‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 58 sur 105 · Voyez la note 3 de la page · texte numérisé non relu

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DE LA PYRITE MARTIALE

dureté, communiquée par la pyrite, ne subsiste qu’antant que ces matières durcies par son mélange, sont à l’abri de l’action des éléments humides; car ces pierres calcaires, ces grès et ces schistes si durs, parce qu’ils sont pyriteux, perdent à l’air en assez peu de temps, non-seulement leur dureté, mais même leur consistance.

Le feu fixe, d’abord contenu dans les corps organisés, a été pendant leur décomposition saisi par l’acide, et tous deux, réunis à la matière ferrugineuse, ont formé des pyrites martiales en très-grande quantité, dès le temps de la naissance et de la première mort des animaux et des végétaux : c’est à cette époque, presque aussi ancienne que celle de la naissance des coquillages, à laquelle il faut rapporter le temps de la formation des couches de la terre végétale et du charbon de terre, et aussi les amas de pyrites qui ont fait, en s’échauffant d’elles-mêmes, le premier foyer des volcans; toutes ces matières combustibles sont encore aujourd’hui l’aliment de leurs feux, et la matière première du soufre qu’ils exhalent. Et comme, avant l’usage que l’homme a fait du feu , rien ne détruisait les végétaux que leur vétusté, la quantité de matière végétale accumulée pendant ces premiers âges est immense : aussi s’est-il formé des pyrites dans tous les lieux de la terre, sans compter les charbons qui doivent être regardés comme les restes précieux de cette ancienne matière végétale, qui s’est conservée dans son baume ou son huile, devenue bitume par le mélange de l’acide.

Le bitume et la matière pyriteuse proviennent donc également des corps organisés : le premier en est l’huile, et la seconde la substance du feu fixe, l’un et l’autre saisis par l’acide; la différence essentielle entre le bitume et la pyrite martiale consiste en ce que la pyrite ne contient point d’huile, mais du feu fixe, de l’acide et du fer. Or nous verrons que le fer a la plus grande affinité avec le feu fixe et l’acide, et nous avons déjà démontré que ce métal, contenu en assez grande quantité dans tous les corps organisés, se réunit en grains et se régénère dans la terre végétale dont il fait partie constituante : ce sont donc ces mêmes parties ferrugineuses, disséminées dans la terre végétale, que la pyrite s’approprie dans sa formation, en les dénaturant au point que, quoique contenant une grande quantité de fer, la pyrite ne peut être mise au nombre des mines de fer, dont les plus pauvres donnent plus de métal que les pyrites les plus riches ne peuvent en rendre, surtout dans les travaux en grand , parce qu’elles brûlent plus qu’elles ne fondent, et que, pour en tirer le fer, il faudrait les griller plusieurs fois, ce qui serait aussi long que dispendieux, et ne donnerait pas encore une aussi bonne fonte que les vraies mines de fer.

La matière pyriteuse, contenue dans la couche universelle de la terre végétale, est quelquefois divisée en parties si ténues qu’elle pénètre avec l’eau, non-seulement dans les joints des pierres calcaires, mais même à travers leur masse, et que, se rassemblant ensuite dans quelque cavité, elle y

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forme des pyrites massives. M. de Lassone en cite un exemple dans les carrières de Compiègne®, et je puis confirmer ce fait par plusieurs autres semblables: j’ai vu, dans les derniers bancs de plusieurs carrières de pierre et de marbre, des pyrites en petites masses et en grand nombre, la plupart plates et arrondies, d’autres anguleuses, d’autres à peu près sphériques, etc. J’ai vu qu’au-dessous de ce dernier banc de pierre calcaire qui était situé sous les autres, à plus de cinquante pieds de profondeur, et qui portait immédiatement sur la glaise, il s’était formé un petit lit de pyrites aplaties, entre la pierre et la glaise ; j’en ai vu de même dans l’argile à d’assez grandes profondeurs, et j’ai suivi, dans cette argile, la trace de la terre végétale avec laquelle la matière pyriteuse était descendue par la filtration des eaux. L’origine des pyrites martiales, en quelque lieu qu’elles se trouvent, me paraît donc bien constatée : elles proviennent, dans la terre végétale, des détriments des corps organisés lorsqu’ils se rencontrent avec l’acide, et elles se trouvent partout où ces détriments ont été transportés anciennement par les eaux de la mer, ou infiltrés dans des temps plus modernes par les eaux pluviales ^

Comme les pyrites ont un poids presque égal à celui d’un métal, qu’elles ont aussi le luisant métallique, qu’enfin elles se trouvent quelquefois dans les terrains voisins des mines de fer, on les a souvent prises pour de vraies mines; cependant il est très-aisé de ne s’y pas méprendre, même à la première inspection, car elles sont toutes d’une figure décidée, quoique irrégulière et souvent différente; d’ailleurs, on ne les trouve guère mêlées en quantité avec la mine de fer en grains ; s’il s’en rencontre dans les mines de fer en grandes masses, elles s’y sont formées comme dans les

a. Les rocs de pierre qui se trouvent fort avant dans la terre, aux environs de Compiègne, avaient pour la plupart des cavités dont quelques-unes avaient jusqu’à un demi-pied de diamètre et plus. Dans ces cavités, on remarquait de petits mamelons ou protubérances adhérentes aux parois, qui s’étaient formés en manière de stalactites; mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est une pyrite qui s’était formée dans une de ces cavités par un gubr pyriteux, filtré à travers le tissu même du bloc de pierre. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1771, page 86.

b. Dans la chaîne des collines d’Alais, M. l’abbé de Sauvages a observé une grande quantité de pyrites : « Elles sont, dit-il, principalement composées d’une matière inflammable , d’un « acide vitriolique et d’une terre vitrifiable et métallique qui leur donne une si grande dureté « qu’on en tire des étincelles avec le fusil lorsque la terre métallique est ferrugineuse.

« Cette matière dissoute, qui forme les pyrites, a suivi dans nos rochers des routes pareilles à « celles des sucs pierreux ordinaires :

« 1® Elle a pénétré intimement les pores de la pierre, et quoiqu’on ne l’y distingue pas tou- « jours dans les cassures, on ne peut pas douter de sa présence par l’odeur que donnent les « pierres qu’on a fait calciner à demi ;

« 2® Elle s’est épanchée et cristallisée dans des veines qu’on prendrait pour de petits filons « métalliques.

« Lorsque le suc pyriteux a été plus abondant et qu’il a rencontré des cavités ou des fentes « assez larges pour n’y point être gêné, il s’est répandu comme les sucs pierreux dans ces « fentes, il s’y est cristalüsé d’une façon régulière. » Voyez les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1746, p. 732 jusqu’à 740.

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bancs de pierre, par la filtration des eaux ; elles sont aussi plus dures que les mines de fer, et lorsqu’on les mêle au fourneau, elles les dénaturent et les brûlent au lieu de les faire fondre. Elles ne sont pas disposées comme les mines de fer en amas ou en couches , mais toujours dispersées, ou du moins séparées les unes des autres même dans les petits lits où elles sont le plus contiguës.

Lorsqu’elles se trouvent amoncelées dans le sein de la terre, et que l’humidité peut arriver à leur amas, elles produisent les feux souterrains dont les grands effets nous sont représentés par les volcans, et les moindres effets par la chaleur des eaux thermales, et par les sources de bitume fluide que cette chaleur élève par distillation.

La pyrite, qui parait n’être qu’une matière ingrate et même nuisible, est néanmoins l’un des principaux instruments dont se sert la nature pour reproduire le plus noble de tous ses éléments : elle a renfermé dans cette matière vile le plus précieux de ses trésors, ce feu fixe, ce feu sacré qu’elle avait départi aux êtres organisés, tant par l’émission de la lumière du soleil que par la chaleur douce dont jouit en propre le globe de la terre

Je renvoie aux articles suivants ce que nous avons à dire, tant au sujet des marcassites, que sur les pyrites jaunes cuivreuses, les blanches arsenicales, les galènes du plomb, et en général sur les minerais métalliques, dont la plupart ne sont que des pyrites plus ou moins mêlées de métal.

DES MATIÈRES VOLCANIQUES

Sous le nom de matières volcaniques , je n’entends pas comprendre toutes les matières rejetées par l’explosion des volcans, mais seulement celles qui ont été produites ou dénaturées par l’action de leurs feux : un volcan dans une grande éruption, annoncée par les mouvements convulsifs de la terre, soulève, détache et lance au loin les rochers, les sables, les terres, toutes les masses en un mot qui s’opposent à l’exercice de ses forces; rien ne peut résistera l’élément terrible dont il est animé; l’océan de feu qui lui sert de base, agite et fait trembler la terre avant de l’entr’ouvrir ; les résistances qu’on croirait invincibles, sont forcées de livrer passage à ses flots enflammés; ils enlèvent avec eux les bancs entiers ou en débris des pierres les plus dures, les plus pesantes, comme tes couches de terre les plus légères ; et projetant le tout sans ordre et sans distinction, chaque volcan forme, au-dessus

1. Buffon fait jouer aux pyrites un beaucoup trop grand rôle : d’abord, leurs grands effets ne sont pas représentés par les volcans ( voyez les notes du chapitre suivant sur les matières volcaniques) ; ensuite, el'es ne renferment pas le feu fixe , car il n’y a pas de feu fixe ; et enfin , ce feu sacré, a que la nature a départi aux êtres organisés, » ou n’est qu’un vain mot, ou est la vie même, et la vie ne vient pas des pyrites

DES MATIÈRES VOLCANIQUES

OR autour de sa montagne, des collinesde décombresde ces mêmes matières, qui faisaient auparavant la partie la plus solide et le massif de sa base.

On retrouve, dans ces amas immenses de matières projetées, les mêmes sortes de pierres vitreuses ou calcaires, les mêmes sables et terres dont les unes n’ayant été que déplacées et lancées sont demeurées intactes, et n’ont reçu aucune atteinte de l’action du feu; d’autres qui en ont été sensiblement altérées, et d’autres enfin qui ont subi une si forte impression du feu, et souffert un si grand changement, qu’elles ont pour ainsi dire été transformées, et semblent avoir pris une nature nouvelle et différente de celle de toutes les matières qui existaient auparavant.

Aussi avons-nous cru devoir distinguer dans la matière purement brute deux états différents, et en faire deux classes séparées® ; la première composée des produits immédiats du feu primitif, et la seconde des produits secondaires de ces foyers particuliers de la nature dans lesquels elle travaille en petit comme elle opérait en grand dans le foyer général de la vitrification du globe; et même ses travaux s’exercent sur un plus grand nombre de substances, et sont plus variés dans les volcans qu’ils ne pouvaient l’être dans le feu primitif, parce que toutes les matières de seconde formation n’existaient pas encore, les argiles, la pierre calcaire, la terre végétale n’ayant été produites que postérieurement par l’intermède de l’eau , au lieu que le feu des volcans agit sur toutes les substances anciennes ou nouvelles, pures ou mélangées, sur celles qui ont été produites par le feu primitif, comme sur celles qui ontété formées parles eaux, sur les substances organisées et sur les masses brutes ; en sorte que les matières volcaniques se présentent sous des formes bien plus diversifiées que celles des matières primitives.

Nous avons recueilli et rassemblé pour le Cabinet du Roi une grande quantité de ces productions de volcans : nous avons profité des recherches et des observations de plusieurs physiciens, qui, dans ces derniers temps, ont soigneusement examiné les volcans actuellement agissants et les volcans éteints; mais, avec ces lumières acquises et réunies, je ne me flatte pas de donner ici la liste entière de toutes les matières produites par leurs feux, et encore moins de pouvoir présenter le tableau fidèle et complet des opérations qui s’exécutent dans ces fournaises souterraines, tant pour la destruction des substances anciennes que pour la production ou la composition des matières nouvelles.

Je crois avoir bien compris, et j’ai tâché de faire entendre comment se fait la vitrification des laves dans les monceaux immenses de .terres brûlées, de cendres et d’autres matières ardentes projetées par explosion dans les éruptions du volcan ; comment la lave jaillit en s’ouvrant des issues au bas de ces monceaux; comment elle roule en torrents, ou se répand comme

а. Voyez le premier article de cette histoire des Minéraux.

б. Voyez tome Df, article des Laves et des Basaltes.

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un déluge de feu, portant partout la dévastation et la mort; comment cette même lave, gonflée par son feu intérieur, éclate à sa surface „ et Jaillit de nouveau pour former des éminences élevées au-dessus de son niveau; comment enfin, précipitant son cours du haut des côtes dans la mer, elle forme ces colonnes de basalte qui , par leur renflement et leur effort réciproque , prennent une figure prismatique, à plus ou moins de pans suivant les différentes résistances, etc. : ces phénomènes généraux me paraissent clairement expliqués; et quoique la plupart des effets particuliers en dépendent, combien n’y a-t-il pas encore de choses importantes à observer sur la différente qualité de ces mêmes laves et basaltes, sur la nature des matières dont ils sont composés, sur les propriétés de celles qui résultent de leur décomposition? Ces recherches supposent des études pénibles et suivies : à peine sont-elles commencées; c’est pour ainsi dire une carrière nouvelle trop vaste pour qu’un seul homme puisse la parcourir tout entière, mais dans laquelle on jugera que nous avons fait quelques pas, si l’on réunit ce que j’en ai dit précédemment à ce que je vais y ajouter

Il était déjà difficile de reconnaître dans les premières matières celles qui ont été produites par le feu primitif, et celles qui n’ont été formées que par l’intermède de l’eau ’ : à plus forte raison aurons-nous peine à distinguer celles qui, étant également des produits du feu, ne diffèrent les unes des autres qu’en ce que les premières n’ont été qu’une fois liquéfiées ou sublimées, et que les dernières ont subi une seconde et peut-être une troisième action du feu^. En prenant donc en général toutes les matières rejetées par les volcans, il se trouvera dans leur quantité un certain nombre de substances qui n’ont pas changé de nature : le quartz, les jaspes et les micas doivent se rencontrer dans les laves, sous leur forme propre ou peu altérée; le feldspath, le schorl, les porphyres et granités peuvent s’y trouver aussi , mais avec de plus grandes altérations, parce qu’ils sont plus fusibles ; les grès et les argiles s’y présenteront convertis en poudres et en verres ; on y verra les matières calcaires calcinées; le fer et les autres métaux sublimés en safran, en litharge; les acides et alcalis devenus des sels concrets; les

a. Voyez Tarticle entier des Volcans : Époques de la Nature, t. IX, p. 528 etsuiv., et Addi~ lions, t. I,p. 383 et suiv.

1 Les malières produites par le feu primitif, et celles qui n’ont été formées que par

l'intermède de l’eau... « Leibnitz, le premier, pose les deux principes qui ont successive- « ment formé et reformé le globe, le feu et Y eau; et, désormais, tout l’effort de la géologie « sera de démêler les effets distincts de ces deux grands agents. » (Voyez mon livre intitulé : De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe ; au chapitre de l'apparition de la vie sur le globe.)

2, Les matières volcaniques n’ont pas subi d’autre action du feu que les matières produites par le feu primitif. Elles sont également le produit de ce feu primitif; elles en sont également le produit direct : toutes ces matières viennent d’une seule et même source , le feu primitif, le feu central; et cette unité de source , (Y origine , de cause, est le grand progrès qu’a lait la théorie du globe depuis Buffon. (Voyez, 1. 1 et IX. toutes mes précédentes notes sur les volcans.)

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pyrites converties en soufres vifs; les substances organisées végétales ou animales réduites en cendres; et toutes ces matières mélangées à différentes doses ont donné des substances nouvelles, et qui paraissent d’autant plus éloignées de leur première origine qu’elles ont perdu plus de traits de leur ancienne forme.

Et si nous ajoutons à ces effets de la force du feu qui par lui-même consume, disperse et dénature, ceux de la puissance de l’eau qui conserve, rapproche et rétablit, nous trouverons encore dans les matières volcanisées des produits de ce second élément : les bancs de basalte ou de laves auront leurs stalactites comme les bancs calcaires ou les masses de granités; on y trouvera de même des concrétions, des incrustations, des cristaux, des spaths, etc. Un volcan est à cet égard un petit univers; il nous présentera plus de variétés dans le règne minéral, que n’en offre le reste de la terre dont les parties solides n’ayant souffert que l’action du premier feu, et ensuite le travail des eaux, ont conservé plus de simplicité : les caractères imprimés par ces deux éléments, quoique difficiles à démêler, se présentent néanmoins avec des traits mieux prononcés; au lieu que dans les matières volcaniques, la substance, la forme, la consistance, tout, jusqu’aux premiers linéaments de la figure, est enveloppé, ou mêlé, ou détruit, et de là vient l’obscurité profonde où se trouve jusqu’à ce jour la minéralogie des volcans.

Pour en éclaircir les points principaux , il nous paraît nécessaire de rechercher d’abord quelles sont les matières qui peuvent produire et entretenir ce feu, tantôt violent, tantôt calme et toujours si grand, si constant, si durable qu’il semble que toutes les substances combustibles de la surface de la terre ne suffiraient pas pour alimenter pendant des siècles une seule de ces fournaises dévorantes; mais si nous nous rappelons ici que tous ies végétaux produits pendant plusieurs milliers d’années ont été entraînés par les eaux et enfouis dans les profondeurs de la terre, où leurs huiles converties en bitumes les ont conservés; que toutes les pyrites formées en même temps à la surface de la terre ont suivi le même cours et on< été déposées dans les profondeurs où les eaux ont entraîné la terre végétale ; qu’enfin la couche entière de cette terre, qui couvrait dans les premiers temps les sommets des montagnes, est descendue avec ces matières combustibles pour remplir les cavernes qui servent de voûtes aux éminences du globe, on ne sera plus étonné de la quantité et du volume, ni de la force et de la durée de ces feux souterrains. Les pyrites humectées par l’eau s’enflamment d’elles-mêmes; les charbons de terre dont la quantité est encore plus grande que celle des pyrites, les limons bitumineux qui les avoisinent, toutes les terres végétales anciennement enfouies ', sont autant de dépôts iné-

1. Buffon accumule iuutilement toutes ces matières : les dépôts bitumineux, les pyrites (voyez la note de la page 299), les charbons de terre, etc.; la source réelle est bien autrement puissante, inépuisable, immense , que celle qu’il imagine : cette source est la masse intérieure

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puisables de substances combustibles dont les feux une fois allumés peuvent durer des siècles de siècles, puisque nous avons des exemples de veines de charbon de terre dont les vapeurs s’étant enflammées ont communiqué leur feu à lamine entière de ces charbons qui brûlent depuis plusieurs centaines d’années, sans interruption et sans une diminution sensible de leur masse.

Et l’on ne peut guère douter que les anciens végétaux et toutes les productions résultantes de leur décomposition n’aient été transportés et déposés par les eaux de la mer, à des profondeurs aussi grandes que celles où se trouvent les foyers des volcans*, puisque nous avons des exemples de veines de charbon de terre, exploitées à deux mille pieds de profondeur et qu’il est plus que probable qu’on trouverait des charbons de terre et des pyrites, enfouis encore plus profondément.

Or chacune de ces matières, qui servent d’aliment au feu des volcans, doit laisser après la combustion différents résidus, et quelquefois produire des substances nouvelles : les bitumes en brûlant donneront un résidu charbonneux, et formeront cette épaisse fumée qui ne paraît enflammée que dans l’obscurité. Cette fumée enveloppe constamment la tête du volcan, et se répand sur ses flancs en brouillard ténébreux; et lorsque les bitumes souterrains sont en trop grande abondance, ils sont projetés au dehors avant d’être brûlés : nous avons donné des exemples de ces torrents de bitume vomis par les volcans, quelquefois purs et souvent mêlés d’eau. Les pyrites dégagées de leurs parties fixes et terreuses, se sublimeront sous la forme de soufre, substance nouvelle^, qui ne se trouve ni dans les produits du feu primitif ni dans les matières formées par les eaux ; car le soufre, qu’on dit être formé par la voie humide, ne se produit qu’au moyen d’une forte eftêrvescence dont la grande chaleur équivaut à l’action du feu : le soufre ne pouvait en effet exister avant la décomposition des êtres organisés et la conversion de leurs détriments en pyrites, puisque sa substance ne contient que l’acide et le feu qui s’était fixé dans les végétaux ou animaux, et qu’elle se forme par la combustion de ces mêmes pyrites, déjà remplies du feu fixe

a. Voyez l’article du Charbon de terre.

même du globe. « Suivant les phases diverses que les sciences chimiques ont parcourues , les « phénomènes volcaniques ont été successivement attribués aux bitumes , puis aux pyrites ou à « un mélange humide de soufre et de fer réduits en poussière, tantôt à des pyrophores naturels, M tantôt aux métaux des alcalis et des terres... La nouvelle géognosie préfère en chercher la « cause dans la chaleur centrale de notre globe , chaleur dont l’existence se révèle à la surface « par la température croissant rapidement avec la profondeur, sous toutes les latitudes, et dont (( l’origine remonte à ces époques cosmogoniques où notre planète fut elle-même formée par la « condensation progressive d’une partie de l’atmosphère nébuleuse du soleil.» (Humboldt: Cosmos, t. I, p. 270.)

1. Les foyers des volcans (je n’ai plus besoin de le redire) sont à des profondeurs bien plus grandes que ne le supposait Buffon. (Voyez les notes des pages 57 et 58 du t. Br.)

2. Le soM/’?-e est ime substance primitive, et, jusqu’ici du moins, une substance simple. (Vojbz la note 4 de la page 16.)

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qu’elles ont tiré des corps organisés ‘ ; le sel ammoniaque se formera et se sublimera de même par le feu du volcan; les matières végétales ou animales contenues dans la terre limoneuse , et particulièrement dans les terreaux , les charbons de terre, les bois fossiles et les tourbes, fourniront cette cendre qui sert de fondant pour la vitrification des laves; les matières calcaires, d’abord calcinées et réduites en poussière de chaux, sortiront en tourbillons encore plus épais, et paraîtront comme des nuages massifs en se répandant au loin; enfin la terre limoneuse se fondra, les argiles se cuiront, les grès se coaguleront , le fer et les autres métaux couleront , les granités se liquéfieront, et des unes ou des autres de ces matières, ou du mélange de toutes, résultera la composition des laves, qui dès lors doivent être aussi différentes entre elles que le sont les matières dentelles sont composées.

Et non-seulement ces laves contiendront les matières liquéfiées, fondues, agglutinées et calcinées par le feu; mais aussi les fragments de toutes les autres matières qu’elles auront saisies et ramassées en coulant sur la terre, et qui ne seront que peu ou point altérées par le feu ; enfin elles renfermeront encore dans leurs interstices et cavités les nouvelles substances que l’infiltration et la stillation de l’eau aura produites avec le temps en les décomposant, comme elle décompose toutes les autres matières.

La cristallisation, qu’on croyait être le caractère le plus sûr de la formation d’une substance par l’intermède de l’eau, n’est plus qu’un indice équivoque depuis qu’on sait qu’elle s’opère par le moyen du feu comme par celui de l’eau^: toute matière liquéfiée par la fusion donnera , comme les autres liquides, des cristallisations; il ne leur faut pour cela que du temps, de l’espace et du repos ; les matières volcaniques pourront donc contenir des cristaux, les uns formés par l’action du feu et les autres par l’infiltration des eaux; les premiers dans le temps que ces matières étaient encore en fusion, et les seconds longtemps après qu’elles ont été refroidies. Le feldspath est un exemple de la cristallisation par le feu primitif, puisqu’on le trouve cristallisé dans les granités qui sont de première formation. Le fer se trouve souvent cristallisé dans les mines primordiales, qui ne sont que des rochers de pierres ferrugineuses attirables à l’aimant, et qui ont été formées comme les autres grandes masses vitreuses par le feu primitif; ce même fer se cristallise sous nos yeux par un feu lent et tranquille; il en est de même des autres métaux et de tous les régules métalliques. Les matières volcaniques pourront donc renfermer ou présenter au dehors toutes ces substances cristallisées par le feu : ainsi je ne vois rien dans la nature, de tout ce qui a été formé par le feu ou par l’eau, qui ne puisse se trouver dans le produit des volcans, et je vois en même temps que leurs feux ayant combiné beaucoup plus de substances que le feu primitif, ils ont donné naissance au

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