Du Charbon de terre, par M. Morand, p
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Nouvelle-Écosse; enfin on en a vu jusque dans les terres de la baie Disko sur la côte du Groenland
Ainsi l’on peut trouver dans tous les pays du monde , en fouillant les entrailles de la terre, cette matière combustible déjà très-nécessaire aujourd’hui dans les contrées dénuées de bois, et qui le deviendra bien davantage à mesure que le nombre des hommes augmentera, et que le globe qu’ils habitent se refroidira ; et non-seulement celte matière peut en tout et partout remplacer le bois pour les usages du feu, mais elle peut même devenir plus utile que le charbon de bois pour les arts, au moyen de quelques précautions et préparations dont il est bon de faire ici mention, parce qu’elles nous donneront encore des connaissances sur les différentes matières dont ces charbons sont composés ou mélangés.
A Liège et dans les environs, où l’usage du charbon est si ancien, on ne se sert pour le chauffage ordinaire, dans le plus grand nombre des maisons, que du menu charbon, c’est-à-dire des débris du charbon qui se tire en blocs et en masses; on sépare seulement de ces menus charbons les matières étrangères qui s’y trouvent mêlées en volume apparent, et surtout les pyrites qui pourraient faire explosion dans le feu; et pour augmenter la quantité et la durée du feu de ce charbon, on le mêle avec des terres grasses, limoneuses ou argileuses * des environs de la mine, et ensuite on en fait des
a. Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 442.
b. « L’action du feu sur le mélange de partie d’argile et de partie humide ne se fait, dit « M. Morand, qu’au fur et à mesure; ces dernières ne commencent à être attaquées que lorsque « la terre grasse perdant son humidité, s’échauffant et se desséchant peu à peu, communique « de proche en proche sa chaleur aux molécules de houille qu’elle enveloppe ; la graisse, l’huile « ou le bitume qui y est incorporé se cuit par degré, au point de s’étendre aussi de proche en « proche à ces molécules d’argile et de venir à la surface de la pelote, d’où elle découle quel- « quefois en pleurs ou en gouttes. La masse d’air subtil qui n’a pas un libre essor se dégage en « même temps, s’échappe peu à peu; les vapeurs sulfureuses, bitumineuses, odorifères ou (( même malfaisantes qu’on voudra y supposer, ne pouvant point se dissiper ensemble et « former un volume, s’en séparent et s’évaporent insensiblement. » — (Je ne puis me dispenser d’observer au savant auteur que son explication pèche en ce que les bitumes ne tiennent pas d’autre air subtil que de l’air inflammable. )
« Dans cette espèce de corollaire, on entrevoit deux propriétés distinctes qui appartiennent à « la façon donnée au charbon de terre : 1« une économie sur la matière même; 2“ une sorte de « correctif aux vapeurs de houille.
« Le premier effet résultant de cette impastation parait sensible, puisque le feu n’a point une « prise absolue snr le combustible soumis à son action; l’argile ajoutée au charbon arrête la « combustion, retient, tant qu’elle ne se consume pas, une portion de houille, de manière que cet « amalgame, en ne résistant point trop au feu, y résiste assez pour que la houille ne s’en sépare « point avant d’être consumée : la destruction du charbon par le feu est ralentie en consé- <( quence ; il s’en consomme nécessairement une moindre quantité dans un même espace de « temps que si le charbon recevait à nu l’action de la flamme... Les rédacteurs de l’Encyclo- « pédie ne font point difficulté d’avancer que ces pelotes donnent une chaleur plus durable et « plus ardente que celle du charbon de terre seul.
« Les Chinois ne trouvent pas seulement que leur moui, ou pelotes de houille, donne une « chaleur beaucoup plus forte'que le bois, et qui coûte infiniment moins, mais en outre ils « y trouvent l’avantage de ménager leur bois, et ils prétendent encore par cet apprêt se garantir « de l’incommodité de l’odeur.
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pelotes qu’on appelle des hochets, qui peuvent se conserver et s’accumuler sans s’effleurir, en sorte que chaque famille du peuple fait sa provision de hochets en été pour se chauffer en hiver
Mais l’usage du charbon de terre, sans mélange ni addition de terre étrangère, est encore plus commun que celui de ces masses mélangées, et c’est aussi ce que nous devons considérer plus particulièrement. Avec du charbon de terre en gros morceaux et de bonne qualité, le feu dure trois ou quatre fois plus longtemps qu’avec du charbon de bois ; si vingt livres de bois^ durent trois heures, vingt livres de charbon en dureront douze. En Languedoc, dit M. Yenel% les feux de bûches et de rondins de bois sec, dans les foyers ordinaires, coûtent plus du double que les pareils feux de houille faits sur les grilles ordinaires. Cet habile chimiste recommande de ne pas négliger les braises qui se détachent du charbon de terre en brûlant, car, en les remettant au feu, leur durée et leur effet correspondent au moins au quart du feu de houille neuve, et de plus ces braises ont l’avantage de ne point donner de fumée : les cendres même du charbon de terre peuvent
« Plusieurs physiciens sont du même sentiment. M. Zimmerman [Journal économique, « avril 1751) donne cette préparation comme un moyen de brûler le charbon de terre sans dés- « agrément et sans danger. M. Scheuchzer, dans son Voyage des A Ipes , pense de même : « l’opinion des commissaires nommés par l’Académie des Sciences est aussi positive sur ce « point. » Du Charbon de terre, par M. Morand, p. 1286.
a. Voyez, dans l’ouvrage de M. Morand, le détail des procédés pour la façon des hochets, page 355 et suiv. « Le feu de ces hochets est d’une fort longue durée, dit cet auteur; il se contt serve longtemps sans qu’on y touche : on ne le renouvelle que deux fois par jour, et trois fois « lorsqu’il fait un grand froid. A Valenciennes, on fait des briquettes dans un moule de fer en tt ovale, de cinq pouces et demi de long sur quatre pouces de large, mesure prise en dedans, tt L’argile que l’on emploie avec le charbon pour former ces briquettes est de deux sortes : « l’une, qui est très-commune dans les fosses, est le bleu marie ou marie à boulets, parce qu’on tt s’en sert pour faire les briquettes qu’on appelle boulets ; c’est une espèce d’argile calcaire qui (( tient à la langue et qui fait effervescence avec les acides. Une seconde terre, que Ton emploie « aussi dans les briquettes, se tire des bords de l’Escaut , où elle est déposée dans le temps des « grandes eaux : c’est un limon sableux, argileux, de couleur jaune obscure, et qui se manie tt comme une bonne argile. A Try, distant de Valenciennes d’une lieue, et à Monceau, qui est à « deux lieues de cette ville, on emploie au chauffage la houille d’Anzin; on fait entrer dans les tt briquettes de la marie qui se trouve dans ces deux endroits. Ces maries sont des terres argi- « leuses, calcaires, blanches comme de la craie, faisant effervescence avec les acides. Selon les « ouvriers, les briquettes faites avec la marie brûlent mieux que celles qui sont faites avec du M limon, et il ne faut qu’un dixième de marie et neuf parties de charbon... On délaie une tt mesure d’argile dansl’eau, de manière à en faire une bouillie claire et coulante, que l’on verse « au milieu d’un grand cercle de houille : si on met trop d’argile, les briquettes brûlent plus tt difficilement, et, si on en met en trop petite quantité, la houille ne peut faire corps avec « l’argile, et les briquettes n’ont point de solidité. La proportion ordinaire est d’une partie de « détrempe sur six de houille ; on mêle le tout ensemble de la même façon que l’on mêle le tt sable et la chaux pour faire du mortier : lorsque cette masse a pris la consistance d’une « matière un peu solide, l’ouvrier place à côté de lui un carreau de pierre, et fait avec une « palette ce que les Liégeois font avec leurs mains; et, à mesure qu’il fait les briquettes, il tt les arrange dans l'endroit où on veut les garder, de la même façon que l’on arrange les tt briques pour former une muraille. » Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 487 et suiv.
b. M. de La Ville, de l’Académie de Lyon, cité par M. Morand, page 1259.
c. Comparaison du feu de houille et du feu de bois, etc., partie R®, page 186.
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èlrè utilement employées. M. Kurela, cité par M. Morand, dit qu’en pétrissant ces cendres seules avec de l’eau, on en peut faire des gâteaux qui brûlent aussi bien que les pelotes ou briquettes neuves, et qui donnent une chaleur d’une aussi longue durée.
I On prendrait, au premier coup d’œil, la braise du charbon de terre pour de la braise de charbon de bois brûlé , mais il faut pour cela qu’il ait subi une combustion presque entière j car s’il n’éprouve qu’une demi-combustion pour la préparation qui le réduit en coaJc' , il ressemble alors au charbon de bois qui n’a brûlé de même qu’cà demi. « Cette opération, dit très-bien « M. Jars, est à peu près la même que celle pour convertir le bois en « charbon ®. »
M. Jars donne, dans un autre Mémoire, la manière dont on fait les cinders à Newcastle **, dans des fourneaux construits pour cette opération, et dont
а. Elle consiste à former en rond sur le terrain une couche de charbon cru, de douze à quinze pieds de diamètre, autour duquel il y a toujours un mélange de poussière de charbon et de cendres, des opérations qui ont précédé.
Cette couche circulaire est arrangée de façon qu’elle n’a pas plus de sept à huit pouces d’épaisseur à ses extrémités, et un pied et demi au plus d’épaisseur dans son milieu ou centre : c’est là qu’on place quelques charbons allumés, qui, en peu de temps, portent le feu dans toute la charbonnière. Un ouvrier veille à cet embrasement, et avec une pelle de fer prend de la poussière qui est autour, et jette dans les parties où le feu est trop ardent la quantité suffisante pour empêcher que le charbon se consume, et point assez pour éteindre la flamme qui s’étend sur toute la surface... Le charbon réduit en coak est beaucoup plus léger qu’il n’était avant d’être grillé, il est aussi moins noir; cependant il l’ætplus que les coaks appelés cinders; il ne se colle point en brûlant. Voyages métallurgiques, par M. Jars, troisième Mémoire, page 273.
Pour former des coaks, on fait une place ronde d’environ dix ou douze pieds de diamètre, que l’on remplit avec de gros charbon, rangé de façon que l’air puisse circuler dans le tas, dont la forme est celle d’un cône d’environ cinq pieds de hauteur depuis le sommet jusqu’à sa base. Le charbon ainsi rangé, on en place quelques-uns allumés dans la partie supérieure, après quoi on couvre le tout avec de la paille, sur laquelle on met de la poussière de charbon qui se trouve tout autour, de façon qu’il y en ait au moins un bon pouce d’épaisseur sur toute la surface.
On a toujours plusieurs de ces fourneaujc allumés à la fois; deux ouvriers dirigent toute l’opération, l’un pendant le jour, l’autre pendant la nuit ; ils doivent avoir attention d’examiner de quel côté vient le vent, et de boucher les ouvertures lorsqu’il s’en forme de nuisibles à l’opération, ce qui contribuerait à la destruction des coaks. Idem, page 236, douzième Mémoire.
б. Quand on a mis dans le four à griller la quantité de charbon nécessaire, on y met le feu avec un peu de bois ou avec du charbon déjà allumé... Mais, pour l’ordinaire, on introduit le charbon lorsque le fourneau est encore chaud et presque rouge ; ainsi il s’allume de lut-méme.
On ferme ensuite la porte, et l’on met de la terre dans les jointures, seulement pour boucher les plus grandes ouvertures qui proviennent de la dégradation de la maçonnerie, car il faut toujours laisser un passage à Tair, sans lequel le charbon ne pourrait brûler. L’ouverture qui est au-dessus du fourneau, et qu’on peut appeler cheminée, est destinée pour la sortie de la fumée, et par conséquent pour l’évaporation du bitume ; l’embouchure de cette cheminée n’est pas toujours également ouverte. La science de l’ouvrier consiste à ménager le courant de la lumée, sans quoi il risquerait de consumer les cinders à mesure qu’ils se forment : la règle
1. Coak ou coke • charbon qui résulte de la distillation de la houille. — « On se sert du « coke pour le chauffage domestique ; mais on l’emploie surtout pour le chauffage des locorao- « tives et la fonte des métaux. Dans la fabrication du fer, il remplace la houille, qui ne peut U être employée dans le travail des hauts-fourneaux, à cause de sa fusion facile et de la grande (( quantité de soufre qu’elle contient. » (Pelouze et Frémy.J
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il donne aussi la description. Enfin, dans un autre Mémoire, le même académicien expose très-bien les différents procédés de la cuisson du charbon de terre dans le Lyonnais, et l’usage qu’on en fait pour les mines de cuivre à Saint-Bel ®.
qu’on suit à cet égard, comme la plus sûre, est de n’ouvrir la cheminée qu’autant qu’il le faut pour que la fumée ne ressorte point par la porte ; pour cela , on a une grande brique que Ton pousse plus ou moins sur l’ouverture, à mesure que l’évaporation avance, et que, par conséquent, le volume de la fumée diminue ; à la fin, on bouche presque entièrement l’ouverture de la cheminée.
Cette opération dure trente à quarante heures; mais communément on ne retire les cinders qu’au bout de quarante-huit heures ; 1e charbon, réduit en cinders, forme dans le fourneau une couche d’une seule masse, remplie de fentes et de crevasses, disposées en rayons perpendiculaires au sol du fourneau, de toute l’épaisseur de la couche. On pourrait aussi les comparer à des briques placées de champ : quoique le tout fasse corps, il est aisé de le diviser pour le retirer du fourneau ; à cet effet , lorsque l’ouvrier a ouvert la porte, il met une barre de fer en travers devant l’ouverture, afin de supporter un rable de fer avec lequel il attire une certaine quantité de cinders hors du fourneau, sur lesquels un autre ouvrier jette un peu d’eau : ils prennent ensuite chacun une pelle de fer en forme de grille, afin que les cendres et les menus cinders puissent passer au travers ; ils éloignent ainsi de l’embouchure du fourneau les cinders, qui achèvent de s’éteindre par le seul contact de l’air.
Le fourneau n’est pas plus tôt vide qu’on y met de nouveau charbon nécessaire pour une seconde opération; et comme ce fourneau est encore très-chaud et même rouge, le charbon s’y enflamme aussitôt, et le procédé se conduit comme ci-devant.
On estime à un quart le déchet du charbon dans cette opération , c’est-à-dire le déchet du volume ; quant au poids, il est bien moindre.
Les cendres qu'on retire du fourneau sont passées à la claie, sur une claie de fer, pour en séparer les petits morceaux de cinders, lesquels sont vendus séparément. Voyages métallurgiques, par M. Jars, dixième Mémoire, page 209.
a. Après avoir formé un plan horizontal sur le terrain, on arrange le charbon, morceau par morceau, pour en composer une pile d’une forme à peu près semblable à celle que l’on donne aux allumèles pour faire du charbon de bois, et de la contenue d’environ cinquante à soixante quintaux : il est nécessaire de ne point donner aces charbonnières trop d’élévation, quoique dans le même diamètre; l’inconvénient serait encore plus grand, si on avait placé indifféremment le charbon de toute grosseur.
Une charbonnière construite de cette manière peut et doit avoir dix, douze et jusqu’à quinze pieds de diamètre, et deux pieds et demi au plus de hauteur dans le centre.
Au sommet de la charbonnière on ménage une ouverture d’environ six à huit pouces de profondeur, destinée à recevoir le feu qu’on y introduit avec quelques charbons allumés quand la pile est arrangée; alors on la recouvre, et on peut s’y prendre de diverses manières.
La meilleure et la plus prompte, c’est d’employer de la paille et de la terre franche qui ne soit pas trop sèche : toute la surface de la charbonnière se couvre de cette paille, mise assez serrée pour que l’épaisseur d’un bon pouce de terre et pas davantage, placé dessus, ne tombe pas entre les charbons, ce qui nuirait à l’action du feu.
On peut suppléer au défaut de paille par des feuilles sèches, lorsqu’on est dans le cas de s’en procurer : j’ai aussi essayé de me servir de gazon ou mottes, mais il n’en a pas résulté un bon effet.
Une autre méthode qui, attendu la cherté et la rareté de la paille, est mise en pratique aujourd’hui aux mines de Rive-de-Gier par les ouvriers que les intéressés aux mines de cuivre employaient à cette opération, avec un succès que j’ai éprouvé, est celle de recouvrir les charbonnières avec le charbon même ; cela se fait comme il suit :
L’arrangement de la charbonnière étant achevé, on en recouvre la partie inférieure depuis le sol du terrain jusqu’à la hauteur d’environ un pied avec du menu charbon cru, tel qu’il vient de la carrière et des déblais qui se font dans le choix du gros charbon ; le restant de la surface X. 18
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M. Gabriel Jars, de l’Académie de Lyon, et frère de l’académicien que je viens de citer, a publié un très-bon Mémoire sur la manière de préparer le charbon de terre, pour le substituer au charbon de bois dans les travaux métallurgiques, mise en usage depuis l'année 1769 dans les mines de Saint- Bel, dam lequel l’auteur dit, avec grande raison, que « le charbon de terre « est , comme tous les autres bitumes , composé de parties huileuses et « acides; que dans ces acides on distingue un acide sulfureux auquel il « croit que l’on peut attribuer principalement les déchets que l’on éprouve « lorsqu’on l’emploie dans la fonte des métaux : le soufre et les acides « dégagés par l’action du feu, dans la fusion, attaquent, rongent et détruisent « les parties métalliques qu’ils rencontrent; voilà les ennemis que l’on doit « chercher à détruire; mais la difficulté de l’opération consiste à détruire « ce principe rongeur , en conservant la plus grande quantité possible de « parties huileuses , phlogistiques et inflammables , qui seules opèrent la « fusion, et qui lui sont unies. C’est à quoi tend le procédé dont je vais « donner la méthode; on peut le nommer le désoufrage : après l’opération, « le charbon minéral n’est plus à l’œil qu’une matière sèche, spongieuse, « d’un gris noir qui a perdu de son poids et acquis du volume, qui s’allume « plus difficilement que le charbon cru, mais qui a une chaleur plus vive « et plus durable. »
M. Gabriel Jars donne ensuite une comparaison détaillée des effets et du produit du feu des coaks, et de celui du charbon de bois pour la fonte des
est recouvert avec tout ce qui s’est séparé en très-petits morceaux des coaks : par cette métliode on n’a pas besoin, comme pour les autres, de pratiquer des trous autour de la circonférence pour l’évaporation de la fumée ; les interstices qui se trouvent entre ces menus coaks y suppléent et font le même effet ; le feu agit également partout.
Lorsque la charbonnière est recouverte jusqu’au sommet, l’ouvrier apporte, comme il a été dit, quelques charbons allumés qu’il jette dans l’ouverture, et achève d’en remplir la capacité avec d’autres charbons; quand il juge que le feu a pris et que la charbonnière commence à fumer, il en recouvre le sommet, et conduit l’opération comme celle du charbon de bois, ayant soin d’empêcher que le feu ne passe par aucun endroit, pour que le charbon ne se consume pas; ainsi du reste jusqu’à ce qu’il ue fume plus, ou du moins que la fumée en sorte claire, signe constant de la fin du désoufrage : pour toute cette manœuvre, l’expérience des ouvriers est très-nécessaire.
Une telle charbonnière tient le feu quatre jours, et plusieurs heures de moins si l’on a recouvert avec de la paille et de la terre : lorsqu’il ne fume plus, on recouvre le tout avec de la poussière pour étouffer le feu, et on le laisse ainsi pendant douze ou quinze heures ; après ce temps, on retire les coaks, partie par partie, à l’aide des râteaux de fer, eu séparant le menu qui sert ' â couvrir d’autres charbonnières.
Lorsque les coaks sont refroidis, en les enferme dans un magasin bien sec : s’il s’y trouve quelques morceaux de charbon qui ne soient pas bien désoufrés, on les met à part pour les faire passer dans une nouvelle charbonnière ; on en a de cette manière plusieurs en feu, dont la manœuvre se succède.
Trois ouvriers ayant un emplacement assez grand peuvent préparer dans une semaine trois cent cinquante, jusqu’à quatre cents quintaux de coaks. Les charbons de Rive-de-Gier perdent en désoufrage à Saint-Bel trente-cinq pour cent, de manière que cent livres de charbon cru sont réduites à soixante-cinq livres de braises; ce fait a été vérifié plusieurs fois. Voyages métallurgiques, par M. Jars, quinzième Mémoire, p. 325.
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minerais de cuivre j il dit que les Anglais fondent la plupart des minerais de fer avec les coaks, dont ils obtiennent un fer coulé excellent qui se moule très-bien ; mais que jamais ils ne sont parvenus à en faire un bon fer forgé
Au reste, il y a des charbons qu’il serait peut-être plus avantageux de lessiver à l’eau, que de cuire au feu pour les réduire en coaks. M. de Grignon a proposé de se servir de cette méthode, et particulièrement pour le charbon d’Épinac; mais M. de Limare pense au contraire que le charbon d’Épinac, n’étant que pyriteux, ne doit pas être lessivé, et qu’il n’y a nul autre moyen de l’épurer que de le préparer en coak ; la lessive à l’eau ne pouvant servir que pour les charbons chargés d’alun , de vitriol ou d’autres sels qu’elle peut dissoudre, mais non pas pour ceux où il ne se trouve que peu ou point de ces sels dissolubles à l’eau.
Le charbon de Montcenis, quoique à peu de distance de celui d’Épinac, est d’une qualité différente : il faut l’employer au moment qu’il est tiré , sans quoi il fermente bientôt et perd sa qualité ; il demande à être désoufré ' par le moyen du feu, et l’on a nouvellement établi des fourneaux et des hangars pour cette opération.
Le charbon de Rive-de-Gier dans le Lyonnais est moins bitumineux, mais en même temps un peu pyriteux ; et en général il est plus compacte que
a. De quelque manière que le charbon de terre ait été torréfié, soit qu’il l’ait été à l’air libre, soit qu’il l’ait été dans des fosses comme à Newcastle, ou dans des fourneaux comme à Sultzbacb, l’expérience ne lui a encore été avantageuse que pour les ouvrages qui se jettent en moule : dans les grandes opérations métallnrgiques, ce charbon, si l’on veut suivre l’idée commune, n’est pas encore suffisamment désoufré ; les braises qu’il donne ne remplissent pas à beaucoup près le but qu’on se propose : le fer provenant des forges de Sultzbach, et qui, porté à la filière, se trouvait une fonte grise et fort douce, a été reconnu être le produit de plusieurs affinages; en total, la fonte du fer qu’on obtient avec leur feu a toujours deux défauts considérables : on convient d’abord généralement que la qualité du fer est avilie, qu’il est cassant et hors d’état de rendre beaucoup de service. Dans la quantité de métal fondu au feu de charbon de terre, cru ou converti en braises, il se trouve toujours un déchet considérable; dans une semaine on avait fondu à Lancashire, avec le seul charbon de bois, quinze ou seize tonnes de fer (la tonne pèse deux mille ) , et avec les houilles on n’en a eu que cinq ou six.
Cet inconvénient se remarque également pour toutes les autres espèces de mines : un fourneau de réverbère anglais, chauffé avec le bois de hêtre, même avec des fagots, fait rendre à la mine de plomb dix pour cent plus que lorsqu’on le chauffe avec le charbon de terre.
Depuis plus de quarante ans on a commencé à vouloir l’employer, mais inutilement, pour la mine de cuivre : il y a vingt-huit ans qu’on avait encore voulu essayer en France, dans le travail d’une mine de cuivre, d’introduire l’usage du charbon de terre, tant pour le grillage que pour la fonte du minéral; on le mettait sur du bois dans le grillage, et on en mêlait nenf parties avec une partie de charbon de bois dans le fourneau allemand pour la fonte : une portion de cuivre, traitée de cette manière, s’est trouvée détruite et a causé des pertes considérables qui ont obligé les entrepreneurs d’abandonner cette fabrication. Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 1186 et 1187. — Ces observations de M. Morand paraîtraient d’abord contredire ce que nous avons cité d’après M. Jars; mais comme ces dernières expériences ont été faites avec du charbon cru, et que les autres avaient été faites avec des charbons épurés en coaks, leurs résultats devaient être difi’érents.
1. Le désoufrage est une demi-combustion, qui enlève à la houille une partie de son soufre, lequel se dégage à l’état d’acide sulfureux. — Voyez la note de la page 272.
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celui de Montcenis: il est d’une grande activité; son feu est âpre et durable; il donne une flamme vive, rouge et abondante; son poids est de cinquantequatre livres le pied cube, lorsqu’il est désoufré; et dans cet état il pèse autant que le charbon brut de Saint-Chaumont, qui, quoique assez voisin de celui de Rive-de-Gier, est d’une qualité très-différente, car il est friable, léger, et à peu près de la même nature que celui de Montcenis, à l’exception qu’il est un peu moins pyriteux ; il ne pèse cru que cinquante-quatre livres le pied cube, et ce poids se réduit à trente-six lorsqu’il est désoufré.
De toutes les méthodes connues pour épurer le charbon, celle qui se pratique aux environs de Gand est l’une des meilleures : on se sert des charbons crus de Mons et de Valenciennes , et le coak est si bien fait, dit M. de Limare, qu’on s’en sert sans inconvénient dans les blanchisseries de toile fine et de batiste : on l’épure dans des fourneaux entourés de briques, où l’on a ménagé des registres pour diriger l’air et le porter aux parties qui en ont besoin; mais on assure que la méthode du sieur Ling, qui a memé l’approbation du gouvernement, est encore plus avantageuse; et je ne puisj mieux terminer cet article qu’en rapportant le résultat des expériences qui ont été faites à Trianon, le 12 janvier 1779, avec du charbon du Bourbonnais désoufré à Paris par cette méthode du sieur Ling , par lesquelles expériences il est incontestablement prouvé que le charbon préparé par ce procédé, a une grande supériorité sur toutes les matières combustibles, et particulièrement sur le charbon cru, soit pour le chauffage ordinaire, soit pour les arts de métallurgie, puisque ces expériences démontrent :
1° Que le charbon ainsi préparé, quoique diminué de masse par l’épurement, tient le feu bien plus longtemps qu’un volume égal de charbon cru;
2" Qu’il a infiniment plus de chaleur, puisque, dans un temps donné et égal, des masses de métal de même volume acquièrent plus de chaleur sans se brûler ;
3® Que ce charbon de terre préparé est bien plus commode pour les ouvriers, qui ne sont point incommodés des vapeurs sulfureuses et bitumineuses qui s’exhalent du charbon cru ;
4" Que ce charbon préparé est plus économique, soit pour le transport, puisqu’il est plus léger, soit dans tous les usages qu’on en peut faire, puisqu’il se consomme moins vite que le charbon cru ;
5° Que la propriété précieuse que le charbon, préparé par cette méthode, a d’adoucir le fer le plus aigre et de l’améliorer, doit lui mériter la préférence non-seulement sur le charbon cru, mais même sur le charbon de bois ;
6» Enfin, que le charbon de terre épuré par cette méthode peut servir à tous les usages auxquels on emploie le charbon de bois, et avec un trèsgrand avantage, attendu que quatre livres de ce charbon épuré font autant de feu que douze livres de charbon de bois.
DU BITUME
DU BITUME
Quoique les bitumes* se présentent sous différentes formes ou plutôt dans des états différents, tant par leur consistance que par les couleurs, ils n’ont cependant qu’une seule et même origine primitive, mais ensuite modifiée par des causes secondaires : le naphte , le pétrole , l’asphalte , la poix de montagne, le succin, l’ambre gris, le jayet, le charbon de terre, tous les bitumes, en un mot, proviennent originairement des huiles animales ou végétales altérées par le mélange des acides ; mais quoique le soufre provienne aussi des substances organisées, on ne doit pas le mettre au nombre des bitumes, parce qu’il ne contient point d’huile, et qu’il n’est composé que du feu fixe de ces mêmes substances combiné avec l’acide vitriolique.
Les matières bitumineuses sont ou solides comme le succin et le jayet, ou liquides comme le pétrole et le naphte, ou visqueuses, c’est-à-dire d’une consistance moyenne entre le solide et le liquide, comme l’asphalte et la poix de montagne : les autres substances plus dures, telles que les schistes bitumineux, les charbons de terre, ne sont que des terres végétales ou limoneuses plus ou moins imprégnées de bitume.
Le naphte est le bitume liquide le plus coulant, le plus léger, le plus transparent et le plus inflammable. Le pétrole, quoique liquide et coulant, est ordinairement coloré et moins limpide que le naphte : ces deux bitumes ne se durcissent ni ne se coagulent à l’air; ce sont les huiles les plus ténues et les plus volatiles du bitume. L’asphalte, que Ton recueille sur Teau ou dans le sein de la terre, est gras et visqueux dans ce premier état ; mais bientôt il prend à Tair un certain degré de consistance et de solidité : il en est de même de la poix de montagne, qui ne diffère de l’asphalte qu’en ce qu’elle est plus noire et moins tenace.
Le succin, qu’on appelle aussi karabé et plus communément ambre jaune, a d’abord été liquide et a pris sa consistance à Tair, et même à la surface des eaux et dans le sein de la terre : le plus beau succin est transparent et de couleur d’or; mais il y en a de plus ou moins opaque, et de toutes les nuances de couleur du blanc au jaune et jusqu’au brun noirâtre; il renferme souvent de petits débris de végétaux et des insectes terrestres , dont la forme est parfaitement conservée ; il est électrique comme la résine
a. M. Keysler dit qu’on ne Toit dans le succin que des empreintes de végétaux et d’animaux
1. « Les bitumes paraissent être pour la plupart le résultat de la décomposition des corps « organiques , mais il en est pour lesquels cette origine est loin d’être certaine : tels sont les a bitumes qui s’écoulent des terrains volcaniques , etc. Les bitumes qui proviennent de la a décomposition des corps organiques doivent donc présenter des différences correspondantes à a celles que ces corps affectent... Souvent, d’ailleurs, les différents bitumes sont mélangés a ensemble ; deux seulement, Yhmle de naphte et l’asphalte se présentent avec des caractères a assez constants ; les autres pourraient bien n’être que des mélanges, en proportions variées, de a ces deux- là. » (Dufrénoy.) — Voyez la note 2 de la page 128.
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végétale, et par l’analyse chimique on reconnaît qu’il ne contient d’autres matières solides qu’une petite quantité de fer, et qu’il est presque uniquecomposé d’huile et d’acide Et comme l’on sait d’ailleurs qu’aucune substance purement minérale ne contient d’huile, on ne peut guère douter que le succin* ne soit un pur résidu des huiles animales ou végétales saisies et pénétrées par les acides , et c’est peut-être à la petite quantité de fer contenue dans ces huiles qu’il doit sa consistance et ses couleurs plus ou moins jaunes ou brunes.
Le succin se trouve plus fréquemment dans la mer que dans le sein de la terre où il n’y en a que dans quelques endroits et presque toujours en petits morceaux isolés : parmi ceux que la mer rejette, il y en a de différents degrés de consistance, et même il s’en trouve des morceaux assez mous; mais aucun observateur ne dit en avoir vu dans l’état d’entière liquidité, et celui que l’on tire de la terre a toujours un assez grand degré de fermeté.
L’on ne connaît guère d’autre minière de succin que celle de Prusse
terrestres, et jamais de poissons. Bibliothèque raisonnée , 1742. Voyage de Keysler Cepen-
dant d’autres auteurs assurent qu’il s’y trouve quelquefois des poissons et des œufs de poissiDns ( Collection académique, partie étrangère, tome IV, page 208). On m’a présenté, cette année 1778, un morceau d’environ deux pouces de diamètre, dans l’intérieur duquel il y avait un petit poisson d’environ un pouce de longueur; mais, comme la tranche de ce morceau de succin était un peu entamée, il m’a paru que c’était de l’ambre ramolli, dans lequel on a eu Tact de renfermer le petit poisson sans le déformer.
a. De deux livres de succin entièrement brûlé, M. Bourdelin n’a obtenu que dix-buit grains d’une terre brune, sans saveur, saline, et contenant un peu de fer. Voyez les Mémoires de l’Académie royale des Sciences.
b. On trouve du jayet et de l’ambre jaune dans une montagne près de Bugaracb en Languedoc, à douze ou treize lieues de la mer, et cette montagne en est séparée par plusieurs autres montagnes. On trouve aussi du succin dans les fentes de quelques rochers en Provence {Mémoires de l’Académie des Sciences, années 1700 et 1703). — Il s’en trouve en Sicile, le long des côtes d’Agrigente, de Catane; à Bologne, vers la marche d’Ancône; et dans l’Ombrie, à d’assez grandes distances de la mer. Il en est de même de celui que M. le marquis de Bonnac a vu tirer dans un endroit du territoire de Dantzick, séparé de la mer par de grandes hauteurs. M. Guettard, de l’Académie des Sciences, conserve dans son Cabinet un morceau de succin qui a été trouvé dans le sein de la terre en Pologne, à plus de cent lieues de distance de la mer Baltique, et un autre morceau trouvé à Newburg, à vingt lieues de distance de Dantzick : il j en a dans des lieux encore plus éloignés de la mer, en Podolie, en Volhinie ; le lac Lubien de Posnanie en rejette souvent, etc. Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1762, pages 231 et suiv.
1. a Le succin donne, à la distillation, plusieurs carbures d'hydrogène liquides;... ces M carbures sont isomériques avec Vessence de térébenthine; il se forme, dans cette distillation,
« un acide volatil, que l’on a nommé acide succinique Vacide succinique parait préexister,
« du reste, en partie dans le succin. » (Pelouzeet Frémy.)— « Le succin a été originairement « analogue aux résines qui s’écoulent encore aujourd’hui de nos arbres : il se rapproche de la « gomme copale par ses propriétés principales. » (Dufrénoy.)
2. « Les localités où existe le succin sont nombreuses : il se trouve associé aux lignites dans <( les terrains d’argile plastique et dans la partie inférieure des terrains crétacés... La plus « grande partie du succin vient des côtes méridionales de la mer Baltique, en Prusse, où la « mer le rejette entre Kœnigsberg et Memel. » (Dufrénoy.)
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dont M. Neumann a donné une courte description , par laquelle il paraît que cette matière se trouve à une assez petite profondeur dans une terre dont la première couche est de sable, la seconde d’argile mêlée de petits cailloux de la grosseur d’un pouce, la troisième de terre noire remplie de bois fossiles à demi décomposés et bitumineux, et enfin la quatrième d’un minéral ferrugineux : c’est sous cette espèce de mine de fer que se trouve le succin par morceaux séparés et quelquefois accumulés en tas.
On voit que les huiles de la couche de bois ont dû être imprégnées de l’acide contenu dans l’argile de la couche supérieure, et qui en descendait par la filtration des eaux ; que ce mélange de l’acide avec l’huile du bois a rendu bitumineuse cette couche végétale; qu’ensuite les parties les plus ténues et les plus pures de ce bitume sont descendues de même sur la couche du minerai ferrugineux, et qu’en la traversant elles se sont chargées de quelques particules de fer, et qu’enfin c’est du résultat de cette dernière combinaison que s’est formé le succin qui se trouve au-dessous de la mine de fer.
Le jayet ‘ diffère du succin en ce qu’il est opaque et ordinairement trèsnoir ; mais il est de même nature, quoique ce dernier ait quelquefois la transparence et le beau jaune de la topaze; car, malgré cette différence si frappante, les propriétés de l’un et de l’autre sont les mêmes; tous deux sont électriques, ce qui a fait donner au jayet le nom à’ ambre noir, comme on a donné au succin celui à' ambre jaune ; tous deux brûlent de même , seulement l’odeur que rend alors le jayet est encore plus forte et sa fumée plus épaisse que celle du succin : quoique solide et assez dur, le jayet est fort léger, et on a souvent pris pour du jayet certains bois fossiles noirs, dont la cassure est lisse et luisante, et qui paraissent en effet ne différer du vrai jayet que parce qu’ils ne répandent aucune odeur bitumineuse en brûlant.
On trouve quelques minières de jayet en France : on en connaît une dans la province de Roussillon près de Bugarach M. de Gensane fait mention
a. « J’allai, dit M. Le Moanier, visiter une mine de jayet... Elle ressemble de loin à un tas de « charbon de terre applitiué contre un rocher fort élevé, au bas duquel est l’entrée d’une petite « caverne dans laquelle on voit plusieurs veines de jayet qui courent dans une terre légère, et « même dans les fentes du rocher : cette matière est dure, sèche, légère, fragile et irrégulière « dans sa figure, si ce n’est qu’on voit plusieurs cercles concentriques dans ses fragments. On « en trouve aussi quelques morceaux, mais moins beaux, sur le tas qui est à l’entrée de la mine, « parmi une terre noire bitumineuse : cette terre pourrait être regardée comme une espèce de « jayet impur; car, brûlée sur la pelle, elle répand la même odeur que le plus beau jayet; « l’un et l’autre brûlent difficilement , pétillent un peu en s’échauffant, et la fumée qu’ils répan- (I dent est noire, épaisse et d’une odeur de bitume fort désagréable : on travaille assez propre- « ment cette matière à Bugarach; on en fait des colliers, des chapelets, etc.... En donnant « quelques coups de pioche sur ce tas pour découvrir quelques morceaux de jayet, j’ai aperçu
1. Le jayet ou. jais ou lignite compacte : « La texture ligneuse y est souvent apparente et K indiquée par des zones concentriques dues aux couches successives du bois... En France, on « exploite le jais à Saiate-Golombe , dans le département de l’Aude. » (Dufrénoy. )
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diTne autre dans le Gévaudan, sur le penchant de la montagne près de Vebron“, et d’une autre près de Rouffiac, diocèse de Narbonne, où l’on faisait dans ces derniers temps de jolis ouvrages de cette matière \ On a trouvé dans la glaise, en creusant la montagne de Saint-Germain-en-Laye, un morceau de bois fossile, dont M. Fougeroux de Bondaroy a fait une exacte comparaison avec le jayet. «On sait, dit ce savant académicien, que « la couleur du jayet est noire, mais que la superficie de ses lames n’a point « ce luisant qu’offre l’intérieur du morceau dans sa cassure; c’est aussi ce « qu’il est aisé de reconnaître dans le morceau de bois de Saint-Germain. « Dans l’intérieur d’une fente ou d’un morceau rompu , on voit une couleur « d’un noir d’ivoire bien plus brillant que sur la surface du morceau. La « dureté du jayet et du morceau de bois est à peu près la même : étant polis « ils offrent la même nuance de couleur; tous deux brûlent et donnent de « la flamme sur les charbons; le jayet répand une odeur bitumineuse ou de «pétrole; certains morceaux du bois en question donnent une pareille « odeur, surtout lorsqu’ils ne contiennent point de pyrites. Ce morceau de « bois est donc changé en jayet, et il sert à confirmer le sentiment de ceux « qui croient le jayet produit par des végétaux »
On trouve du très-beau jayet en Angleterre dans le comté d’York et en plusieurs endroits de l’Écosse : il y en aussi en Allemagne et surtout à Wurtemberg. M. Bowles en a trouvé en Espagne près de Peralegos, «dans une « montagne où il y a, dit-il , des veines de bois bitumineux , qui ont jusqu’à « un pied d’épaisseur... On voit très-bien que c’est du bois, parce que l’on « en trouve des morceaux avec leur écorce et leurs fibres ligneuses, mêlés « avec le véritable jayet dur »
Il me semble que ces faits suffisent pour qu’on puisse prononcer que le succin et le jayet tirent immédiatement leur origine des végétaux , et qu’ils ne sont composés que d’huiles végétales devenues bitumineuses par le mélange des acides; que ces bitumes ont d’abord été liquides, et qu’ils se sont durcis par leur simple dessèchement, lorsqu’ils ont perdu les parties
« des morceaux de véritable succiu : la couleur eu était un peu foncée, mais ils en avaient « parfaitement l’odeur et l’électricité. J’ai trouvé de même , en continuant de fouiller, des bois « pétrifiés avec des circonstances très-favorables pour appuyer la vérité de cette transmuta- « tion... Le jayet paraît s’insinuer non-seulement dans les bois pétrifiés, mais encore dans les « pierres jusque dans les moindres fentes; or, si le jayet, qui, dans sa plus grande fluidité, « n’est jamais qu’un bitume liquide, et peut-être une espèce de pétrole, s’insinue si bien entre « les fllu’es du bois et les plus petites fentes des autres corps solides, n’en doit-on pas conclure « que cette matière, que nous voyons aujourd’hui dure et compacte, a été autrefois très-fluide, « et que ce n’est pour ainsi dire qu’une espèce d’h uile desséchée et durcie par la succession du « temps. » Observations d’histoire naturelle, Paris, 1739, page 215. a. Histoire naturelle du Languedoc , t. II, p. 244. h. Idem, ibidem , p. 189.
c. Sur la montagne de Saint-Germain , par M. Fougeroux de Bondaroy. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1769,
d. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, pag. 206 et 207,
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aqueuses de l’huile et des acides dont ils sont composés. Le bitume, qu’on appelle asphalte ’ , nous en fournit une nouvelle preuve : il est d’abord tluide, ensuite mou et visqueux, et enfin il devient dur par la seule dessiccation.
L’asphalte des Grecs est le même que le bitume des Latins : on l’a nommé particulièrement bitume de Judée, parce que les eaux de la mer Morte et les terrains qui l’environnent en fournissent une grande quantité ; il a beauconp de propriétés communes avec le succin et le jayet; il est de la même nature, et il paraît, ainsi que la poix de montagne, le pétrole et le naphte, ne devoir Isa liquidité qu’à une distillation des charbons de terre et des bois bitumineux qui, se trouvant voisins de quelque feu souterrain, laissent échapper les parties huileuses les plus légères, de la même manière à peu près que ces substances bitumineuses donnent leurs huiles dans nos vaisseaux de chimie. Le naphte, le pétrole et le succin paraissent être les huiles les plus pures que fournisse cette espèce de distillation, et le jayet, la poix de montagne et l’asphalte sont les huiles plus grossières. L’Histoire-Sainte nous apprend que la mer Morte, ou le lac Asphaltique de Judée, était autrefois le territoire de deux villes criminelles qui furent englouties : on peut donc croire qu’il y a eu des feux souterrains qui, agissant avec violence dans ce lieu, ont été les instruments de cet effet; et ces feux ne sont pas encore entièrement éteints ils opèrent donc la distillation de toutes les matières végétales et bitumineuses qui les avoisinent et produisent cet asphalte liquide que l’on voit s’élever continuellement à la surface du lac maudit, dont néanmoins les Arabes et les Égyptiens ont su tirer beaucoup d’utilité, tant pour goudronner leurs bateaux que pour embaumer leurs parents et leurs oiseaux sacrés; ils recueillent sur la surface de l’eau cette huile liquide, qui par sa légèreté la surmonte comme nos huiles végétales.
a. On m’a assuré que le bitume, pour lequel ce lac a toujours été fameux , s’élève quelquefois du fond en grosses bulles ou bouteilles, qui , dès qu’elles parviennent à la surface de l’eau et touchent l’air extérieur, crèvent en faisant un grand brait , accompagné de beaucoup de fumée, comme la poudre fulminante des cbimistes, et se dispersent en divers éclats; mais cela ne se voit que sur les bords, car vers le milieu l’éruption se manifeste par des colonnes de fumée qui s’élèvent de temps en temps sur le lac : c’est peut-être à ces sortes d’éruptions qu’on doit attribuer un grand nombre de trous ou de creux qu’on trouve autour de ce lac , et (jui ne ressemblent pas mal, comme dit fort bien M. Manudrelle, à certains endroits qu’on voit en Angleterre, et qui ont servi autrefois de fourneaux à faire de la chaux; le bitume, en montant ainsi, est vraisemblablement accompagné de soufre, aussi trouve-t-on l’un et l’autre pêle-mêle répandu sur les bords. Ce soufre ne diffère en rien du soufre ordinaire; mais le bitume est friable, plus pesant que l’eau, et il rend une mauvaise odeur lorsqu’on le frotte ou qu’on le met sur le feu; il n’est point violet, comme Vasphaltus de Dioscoride, mais noir et luisant comme du jayet. Voyage de M. Sftctw, traduit de l’anglais; La Haye, 1743, tome II, pag. 73 et 74.
1. « L’asphalte ressemble extérieurement à la houille ;... il entre en fusion à la température « de l’eau bouillante, s’enflamme facilement et brûle avec une flamme luisante, en répandant « une fumée épaisse et laissant peu de cendres : à la distillation sèche, il donne une huile « bitumineuse particulière, très-peu d’eau, des gaz combustibles et des traces d’ammoniaque. » (Dufrénoy. )
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L’asphalte se trouve non-seulement en Judée et en plusieurs autres provinces du Levant, mais encore en Europe et même en France. J’ai eu occasion d’examiner et même d’employer l’asphalte de Neufchâtel; il est de la même nature que celui de Judée : en le mêlant avec une petite quantité de poix , on en compose un mastic avec lequel j’ai fait enduire il y a trente-six ans un assez grand bassin au Jardin du Roi, qui depuis a toujours tenu l’eau. On a aussi trouvé de l’asphalte en Alsace, en Languedoc sur le territoire d’Alais et dans quelques autres endroits. La description, que nous a donnée M. l’abbé de Sauvages de cet asphalte d’Alais, ajoute encore une preuve à ce que j’ai dit de sa formation par une distillation per ascensum. « On voit, dit-il, régner auprès de Servas, à quelque distance d’Alais, sur « une colline d’une grande étendue, un banc dérocher de marbre qui pose « sur la terre et qui en est couvert : il est naturellement blanc, mais cette « couleur est si fort altérée par l’asphalte qui le pénètre, qu’il est vers sa « surface supérieure d’un brun clair et ensuite très-foncé à mesure que le « bitume approche du bas du rocher : le terrain du dessous n’est point « pénétré de bitume, à la réserve des endroits où la tranche du banc est « exposée au soleil ; il en découle en été du bitume qui a la couleur et la « consistance de la poix noire végétale ; il en surnage sur une fontaine voice sine, dont les eaux ont en conséquence un goût désagréable., ,
« Dans le fond de quelques ravines et au-dessous du rocher d’asphalte , cc je vis un terrain mêlé alternativement délits de sable et de lits de charbon « de pierre, tous parallèles à l’horizon ®. » On voit, par cet exposé, que l’asphalte ne se trouve pas au-dessous, mais au-dessus des couches ou veines bitumineuses de bois et de charbons fossiles, et que par conséquent il n’a pu s’élever au-dessus que par une distillation produite par la chaleur d’un feu souterrain.
Tous les bitumes liquides, c’est-à-dire l’asphalte, la poix de montagne, le pétrole et le naphte, coulent souvent avec l’eau des sources qui se trouvent voisines des couches de bois et de charbon fossiles. A Begrède près d’Anson en Languedoc, il y a une fontaine qui jette du bitume que l’on recueille à fleur d’eau : on en recueille de même à Gabian , diocèse de Béziers ^ , et cette fontaine de Gabian est fameuse par la quantité de pétrole qu’elle produit ; néanmoins il paraît par un Mémoire de M. Rivière , publié en 1717, et par un autre Mémoire , sans nom d’auteur, imprimé à Béziers en 1752, que cette source bitumineuse a été autrefois beaucoup plus abondante qu’elle ne l’est aujourd’hui ; car il est dit qu’elle a donné avant 1717, pendant plus de quatre-vingts ans, trente-six quintaux de pétrole par an, tandis qu’en 1752 elle n’en donnait plus que trois ou quatre quintaux. Ce pétrole est d’un rouge brun foncé; son odeur est forte et désagréable; il
a. Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1746, pag. 720 et 721.
b. Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensane, t. I, pag. 201 et 274.
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s’enflamme très-aisément, et même la vapeur qui s’en élève lorsqu’on le chaufTe, prend feu si l’on approche une chandelle ou toute autre lumière, à trois pieds de hauteur au-dessus: l’eau n’éteint pas ce pétrole allumé, et lors même que l’on plonge dans l’eau des mèches bien imbibées de cette huile inflammable, elles continuent de brûler quoique au-dessous de l’eau. Elle ne s’épaissit ni ne se fige par la gelée, comme le font la plupart des huiles végétales, et c’est par cette épreuve qu’on reconnaît si le pétrole est pur ou s’il est mélangé avec quelqu’une de ces huiles. A Gabian, le pétrole ne sort de la source qu’avec beaucoup d’eau qu’il surnage toujours, car il est beaucoup plus léger, et l’est même plus que l’huile d’olive : « Une seule «goutte de ce bitume, dit M. Rivière, versée sur une eau dormante, a « occupé dans peu de temps un espace d’une toise de diamètre tout émaillé « des plus vives couleurs, et, en s’étendant davantage, il blanchit et enfin « disparaît; au reste, ajoute-t-il, celte huile de pétrole naturelle est la même « que celle qui vient du succin dans la cornue vers le milieu de la distilla- « tion “. »
Cependant ce pétrole de Gabian n’est pas, comme le prétend l’auteur du Mémoire imprimé à Béziers en 1752,1e vrai naphte de Babylone: à la vérité, beaucoup de gens prennent le naphte et le pétrole ‘ pour une seule et même chose; mais le naphte des Grecs, qui ne porte ce nom que parce que c’est la matière inflammable par excellence, est plus pur que l’huile de Gabian ou que toute autre huile terrestre que les Latins ont appelée petroleum, comme huile sortant des rochers avec l’eau qu’elle surnage. Le vrai naphte est beaucoup plus limpide et plus coulant; il a moins de couleur, et prend feu plus subitement à une distance assez grande de la flamme : si l’on en frotte du bois ou d’autres corps combustibles, ils continueront de brûler quoique plongés dans l’eau*'; au reste le terrain dans lequel se trouve le pétrole de Gabian est environné et peut-être rempli de matières bitumineuses et de charbon de terre «.
A une demi-lieue de distance de Clermont en Auvergne, il y a une source bitumineuse assez abondante et qui tarit par intervalles : « L’eau de cette
a. Mémoire de M. Rivière, page 6.
b. Boërliaave, Elementa chimiæ , 1. 1, p. 191.
c. Mémoire sur le pétrole; Béziers, 1752.
1. « Incolore ou légèrement jaunâtre, VliuHe de naphte est fluide comme l’alcool; son odeur « est faible; elle est insoluble dans l’eau;... elle dissout les résines et Faspbalte. Cette dernière « propriété fait que, dans la nature, l’on trouve constamment l’huile de naphte mélangée « d’une certaine quantité de bitume, qui la colore et lui donne quelquefois une odeur assez « forte.
« L’huile de pétrole est d’un jaune brunâtre plus ou moins foncé. Elle est moins fluide que « l’huile de naphte;... elle contient les mêmes principes que cette huile, mais dans des pro- « portions différentes : peut-être même pourrait-on la regarder comme cette huile tenant de « 1 asphalte en dissolution. Les différentes variétés d’huile de pétrole ne difféi’eraient dans ce « cas que par la proportion de bitume qu’elles auraient dissoute. » ( Dufrénoy. ) — Voyez la note de la page 277.
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« source, dit M. LeMonnier, a une amertume insupportable; la surface de « l’eau est couverte d’une couche mince de bitume qu’on prendrait pour de « l’huile, et qui, venant à s’épaissir par la chaleur de l’air, ressemble en « quelque façon à de la poix.... En examinant la nature des terres qui envi- « ronnent cette fontaine, et en parcourant une petite butte qui n’en est pas « fort éloignée, j’ai aperçu du bitume noir qui découlait d’entre les fentes « des rochers ; il se sèche à mesure qu’il reste à l’air, et j’en ai ramassé « environ une demi-livre : il est sec, dur et cassant, et s’enflamme aisément; « il exhale une fumée noire fort épaisse, et l’odeur qu’il répand ressemble à « celle de l’asphalte; je suis persuadé que par la distillation on en retirerait « du pétrole®. » Ce bitume liquide de Clermont est, comme l’on voit, moins pur que celui de Gabian ; et depuis le naphte, que je regarde comme le bitume le mieux distillé par la nature, au pétrole, à l’asphalte, à la poix de montagne, au succin, au jayet et au charbon de terre, on trouve toutes les nuances et tous les degrés d’une plus ou moins grande pureté dans ces matières qui sont toutes de même nature.
« En Auvergne, dit M. Gueltard, les monticules qui contiennent le plus « de bitume, sont ceux du Puy-de- Pège [poix) et du Puy-de-Cronelles : « celui de Pège se divise en deux têtes, dont la plus haute peut avoir douze « ou quinze pieds; le bitume y coule en deux ou trois endroits... A côté de « ce monticule se trouve une petite élévation d’environ trois pieds de liau- « teur sur quinze de diamètre : selon M. Ozy, cette élévation n’est que de « bitume qui se dessèche à mesure qu’il sort de la terre; la source est au « milieu de cette élévation. Si l’on creuse en différents endroits autour et « dessus cette masse de bitume, on ne trouve aucune apparence de rocher. «Le Puy-de-Cronelles, peu éloigné du précédent, peut avoir trente ou « quarante pieds de hauteur; le bitume y est solide, on en voit des morceaux « durs entre les crevasses des pierres; il en est de même de la partie la plus « élevée du Puy-de-Pège^ »
a. Parmi les charbons de terre, il en est qui , à l’odeur près, ressemblent fort à l’asphalte, quant à la pureté et au coup d’œil, comme il en est qui diffèrent peu du jayet, comme aussi on voit du jayet qu’on pourrait confondre aisément avec l’asphalte et quelques charbons de terre : la matière bitumineuse qui se tire dans le voisinage de Virtemberg, fort ressemblante à du succin qui n’aurait passé que légèrement au feu, et qu’on appelle succin , paraît tenir un milieu entre le charbon de terre et le jayet. Du Charbon de terre et de ses mines , par M. Morand, page 18. — Le charbon, que les Anglais appellent kennel coal, est très-pur et ressemble au jayet; et l’on peut croire que la différence qu’il y a entre les bitumes et les charbons de terre provient de ce que ceux-ci sont mêlés de parties terreuses qui en divisent le bitume et empêchent qu’ils ne puissent, comme les autres bitumes, se liquéfier au feu et s’allumer si promptement; mais aussi le charbon de terre est de toutes les matières de ce genre bitumineux celle qui conserve le feu plus longtemps et plus fortement... Mais, au reste, ces matières terreuses qui altèrent le bitume des charbons de terre ne sont pas celles qui s’y trouvent en plus grande quantité Idem, ibidem.
. Mémoire sur la minéralogie d’ Auvergne , dans ceux de l’Acad. des Sciences, année 1759... Les pierres bitumineuses de l’Auvergne se trouvent dans des endroits qui forment une suite de
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En Italie, dans les duchés de Modène, Parme et Plaisance, le pétrole est commun : le village de Miano, situé à douze milles de Parme, est un des lieux d’où on le tire dans certains puits construits de manière que cette huile vienne se rassembler dans le fond
monticules posés dans le même alignement : peut-être y a-t-il ailleurs de semblables pierres, car je sais qu’on a trouvé du bitume sur le Puy-de-Pelon, à Chamalière près de Clermont, et au pied des montagnes à l’ouest... Dans le fond des caves des Bénédictins de Clermont, où l’on trouve du bitume, on ramasse une terre argileuse d’un brun foncé, et recouverte d’une poussière jaune soufrée : la pierre du roc où les caves sont creusées est brune, ou brun jaunâtre, ou lavée de blanc; le bitume recouvre ces pierres en partie : il est sec, noir et brillant; enfin il y a encore à Macbaut, hauteur qui est à un quart de lieue de Riom, sur la route de Clermont, une source de poi.v dont les paysans se servent pour graisser les essieux des voitures. Indépendamment du bitume de Pont-du-Château , le roc sur lequel est construite l’écluse de cet endroit est d’une pierre argileuse, gris verdâtre et parsemée de taches noires et rondes qui paraissent bitumineuses. Idem, ibidem.
a. « On rencontre à Miano, dit M. Fougeroux de Bondaroy, plusieurs de ces puits anciens « abandonnés; mais on n’y compte maintenant que trois puits qui fournissent du pétrole « blanc, et à quelque distance de ce village, deux autres qui donnent du pétrole roux... On « creuse les puits au hasard et sans y être conduit par aucuu indice, à cent quatre-vingts pieds « environ de profondeur... L’indice le plus sùr de la présence du pétrole est l’odeur qui s’élève « du fond de la fouille, et qui se fait sentir d’autant plus vivement qu’on parvient à une plus « grande profondeur, et qui vers la fin de l’ouvrage devient si forte que les ouvriers en creu- « sant et faisant les murs du puits ne peuvent pas rester une demi-heure ou même un quart « d’heure sans être remplacés par d’autres, et souvent on les retire évanouis ; on creuse donc « le puits jusqu’à ce qu’on voie sortir le pétrole, qui se filtre à travers les terres, et qui quel- « quefois sort avec force et par jets; c’est ordinairement lorsqu'on est parvenu à cent quatrc- « vingts pieds ou environ de profondeur qu’on obtient le pétrole ; souvent, en creusant le puits, « on aperçoit quelques filets de pétrole qui se perdent en continuant l’ouvrage... Les puits sont « abandonnés l’hiver et dès la fin de l’automne ; mais au printemps les propriétaires envoient « tous les deux ou trois jours tirer le pétrole avec des seaux comme on tire de l’eau... L’un des « trois puits de Miano donne le pétrole, joint avec l’eau sur laquelle il surnage; cette eau est « claire et limpide, et un peu salée... Le pétrole, au sortir des puits, est un peu trouble, parce « qu’il est mêlé d’une terre légère, et il ne devient clair que lorsqu’il a déposé cette substance « étrangère au fond des vases dans lesquels on le conserve... Les environs de Miano, où Ton « tire le pétrole, ne fournissent point de vraie pierre; la montagne voisine n’est même composée « que d’une terre verdâtre, compacte et argileuse... Cette terre, appelée dans le pays cocco, mise « sur des charbons, ne donne point de flamme ; elle se cuit au feu, et de verdâtre elle y devient « rougeâtre : elle se fond et s’amollit dans Teau et y devient maniable; elle n’a point un goût « décidé sur la langue, elle ne fleurit point à Tair; elle fait une vive effervescence avec l’acide « nitreux. » — (Cette dernière propriété me paraît indiquer que le cocco n’est pas une terre argileuse, mais plutôt une terre limoneuse, mêlée de matière calcaire.) — « Dans le lieu « appelé Salso-Maggiore, continue M. de Bondaroy, et aux environs, à dix lieues de Parme, « il y a des puits d’eau salée qui donnent aussi du pétrole d’une couleur rousse très- foncée... « La terre de Salso-Maggiore est semblable au cocco de Miano, mais d’une couleur plus plom- « bée... Elle devient beaucoup plus verdâtre dans les lits inférieurs, et c’est de ces derniers lits « que sort l’eau salée avec le pétrole, depuis quatre-vingts jusqu’à cent cinquante brasses en a profondeur. » Extrait du Mémoire de M. Fougeroux de Bondaroy, sur le pétrole, dans ceux de l’Académie des Sciences, aunée 1770. — « A douze milles de Modène, dit Bernardine Rama- « zini, du côté de l’Apennin, on voit un rocher escarpé et stérile au milieu d’un vallon, et qui « donne naissance à plusieurs sources d’huile de pétrole : on descend dans ce rocher par un « escalier de vingt-quatre marches, au bas duquel on trouve un petit bassin rempli d’une eau « blanchâtre qui sort du rocher, et sur laquelle l’huile de pétrole surnage ; il se répand à cent « toises à la ronde une odeur désagréable, ce qui ferait croire que cette source a subi quelque
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Les sources de naphte et de pétrole sont encore plus communes dans le Levant qu’en Italie; quelques voyageurs assurent qu’on brûle plus d’huile de naphte que de chandelle à Bagdad®. « Sur la route de Schirasà Bender- « Congon, à quelques milles deBennaron vers l’orient, on voit, dit Gemelli « Carreri, la montagne de Darap toute de pierre noire, d’où distille le fameux c( baume-momie qui, s’épaississant à l’air, prend aussi une couleur noirâtre : « quoiqu’il y ait beaucoup d’autres baumes en Perse, celui-ci a la plus « grande réputation; la montagne est gardée par ordre du roi ; tous les ans « les vizirs de Geaxoux, de Schiras et de Lar, vont ensemble ramasser la « momie qui coule et tombe dans une conque où elle se coagule; ils l’en- « voient au roi sous leur cachet pour éviter toute tromperie, parce que ce « baume est éprouvé et très-estimé en Arabie et en Europe, et qu’on n’en « tire pas plus de quarante onces par chaque année » Je ne cite ce passage tout au long que pour rapporter à un bitume , ce prétendu baume des momies : nous avons au Cabinet du Roi les deux boîtes d’or remplies de ce baume-momie ou mumia, que l’ambassadeur de Perse apporta et présenta à Louis XIV ; ce baume n’est que du bitume, et le présent n’avait de mérite que dans l’esprit de ceux qui l’ont offerte Chardin parle de ce baumemomie'*, et il le reconnaît pour un bitume; il dit qu’outre les momies ou corps desséchés qu’on trouve en Perse dans la province de Corassan, il y a une autre sorte de mumie ou bitume précieux qui distille des rochers, et qu’il y a deux mines ou deux sources de ce bitume : l’une dans la Caramanie déserte au pays de Lar, et que c’est le meilleur pour les fractures, blessures, etc.; l’autre dans le pays de Corassan. Il ajoute que ces mines sont gardées et fermées ; qu’on ne les ouvre qu’une fois l’an en présence d’ofticiers de la province, et que la plus grande partie de ce bitume précieux est envoyée au trésor du roi. 11 me paraît plus que vraisemblable que ces
« altération, puisque François Ârioste, qui l’a décrite il y a trois siècles, la vante surtout pour sa « bonne odeur. On amasse l’huile de pétrole deux fois par semaine sur le bassin principal, a environ six livres à chaque fois : le terrain est rempli de feux souterrains qui s’échappent de M temps en temps avec violence ; quelques jours avant ces éruptions, les bestiaux fuient les « pâturages des environs. » Collection académique, partie étrangère, tome VI, p. 477.
a. Voyage de Thévenot; Paris, 1664, t. II, p. 118.
b. Voyage autour du monde; Paris, 1719, t. II , p. 274.
c. Sa Majesté Louis XIV fit demander à l’ambassadeur du roi de Perse : 1° le nom de cette drogue; 2° à quoi elle est propre; 3» si elle guérit les maladies, tant internes qu’externes; 4» si c’est une drogue simple ou composée. L’ambassadeur répondit : 1» que cette drogue se nomme en persan momia; 2® qu’elle est spécifique pour les fractures des os, et généralement pour toutes les blessures ; 3® qu’elle est employée pour les maladies internes et externes ; qu’elle guérit les ulcères internes et externes, et fait sortir le fer qui pourrait être resté dans les blessures ; 4® que cette drogue est simple et naturelle ; qu’elle distille d’un rocher dans la province de Dezar, qui est une des plus méridionales de la Perse; enfin qu’on peut s’en servir en l’appliquant sur les blessures, ou en la faisant fondre dans le beurre ou dans l’huile. — Cette notice était jointe aux deux boites qui renferment cette drogue.
d. Le nom de momie, ou mumia en persan, vient de moum, qui signifie cire, g mme, onguent.
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propriétés spécifiques, attribuées par les Persans à leur baume-momie, sont communes à tous les bitumes de même consistance, et particulièrement à celui que nous appelons ^o/a? de montagne^ ; et, comme on vient de le voir, ce n’est pas seulement en Perse que l’on trouve des bitumes de cette sorte, mais dans plusieurs endroits de l’Europe et même en France, et peut-être dans tous les pays du monde de la même manière que l’asphalte ou bitume de Judée s’est trouvé non-seulement sur la mer Morte, mais sur d’autres lacs et dans d’autres terres très-éloignées de la Judée. On voit en quelques endroits delà mer de Marmara, et particulièrement près d’Héraclée, une matière bitumineuse qui flotte sur l’eau en forme de filets que les nautoniers grecs ramassent avec soin , et que bien des gens prennent pour une sorte de pétrole ; cependant elle n’en a ni l’odeur, ni le goût, ni la consistance ; les filets sont fermes et solides, et approchent plus en odeur et en consistance du bitume de Judée
Dans la Thébaïde, du côté de l’est, on trouve une montagne appelée Gebel-el-Moël ou montagne de l’huile, à cause qu’elle fournit beaucoup d’huile de pétrole Oléarius et Tavernier font mention du pétrole qui se trouve aux environs de La mer Caspienne : ce dernier voyageur dit « qu’au « couchant de cette mer un peu au-dessus de Chamack, il y a une roche qui « s’avance sur le rivage, de laquelle distille une huile claire comme de l’eau, « jusque-là que des gens s’y sont trompés et ont cru en pouvoir boire ; « elle s’épaissit peu à peu, et au bout de neuf ou dix jours elle devient grasse « comme de l’huile d’olive, gardant toujours sa blancheur... Il y a trois ou « quatre grandes roches fort hautes assez près de là qui distillent aussi la « même liqueur, mais elle est plus épaisse et tire sur le noir. On transporte « cette dernière huile dans plusieurs provinces de la Perse, où le menu « peuple ne brûle autre chose'*. » Léon l’Africain parle de la poix qui se trouve dans quelques rochers du mont Atlas et des sources qui sont infectées de ce bitume; il donne même la manière dont les Maures recueillent cette poix de montagne qu’ils rendent liquide par le moyen du feu®. On trouve à Madagascar cette même matière que Flacour appelle de la poix de terre ou
a. MM. Pering et Browal donnent la description d’une substance grasse , que l’on tire d’un lac de la Finlande, près de Maskoter, que ces physiciens n’hésitent pas à mettre dans le genre des bitumes. Mémoires de V Académie de Suède, t. III, année 1743.
b. Description de par Dapper; Amsterdam, 1703, p. 497.
c. Voyage en Égypte, par Oranger; Paris, 1745, p. 202.
d. Les six Voyages de Tavernier; Rouen, 1713, t. II , p. 307.
e. Léon Africain, Description; Lugd. Batav., part, n, p. 771.
1. Poix de montagne, poix minérale ou malthe. « Le malthe est mou et glutineux : la « ligne de séparation entre ce bitume et Vasphalte est peu tranchée ; cependant il est constam- « ment mou, tandis que l'asphalte devient solide... Le malthe contient ordinairement de « l'huile de naphte, et c’est à sa présence qu’est dû le ramollissement de ce bitume : il offre « une espèce de passage entre l’huile de pétrole et l’asphalte, se rapprochant d’autant plus de « la première qu’il contient davantage de pétrole, et réciproquement » ( Dufrénoy.J
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hilume judaïque’^. Enfin jusqu’au Japon les bitumes sont non -seulement connus, mais très-communs, et Kæmpfer assure qu’en quelques endroits de ces îles, l’on ne se sert que d’huile bitumineuse au lieu de chandelle*’.
-En Amérique, ces mêmes substances bitumineuses ne sont pas rares. Uampier a vu de la poix de montagne en blocs de quatre livres pesant, sur la côte de Carthagène : la mer jette ce bitume sur les grèves sablonneuses de cette côte, où il demeure à sec. Il dit que cette poix fond au soleil, et est plus noire, plus aigre au toucher et plus forte d’odeur que la poix végétale'. Garcilasso qui a écrit l’histoire du Pérou, et qui y était né, rapporte qu’anciennement les Péruviens se servaient de bitume pour embaumer leurs morts : ainsi le bitume et même ses usages ont été connus de tous les temps, et presque de tous les peuples policés.
Je n’ai rassemblé tous ces exemples que pour faire voir que, quoique les bitumes se trouvent sous différentes formes dans plusieurs contrées, néanmoins les bitumes purs sont infiniment plus rares que les matières dont ils tirent leur origine : ce n’est que par une seconde opération de la nature qu’ils peuvent s’en séparer et prendre de la liquidité ; les charbons de terre, les schistes bitumineux, doivent être regardés comme les grandes masses de matières que les feux souterrains mettent en distillation pour former les bitumes liquides qui nagent sur les eaux ou coulent des rochers. Comme le bitume, par sa nature onctueuse, s’attache à toute matière et souvent la pénètre, il faut la circonstance particulière du voisinage d’un feu souterrain pour qu’il se manifeste dans toute sa pureté; car il me semble que la nature n’a pas d’autre moyen pour cet effet. Aucun bitume ne se dissout ni ne se délaie dans l’eau : ainsi ces eaux qui sourdissent avec du bitume n’ont pu enlever par leur action propre ces particules bitumineuses; et dès tors n’est-il pas nécessaire d’attribuer à l’action du feu l’origine de ce bitume coulant, et même à l’action d’un vrai feu et non pas de la température ordinaire de l’intérieur de la terre? car il faut une assez grande chaleur pour que les bitumes se fondent, et il en faut encore une plus grande pour qu’ils se résolvent en naphte et en pétrole, et tant qu’ils n’éprouvent que la température ordinaire, ils restent durs, soit à l’air, soit dans la terre ; ainsi tous les bitumes coulants doivent leur liquidité à des feux souterrains, et ils ne se trouvent que dans les lieux où les couches de terre bitumineuse et les veines de charbon sont voisines de ces feux qui non- seulement en liquéfient le bitume, mais le distillent et en font élever les parties les plus ténues pour former le naphte et les pétroles, lesquels, se mêlant ensuite avec des matières moins pures, produisent l’asphalte et la poix de montagne, ou se coagulent en jayet et en succin.
a. Voyage à Madagascar ; Paris, 1661, p. 162.
b. Histoire du Japon; par Kæmpfer; La Haye, 1729, 1. 1, p. 96.
c. Voyage de Dampier; Rouen, 1715, t. III, p. 391.
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Nous avons déjà dit que le succin a certainement été liquide , puisqu’on voit dans son intérieur des insectes dont quelques-uns y sont profondément enfoncés; il faut cependant avouer que jusqu'à présent aucun observateur n’a trouvé le succin dans cet état de liquidité, et c’est probablement parce qu’il ne faut qu’un très-petit temps pour le consolider : ces insectes s’y empêtrent peut-être lorsqu’il distille des rochers et lorsqu’il surnage sur l’eau de la mer, où la chaleur de quelque feu souterrain le sublime en liqueur, comme l’huile de pétrole, l’asphalte et les autres bitumes coulants.
Quoiqu’on trouve en Prusse et en quelques autres endroits des mines de succin dans le sein de la terre, celte matière est néanmoins plus abondante dans certaines plages de la mer : en Prusse et en Poméranie, la mer Baltique jette sur les côtes une grande quantité de succin, presque toujours en petits morceaux de toutes les nuances de blanc, de jaune, de brun et de dillérents degrés de pureté; et à la vue encore plus qu’à l’odeur, on serait tenté de croire que le succin n’est qu’une résine comme la copale* à laquelle il ressemble; mais le succin est également impénétrable à l’eau, aux huiles et à l’esprit-de-vin, tandis que les résines qui résistent à l’action de l’eau se dissolvent en entier par les huiles, et surtout par l’esprit-de-vin : celte différence suppose donc dans le succin une autre matière que celle des résines, ou du moins une combinaison différente de la même matière; or on sait que toutes les builes végétales concrètes sont, ou des gommes qui ne se dissolvent que dans l’eau, ou des résines qui ne se dissolvent que dans l’esprit-de-vin, ou enfin des gommes-résines qui ne se dissolvent qu’imparfaitement par l’une et par l’autre; dès lors ne pourrait-on pas présumer, par la grande ressemblance qui se trouve d’ailleurs entre le succin et les résines, que ce n’est en effet qu’une gomme-résine dans laquelle le mélange des parties gommeuses et résineuses est si intime et en telle proportion, que ni l’eau ni l’esprit-de-vin ne peuvent l’attaquer ; l’exemple des autres gommes-résines, que ces deux menstrues n’attaquent qu’imparfaitement, semble nous l’indiquer.
En général, on ne peut pas douter que le succin, ainsi que tous les autres bitumes liquides ou concrets, ne doivent leur origine aux huiles animales et végétales imprégnées d’acide; mais comme indépendamment des huiles, les animaux et végétaux contiennent des substances gélatineuses et mucilagineuses en grande quantité, il doit se trouver des bitumes uniquement composés d’huile, et d’autres mêlés d’huile et de matière gélatineuse ou mucilagineuse; des bitumes produits par les seules résines, d’autres par les gommes-résines mêlées de plus ou moins d’acides, et c’est à ces diverses combinaisons des différents résidus des substances animales ou végétales, que sont dues les variétés qui se trouvent dans les qualités des bitumes.
î. Copnle fossile ou résine fossile. Ou en distingue de plusieurs sortes : la résine de Highgate, la berengelite , etc.
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Par exemple, Pambre gris* paraît être un bitume qui a conservé les parties les plus odorantes des résines dont le parfum est aromatique; il est dans un état de mollesse et de viscosité dans le fond de la mer auquel il est attaché, et il a une odeur très-désagréable et très-forte dans cet état de mollesse avant son dessèchement : l’avidité avec laquelle les oiseaux, les poissons et la plupart des animaux terrestres le recherchent et l’avalent, semble indiquer que ce bitume contient aussi une grande quantité de matière gélatineuse et nutritive. Il ne se trouve pas dans le sein delà terre : c’est dans celui de la mer, et surtout dans les mers méridionales qu’il est en plus grande quantité ; il ne se détache du fondque dans le temps des plus grandes tempêtes, et c’est alors qu’il est jeté sur les rivages ; il durcit en se séchant , mais une chaleur médiocre le ramollit plus aisément que les autres bitumes; il se coagule par le froid, et n’acquiert jamais autant de fermeté que le succin; cependant, par l’analyse chimique, il donne les mêmes résultats et laisse les mêmes résidus; enfin, il ne resterait aucun doute sur la conformité de nature entre cet ambre jaune ou succin et l’ambre gris, si ce dernier se trouvait également dans le sein de la terre et dans la mer; mais jusqu’à ce jour il n’y a qu’un seul homme® qui ait dit qu’on a trouvé de l’ambre gris dans la terre en Russie; néanmoins comme l’on n’a pas d’autres exemples qui puissent confirmer ce fait, et que tout l’ambre gris que nous connaissons a été, ou tiré de la mer, ou rejeté par ses flots, on doit présumer que c’est dans la mer seulement que l'huile et la matière gélatineuse dont il est composé se trouvent dans l’état nécessaire à sa formation. En effet, le fond de la mer doit être revêtu d’une très-grande quantité de substance gélatineuse animale par la dissolution de tous les corps des animaux qui y vivent et périssent ^ et cette matière gélatineuse doit y être tenue dans un état de mollesse et de fraîcheur, tandis que cette même matière gélatineuse des animaux terrestres, une fois enfouie dans les couches de la terre, s’est bientôt entièrement dénaturée par le dessèchement ou le mélange qu’elle a subi : ainsi ce n’est que dans le fond de la mer que doit se trouver cette matière dans son état de fraîcheur; elle y est mêlée avec un bitume liquide; et comme la liquidité des bitumes n’est produite que par la chaleur des feux souterrains, c’est aussi dans les mers dont le fond est chaud, comme celles de la Chine et du Japon, qu’on trouve l’ambre gris en plus grande quantité; et il paraît encore que c’est à la matière
a J’ajouterai sans hésiter, dit l’auteur, que la formatiou de l’amhre gris est la même que celle de l’ambre jaune ou succin, parce que je sais qu’il n’y a pas longtemps qu’on a trouvé en Russie de Tambre gris en fouillant la terre. Collect. acad., partie étrangère , t. IV, p. 297.
h. M. de Montbeillard a observé, en travaillant à l’histoire des insectes, qu'il y a plusieurs classes d’animau.x et insectes marins, tels que les polypes et autres, dont la chair est parfumée, et il est tout naturel que cette matière soit entrée dans la composition de l’ambre gris.
1. On ne sait point encore ce que c’est que Vamhre gris, et il est peu de suibstances dont la nature et l’origine aient donné lieu à plus d’hypothèses. On a supposé que c’était un produit de la matière biliaire de certains cétacés, le résultat d’une sécrétion animale, analogue au musc et au castoréum, etc., etc.
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gélatineuse, molle dans l’eau, et qui prend de la consistance par le dessèchement, que l’ambre gris doit la mollesse qu’on lui remarque tant qu’il est dans la mer, et la propriété de se durcir promptement en se desséchant à l’air, tout comme on peut croire que c’est par l’intermède de la partie gommeuse de sa gomme-résine, que le succin peut avoir dans les eaux de la mer une demi-fluidité.
L’ambre gris, quoique plus précieux que l’ambre jaune, est néanmoins plus abondant : la quantité que la nature en produit est très-considérable, et on le trouve presque toujours en morceaux bien plus gros que ceux du succin®, et il serait beaucoup moins rare s’il ne servait pas de pâture aux animaux. Les endroits où la mer le rejette en plus grande quantité dans l’ancien continent sont les côtes des Indes méridionales**, et particulièrement des îles Philippines et du Japon, et sur les côtes du Pégu et de Bengale celles de l’Afrique, entre Mozambique*^ et la mer Rouge, et entre le cap Yert® et le royaume de Maroc L
a. Le capitaine William KecMng dit que les Maures lui avaient appris qu’on avait trouvé sur les côtes de Monbassa, de Madagoxa, de Pata et de Brava, de prodigieuses masses d’ambre gris, dont quelques-unes pesaient jusqu’à vingt quintaux, et si grosses enfin qu’une seule pouvait cacher plusieurs hommes. Histoire générale des Voyages, t. I, p. 469. — Plusieurs voyageurs parlent de morceaux de cinquante et de cent livres pesant. Voyez Linscot, les anciennes relations des Indes, Y Histoire d'Éthiopie, par Gaëtan Charpy, etc.
b. La mer jette à Jolo beaucoup d’ambre: on assure à Manille qu’avant que les Espagnols eussent pris possession de cette île, les naturels ne faisaient pas de cas de l’ambre, et que les pêcheurs s’en servaient pour faire des torches ou flambeaux, avec lesquels ils allaient pêcher pendant la nuit, mais qu’eux. Espagnols, en relevèrent bientôt le prix...
La mer apporte l’ambre sur les côtes de Jolo vers la fin des vents d’ouest ou d’aval : on y en a quelquefois trouvé de liquide comme en fusion , lequel , ayant été ramassé et bénéficié, s’est trouvé très-fin et de bonne qualité. Je ne rapporte point en détail ce que pensent les naturels de Jolo sur la nature de l’ambre... Ce qui est très-singulier, c’est la quantité qui s’en trouve sur les côtes occidentales de cette île, quoique très-petite , puisqu’elle n’a que quatre à cinq lieues du nord au sud, pendant qu’on n’en trouve point, ou presque point, à Mindanao, qui est une île très-considérable en comparaison de Jolo. On ponrrait peut-être apporter de cette différence la raison suivante ; Jolo se trouve comme au milieu de toutes les autres îles de ces mers, et dans le canal de ces violents et furieux courants qu’on y ressent, et qui sont occasionnés par le resserrement des mers en ces parages; et ce qui semblerait appuyer ces raisons est que Tambre ne vient sur les côtes de Jolo que sur la fin des vents d’aval ou d’ouest. Voyage dans les mers de l’Inde, par M. le Gentil; Paris, 1781, t. II, in-4°, pag. 84 et 85.
c. On en recueille aussi sur les côtes du Pégu et de Bengale, etc. Voyage de Mandeslo, suite d’Oléarius, t. Il, p. 139.
d. Quand le gouverneur de Mozambique revient à Goa, au bout de trois ans que son gouvernement est fini, il emporte environ d’ordinaire avec lui pour trois cent mille par dos d’ambre gris, et le pardüs est de vingt sous de notre monnaie; il s’en trouve quelquefois des morceaux d’une grosseur considérable. Voyages de Tavernier, t. IV, p. 73. — Il vient de l’ambre gris en abondance de Mozambique et de Sofala. Relation de Saris ; Histoire générale des Voyages , t. II, p. 183.
e. On trouve quelquefois de l’ambre gris aux îles du cap Vert, et particulièrement àl’île de Sal; et Ton prétend que si les chats sauvages, et même les tortues vertes, ne mangeaient pas cette précieuse gomme, on y en trouverait beaucoup davantage. Robertz , dans VHistoire générale des Voyages, t. II , p. 323.
f. Sur le bord de TOcéan, dans la province de Suij au royaume de Maroc, ou rencontre
Dü BITUME.
En Amérique, il s’en trouve dans la baie de Honduras, dans le golfe de la Floride, sur les côtes de l’île du Maragiion au Brésil ; et tous les voyageurs s’accordent à dire que si les chats sauvages, les sangliers, les renards, les oiseaux, et même les poissons et les crabes n’étaient pas fort friands de cette drogue précieuse, elle serait bien plus commune® : comme elle est d’une odeur très-forte au moment que la mer vient de la rejeter, les Indiens, les Nègres et les Américains la cherchent par l’odorat plus que par les yeux, et les oiseaux, avertis de loin par cette odeur, arrivent en nombre pour s’en repaître, et souvent indiquent aux hommes les lieux où ils doivent la chercher ^ Cette odeur désagréable et forte s’adoucit peu à peu à mesure que l’ambre gris se sèche et se durcit à l’air; il y en a de différents degrés de consistance et de couleur différente : du gris, du brun, du noir et même du blanc, mais le meilleur et le plus dur paraît être le gris cendré. Comme les poissons, les oiseaux et tous les animaux qui fréquentent les eaux ou les bords de la mer avalent ce bitume avec avidité, ils le rendent mêlé de la matière de leurs excréments, et celte matière étant d’un blanc de craie dans les oiseaux, cet ambre blanc, qui est le plus mauvais de tous, pourrait bien être celui qu’ils rendent avec leurs excréments, et de même l’ambre noir serait celui que rendent les cétacés et les grands poissons dont les déjections sont communément noires.
Et comme l’on a trouvé de l’ambre gris dans l’estomac et les intestins de quelques cétacés % ce seul indice a suffi pour faire naître l’opinion que
beaucoup d’ambre gris, que ceux du pays donnent à bon marché aux Européens qui y trafiquent. L’Afrique de Marmol; Paris, 1667, t. II, p. 30. — On tire des rivières de Gambie, de Catsiao et de Saint-Domingo de très-bons ambres gris : dans le temps que j’étais sur la mer, elle en jeta sur le rivage une pièce d’environ trente livres; j’en achetai quatre livres, dont une partie fut vendue en Europe, au prix de huit cents florins la livre. Voyage de Vaden de Broeck, t. IV, p. 308.
a. Voyez Y Histoire générale des Voyages, tome II, pag. 187, 363, 367; tome V, pag. 210, et tome XIV, pag. 247. — L’ambre gris est assez commun sur quelques côtes de Madagascar et de nie Sainte-Marie : après qu’il y a eu une grande tourmente, on le trouve sur le rivage de la mer. C’est un bitume qui provient du fond de l’eau, se coagule par succession de temps, et devient ferme : les poissons , les oiseaux , les crabes, les cochons, l’aiment tant qu’ils le cherchent incessamment pour le dévorer. Voyage de Flacour, pag. 29 et 150.
b. Histoire des Aventuriers, etc.; Paris, 1686, t. U'’, pag. 307 et 308. — Le nonomé Barket a trouvé et ramassé lui-même un morceau d’ambre gris, dans la baie de Honduras, sur iioe grève sablonneuse, qui pesait plus de cent livres; sa couleur tirait sur le noir, et il était dur à peu près comme un fromage, et de bonne odeur après qu’il fut séché. Voyage de Dampier, t. I«f, p. 20.
c. « Kæmpfer dit qu’on le tire principalement des intestins d’une baleine assez commune « dans la mer du Japon, et nommée fiaksiro : il y est mêlé avec les excréments de l’animal, « qui sont comme de la chaux, et presque aussi durs qu'une pierre. C’est par leur dureté qu’on « juge s’il s’y trouvera de l'ambre gris; mais ce n’est pas de là qu’il tire son origine. De quelque « manière qu’il croisse au fond de la mer ou sur les côtes, il paraît qu’il sert de nourriture à O ces baleines, et qu’il ne fait que se perfectionner dans leurs entrailles: avant qu’elles l’aient « avalé, ce n’est qu’une substance assez difforme, plate, gluante, semblable à la bouse de vache, « et d’une odeur très-désagréable : ceux qui le trouvent dans cet état, flottant sur l’eau ou jeté O sur le rivage , le divisent en petits morceaux , qu’ils pressent pour lui donner la forme de
DU BITUME
c’était une matière animale qui se produisait particulièrement dans le corps des baleines®, et que peut-être c’était leur sperme, etc.; d’autres ont imaginé que l’ambre gris était de la cire et du miel tombés des côtes dans les eaux de la mer, et ensuite avalés par les grands poissons, dans l’estomac desquels ils se convertissaient en ambre, ou devenaient tels par le seul mélange de l’eau marine; d’autres ont avancé que c’était une plante comme les champignons ou les trutfes, ou bien une racine qui croissait dans le terrain du fond de la mer; mais toutes ces opinions ne sont fondées que sur de petits rapports ou de fausses analogies : l’ambre gris, qui n’a pas été connu des Grecs ni des anciens Arabes, a été dans ce siècle reconnu pour un véritable bitume', par toutes ses propriétés; seulement il est probable, comme je l’ai insinué, que ce bitume qui diffère de tous les autres par la consistance et l’odeur, est mêlé de quelques parties gélatineuses ou mucilagineuses des animaux et des végétaux qui lui donnent cette qualité particulière; mais l’on ne peut douter que le fond et même la majeure partie de sa substance ne soit un vrai bitume.
Il paraît que l’ambre gris mou et visqueux tient ferme sur le fond de la mer, puisqu’il ne s’en détache que par force dans le temps de la plus grande agitation des eaux : la quantité jetée sur les rivages, et qui reste après la déprédation qu’en font les animaux, démontre que c’est une production abondante de la nature et non pas le sperme de la baleine, ou le miel des abeilles, ou la gomme de quelque arbre particulier ; ce bitume rejeté, ballotté par la mer, remplit quelquefois les fentes des rochers contre lesquels les flots viennent se briser, Robert Lade décrit l’espèce de pêche qu’il en a vu faire sur les côtes des îles Lucaies ; il dit que l’ambre gris se trouve toujours en beaucoup plus grande quantité dans la saison où les vents régnent avec le plus de violence, et que les plus grandes richesses en ce genre se trouvaient entre la petite île d’Éleuthère et celle de Harbour, et que l’on ne doutait pas que les Bermudes n’en continssent encore plus ; « Nous commençâmes, dit-il, notre recherche par l’île d’Éleuthère dans un « jour fort calme, le 14 de mars, et nous rapportâmes ce même jour douze « livres d’ambre gris ; cette pêche ne nous coûta que la peine de plonger
« boule; à mesure qu’il durcit, il devient plus solide et plus pesant; d’autres le mêlent et le « pétrissent avec de la farine de cosses de riz, qui en augmente la quantité et relève la couleur. '« Il y a d’autres manières de le falsifier; mais, si Ton en fait brûler un morceau, le mélange l« se découvre aussitôt par la couleur, Todeur et les autres qualités de la fumée. Les Chinois, |n pour le mettre à l’épreuve, en raclent un peu dans de Teau de thé bouillante: s’il est véri- |« table, il se dissout et se répand avec éga.lité, ce que ne fera pas celui qui est sophistiqué. Les « Japonais n’ont appris que des Chinois et des Hollandais la valeur de Tambre gris : à l’exemple « delà plupart des nations orientales de l’Asie, ils lui préfèrent Tambre jaune. » Histoire générale des Voyages, t. X, p. 657.
a. Voyez les Transactions philosophiques, n“s 385 et 387, et la réfutation de cette opinion dans les n»s 433, 434 et 435.