origine que des eaux pluviales, sont d’autant plus abondantes qu’elles ont moins d’épaisseur de terre à traverser; et ce ne doit être que quand on laisse tomber les eaux des excavations supérieures dans les travaux inférieurs qu’elles paraissent être en plus grande quantité à cette profondeur plus grande; enfin on a aussi observé que l’étendue superficielle et la direction des suintements et du volume des sources souterraines varient selon les différentes couches des matières où elles se trouvent ^

a. La vapeur sulfureuse cpii s’élève de certaines mines de charbon, loin de concentrer la flamme des chandelles et de l’éteindre, l’augmente et l’étend à une hauteur marquée : la flamme de cette chandelle fait alors l’effet d’une mèche qui allume toute la partie de la mine où cette vapeur était rassemblée. A Pensneth-Chasen, le feu a pris de cette manière par une chandelle dans une carrière de charbon , et depuis ce temps on en voit sortir la flamme et la fumée. Voyez, sur ce sujet, Transactions philosophiques, n® 4-29, et aussi les n®» 109, 282 et 442. — Je dois observer que les auteurs qui ont avancé, comme on le voit ici, que c’est la vapeur sulfureuse qui s’enflamme, se sont trompés : cette vapeur sulfureuse, loin de s’allumer, éteint au contraire les chandelles allumées. C’est donc à l’air inflammable et non à la vapeur sulfureuse qu’il faut attribuer l’inflammation dans les mines de charbon. Mais la cause la plus commune de l’embrasement des mines de charbon est l’inflammation des pyrites par l’humidité de la terre, lorsqu’elle est abreuvée d’eau ; on ne peut parvenir à étouffer ce feu qu’en inondant pendant un certain temps teute la mine incendiée. Ces accidents sont très-fréquents dans les mines de charbon qui ont été exploitées sans ordre par les paysans : la quantité de puits et d’ouvertures qu’ils ont laissés sur la direction des veines sont autant de réceptacles aux eaux de pluie, qui venant à rencontrer des pyrites, causent ces incendies. h. Dans les substances molles et dans les lits profondément enfouis, les fentes sont assez éloi- 1. C’est pour prévenir cet accident qu’ont été imaginées les lampes de sûreté. Partant de cette observation que Yhydrogéne carboné est d’une inflammation assez difficile, et que la chaleur rouge ne suffit pas pour la produire, on a imaginé d’envelopper la flamme d’une double toile métalüque. Rien de plus célèbre, en ce genre, que la lampe de Davy.

DU CHARBON DE TERRE

Tout le monde sait que l’eau qui ne peut se répandre remonte à la même bailleur dont elle est descendue : rien ne démontre mieux que les eaux souterraines, même les plus profondes, proviennent uniquement des eaux de la superficie, puisqu’en perçant la terre jusqu’à cette profondeur avec des tarières, on se procure des eaux jaillissantes à la surface; mais lorsqu’au lieu de former un siphon dans la terre, comme l’on fait avec la tarière, on y perce de larges puits et des galeries, l’eau s’épanche au lieu de remonter, et se ramasse en si grande quantité que l’épuisement en est quelquefois au-dessus do toutes nos forces et des ressources de l’art; les machines le; plus puissantes que l’on emploie dans les mines de charbon sont les pompes à feu dont ordinairement on peut augmenter les effets autant qu’il est nécessaire pour se débarrasser des eaux, et sans qu’il en coûte d’autres frais que ceux de la construction de la machine , puisque c’est le charbon même de la mine qui sert d’aliment au feu, dont l’action, par le moyen des vapeurs de l’eau bouillante, fait mouvoir les pistons de la pompe “ ; mais quand la

gaèes les unes des autres et plus étroites : dans les matières calcaires, elles sont perpendiculaires à l’horizon; dans les bancs de grès et de roc vif, elles sont obliques ou irrégulièrement placées; dans quelques matières compactes, comme marbres, pierres dures, et dans les premières couches, elles sont plus multipliées et plus larges; souvent elles descendent depuis le sommet des masses jusqu’à leur base; d’autres fois elles pénètrent jusque dans les lits inférieurs : les unes vont en diminuant de largeur, d’autres ont dans toute leur étendue les mêmes dimensions. Pour ce qui est des temps auxquels on doit s’attendre davantage à la rencontre embarrassante des eaux, il est d’observation qu’elles sont en général plus abondantes en hiver, suivant l’espèce de température et suivant les pluies : c’est ordinairement en mars qu’elles donnent davantage, à cause des fontes des neiges; on les a -smes quelquefois très-basses à Noël. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 873,

a. « Les machines ou pompes à feu sont particulièrement appliquées à ces grands épuise- « ments dans quantité de mines de charbon de la Grande-Bretagne.... La plus considérable est « celle de Walker, où les eaux, ramassées à cent toises de profondeur, s’élèvent à quatre-vingt- « neuf toises jusqu’à un percement ou aqueduc de quatre pieds de haut et de deux cent cin- « quante toises de long : sa puissance est de trente-quatre mille quatre cent seize livres; elle a

« d’effort trois mille quatre-vingt-seize On se sert aussi d’une pompe à feu dans la mine de

« charbon de Fresnes, proche Condé, de laquelle M. Morand donne la description. Du Charbon « de terre, page 404, 405 et 468.... 11 y a dix pompes à feu dans la seule mine d’Anzin; il y « en a une à Montrelais en Bretagne, et l’on en monte actuellement (septembre 1779) une d’une « puissance supérieure à la mine d’Anzin, pour remplacer l’ancienne, qui était défectueuse. » Note communiquée par M. le chevalier de Grignon. — M. le Camus de Limare m’a informé qu’on a trouvé nouvellement en Angleterre les moyens de donner à ces machines à feu un degré de perfection qui produit un beaucoup plus grand effet avec une moindre consommation de matière combustible; voici la notice que M. de Limare a eu la bonté de me communiquer à ce sujet : « La nouvelle machine à feu que MM. Boulton et Watti viennent d’établir en Angle- « terre avec le plus grand succès, en vertu d’un arrêt du parlement qui leur en accorde le « privilège exclusif, est infinement supérieure aux anciennes machines pour l’effet et pour « l’économie.

« Ce n’est plus le poids de l’atmosphère qui donne le mouvement au piston; c’est l’action seule « de la vapeur. qui agit, et sa condensation se fait dans un vaisseau qu’ils appellent le con- « densoir, et qui est distinct du cylindre où agit le piston. Ce condensoir est toujours au même

i [a). 11 est curieux de voir paraître, et, si je puis ainsi parler , de voir naître, sous une citation de Buffon, le nom de Watt, devenu depuis si fameux, et à si juste titre.

DU CHARBON DE TERRE

profondeur est très-grande et que les eaux sont trop abondantes , cette machine, la meilleure de toutes, n’a pas encore assez de puissance pour les épuiser.

Les eaux qui coulent dans les terres voisines des mines de charbon sont de qualités différentes : il y en a de très-pures et bonnes à boire ; mais ce ne sont que celles qui viennent des terres situées au-dessus des charbons ; celles qui se trouvent dans le fond de leur mine sont quelquefois bitumineuses et plus souvent vilrioliques et alumineuses ; l’alun ou le vitriol martial, qu’elles tiennent en dissolution, sont eux-mêmes très-souvent altérés par différents mélanges ® J mais de quelque qualité que soient les eaux, celles qui croupissent dans la profondeur des mines les rendent souvent inabordables par les vapeurs funestes qu’elles produisent. L’air et l’eau ont également besoin d’être agités sans cesse pour conserver leur salubrité; l’état de stagnation dans ces deux éléments est bientôt suivi de la corruption, et l’on ne saurait donner trop d’attention dans les travaux des raines à la liberté de mouvement et de circulation toujours nécessaire à ces deux éléments.

Après avoir exposé les faits qui ont rapport à la nature des charbons de terre, à leur formation, leur gisement, la direction, l’étendue, l’épaisseur de leurs veines en général, il est bon d’entrer dans le détail particulier des différentes mines qui ont été et qui sont encore travaillées avec succès, tant en France que dans les pays étrangers, et de montrer que cette matière se

« degi’é de chaleur que la vapeur même, sans que Tinjectioa de l’eau froide le refroidisse en « aucune façon ; la vapeur étant introduite dans la capacité d’une roue qui contient une matière « fluide, elle donne à cette roue un mouvement circulaire avec une force relative à la capacité « de la roue et à la quantité de vapeurs qu’elle peut recevoir. Quoiqu’on ne puisse bien Juger de « ce mécanisme dont on tient le jeu caché, son effet est considérable, et l’expérience l’a con- « firmé : la même machine, changée et disposée sur les principes ci-dessus, donne un effet « presque double, et consomme infiniment moins de charbon que par l’ancienne méthode, ce « qui a fait adopter la nouvelle par toute l’Angleterre où MM. Boulton et Watt en ont déjà établi « plusieurs avec beaucoup d’avantage pour eux et pour les propriétaires.

« Pour juger de l’effet étonnant de cette machine, il suffit de savoü’ qu’avec le feu de cent a livres de charbon de terre de bonne qualité, elle élève

« A la hauteur de 1 pied...., 500000 |

« A celle de.... 10 pieds 50000 ( . ,

« A celle de . . . lOO pieds 5000 ^

« A celle de.. 1000 pieds 500 )

«Quant aux conditions, MM. Boulton et Watt se font donner, pour toute chose , le tiers du « bénéfice que produit annuellement leur nouvelle machine, comparée à l’effet et à la dépense « d’une ancienne machine de pareille force qui aurait à élever le même volume d’eau d’une « profondeur égale : ce tiers doit leur appartenir pendant les quatorze années de la durée de « leur privilège; plusieurs entrepreneurs des mines d’étain de Cornouaille, assurés par leur « propre expérience du succès constant de cette nouvelle machine, ont racheté, pour une somme « comptant, cette indemnité annuelle, qu’ils doivent payer pendant quatorze ans à MM. Boul- « ton et Watt. » Paris, le 5 juillet 1780.

a. Du Charbon de terre , etc., par M. Morand, p. 29.

DU CHARBON DE TERRE

trouve partout où l’on sait la chercher : après quoi nous donnerons les moyens qu’il faut employer pour en faire usage et la substituer sans inconvénient au bois et au charbon de bois dans nos fourneaux, nos poêles et nos cheminées.

Il y a, dans la seule étendue du royaume de France, plus de quatre cents mines de charbon de terre en pleine exploitation , et ce nombre, quoique très-considérable, ne fait peut-être pas la dixième partie de celles qu’on pourrait y trouver. Dans toutes ou presque toutes ces mines, il y a trois ou quatre sortes de charbon : le charbon pur, qui est ordinairement au centre de la veine; le charbon pierreux, communément mêlé de plus ou moins de matières calcaires ou de grès ; le charbon schisteux et le charbon pyriteux. Ceux qui contiennent du schiste sont les plus rares de tous, et cela seul prouverait que la substance principale du charbon ne peut être de l’argile, puisque le vrai schiste n’est lui-même qu’une argile durcie. Il y a des charbons qui se trouvent pyriteux dans toute l’épaisseur et l’étendue de leur veine : ce sont les moins propres de tous aux travaux de la métallurgie; mais comme on peut les épurer en les faisant cuire, et qu’ordinairement ils contiennent moins de bitume que les autres, ils donnent aussi moins de fumée, et conviennent souvent mieux pour l’usage des cheminées que les charbons trop chargés de bitume. La grande quantité de soufre, qui se forme par la combustion des premiers, ne peut qu’altérer les métaux, surtout le fer que la plus petite quantité d’acide sulfureux suffit pour rendre aigre et cassant. Le charbon pierreux ne se trouve pas dans le centre des veines, à moins qu’elles ne soient fort minces : il est ordinairement situé le long des parois et sur le fond des bancs pierreux qui forment le toit et le sol de la veine. Les charbons schisteux sont de même situés sur le sol ou sous le toit schisteux de la veine : ces charbons pierreux ou schisteux ne sont pas d’un meilleur usage que le charbon pyriteux, et ils ont encore le désavantage de ne pouvoir être épurés à cause de la grande quantité de leurs parties pierreuses ou schisteuses ; il ne reste donc, à vrai dire, que le charbon de la première sorte, c’est-à-dire le charbon pur, dont on puisse faire une matière avantageusement combustible et propre à remplacer le charbon de bois dans tous les emplois qu’on en peut faire.

Et dans ce charbon de la première sorte et le meilleur de tous, on distingue encore celui qui se tire en gros blocs que l’on appelle charbon pérat, dont la qualité est néanmoins la même que celle du charbon plus menu qui se nomme charbon maréchal : le charbon pérat a pris ce nom aux mines de Rive-de-Gier, et il n’est ainsi appelé que quand il est en gros morceaux. C’est par cette seule raison de son gros volume, qu’il est plus estimé pour les grilles des teintures et des fourneaux; mais il n’est pas pour cela d’une

a. Charbon pérat est une dénomination locale qui signifie charbon pierreux ou charbon de pierre.

DU CHARBON DE TERRE

qualité supérieure au charbon maréchal , car l’iin et l’autre se tirent de la même veine, et l’on distingue par le volume trois sortes de charbon; le pérat est celui qui arrive à la superficie du terrain en gros morceaux et sans être brisé; le second, qui est en morceaux de médiocre grosseur, se nomme charbon grêle ; et ce n’est que celui qui est émietté ou qui est composé des débris des deux autres qu’on appelle charbon maréchal. Le bon charbon pèse de cinquante-cinq à soixante livres le pied cube; mais cette estimation est difficile à faire avec précision, surtout pour le charbon qui se brise en le tirant : les charbons les plus pesants sont souvent les plus mauvais, parce que leur grande pesanteur ne vient que de la grande quantité de parties pyriteuses, terreuses ou schisteuses qu’ils contiennent; les charbons trop légers pèchent par un autre défaut, c’est de ne donner que peu de chaleur en brûlant et de se consumer trop vite. Pour que la qualité du charbon soit parfaite, il faut que la matière végétale qui en fait le fond ait été bituminisée dans son premier état de décomposition, c’est-à-dire avant que cette substance ait été décomposée par la pourriture, car quand le végétal est trop détruit, l’acide ne peut en bituminiser l’huile qui n’y existe plus. Cette matière végétale, qui n’a subi que les premiers effets de la décomposition, aura dès lors conservé toutes ses parties combustibles; et le bitume qui par lui-même est une huile inflammable, couvrant et pénétrant cette substance végétale, le composé de ces deux matières doit contenir, sous le même volume, beaucoup plus de parties combustibles que le bois : aussi la chaleur du charbon de terre est-elle bien plus forte et plus durable que celle du charbon végétal.

Ce que je viens de dire au sujet delà décomposition plus ou moins grande de la matière végétale ' dans les charbons de terre, peut se démontrer par les faits : on trouve au-dessus de quelques mines de charbon des bois fossiles, dans lesquels l’organisation est presque aussi apparente que dans les arbres de nos forêts; ensuite on trouve très-communément des veines d’autres bois qui ne diffèrent guère des premiers que par le bitume qu’ils contiennent, et dans lesquels l’organisation est encore très-reconnaissable; mais, à mesure qu’on descend, les traits de cette organisation s’oblitèrent, et il n’en reste que peu ou point d’indices dans la suite de la veine. Il arrive souvent que cette bonne veine porte sur une autre veine de mauvais charbon

‘ 1. Voyez la note 2 de la page 226. « Dans les contrées volcaniques..., les émissions d’acide « carbonique, qu’on nomme aussi mouffettes, apparaissent comme un dernier effort volcanique. « Aux époques antérieures , la chaleur plus forte du globe terrestre et le nombre considérable « de failles, que les roches ignées n’avaient pas encore comblées, favorisèrent puissamment « ces émissions... Dans les régions toujours chaudes, toujours humides de cette atmosphère « surchargée de gaz acide carbonique, les végétaux rencontrèrent des conditions si favorables « à leur développement et une abondance telle de substances propres à leur nutrition qu’ils « purent former les matériaux des couches de charbon de terre et de lignites, sources presque « inépuisables de force et de bien-être pour les nations. » (Humboldt : Cosmos, t. I, p. 246.)

DU CHARBON DE TERRE

terreux et pourri, parce que sa substance végétale, s’étaiit pourrie trop promptement, n’a pu s’imprégner d’une assez grande quantité de bitume pour se conserver. On doit donc ajouter cette cinquième sorte de charbon aux quatre premières sous le nom de charbon terreux , parce qu'en effet sa substance n’est qu’un terreau pourri. Enfin une sixième sorte est le charbon le plus compacte, que l’on pourrait appeler charbon de pierre à cause de sa dureté; il contient une grande quantité de bitume, et le fond parait en être de terre limoneuse, parce qu’il laisse après la combustion une scorie vitreuse et boursouflée. Et lorsque le limon ou le terreau se trouve en trop grande quantité ou avec trop peu de bitume, ces charbons ainsi composés ne sont pas de bonne qualité : ils donnent également beaucoup de scories ou mâchefer par la combustion; mais tous deux sont très-bons, lorsqu’ils ne contiennent qu’une petite quantité de terre et beaucoup de bitume.

On trouve donc, dans ces immenses dépôts accumulés par les eaux , la matière végétale dans tous ses états de décomposition, et cela seul suffirait pour qu’il y eût des charbons de qualités très-différentes : la quantité de cette matière, anciennement accumulée dans les entrailles de la terre, est si considérable, qu’on ne peut en faire l’estimalion autrement que par comparaison. Or, une bonne mine de charbon fournit seule plus de matière combustible que les plus vastes forêts, et il n’est pas à craindre que l’on épuise jamais ces trésors de feu , quand même riiomme, venant à manquer de bois , y substituerait le charbon de terre pour tous les usages de sa consommation.

Les meilleurs charbons de France sont ceux du Bourbonnais , de la Bourgogne, de la Franche-Comté et du ïïainaut; on en trouve aussi d’assez bons dans le Lyonnais, l’Auvergne, le Limousin et le Languedoc: ceux qu’on connaît en Daupbiné ne sont que de médiocre qualité®. Nous croyons devoir donner ici les notices que nous avons recueillies sur quelques-unes des mines principales qui sont actuellement en exploitation.

On tire d’assez bon charbon de la mine d’Épinac, qui est située en Bourgogne près du village de Résille, à quatre lieues d’Autun : on y connaît plusieurs veines qui se dirigent toutes de l’est à l’ouest, s’inclinant au nord

a. « Oa m’a envoyé, de Dauphiné, une caisse remplie de mauvais charbon provenant d’une « fouille près de Saint-Jean, à deux ou trois lieues de Grenoble, qui est du Lois de hêtre très- « reconnaissable, imparfaitement bituminisé. » Note communiquée par M. de Morveau, le 24 septembre 1779- — « Je connais les différentes espèces de charbon du Dauphiné; elles sont « toutes mauvaises et ne peuvent soutenir la préparation : j’en ai fait une épreuve de trois « mille cinq cents livres qui m’a prouvé cette vérité. Celui que j’ai “mployé était de Vauiappe ; « ce n’est qu’une pierre à chaux imbue de bitume et de soufre très-volatil ; celui de la Motte ne « vaut guère mieux. J’en ai vu une autre mine près de la Grande-Chartreuse , qui annonce « une meilleure qualité ; mais elle ne montre que des veinules et des mouches qui se coupent « et se perdent dans le rocher; celui que l’on m’a apporté des montagnes d’Alvard ne vaut rien « du tout. » Lettre de M. le chevalier de Grignon à M. de Buffon, datée d’Alvard, le 21 septembre 1778.

DU CHARBON DE TERRE

de trente à trente-cinq degrés®. Celle qu’on exploite actuellement n’a pas d’épaisseur réglée; elle a ordinairement sept à huit pieds, quelquefois douze à quinze, d’autres fois elle n’en a que quatre. Son mur a toute la consistance nécessaire, mais le toit, composé d’un schiste friable et d’une terre limoneuse que l’eau dissout facilement, s’écroulerait bientôt si on ne l’étayait par de bons boisages et par des massifs pris dans la veine même. Le charbon de cette mine est très-pyriteux : aussi n’est-il nullement propre aux usages des forges , la quantité de soufre que produisent les pyrites devant corroder et détruire le fer; cependant il se trouve dans l’épaisseur de la veine de petits lits de très-bon charbon qui serait propre à la forge, s’il était extrait et trié avec soin.

La mine de Montcenis, ainsi que celle de Blansy et autres des environs, sont dirigées de l’est à l’ouest, et s’inclinent vers le nord de vingt-cinq ou trente degrés. On exploite deux veines principales, dont les épaisseurs varient depuis dix jusqu’à quarante-cinq pieds : la première extraction comme celle de la plupart de nos mines de France a été mal conduile; on l’a commencée par la tête de la veine, en sorte que les ouvriers sont souvent exposés à percer dans les ouvrages supérieurs, et à y éprouver des éboulements. Le lit de cette mine de Montcenis est un schiste très-dur et pyriteux d’un pied d’épaisseur, dans lequel on voit des empreintes de plantes en grand nombre. Le charbon de la tête de cette mine est fort pyriteux , mais celui qui se tire plus profondément l’est beaucoup moins, et en général ce charbon a le défaut de s’émietter à l’air : il faut donc l’employer au sortir de la minière, car on ne peut le transporter au loin sans qu’il subisse une grande altération et ne tombe en détriments; dans cet état de décomposition il ne donne que très-peu de chaleur et se consume en peu de temps, au lieu que dans son premier état, au sortir de la mine, il fait un feu durable.

Les mines de Rive-de-Gier dans le Lyonnais, sont en grande et pleine

a. La miae de Champagney, près de Béfort en Alsace, est inclinée de quarante-cinq degrés : plus les terrains sont bas, moins généralement les veines de charbon de terre sont inclinées ; elles sont même horizontales dans les pays de plaine, et ce n’est que dans les montagnes qu’elles sont violemment inclinées ; au reste, l’inclinaison des mines n’est nulle part aussi marquée et aussi singulière que dans le pays de Liège. « Les veines de charbon de terre sont communé- « ment inclinées à l’horizon, dit M. Morand: tantôt elles s’approchent de la ligne perpendicu- « laire, et elles se nomment alors pendage de roisse; tantôt elles sont presque horizontales, et « on les désigne alors par le nom de pendage de plature. Toutes ces veines prennent leur ori- « gine au jour, c’est-à-dire à la surface de la terre; elles descendent ensuite dans la même « direction jusqu’à une certaine profondeur; alors elles forment, à une distance plus ou moins <( grande, différents angles, qui les rapprochent insensiblement de la ligne horizontale; elles « remontent ensuite à la surface de la terre, en formant une figure symétrique fort régulière : « il y a donc apparence, d’après ces observations, que les pendages de roisse deviennent pen- « dages de plature dans toutes les veines du pays de Liège, et qu’ils redeviennent ensuite pen- « dages de roisse. Ce qu’on observe encore de très-singulier, c’est que presque jamais les veines « ne marchent seules ; elles sont toujours accompagnées d’autres veines qui marchent parallèle- « ment avec elles, qui se flécliissent sur les mêmes angles, et qui toutes ensemble forment une « figure presque régulière. » Journal de Physique, etc., mois de juillet 1773, page 69.

DU CHARBON DE TERRE

exploitation: il y a actuellement, dit M. de Grignon, plus de huit cents ouvriers occupés à l’extraction du charbon par vingt-deux puits qui communiquent aux galeries des dilTérentes minières, dont les plus profondes sont à quatre cents pieds. On tire de ces mines, comme de presque toutes les autres, trois sortes de charbon : le pérat en très-gros blocs et de la meilleure qualité; le maréchal qui est menu et qui est séparé du banc de pérat par une couche de mauvais charbon mou ; et enfin un charbon dur, compacte et terreux, qui est voisin du toit et des lisières de la mine. Ce toit est un schiste rougeâtre et limoneux qui brunit et noircit à mesure qu’il est plus voisin du charbon, et dans cette partie il porte un grand nombre d’empreintes de végétaux. Le charbon de ces mines de Rive-de-Gier est plus compacte et plus pesant que celui de Montcenis; son feu est plus âpre et plus durable; il donne une flamme vive, rouge et abondante; il n’est que peu pyriteux , mais très-bitumineux.

La plupart des mines du Forez®, du Bourbonnais*, de l’Auvergne% sont

a. Les mines de charbon se trouvent dans le haut Forez; elles sont en montagnes, et par conséquent aisées à exploiter, en tirant les eaux par des galeries latérales : les charbons se trouvent presque à la superficie dans les fonds : ces mines sont très-abondantes autour de Saint-Étienne, dont le territoire peut être regardé comme le centre de toutes les mines de cette province ; elles embrassent une longueur d’environ six lieues du levant au couchant, oocupant un vallon dont la plus gran le largeur, du midi au nord, n’est pas d’une demi-lieue. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 160.

b. La mine du Bourbonnais, qui fournit Paris depuis plus d’un siècle, est dans la terre de Fims, paroisse de Chatillon, à quatre lieues environ de Moulins. Il y aune autre mine à trois lieues et demie de Moulins, sur la route de Limoges, dans le territoire de Noyau : le charbon de cette mine, ouverte depuis quelque temps, est en beaux morceaux très-solides, séparés seulement de distance en distance par des feuillets considérables d’un très-beau spath. La seconde veine a souvent sept à huit pieds d’épaisseur ; la première n’en a que trois et demi sur quatre à cinq toises de largeur. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 161.

c. C’est particulièrement dans la Limagne ou Basse- Auvergne que les mines de charbon sont très-abondantes; elles n’y sont pas par veines, mais par assez grandes masses, traversées de temps en temps par des bandes schisteuses qui ne se continuent pas : les endroits remarquables par leurs mines de charbon sont Sauxilanges, à sept lieues de Clermont; Sal verre. Charbonnière, Sainte-Fleurine , Lande-sur- Alagnon, Frugère, Anson, Bois-Gros, Gros-Ménil, Fosse, la Brosse et Brassager. Idem, ibidem, page 156. — C’est au-dessous de Brioude, entre les rivières d’Alagnon et d’ Allier, que se trouve la plus grande partie des fouilles, et la mine la plus abondante est dans le territoire de Sainte-Fleurine : le charbon s’y trouve à ime méfiiocre profondeur. Le centre de ces mines est le champ appelé la Fosse, d’où on a autrefois tiré du charbon réputé le meilleur de tout ce quartier; les autres ne sont que des rameaux qui partent de ce champ ou qui viennent s’y rendre, mais séparés par des rocs : les charbons provenant de ces branches sont tous d’une qualité bien inférieure à celle de la maîtresse mine... Le bon charbon de cette mine est au-dessous d’un roc grisâtre très-dur, de sept à huit toises d’épaisseur , c’est d’abord une terre noire, sensiblement bitumineuse, puis un schiste qui fait le toit de la veine dans laquelle on distingue trois membres : le premier charbon peut avoir depuis quinze jusqu’à vingt-cinq pieds d’épaisseur; il est séparé du second par un roc noir, argileux et imprégné de bitume charbonneux ; le second membre de charbon est à peu près de la même épaisseur que le premier ; il est aussi placé sur un roc qui sert de toit au troisième membre, qui renferme le meilleur charbon , appelé puceau , et qui porte encore sur un lit de roc.... Dans ces mines, le charbon se présente quelquefois en tas. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, page 588.

DU CHARBON DE TERRE

en amas et non pas en veines; elles sont donc plus faciles à exploiter : aussi l’on en tire une très-grande quantité de charbon, dont il y en a de trèsbonne qualité. Dans le Nivernais près de Decize, il se trouve des mines en amas et d’autres en veines. On y connaît quatre ou cinq couches ou veines régulières les unes au-dessus des autres, courant parallèlement, étant depuis dix jusqu’à vingt toises de distance les unes des autres latéralement. Le charbon de ces veines ne commence à être bon qu’à quatre toises et plus de profondeur : elles ont depuis deux pieds jusqu’à cinq pieds d’épaisseur; leur toit est un schiste avec des impressions de plantes, et le lit est un grès à demi décomposé. Les mines en amas du même canton sont mêlées de schiste et de grès; mais en général tout ce charbon est pyriteux, et quelquefois il prend feu de lui-même, lorsque après l’extraction on le laisse exposé à l’air,

II y a des mines de charbon dans le Quercy aux environs de Montauban ; il y en a dans le Rouergue, où le territoire de Cransac, qui est d’une grande étendue, n’est, pour ainsi dire, qu’une mine de charbon ; il y en a une autre mine à Severac-le-Castel sur une montagne, dont le charbon est pyriteux et sensiblement chargé de vitriol ; une autre à Mas-de-Bannac, élection de Milhaud. On en a aussi découvert dans le bas Limousin à une lieue deBourganeuf, dans les environs d’ Argentai , dans ceux de Maynac et dans le territoire de Yarets à peu de distance de Brives®. Dans toute l’étendue du terrain, depuis la rive du Lot qui est en face de Levignac jusqu’à Firminy, on ne peut pas faire un pas qu’on ne trouve du charbon : dans beaucoup d’endroits on n’a pas besoin de creuser pour le tirer. Dans ce même canton il y a une masse très-étendue de ce charbon, qui çst minée par un embrasement souterrain : la première époque de cet incendie n’est point connue, on voit sortir une fumée fort épaisse des crevasses de cette minière enflammée ^ Il y a aussi en Bourgogne, au canton de la Gachère, près de Saint- Berain , une mine de charbon enflammée qui donne de la fumée et une forte odeur d’acide sulfureux; on ne peut pas toucher sans se brûler un bâton qu’on y a plongé seulement pendant une minute; ce n’est qu’une inflammation pyriteuse produite par l’eau qui séjourne dans cet endroit, et qu’on pourrait éteindre en le desséchant ^ Il y a encore près de Sainl-Étienne-en-Forez une mine de charbon qui brûle depuis plus de cinq cents ans, auprès de laquelle on avait établi une manufacture pour tirer de l’alun des récréments de cette mine brûlée; et enfin une autre auprès de Saint-Chaumont, qui brûle très-lentement et profondément.

En Languedoc il y a aussi beaucoup de charbon de terre. M. l’abbé de Sauvages, très-bon observateur, assure qu’il en existe différentes mines

a. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 155.

b. Idem, page 534.

c. Note communiquée par M. de Morveau, le 4 septembre 1779.

DU CHARBON DE TERRE

dans la chaîne de collines, qui s’étend depuis And use jusqu’à Yillefort, ce qui fait une étendue d’environ dix lieues de longueur®.

Dans le Lyonnais, les principaux endroits où l’on trouve du charbon de terre sont le territoire de Gravenand, celui du Mouillon, ceux de Saint- Genis-Terre-Noire, qui tous trois sont dans la même montagne, située à un demi-quart de lieue de la ville de Rive-de-Gier, et les eaux de leurs galeries (s’écoulent dans le Gier. Les terrains de Saint-Martin-la-Plaine, Saint-Paulen-Jarrest, Rive-de-Gier et Saint-Chaumont contiennent aussi des mines de charbon. M. de la Tourette, secrétaire de l’Académie des sciences de Lyon, et correspondant de celle de Paris, a donné une description détaillée des matières qui se trouvent au-dessus d’une de ces mines du Lyonnais, par laquelle il paraît que le bon charbon ne se trouve qu’à cent pieds dans certains endroits, et à cent cinquante environ dans d’autres : il y a deux veines l’une au-dessus de l’autre, dont la plus extérieure a depuis huit jusqu’à dix-huit pieds d’épaisseur d’un charbon propre aux maréchaux. La seconde veine n’est séparée de la première que par un lit de grès dur et d’un grain fin, de six à neuf pouces d’épaisseur : ce grès sert de toit à la seconde veine qui a dix à quinze pieds d’épaisseur, et dont le charbon est plus compacte que celui de la première veine, mais encore plus pyriteux.

Il y a du charbon de terre en Dauphiné près de Briançon, et entre Sézanne et Sertriches, dans le même endroit où l’on tire la craie de Briançon, et à Ternay, élection de Vienne. Les charbons de Voreppe, de Saint- Laurent, de la montagne de Soyers, ainsi que ceux du village de la Motte et du Val-des-Charbonniers, qui tous se tirent pour l’usage des maréchaux, ne

a. Les principales et celles qui en fournissent à presque tout le Languedoc sont, dit-il, aux environs d’Alais et du Chàteau-des-Portes : elles affectent toujours les endroits dont le terrain ouïes rocliers sontuue espèce de grès d’un grain quartzeux, grisâtre, irrégulier dans sa forme

et sa grosseur Les mines des environs d’Alais sont ordinairement par veines, resserrées au

fond d’un roclier Le charbon y paraît entassé sans aucune distinction de lits ; lorsque les

veines aboutissent à la superficie, le charbon est altéré dans sa couleur et dans sa. consistance, jusqu’à une toise de profondeur; on ne tire d’abord que de la terre noirâtre : à mesure que l’on creuse, le grain devient plus ferme, d’un noir plus foncé et plus luisant. C’est le charbon dont on se sert pour les fours à chaux.

Ces mines sont toujours accompagnées de deux espèces de schistes, connus parmi les mineurs du pays sous le nom de fisse... La première espèce de fisse, qu’on appelle les gardes du charbon, parce qu’elle lui est immédiatement appliquée, et qu’elle l’accompagne partout, est une pierre bitumineuse, mince, tendre et noire; elle ne diffère de Vampelitis ordinaire que parce qu'elle est pliée ou ondée, et qu’elle a souvent le poli et le luisant du jayet travaillé.

Au-dessous de cette première fisse, on en trouve une autre dont les couches sont plus nom- 'breuses et plus aplaties : c’est une ardoise feuilletée, tantôt noire, tantôt rousse, et toujours fort grossière ; elle se distingue principalement de la première par des empreintes végétales.

Quoique uos mines de charbon soient à l’abri des eaux pluviales, elles ne laissent pas quelquefois d’être humectées par des sources bitumineuses, aussi anciennes peut-être que les mines, et qui sont plus fréquentes à mesure que les mines sont plus profondes : les ouvriers eu sont souvent incommodés; mais ils assurent qu’en revanche, il n’y a pas de meilleur charbon que celui qui est voisin de ces sources Observations lithologiques, etc., dans les Mémoi'^es de l’Académie des Sciences, année 1747, page 700.

DU CHARBON DE TERRE

sont pas de bien bonne qualité. On en trouve en Provence, près d’Aubagne, à Pépin route de Marocelle; mais ce charbon de la mine de Pépin répand, longtemps après avoir été tiré de la mine, une odeur particulière et désagréable.

En Franche-Comté, la mine de Champagney, à deux lieues de Béfort, est très-abondante, et le charbon en est de fort bonne qualité : la veine a souvent huit pieds d’épaisseur, et elle est partout d’une égale bonté; elle paraît s’étendre dans toute la base du monticule qui la renferme; il y a plusieurs autres mines de charbon dans les environs de Champagney et dans quelques autres endroits de cette province" ; il y en a aussi quelques mines «n Lorraine, mais l’exploitation n’en a pas encore été assez suivie pour qu’on juge de la qualité de ces charbons. En Alsace, il s’en trouve près de Schelestat*.

Il n’y a point de mines de charbon dans le Cambrésis; mais celles du Hainaut sont en grand nombre, et celles de Fresnes et d’Anzin sont devenues fameuses. On a commencé à fouiller celle de Fresnes en 1717 et celle d’Anzin en 1734 : on en tire aussi aux environs de Condé. Le charbon de ces mines est en général de bonne qualité"; on assure même qu’il est plus gras et qu’il dure plus au feu que celui d’Angleterre : le charbon qui se tire à Fresnes est plus compacte que les autres, et pèse un dixième et plus que celui d’Anzin. Le charbon de Quiévrain, à deux lieues et demie de Valenciennes, est aussi d’une excellente qualité : on a fouillé quelques-unes de ces mines jusqu’à sept cents pieds de profondeur M. Morand dit que, dans la mine de M. des Androuins près de Charleroi, l’eau est tirée de soixantetrois toises de profondeur, et que le charbon est placé à cent huit toises au-dessous, ce qui fait en tout cent soixante-onze toises ou mille vingt-six pieds de profondeur".

Dans l’Anjou, l’on a trouvé des mines de charbon de terre à Concourson, à Saint-George de Chateloison, à Doué, et à Montreuil-Bellay : les charbons qui se tirent près de la surface du terrain ne sont pas si bons que ceux qui

a. Les miaes de Ronchamp , en Franche-Comté , présentent un phénomène bien singulier et que je n’ai ^'u nulle part. Dans les masses de charbon , immédiatement sous les lames de pyrites plus particulièrement que dans les couches de pur charbon, il se trouve une couche légère de charbon de bois bien caractérisé par le brillant , la couleur, le tissu fibreux , une consistance pulvérulente, noircissant les doigts; et lorsqu’un morceau de houille contenant des lames de ce charbon de bois est épuré, qu’il est encore rouge et que l’on souffie dessus, le charbon de terre s’éteint et celui de bois s’embrase de plus en plus.

L’on trouve fréquemment à la toiture de ces mines, parmi le grand nombre d’impressions de plantes de toute espèce, des roseaux (bambous) de trois à quatre pouces de diamètre aplatis, et qui ne sont point détruits ni charbonnifîés. ( Lettre de M. le chevalier de Grignon à M. de Euffon; Besançon, le 27 mai 1781.)

b. Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 149 et suiv.

c. Idem, p. 144 et suiv,

d. Idem, p. 182.

e. Idem , p, 453.

DU CHARBON DE TERRE

gisent à une plus grande profondeur ; la veine a ordinairement six à sept pieds d’épaisseur. Ce charbon d’Anjou est de bonne qualité j cependant on n’a de temps immémorial trouvé dans cette province que des veines éparses sous des rocs placés à dix-huit pieds de profondeur, auxquels succède une terre qu’on y appelle houille, qui est une espèce de mauvais charbon, avantcoureur du véritable; les veines y sont très- sujettes aux creins , et par conséquent irrégulières : il y en a cinq de reconnues; leur épaisseur est depuis un pied jusqu’à quatre, et même jusqu’à douze pieds, suivant M. de Voglie; elles paraissent être une dépendance de celles de Saumur avec lesquelles elles se rapportent en tout. Leur direction générale est du levant au couchant®.

Dans la basse Normandie, il se trouve du charbon de terre à Litry, et la veine se rencontre à peu de profondeur au-dessous d’une bonne mine de fer en grains ; elle se forme en plateur à quatre cents pieds. Ce charbon, mêlé de beaucoup de pyrites, n’est que d’une qualité médiocre, et il est à peu près semblable à celui qu’on apporte du Havre, et qui vient de Sunderland en Angleterre ^

En Bretagne il y a des mines considérables de charbon à Montrelais et à Languin,dans les environs de Nantes : l’on a aussi tenté des exploitations à Quimper, à Plogol et à Saint-Brieux, et l’on aperçoit des affleurements de charbon dans plusieurs autres endroits de cette province'.

On pourrait citer un grand nombre d’autres exemples qui prouveraient qu’il y a dans le royaume de France des charbons en aussi grande quantité, et peut-être d’aussi bonne qualité qu’en aucune autre contrée du monde. Cependant comme c’est un préjugé établi, et qui jusqu’à présent n’était pas mal fondé, que les charbons d’Angleterre étaient d’une qualité bien supérieure à ceux de France, il est bon de les faire connaître : on verra que la nature n’a pas mieux traité à cet égard l’Angleterre que les autres contrées , mais que l’attention du gouvernement, ayant secondé l’industrie des particuliers, a rendu profitable et infiniment utile à cette nation ce qui est demeuré sans produit entre nos mains.

On distingue dans la Grande-Bretagne trois espèces de charbon de terre. Le charbon commun se tire des provinces de Newcastle, deNorthumberland, de Cumberland et de plusieurs autres ; il est destiné pour le feu des cuisines de Londres, et c’est aussi presque le seul qu’on emploie à tous les ouvrages métalliques d’Angleterre.

La seconde espèce est le charbon d’Ecosse ; on s’en sert pour chauffer les appartements des bonnes maisons : ce charbon est feuilleté et comme formé en bandes séparées par des couches plus petites que les bandes, et néanmoins

a. Du Chairpon de terre, par M. Morand, pag. 543 et 547.

b. Idem, p. 570.

c. Note commuaiquée par M. le clievalier de Grignon.

DU CHARBON DE TERRE

plus marquées et plus distinctes à cause de leur éclat. Il se tire en grosses masses bien solides, d’une texture fine, et, quoique formé de bandes et de petites couches, il ne s’effeuille point ; il est bitumineux et brûle librement, en faisant un feu clair, et tombe en cendres".

La troisième espèce, que les Anglais appellent ciilm , se trouve dans le Glamorganshire, et en divers endroits de cette province. C’est un charbon fort léger, d’un tissu plus lâche, composé de filets capillaires disposés par paquets qui paraissent arrangés en quelques endroits de manière à représenter dans beaucoup de parties des feuillets assez étendus, très-lisses et très-polis, lesquels, pour la plupart, affectent une forme circonscrite en portion de cercle, avec des rayons divergents. Ce charbon est peu ou presque point pyriteux j il brûle aisément et fait un feu vif, ardent et âpre. Dans la province de Cornouailles, il est d’un très-grand usage, particulièrement pour la fonte des métaux, à laquelle on l’applique de préférence.

On trouve dans les comtés de Lancastre et de Chester, une espèce de charbon qu’on n’apporte pas à Londres, c’est le Jtennel ou candle-coal : communément il sert de pierre à marquer de même que ce qu’on appelle le charbon du toit; il se tire en grosses masses très-solides, d’une texture extrêmement fine, et d’un beau noir luisant comme le jayet. Ce charbon ne contient aucune portion pyriteuse 5 il est si pur et si doux, qu’on peut le tourner et le polir pour faire des plateaux d’encrier, des tablettes, etc. L’on aperçoit sur certains morceaux des couches concentriques, comme on en trouverait dans un tronçon de bois. Ce charbon brûle facilement et se réduit en cendres ^

On doit encore ajouter à ces charbons d’Angleterre celui qu’on appelle flint-coal parce qu’il est presque aussi dur que la pierre, et que ses fractures sont luisantes comme celles du verre. La veine de ce charbon a deux à trois pieds d’épaisseur, et se trouve dans les environs de la Severn audessous de la veine principale qui fournit le best-coal ou le meilleur charbon : il faut y joindre aussi le flew-coal des mines de Wedgbery dans la province de Stafford,

Il est fait mention dans les Transactions philosophiques de Londres, année 1683 , de quelques mines de charbon, de leur inclinaison, etc. M. Beaumont en cite six qui probablement n’en font qu’une, puisqu’on les

a. « L’Écosse va de pair, dit M. Morand, avec la partie méridionale de l’Angleterre pour a l’abondance du charbon de terre : on en trouve des mines près d’Édimbourg et dans le comté « de Lenox, dans les provinces de Fife, de Sterlin, de Sutherland, de Dernoch, etc. M. Stra- « chey a donné, dans les Transactions philosophiques, année 1725, la description des mines « de charbon qui se trouvent en Écosse; elles ne sont pas à une grande profondeur ; la plupart « n’ont que d’un à quatre pieds et demi d’épaisseur de charbon : la seule mine qui soit fort « épaisse est celle d’Anchenchangh, à si.î milles de Kilsyth, qui a dix-huit pieds d’épaisseur, « et que les sources d’eau trop abondantes empêchent d’exploiter. » Du Charbon de terre , par M. Morand, pag. 99, 113 et suiv.

b. Idem, ibidem, pag. 3 et suiv.

trouve toutes dans un espace de cinq milles d’Angleterre au nord de Stony-Easton. Il a vu, dit-il, dans l’une de ces mines une fente ou crevasse, dont les parois étaient chargées d’empreintes de végétaux; et une autre fente tout enduite d’un bronze pyriteux formant des espèces de dendrites ; dans quelques-unes de ces mines les lits horizontaux étaient comme dorés du soufre qu’elles contiennent; il observe, comme chose en effet singulière, qu’on a trouvé deux ou trois cents livres de bonne mine de plomb dans l’une de ces mines de charbon. Il ajoute que de l’autre côté de Stony-Easton, c’est-à-dire au sud-est, à deux milles de distance, on voit le commencement d’une mine de charbon, dont la première veine se divise en plusieurs branches à la distance de quatre milles vers l’orient; que cette mine, dont on tire beaucoup de charbon, exhale continuellement des vapeurs enflammées qui s’élèvent quelquefois jusqu’à son ouverture, et qui ont été funestes à nombre de personnes. C’est probablement au feu de ces vapeurs, lorsqu’elles s’enflamment, qu’on doit attribuer cette poussière de soufre qui dore les lits de ces veines de charbon, car on n’a trouvé du soufre en nature que dans les mines dont les vapeurs se sont enflammées, ou qui ont été elles-mêmes embrasées; on y voit des fleurs de soufre adhérentes à leurs parois, et sous ces fleurs de soufre il se trouve quelquefois une croûte de sel ammoniaque.

Les fameuses mines de Newcastle ont été examinées et décrites par M. Jars, de l’Académie des Sciences, très-habile minéralogiste® : il décrit aussi quelques autres mines; celle de Whitehaven, petite ville située sur les côles occidentales d’Angleterre, qui fait un grand commerce de charbon de

a. On rencontre ordinairement un lit de roc noirâtre au-dessus et au-dessous de la couche de charbon : on peut mettre ce roc au rang des schistes vitrioliques ; ensuite on a différentes hauteurs de couches de charbon, cinq, six, sept, huit, et quelquefois une seule à cent toises, qui est la plus grande profondeur qui ait été exploitée jusqu’à présent dans le pays

On trouve aussi dans plusieurs endroits des couches de pierre à chaux,.... dont l’épaisseur varie d’une très-petite distance à l’autre.... On méprise toutes les couches de charbon qui n’ont pas deux pieds et demi d’épaisseur.... Quelquefois, dans une couche épaisse de huit pieds, il y a deux ou trois lits différents, c’est-à-dire que la couche est divisée par une espèce de schiste ou charbon pierreux de quelques pouces d’épaisseur.... Le charbon que l’on the à trente ou quarante toises de profondeur est meilleur que celui qu’on tire à cent toises : on rencontre souvent des couches d’un pied à un pied et demi d’épaisseur que l’on traverse et qu’on ne peut exploiter, quoique la qualité du charbon en soit souvent bien supérieure à celle des couches inférieures. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 188 et 189.

Ce charbon de Newcastle se détache quelquefois, au moyen de coins de fer, par gros morceaux, et c’est le plus estimé. Idem , ibidem, p. 192.

Le charbon de Newcastle n’est pas également bon dans toutes les veines ; il y est plus ou moins bitumineux, sulfureux et pierreux. Cette dernière espèce est très-commune : elle se vend à bas prix et s’emploie pour les machines à feu ; mais, en général , ce qu’on nomme du bon charbon passe pour être d’une excellente qualité.... Il est extrêmement bitumineux ; il se colle très-facilement, et forme une voûte, ce qui le rend très-propre à forger le fer ; mais il faut le remuer souvent pour les autres usages, sans quoi le bitume se réunit tout ensemble en une seule masse dans laquelle l’air ne peut circuler. La grande abondance de bitume fait qu’il donne beaucoup de fumée, ce qui le rend désagréable dans les appartements. Idem, ibidem.

DU CHARBON DE TERRE

terre. La montagne où s’exploite la mine a environ cent vingt toises perpendiculaires jusqu’au plus profond des travaux : on compte dans cette hauteur une vingtaine de couches différentes, mais il n’y en a que trois d’exploitables. Leur pente est communément d’une toise perpendiculaire sur six à sept toises de longueur.

La première de ces couches exploitables est séparée de la seconde par des rochers d’environ quinze toises d’épaisseur ; elle a depuis quatre jusqu’à cinq pieds d’épaisseur en charbon un peu pierreux et d’une qualité médiocre. On n’en extrait que pour chautfer les chaudières où l’on évapore l’eau de la mer pour en retirer le sel.

La seconde couche est de sept à huit pieds d’épaisseur j le charbon y est divisé par deux différents lits d’une terre très-dure et de couleur noirâtre, qu’on nomme mettle : cette terre est très-vitriolique et s’eflleurit à l’air. La couche supérieure de mettle a un pied d’épaisseur, et l’inférieure seulement quatre à cinq pouces. On distingue la veine de charbon en six lits, dont les charbons portent différents noms.

Des trois grandes couches exploitables , la troisième, qui est d’environ vingt toises plus basse que la seconde, est la meilleure : elle a dix pieds d’épaisseur , et elle est toute de bon charbon , sans aucun mélange de mettle ®.

On rencontre souvent des dérangements dans les veines, principalement dans leur inclinaison. Le rocher du toit, et surtout celui du mur, font monter ou descendre la veine tout à coup. Il y a un endroit où elles sont éloignées de quinze toises perpendiculaires de la ligne horizontale. D’autres fois ces rochers coupent presque entièrement les couches, et ne laissent apercevoir qu’un petit filet ou une trace presque imperceptible de la veine.

a. « Dans les montagnes d’Alston-Moor, dit M. Jars, comté de Cumberland, on trouve une « espèce de charbon sans bitume, mais sulfureux; on le nomme crow-coal; il n’est pas boa « pour la forge, mais excellent pour cuire la chaux : et comme il ne fait pas de fumée, il est « bon pour les appartements....

« L’exploitation des mines de Whitehaven est très-étendue, puisque, depuis l’entrée, les tra- « vaux sont ouverts pendant une demi-lieue de France, toujours en suivant la peut de la « couche... Une partie des ouvrages où l’on travaille chaque jour se trouve plus d'un quart do « lieue entièrement sous la mer; mais il n’y a point de danger, puisqu’on estime que les

« rochers qui sont entre l’eau et l’ouvrage ont plus de cent toises d’épaisseur

« Ce charbon se détache en gros morceaux de la mine, à l’aide de coins et de masses de fer

« Il y a six veines dans la mine de Workington, qui sont toutes exploitables : elles sont à peu « près à neuf ou dix toises de distance les unes des autres; la supérieure n’a que deux pieds « trois pouces d’épaisseur... Mais il y en a une autre qui a sept pieds, dans laquelle néanmoins « il n’y a que quatre pieds de charbon : elle se trouve séparée par deux lits de terre noire; j’ea « ai vu un tas qui a effleuri et s’est échauffé au point qu’il a pris feu : il en sort une fumée qui « se condense en soufre dans les ouvertures par où elle sort. La dernière couche, qui est à « soixante toises perpendiculaires dans l’endroit du puits, a quatre pieds d’épaisseur; son char- « bon est pur et d’une très-bonne qualité... Ces mines, ainsi que celle de Whitehaven, ont été « sujettes de tout temps à un mauvais air qui a coûté la vie à un grand nombre d’ouvriers. » Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 238 et suiv.

DU CHARBON DE TERRE

M. Jars fait encore mention des mines de Worsleg dans le comté de Lancastre, dont la pente paraît être de deux toises sur sept, et dont le charbon est moins bitumineux et moins bon que celui de Newcastle, quoique la nature des rochers soit la même; mais la veine la plus profonde n’est qu’à vingt toises. Il en est de même à tous égards des mines du comté de Stafford.

« En Écosse, il y a, dit M. Jars, au village de Carron près de Falkirch, « plusieurs mines de charbon qui ne sont qu’à une demi-lieue de la mer..,. « Il y a trois couches de charbon l’une sur l’autre que l’on connaît, mais « on ne sait pas s’il y en a de plus profondes.... Il y en a une à quarante « toises de profondeur qui est la première; la seconde à dix toises plus bas, « et la troisième à cinq toises encore au-dessous de la seconde. La pente de « ces couches, qui est du côté du sud, est d’une toise sur dix à douze... Mais « ces veines varient comme dans presque toutes les mines; quelquefois elles « remontent et forment entre elles deux plans inclinés. Dans ce cas la veine « s’appauvrit, diminue en épaisseur et est quelquefois entièrement coupée, « continuant ainsi jusqu’à ce qu’elle reprenne son inclinaison ordinaire.... « La seconde couche a trois et quatre pieds d’épaisseur : sa partie supé- « rieure est composée d’un charbon dur et compacte, faisant un feu clair et « agréable.... On l’envoie à Londres, où il est préféré à celui de Newcastle « pour brûler dans les appartements. La partie du milieu de la couche est « d’une qualité moins compacte; son charbon est feuilleté et se sépare par « lames comme le schiste. Entre les lames il ressemble parfaitement à du a poussier de cbarbon de bois. On y peut ramasser aussi une poudre noire, « qui teint les doigts, comme fait le charbon de bois.... Ce charbon, qu’on « nomme cJocl-coal, est destiné pour les forges de fer. La couche inférieure K est un charbon très -compacte, et souvent pierreux près du mur; il se « consomme dans le pays..,.

« Les mines de charbon de Kinneil, près de la ville de Bousron-Sloness en « Écosse, sont au bord de la mer. La disposition de leurs couches et la qua- « lité du charbon sont à peu près les mêmes qu’à Carron.

« Les environs d’Édimbourg ont aussi plusieurs mines de charbon.... Il y « en a une à trois ou quatre milles du côté du sud, où il y a deux veines « parallèles, d’environ quarante à cinquante degrés d’inclinaison du côté du « midi; ce qui est tout à fait contraire à l’inclinaison des couches du rocher « qu’on voit au jour et dans la mer à deux ou trois milles plus loin : ces « couches sont inclinées au nord-ouest, 11 en est de même des mines de « charbon qu’on exploite un peu plus loin; elles ont beaucoup de rapport « avec celles de Newcastle. La qualité des rochers qui composent les couches « est la même, mais le charbon est moins bon qu’à Newcastle pour la forge, « parce qu’il est moins bitumineux ; il est meilleur pour les appartements®, »

ü. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 265 et suiv.

DU CHARBON DE TERRE

En Irlande, le charbon provenant de la mine de Castle-Comber, village à soixante milles sud-ouest de Dublin , brCile dès le premier instant qu’on le met au feu sans faire la moindre fumée. Seulement on voit une flamme bleue fortement empreinte de soufre , qui paraît constamment au-dessus du feu

Une autre raine est celle d’Ydof, province de Leinster, et c’est la première qu’on ait découverte en Irlande; elle est si abondante qu’elle fournit toutes les provinces voisines. Son charbon est très-pesant, produit le même elFet que le charbon de bois, et dure au feu bien plus longtemps \

« Dans le pays de Liège, dit M. Jars, la Meuse, qui traverse cette ville, « met une grande différence dans la disposition des veines de charbon... « Elles commencent à une lieue au levant de la ville, et s’étendent jusqu’à « deux lieues au delà du côté du couchant. On trouve à moitié chemin de « cette distance les plus fortes exploitations... La suite des veines va plus « loin du côté du couchant : la raison est que, par un dérangement total «dans leur disposition, elles sont interrompues à une lieue et demie de « Liège , mais elles reprennent ensuite dans une disposition presque per- « pendiculaire, pour continuer de la même manière pendant plusieurs « lieues. Au nord de la ville , et au midi de l’autre côté de la Meuse , les « veines se prolongent au plus à une demi-lieue; mais toujours dans la « direction de l’est à l’ouest... Il y a apparence que ce sont les mêmes cou- « ches, quoique leur inclinaison change de distance en distance, tantôt « au midi, tantôt au nord. En général tous les lits de charbon et le rocher « sont très-irréguliers dans cette partie '»

a. Description des Mines de charbon de Castle-Comber; Journal étranger, mois de décembre 1758.

b. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 116.

c. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 28 et 288. — « On a fait, dit le même auteur, « une observation remarquable dans le pays de Liège ; elle est assez générale lorsqu’il ne se « rencontre aucun obstacle : toute couche de charbon qui paraît à la surface de la terre , au « midi, s’enfonce du côté du nord, et va jusqu’à une certaine profondeur en formant un plan « incliné, devient ensuite presque horizontale pendant une certaine distance, pour remonter du « côté du nord par un second plan incliné jusqu’à la surface de la terre, et cela dans un éloigne- « ment de son autre sortie, proportionné à son inclinaison et à sa profondeur.

« Nous avons vérifié cette singulière observation près Saint-Gilles, à trois quarts de lieue au « couchant de la ville de Liège : il y a plus, la première couche, qui est près du jour, forme « une infinité de plans inclinés qui viennent se réunir à un même centre, de sorte qu’on peut « voir tout autour les endroits où elle vient sortir à la surface de la terre : les couches inféa rieures suivent la même loi; mais, par rapport à l’étendue qu’elles prennent en plongeant, on « n’aperçoit que deux plans inclinés, qui sont très-sensibles; par exemple, en visitant les mines « du Verbois, qui sont un peu plus au nord-ouest de Liège que celles de Saint-Gilles, nous « avons observé que les couches dirigées de l’est à l’ouest sont inclinées du côté du midi, tandis « que celles qu’on exploite à Saint-Gilles, qui ont la même direction, s’inclinent du côté du « nord. L’expérience a prouvé à tous les houilleurs de ce pays que, dans l’un et l’autre endroit , « on exploitait les mêmes couches, formant, comme nous l’avons dit, deux plans inclinés; mais, « entre Saint-Gilles et le Verbois, U y a un vallon qui a la même direction que les couches, et « même inclinaison de chaque côté On exploite à une des portes de la ville, au nord de la

DU CHARBON DE TERRE

Ce pays de Liège est peut-être de toute l’Europe la contrée la mieux fournie de charbon de terre; c’est du moins celle où l’on a le plus anciennement exploité ces mines, et où on les a fouillées le plus profondément. Nous avons dit que leur direction générale et commune est du levant au couchant : les veines du charbon n’y sont jamais exactement en ligne droite, elles s’élèvent et s’abaissent alternativement suivant la pente du terrain qui leur sert d’assise; ces veines passent par-dessous les rivières, et vont en s’abaissant vers la mer; les veines que l’on fouille d’un côté d’une rivière ou d’une montagne répondent exactement à celles de l’autre côté ; les mêmes couches de terre, les mêmes bancs de pierre, accompagnent les unes et les autres; le charbon s’y trouve partout de la même espèce. Ce fait a

« Meuse, les mêmes couches, mais inférieures, qui prennent leur inclinaison du côté du midi « sous la ville, en se rapprochant de la rivière ; et il est très-douteux que daus cet endroit elles « se relèvent pour sortir au jour : cela n’est pas probable, mais plutôt de l’autre côté de la « Meuse.... On compte du côté du nord plus de quarante couches de charbon , séparées les unes « des autres par de petits rochers d’une épaisseur depuis cinq jusqu’à dix-sept toises, sans pou- « voir faire mention de celles qu’on ne connaît pas, et qui peut-être sont encore plus bas. « Ces couches ne sont pas dans la même mine : il n’y en a point d’assez profondes pour cela; « mais la même chose s’observe dans différentes exploitations; car il est des mines qui, étant « beaucoup inférieures à d’autres, ou éloignées des endroits où sortent au jour les veines supé- « rieures, ne peuvent rencontrer que celles qui sont au-dessous de ces premières : ces couches « n’ont qu’une moyenne épaisseur, c’est-à-dire de trois à quatre pieds; on n’en a vu qu’une de « six pieds

« Les couches de charbon qui sont séparées des précédentes par la Meuse sont bien différentes « des premières; avec leur direction de l’est à l’ouest, elles sont presque perpeudiculaires, ou « du moins approchant plu s de la ligne perpendiculaire que de l’horizontale : lorsqu’elles s’in- « clinent, c’est au nord ou au midi; mais ce qu’elles ont de particulier, c’est qu’on nous a « assuré qu’elles imitaient les premières dans leur marche, c’est-à-dire qu’elles s’enfoncent en « terre d’un côté, pour venir ressortir de l’autre, mais avec une irrégularité très-singulière : « par exemple, une telle couehe ou veine descend à peu près perpendiculairement jusqu’à « trente toises de profondeur ; là elle prend une inclinaison de quarante degrés pendant une « distance de vingt toises, reprend ensuite la ligne perpendiculaire, et puis remonte enfin, fait « des sauts en s’enfonçant par des angles plus ou moins grands, et forme ainsi des plans « inclinés de toute espèce ; d’autres entrent dans la terre par une ligne perpendiculaire, pren- « nent au fond une position presque horizontale, et remontent d’un autre côté au jour par une « ligne oblique. Toutes les couches du même district, étant toujours parallèles, observent k « même loi, et par conséquent les mêmes sauts.

« On désigne les couches par des noms relatifs à leur position ; on les divise en deux espèces a principales ; celles qui font un angle avec la ligne horizontale, depuis zéro jusqu’à quarante- « cinq degrés, sont appelées veines et pendage de plature, et celles qui font un angle avec la a même ligne, depuis quarante-cinq degrés jusqu’à quatre-vingt-dix, veines à pendage de « roisse : on les subdivise ensuite en demi-plalure , demi-roisse , quart de plature , quart de « roisse.

« Les unes et les autres sont sujettes à un grand dérangement dans leur pente ou inclinai- « son; on rencontre souvent des bancs de pierre de quinze à vingt toises d’épaisseur, lesquels « coupent depuis la superficie de la terre jusqu’au plus profond où l’on ait été jusqu’à présent, « non-seulement toutes les couches ou veines de charbon, mais aussi tous les lits de rochers « qui se trouvent entre elles ; de façon que, lorsqu’on a traversé un de ces bancs, on retrouve « de l’autre côté les mêmes lits et couches correspondantes, qui ne sont plus sur une même « ligne horizontale, mais plus hautes ou plus basses : on nomme ces bancs de pierre failles.

« C’est ordinairement une pierre sablonneuse, espèce de grès, quelquefois moins dur que

DU CHARBON DE TERRE

été vérifié plusieurs fois par des sondes qui ont fait reconnaître les mêmes terres et les mêmes bancs jusqu’à quatre cents pieds de profondeur

A une lieue et demie à l’est d’Aix-la-Chapelle, il y a plusieurs mines de charbon : pour parvenir aux veines, l’on traverse une espèce de grès fort dur que l’on ne peut percer qu’avec la poudre j ce grès est par lits dans la même direction et inclinaison que la veine de charbon , mais il est tout rempli de fentes ou de joints, de façon qu’il se sépare en morceaux. Audessous du grès, on trouve une terre noire très-dure de plusieurs pieds d’épaisseur J elle sert de toit au charbon , le mur est de la même espèce de terre dure; l’une et l’autre paraissent contenir des empreintes de plantes; exposée à l’air, cette terre s’effleurit et s’attendrit.

Ce charbon contient très-peu de bitume : il est très-pyriteux , et par conséquent nullement propre à l’usage des forges; mais il est bon pour les appartements ^

En Allemagne, il y a plusieurs endroits où l’on trouve des mines de charbon : celles de Zwichaw consistent en deux couches de quatre, cinq,

« celui qui compose les lits de rochers : on évite de s’en approcher en exploitant une couche « de charbon; Us fournissent assez souvent beaucoup d’eau, soit parce qu’ils sont poreux, « soit aussi parce que toutes les couches supérieures venant s’y terminer laissent du cours à « Teau qu’elles renferment contre leurs parois. On trouve aussi quelquefois dans ces bancs de « rochers des rognons de charbon, et même des sacs qui ont quelquefois vingt et trente pieds « d’étendue, entourés par le rocher

« Tous les rochers qui composent les terrains aux environs de Liège sont une espèce de grès

« très-dur et très-compacte, qui est placé par couches comme le charbon, et qui les divise Il

« en est un autre à grains très-fins, qui paraît être un mélange de sable mêlé de mica blanc et « lié par une terre argileuse très-fine ; celui-ci se décompose facilement à l’air, par feuillets « comme un schiste.... Celui qui est plus près du charbon que les précédents est d’une couleur « noirâtre, quelquefois un peu rougeâtre ; il parait être composé de sable très-fin, réuni par un « limon avec lequel il forme un corps dur, mais il s’attendrit et se décompose à l’air : il s’at- « tache â la langue comme la terre à foulon

« Le charbon est encore divisé, soit au toit , soit au mur du rocher, par une terre noire schis- « teuse dure; elle se décompose aisément à Tair, et ses lits, lorsqu’on les sépare, présentent des « empreintes de plantes.

« Les rochers sont partout à peu près les mêmes, et répétés autant de fois qn’il y a de cou- « ches de charbon.

« Le charbon est d’abord plus ou moins bitumineux, c’est ce qu on appelle houille grasse ou

« houille maigre : lorsqu’elle ne contient que très-peu de bitume, on la nomme clute Celle

« du milieu perd de sa qualité à Tair et s’y décompose en partie Il y en a d’autres qui, avec

« les mêmes qualités, sont très-pierreuses Malgré les puits établis pour la circulation de

« Tair, le feu ne laisse pas de prendre quelquefois aux mouffettes et de faire de fort grands « ravages. » Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 288 jusqu’à 297.

a. Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 64 et suiv.

b. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pages 306 et 307. — Nota. « Je crois que M. Jars « et le docteur Méad, que nous avons cités ci-devant, peuvent avoir raison : le charbon très- « bitumineux est le plus désagréable dans les appartements par la fumée noire et épaisse qu’il « répand; le pyriteux est plus supportable, en ce qu’il ne donne qu’une odeur d’acide sulfu- « reux qui n’est point malsaine, et que le courant de la cheminée emporte d’autant plus faci- « lement que cette vapeur et très-volatile : si Ton sépare à Liège les pyrites du charbon, c’est « que leur combustion détruit les grilles de fer, et que chaque particulier peut faire ce triage « chez lui sans aucun frais. » Note communiquée par M. le Camus de Limare

DU CHARBON DE TERRE

six pieds d’épaisseur, qui ne sont séparées l’une de l’autre que par une couche mince d’argile j leur profondeur n’est qu’à environ trois toises au-dessous de la surface du terrain ; la veine de dessous est meilleure que celle de dessus; elles ont vingt-cinq ou trente degrés d’inclinaison®. Il s’en trouve aux environs de Marienbourg en Misnie; dans plusieurs endroits du duché de Magdehourg; dans la principauté d’Anhalt , àBernbourg; dans le cercle du Haut-Rhin, à Aï près Cassel ; dans le duché de Meckelbourg , à Plauen; en Bohême, aux environs de Tœplitz; dans le comté de Glatz, à Hansdorf; en Silésie, à Gablan, Rottenbach et Gottsberg; dans le duché de Schweidnitz, à Reichenstein ; dans le Haut-Palatinat, près de Sultzbach; dans le Bas-Palatinat, à Bazharach, etc.\ Il y a, dit M. Ferber, des mines de charbon fossile à Votschberg, à cinq ou six lieues de Feistritz, et de meilleures encore à Luim, à dix milles de Votschberg dans la Styrie supérieure C A quatre lieues de la ville de Rhène, à une demi-lieue du village (ÏYpenbure, sur la route d’Osnabruck, on trouve des mines de charbon qu’on emploie à l’usage des salines. En sortant d’Ypenbure, on passe une montagne au nord de laquelle est un vallon , et ensuite une autre montagne où l’on exploite les mines de charbon. A deux lieues plus loin, il y a d’autres raines qui sont environnées des mêmes rochers; on prétend que c’est la même couche de charbon qui s’y prolonge. Comme jusqu’à présent on n’a exploité qu’une couche de charbon, on conjecture que c’est la même qui règne dans tout le pays : on l’exploite dans cette mine à deux cents pieds de profondeur perpendiculaire; elle a une pente inclinée du couchant au levant, qui est à peu près celle de la montagne. La veine a communément deux pieds et demi d’épaisseur en charbon qui paraît être de très-bonne qualité, quoiqu’il y ait quelques morceaux dans lesquels on aperçoive des lames de pyrites; cette veine est précédée d’une couche de terre noire; et cette couche, entremêlée de quelques petits morceaux de charbon, a un pied et demi, deux et trois pieds d’épaisseur. Le toit qui recouvre la veine est un lit de six, huit, dix pouces d’épaisseur de graviers réunis en pierre assez dure , au-dessus duquel est le grès disposé par bancs

On trouve aux environs de Véline, petite ville des Etats du roi de Prusse , plusieurs mines de charbon; elles sont situées sur le plateau d’une colline fort étendue; elles sont au nombre de plus de vingt actuellement en exploitation : une de ces mines qui a été visitée par M. Jars, et qui est à trois quarts de lieue de Yétine, a trente-neuf toises de profondeur , savoir, vingtsix toises depuis la surface de la terre jusqu’à la première veine de charbon , onze toises depuis cette première jusqu’à la seconde, et deux toises depuis

a. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 3üG et 307.

h. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. IIG.

c. Lettres sur la Minéralogie ; Strasbourg, 1776, in-8'>, p. 7.

d. Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 312 et 313.

DU CHARBON DE TERRE

la seconde jusqu’à la troisième, ce qui varie néanmoins très-souvent par les dérangements que les veines éprouvent dans leur inclinaison, et qui les rapprochent plus ou moins , surtout les inférieures, qui sont quelquefois immédiatement l’une sur l’autre.

La première couche a jusqu’à huit pieds d’épaisseur; la seconde deux pieds et demi ; la troisième un pied et demi ou deux pieds : on traverse plusieurs bancs de rochers pour parvenir au charbon, surtout un rocher rouge qui paraît être une terre sablonneuse durcie, mêlée de mica blanc; un rocher blanchâtre, semé aussi de mica blanc, se trouve plus près des veines' et les sépare entre elles; ce rocher y forme des creins qui quelquefois les coupent presque entièrement. Le rocher qui sert de toit au charbon est bleuâtre; c’est une espèce d’argile durcie, qui contient des empreintes de plantes, surtout de fougères. Celui du mur est sablonneux, d’un blanc noirâtre. Ces rochers s’attendrissent à l’air et s’y effleurissent. Les veines ont leur direction sud-est, nord-ouest, et leur pente du côté du midi. Le charbon est un peu pyriteux, mais paraît être d’assez bonne qualité. Dans la première veine, on remarque un lit de quelques pouces d’épaisseur qui suit toujours le charbon, et qui divise la veine en deux parties : c’est un charbon très-pierreux.

A Dielau, la plus grande profondeur de la mine que l’on exploite est à quarante toises. Le charbon se trouve dans un filon tantôt incliné, tantôt presque perpendiculaire, et qui est coupé et détourné quelquefois par des creins. Le rocher dans lequel ce filon se trouve est semblable à celui de Vétine.

A Gibienstein, situé à une demi-lieue de la ville de Halle en Saxe, on a trouvé une veine de charbon qui paraissait au jour et qui a plusieurs pieds d’épaisseur; on n’a point encore reconnu son inclinaison ni sa direction. Le charbon qu’on en tire est peu bitumineux, et mêlé avec beaucoup de pyrites; il ressemble fort à celui de Lay en Bourbonnais M. Hoffmann dit que cette mine s’étend bien loin sous une grande partie de la ville et du faubourg, ensuite dans les campagnes vers le midi jusqu’au bourg de Lieben, où on la rencontre souvent en faisant des puits, de même qu’à Dielau à une lieue et demie de Halle. Sa texture est semblable à celle d’un amas de morceaux de bois en copeaux

En Espagne, il y a des mines de charbon de terre dans plusieurs provinces, et particulièrement en Galice, aux Asturies, dans le royaume de Léon et aussi dans la Basse-Andalousie près de Séville, dans la Nouvelle- Castille, et même auprès de Madrid M. le Camus de Limare, l’un de nos

a. Voyages métallurgiques, par M. Jars, p. 314 jusqu’à 320.

b. Oryctographia Halensis. Hoffmaan. oper. supplem. pars 2; Geaevæ, p. 13, cité par M. Morand, p. 448.

c. Dm Charbon de terre, etc., par M. Morand, p. 448.

DU CHARBON DE TERRE

plus habiles minéralogistes, a fait ouvrir le premier cette mine de charbon près de Madrid, et il a eu la bonté de me communiquer la notice que je joins ici

En Savoie, on trouve une espèce de charbon de terre d’assez mauvaise qualité, et le principal usage qu’on en fait est pour évaporer les eaux des sources salées De toute la Suisse, le canton de Berne est le plus riche en mines de charbon : il s’en trouve aussi dans le canton de Zurich, dans le pays de Yaud aux environs de Lausanne, mais la plupart de ces charbons sont d’assez médiocre qualité ®,

En Italie , dont la plus grande partie a été ravagée par le feu des volcans, on trouve moins de charbon de terre qu’en Angleterre et en France. M. Tozzetti a donné de très-bonnes observations ^ sur les bois fossiles de

a. « La mine de charbon qu’on exploite dans la basse Andalousie est située à six lieues au « nord de Séville, dans le territoire du bourg de Villanueva-del-Rio, sur le bord de la rivière « de Guezna, qui se jette dans le Guadalquivir : la veine a sa direction du levant au couchant, « et son inclinaison de soixante-cinq à soixante-dix degrés au nord; son épaisseur varie depuis « trois pieds jusqu’à quatre pieds et demi : elle fournit de très-bon charbon, quand on sait le « séparer des nerfs et des parties terreuses dont les veines sont toujours entremêlées; mais « comme les concessionnaires actuels la font exploiter par des paysans, et qu’on met en vente « indistinctement le bon et le mauvais charbon, la qualité en est décriée, le débit médiocre, et « l’on préfère à Séville et à Cadix le charbon qu’on tire de Marseille et d’Angleterre, quoique « le double plus cher.

« Quant à celle qu’on a découverte près de Madrid, à six lieues au nord, au pied de la chaîne « des montagnes de l’Escurial, sur le bord de la rivière de Mançanarez, qui passe à Madrid, « c’est moi qui y ai fait la première tentative en 1763, au moyen d’un puits de soixante-dix « pieds de profondeur et d’une traverse; j’avais reconnu plusieurs veines dont la plus forte « avait six pouces d’épaisseur, toutes d’un bitume desséché, assez dur, mais terne et brûlant « faiblement : leur direction est aussi du levant au couchant, avec une pente d’un pied par « toise au nord-ouest; on a depuis continué ce travail, mais on n’y a pas encore trouvé de « vrai charbon. » Note communiquée par M. le Camus de Limare.

b. « Le charbon qu’on tire en Savoie, près de Moutier en Tarentaise, n’est qu’un charbon « terreux ou terre-houille un peu bitumineuse : on l’emploie cependant avec du bois sous les « chaudières des salines du roi; mais la chaleur que donne ce charbon est si faible, que si Ton « continue à s’en servir, ce n’est que pour diminuer la consommation des forêts voisines, qui « s’appauvrissent de plus en plus. » Note communiquée par M. le Camus de Limare.

c. « Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 451 .

d. Il dit que ces bois fossiles sont semblables à de gros troncs d’arbres qui ne forment point une couche continue comme les autres matières des collines où ils se trouvent, mais qu’ils sont ordinairement séparés les uns des autres, souvent deux ensemble et toujours d’une nature différente de celle du terrain où ils sont ensevelis : ils sont d’une couleur e.xtrèmement noire, avec autant de lustre que le charbon artificiel ; mais ils sont plus denses et plus lourds, surtout lorsqu’on ne fait que les tirer de la terre; car à la longue ils perdent leur humidité et deviennent moins pesants, quoiqu’ils aillent toujours au fond de Teau ; il est constant que dans leur origine ces charbons étaient des troncs d’arbres ; on ne peut manquer de s’en convaincre en les voyant dans la terre même ; la plupart conservent leurs racines et sont revêtus d’une écorce épaisse et rude; ils ont des nœuds, des branches, etc. ; on y voit les cercles concentriques et les fibres longitudinales du bois. Les mêmes choses se remarquent dans les charbons du val A’ Asno di sopra et du val de Cecina : ceux-ci sont seulement plus onctueux que les autres, et même le bitume dont ils sont imbibés s’est trouvé quelquefois en si grande abondance qu’ils en ont regorgé; cette matière s’est fait jour à travers les troncs, a passé dans les racines et dans tous les vides de l’arbre, et y a formé une incrustation singulière qui imite la

DU CHARBON DE TERRE

Saint-Cerbone et de Sfrido : j’ai cru devoir en faire l’extrait dans la note ci-jointe, parce que les faits qu’il rapporte sont autant de preuves du changement des matières végétales en véritable charbon, et de la différence des formes que prend le bitume en se durcissant; mais le récit de ce savant observateur me paraît plutôt prouver que le bitume s’est formé dans l’arbre même, et a été ensuite comme extravasé, et non pas qu’un bitume étranger soit venu, comme il le croit, pénétrer ces troncs d’arbres, et former ensuite à leur surface de petites protubérances : ce qui me confirme dans cette opi-

forme des pierreries ; elle compose des couctes, de Tépaisseur d’une ligne au plus, partagées en petites écueUes rondes, aussi serrées l’une contre l’autre que le peuvent être des cercles : ces petites écueHes sont toutes de la même grandeur dans la même couche, et laissent apercevoir une cavité reluisante, unie, hémisphérique, qui se rétrécit par le fond, devient circulaire, ensuite cylindrique, et se termine en plan ; chacune de ces cavités est entièrement pleine d’un suc bitumineux, consolidé comme le reste du charbon fossile : ce suc, par la partie qui déborde la cavité, est aplani; le reste prend la forme des parois qui le renferment, sans y être néanmoins attaché qu’au fond, où il finit en plan ; ce qui forme un petit corps qu’on peut détacher avec peu de force, comme avec la pointe d’une épingle dont on toucherait le bord : on le verrait sortir et montrer la figure hémisphérique en petits cylindres.

Dans le charbon qu’on tire promptement de la terre, les surfaces extérieures de ces petits corps multipliés, étant aplanies et contiguës les unes aux autres, forment une croûte aplanie aussi d’un bout à l’autre ; mais à mesure que le charbon se dessèche, cette croûte parait pleine de petites fentes occasionnées par le retirement de ces corps et par leur séparation mutuelle : les couches aplanies, formées par les pierreries, sont irrégulières et éparses çà et là sur le tronc du charbon fossile; elles sont, outre cela, doubles, c’est-à-dire que l’une incruste une face, l’autre une autre; et elles se rencontrent réciproquement avec les surfaces des corpuscules renfermés dans les petites écuelles. Précisément dans l’endroit où ces deux couches se rencontrent, la masse du charbon fossile reste sans liaison et comme coupée ; de là vient que ces grands troncs se rompent si facilement et se subdivisent en massifs de diverses figures et de diverses grosseurs : ces subdivisions, si aisées à faire, sont cause que dans les endroits où le charbon fossile se transporte on a de la peine à comprendre que les morceaux qu’on en voit soient des portions d’un grand tronc d’arbre, comme on le reconnaît aisément dans les lieux où il se trouve.

On y voit encore plusieurs masses bitumineuses incrustrées de pierreries, mais détachées entièrement de l’arbre. M. Tozzetti soupçonne que dans leur origine elles faisaient portion d’un tronc de charbon fossile, anciennement rompu, qui était resté enseveli dans la terre. Notre physicien ne serait pas non plus éloigné de croire que ce fût du bitume qui, n’ayant pas trouvé une matière végétale pour s’y attacher, se serait coagulé lui-même; il est certain qu’en rompant quelques-unes de ces coagulations détachées on n’y découvre point les fibres longitudinales du bois, qui en sont les marques distinctives, mais on y voit seulement un amas prodigieux de globules rangés par ordre, et semblables à des rayons qui partent d’un centre et qui aboutissent à une circonférence : il faut ajouter qu’à la surface de ces coagulations les corpuscules qui remplissent les petites écuelles sont moins écrasés par dehors que ceux des couches formées sur les troncs des charbons fossiles, ce qui ferait croire que, dans le premier cas, ils ont eu la liberté de s’étendre autant qu’ils pouvaient, sans trouver de résistance dans des corpuscules contigus : ce n’est pas tout, M. Tozzetti trouve encore une preuve de coagulation de bitume pur dans une autre masse toute pleine de globules, et dans laquelle il ne découvre pas la moindre trace de plante.

Telle est la nature de ces charbons fossiles ; l’auteur y joint leur usage : ils ont de la peine à s’allumer, mais lorsqu’ils le sont une fois, ils produisent un feu extrêmement vif, et restent longtemps sans se consumer ; d’ailleurs, ils répandent une odeur désagrérable qui porte à la tète et aux poumons, précisément comme le charbon d’Angleterre, et la cendre qui en résulte est de couleur de safran. Journal étranger, mois d’août 1755, p. 97 jusqu’à 103,

DU CHARBON DE TERRE

iiion , c’est l’expérience que j’ai faite ® sur un gros morceau de cœur de chêne que j’ai tenu pendant près de douze ans dans l’eau pour reconnaître jusqu’à quel point il pouvait s’imbiber d’eau; j’ai vu se former au bout de quelques mois, et plus encore après quelques années, une substance grasse et tenace à la surface de ce bloc de bois; ce n’était que son buile qui commençait à se bituminiser. On essuyait à chaque fois ce bloc pour avoir son poids au juste; sans cela l’on aurait vu le bitume se former en petites protubérances dans celte substance grasse , comme M. Tozzetti l’a observé sur les troncs d’arbres de Saint-Cerbone.

On voit, dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm, qu’il y a des mines de charbon en Suède, surtout dans la Scanie ou Gothie méridionale. Dans celles qui sont voisines de Bosrup, les couches supérieures laissent apercevoir sensiblement un tissu ligneux, et on y trouve une terre d’ombre* mêlée avec le charbon ; il y a dans la Westrogothie une mine d’alun où l’on trouve du charbon, dont M. Morand a vu quelques morceaux qui présentaient un reste de nature ligneuse, au point que dans quelques-uns on croit reconnaître le tissu du hêtre

Dans un discours très-intéressant sur les productions de la Russie, l’auteur donne les indications des mines de charbon de terre qui se trouvent dans cette contrée

En Sibérie, à quelque distance de la petite rivière Selowa, qui tombe dans le fleuve Lena, on trouve une mine de charbon de terre : elle est située vis-à-vis d’une île appelée Beresowi ; elle s’étend horizontalement fort loin, et son épaisseur est de dix à onze pouces; le charbon n’est pas d’une bonne

a. Voyez tome IX.

h. Cette terre bituraiueuse appelée quelquefois momie-végétale est tantôt solide, tantôt friable, et se trouve en beaucoup d’endroits; il s’en rencontre derrière les bains de Freyenwald dans un endroit nommé le Trou-Noir.

c. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 89.

d. Nous avons des charbons de terre en plusieurs endroits; on en trouve auprès de l’Argoun, à Tscatboutschinskaya et auprès de la Chilka, à dix. werstes au-dessus de la forge de Chilka, dans le district de Nertschink; auprès de l’Angara, au-dessous d’Irkoutsk et auprès du Kitoï, à quinze werstes avant qu’il se jette dans l’Angara, au-dessous d’Irkoutsk et auprès de Kitoï, à quinze werstes avant qu’il se jette dans l’Angara, près de Kitoïs-Koïslanitz; dans le voisinage du Jéniséï et d’Abakanskoi-ostrog, près du fleuve d’Abakan, dans la montagne Isik; de même à dix werstes de Krasnoyarsk, près du Jésinéï; à Krontoï-logb; à Koltscbedanskoi-ostrog, près du fleuve d’Iset; auprès du fleuve de Belaya, à cinq werstes du village de Konsetkonlova ; à Kizyliak, dans le district d’Ousa; auprès du fleuve de Syryansk, dans le village du même nom; dans le district de Koungour, à la droite du Volga; à Gorodiztscbe, à vingt werstes au-dessus de Sinbirsk, et en plusieurs endroits à deux cents werstes au-dessous de cette ville, principalement entre Kaspour et Boghayarlenskoye, monastère auprès du fleuve de Toretz; à Balka, Skalewayace ; et auprès du fleuve de Belayalongban, dans le district de Baghmont ; à Niask, dans le gouvernement de Varonege; auprès de Lokka, dans le voisinage de Katonga; enfin à Krestzkoiyam, anprès du fleuve de Kresnetscha, et auprès du petit fleuve de Kroubitza, qui se jette dans la Msta, dans la chaîne des montagnes de Valdai, etc. Discours sur les productions delà Russie, par M. Guldenstaed. Pétersbourg, 1776, p. 52.

DU CHARBON DE TERRE

qualité, car tant quMI est dans la terre, il est ferme, mais aussitôt qu’il est exposé à l’air il tombe par morceaux®.

A la Chine, le charbon de terre est aussi commun et aussi connu qu’en Europe, et de tout temps les Chinois en ont fait grand usage, parce que le bois leur manque presque partout, preuve évidente de l’ancienneté de leur nombreuse population ^ Il en est de même du Japon % et l’on pourrait assurer qu’il existe de même des charbons de terre dans toutes les antres parties de l’Asie. On en a trouvé à Sumatra, aux environs de Sillida <*5 on en connaît aussi quelques mines en Afrique et à Madagascar^

En Amérique, il y a des mines de charbon de terre comme dans les autres parties du monde. Celles du cap Breton sont horizontales, faciles à exploiter, et ne sont qu’à six ou huit pieds de profondeur: un feu, qu’il n’est pas possible d’étoutfer, a embrasé une de ces mines f, dont les trois principales sont situées, la première dans les terres de la baie de Moridiemée; la seconde dans celles de la bai&des Espagnols, et la troisième dans la petite île Bras-d’Or ; cette dernière a cela de particulier que son charbon contient de l’antimoine. Le toit de ces mines est, comme partout ailleurs, chargé d’empreintes de végétaux 3. Il y a aussi des mines de charbon à Saint-Domingue*, à Cumana, dans la Nouvelle-Andalousie * ; et l’on a trouvé, en 1768, une de ces mines dans l’île de la Providence, l’une des Lucaies, où le charbon est de bonne qualité. On en connaît d’autres au Canada dans les terres de Saquenai, vers le bord septentrional du fleuve Saint-Laurent, et dans celles de l’Acadie ou

a. Histoire générale des Voyages, tome XVIII, p. 303.

l. Oa ne connaît pas de pays aiissi riche qpie la Chine en mines de charbon : les montagnes, surtout celles des provinces de Chensi, de Ghami et de Pecheli, en renferment un grand nombre... Le charbon qui se brûle à Pékin et qui s'appelle moui vient de ces mêmes montagnes, à deux lieues de cette ville : depuis plus de quatre mille ans elles en fournissent à la ville et à la plus grande partie de la province, où les pauvres s’en servent pour échauffer leurs poêles. Sa couleur est noire; on le trouve entre les rochers en veines fort profondes: quelques-uns le broient, surtout parmi le peuple ; ils en mouillent la poudre et la mettent comme en pains. Ce charbon ne s’allume pas facilement, mais il donne beaucoup de chaleur et dure fort longtemps au feu; la vapeur en est quelquefois si désagréable qu’elle suffoquerait ceux qui s’endorment près des poêles, s’ils n’avaient pas la précaution de tenir près d’eux un bassin rempli d’eau, qui attire la fumée et qui en diminue beaucoup la puanteur. Ce charbon est à l’usage de tout le monde, sans distinction de rang, car le bois est d’une extrême rareté : on s’en sert de même dans les fournaises pour fondre le cuivre ; mais les ouvriers en fer trouvent qu’il rend ce métal trop dur. Histoire générale des Voyages, tome VI, p. 486.

c. Le charbon de terre ne manque pas au Japon: il sort en abondance de la province de Tikusen, des environs de Kuganissu et des provinces septentrionales. Histoire générale des Voyages, tome X, p. 653.

d. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 441.

e. Histoire générale des Voyages, tome VIII, p. 619.

f. Histoire politique et philosophique des deux Indes, tome VI, p. 138.

g. Histoire générale des Voyages, tome XII, p. 21 8.

h. Voyage de Coréal aux Indes occidentales ; Paris, 1722, tome' I, page 123.

Page 1