‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 56 sur 105 · Voyez la note de la page · texte numérisé non relu

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DU BITUME

« nos crochets de fer dans les lieux que notre guide nous indiquait, et nous

« eussions encore mieux fait si nous eussions eu des filets L’ambre mou

«se pliait de lui-même, et embrassait le crochet de fer avec lequel il se « laissait tirer jusque dans la barque; mais, faute de filets, nous eûmes le « regret de perdre deux des plus belles masses d’ambre que j’aie vues de « ma vie; leur forme étant ovale, elles ne furent pas plus tôt détachées que

« glissant sur le crochet elles se perdirent dans la mer Nous admirâmes

« avec quelle promptitude ce qui n’était qu’une gomme mollasse dans le « sein de la mer prenait assez de consistance en un quart d’heure pour « résister à la pression de nos doigts : le lendemain, notre ambre gris était « aussi ferme et aussi beau que celui qu’on vante le plus dans les magasins

« de l’Europe Quinze jours que nous employâmes à la pêche de l’ambre

« gris ne nous en rapportèrent qu’environ cent livres; notre guide nous « reprocha d’être venus trop tôt, il nous pressait de faire le voyage des Ber- « mudes, assurant qu’il y en avait encore en plus grande quantité... qu’on « en avau tiré une masse de quatre-vingts livres pesant, ce qui cessa de « m’étonner lorsque j’appris, dit ce voyageur, qu’on en avait trouvé, sur les « côtes de la Jamaïque, une masse de cent quatre-vingts livres®. »

Les Chinois, les Japonais, et plusieurs autres peuples de l’Asie, ne font pas de l’ambre gris autant de cas que les Européens : ils estiment beaucoup plus l’ambre jaune ou succin qu’ils brûlent en quantité par magnificence, tanta cause de la bonne odeur que sa fumée répand, que parce qu’ils croient cette vapeur très-salubre, et même spécifique pour les maux de tête et les affections nerveuses^

L’appétit véhément de presque tous les animaux pour l’ambre gris n’est pas le seul indice par lequel je juge qu’il contient des parties nutritives, mucilagineuses, provenant des végétaux, ou même des parties gélatineuses des animaux; et sa propriété, analogue avec le musc et la civette, semble confirmer mon opinion. Le musc et la civette sont, comme nous l’avons dit% de pures substances animales: l’ambre gris ne développe sa bonne odeur et ne rend un excellent parfum que quand il est mêlé de musc et de civette en dose convenable ; il y a donc un rapport très-voisin entre les parties odorantes des animaux et celles de l’ambre gris, et peut-être toutes deux sont-elles de même nature.

a. Voyage de Robert Lade; Paris, 1744, t. II, pages 48, 51, 72,98, 99 et 492.

b. Histoire du Japon, par Kæmpfer, Appendice, t. II, p. 50.

c. Voyez l’article de Tanimal musc, tome III, page 395, et ceux de la civette et dn zibet , tome id., page 92,

DE LA PYRITE MARTIALE

DE LA PYRITE MARTIALE

Je ne parlerai point ici des pyrites cuivreuses ni des pyrites arsenicales ; les premières ne sont qu’un minerai de cuivre, et les secondes, quoique mêlées de fer, diffèrent de la pyrite martiale* en ce qu’elles résistent aux impressions de l’air et de l’humidité, et qu’elles sont même susceptibles de recevoir le plus vif poli : le nom de marcassites, sous lequel ces pyrites arsenicales sont connues, les distingue assez pour qu’on ne puisse les confondre avec la pyrite qu’on appelle parce qu’elle contient une plus grande

quantité de fer que de tout autre métal ou demi-métal. Cette pyrite, quoique très-dure, ne peut se polir et ne résiste pas à l’impression même légère des éléments humides; elle s’effleurit à l’air, et bientôt se décompose en entier : la décomposition s’en fait par une effervescence accompagnée de tant de chaleur, que ces pyrites amoncelées, soit par la main de l’homme, soit par celle de la nature, prennent feu d’elles-mêmes dès qu’elles sont uumeclées, ce qui démontre qu’il y a dans la pyrite une grande quantité de feu tixe^, et comme cette matière du feu ne se manifeste sous une forme solide que quand elle est saisie par l’acide, il faut en conclure que la pyrite renferme également la substance du feu fixe et celle de l’acide; mais comme la pyrite elle-même n’a pas été produite par l’action du feu, elle ne contient point de soufre formé, et ce n’est que par la combustion quelle peut en fournir®; ainsi l’on doit se borner à dire que les pyrites contiennent les principes dont le soufre se forme par le moyen du feu, et non pas affirmer qu’elles contiennent du soufre tout formé : ces deux substances, l’une de feu, l’autre d’acide, sont dans la pyrite intimement réunies et liées à une terre, souvent calcaire, qui leur sert de base, et qui toujours contient une plus ou moins grande quantité de fer; ce sont là les seules substances dont la pyrite martiale est composée ; elles concourent par leur mélange et leur union intime à lui donner un assez grand degré de dureté pour étinceler contre Tacier ; et comme la matière du feu fixe provient des corps organisés, les molécules organiques, que cette matière a conservées, tracent dans ce minéral les premiers linéaments de l’organisation en lui donnant une forme régulière, laquelle, sans être déterminée à telle ou telle figure, est néanmoins toujours achevée régulièrement, en sphères, en ellipses, en prismes, en pyramides, en

a. On pourra dire que la combustion n’est pas toujours nécessaire pour produire du soufre, puisque les acides séparent le même soufre, tant des pyrites que des compositions artificielles dans lesquelles on a fait entrer le soufre tout formé; mais cette action des acides n’est-elle pas ime sorte de combustion, puisqu’ils n’agissent que par le feu qu’ils contiennent ?

1. La pyrite martiale est le bisulfure de fer. Ces pyrites , grillées et exposées à l’air, absorbent l’oxygène et se transforment en un sulfate de protoxyde de fer. Il se produit en outre, dans cette opération, de Vacide sulfurique libre.

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