Lettres de M. Ferber sur la Minéralogie, p. 24 et
1. .. Le feu secondaire des volcans. Le feu des volcans n’est point un feu secondaire , c’est le feu primitif. (Voyez la note 2 de la page 301 .) Les matières, produites par les volcans et celles que Buffon appelle le produit du feu priuîiïf/’ diffèrent entre elles, non d’origine , mais de nature. Chaque époque géologique a sa nature de produits ignés-, et ces produits sont d’autant plus différents qu’ils appartiennent à des époques plus éloignées les unes des autres : c’est pourquoi les granités diffèrent beaucoup des laves actuelles.
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cieuses que nous faisons des verres de toutes couleurs, et même aussi Lianes que le cristal de roche ^ et presque aussi brillants que le diamant', que dans ces mêmes fourneaux nous voyons se former des cristallisations sur les matières fondues lorsqu’elles sont en repos, et que le feu est longtemps soutenu, nous ne pouvons douter que la nature n’opère les mêmes effets avec bien plus de puissance dans ses foyers immenses, allumés depuis nombre de siècles, entretenus sans interruption et fournis, suivant les circonstances, de toutes les matières dont nous nous servons pour nos compositions. Il faut donc, en examinant les matières volcaniques, que le naturaliste fasse comme le lapidaire, qui rejette au premier coup d’œil et sépare les stras, et autres verres de composition, des vrais diamants et des pierres précieuses ; mais le naturaliste a ici deux grands désavantages : le premier est d’ignorer ce que peut faire et produire un feu dont la véhémence et la continuité ne peuvent être comparées avec celles de nos feux ; le second est l’embarras où il se trouve pour distinguer dans ces mêmes matières volcaniques celles qui , étant vraies substances de nature, ont néanmoins été plus ou moins altérées, déformées ou fondues par l’action du feu, sans cependant être entièrement transformées en verres ou en matières nouvelles ; cependant au moyen d’une inspection attentive, d’une comparaison exacte et de quelques expériences faciles sur la nature de chacune de ces matières, on peut espérer de les reconnaître assez pour les rapporter aux substances naturelles, ou pour les en séparer et les joindre aux compositions artificielles, produites par le feu de nos fourneaux.
Quelques observateurs, émerveillés des prodigieux effets produits par ces feux souterrains, ayant sous leurs yeux les gouffres et les montagnes formées par leurs éruptions, trouvant dans les matières projetées des substances de toute espèce, ont trop accordé de puissance et d’effet aux volcans; ne voyant dans les terrains volcanisés que confusion et bouleversement, ils ont transporté cette idée sur le globe entier, et ont imaginé* que toutes les montagnes s’étaient élevées par la violente action et la force de ces feux intérieurs dont ils ont voulu remplir la terre jusqu’au centre : on a même attribué à un feu central, réellement existant, la température ou chaleur
a. Voyez Touvrage de M. de Fontanieu, de TAcadémie des Sciences, sur la Manière d'imiter toutes les pierres précieuses.
b. Le verre ou cristal de Bohême, le flintglass, etc.
c. Les verres brillauts, connus vulgairement sous le nom de stras.
1... Ont imaginé; et, sans trop s’en douter, ils avaient raison ; toutes les montagnes ont été soulevées par la violente action et la force du feu intérieur dont est rempli le centre de la terre. — Il est bien digne de remarque que Buffon, le plus éloquent et le plus puissant propagateur de l’idée du feu primitif, du feu concentré, du feu permanent dans l’intérieur du globe (voyez la note 3 delà page 20 dut. IX® ), n’ait apereu aucun des effets nécessaires de cette force expansive, invincible, toujours prête à faire explosion, et à produire quelqu’un de ces grands phénomènes, que, par im dernier complément de ses propres vues, nous y ramenons aujoiu’d’hui ; les tremblements de terre, les volcans, le soulèvement des montagnes, etc., etc.
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actuelle de l’intérieur du globe.' Je crois avoir suffisamment démontré la fausseté de ces idées : quels seraient les aliments d’une telle masse de feu? pourrait-il subsister, exister sans air? et sa force expansive n’aurait-elle pas fait éclater le globe en mille pièces? et ce feu, une fois échappé après cette explosion, pourrait-il redescendre et se trouver encore au centre de la terre? son existence n’est donc qu’une supposition qui ne porte que sur des impossibilités, et dont, en l’admettant, il ne résulterait que des effets contraires aux phénomènes connus et constatés. Les volcans ont à la vérité rompu, bouleversé les premières couches de la terre en plusieurs endroits; ils en ont couvert et brûlé la surface par leurs éjections enflammées; mais ces terrains volcanisés, tant anciens que nouveaux, ne sont pour ainsi dire que des points sur la surface du globe, et en comptant avec moi dans le passé cent fois plus de volcans qu’il n’y en a d’actuellement agissants, ce n’est encore rien en comparaison de l’étendue de la terre solide et des mers : tâchons donc de n’attribuer à ces feux souterrains que ce qui leur appartient, ne regardons les volcans que comme des instruments , ou si l’on veut comme des causes secondaires^, et conservons au feu primitif et à l’eau, comme causes premières, le grand établissement et la disposition primordiale de la masse entière de la terre.
Pour achever de se faire des idées fixes et nettes sur ces grands objets, il faut se rappeler ce que nous avons dit au sujet des montagnes primitives, et les distinguer en plusieurs ordres : les plus anciennes, dont les noyaux et les sommets sont de quartz et de jaspe, ainsi que celles des granités et porphyres qui sont presque contemporaines, ont toutes été formées par les boursouflures du globe dans le temps de sa consolidation; les secondes dans l’ordre de formation sont les montagnes de schiste ou d’argile qui enveloppent souvent les noyaux des montagnes de quartz ou de granités, et qui n’ont été formées que par les premiers dépôts des eaux après la conversion des sables vitreux en argile; les troisièmes sont les montagnes calcaires, qui généralement surmontent les schistes ou les argiles, et quelquefois les quartz et les granités, et dont l’établissement est, comme on l’on voit, encore postérieur à celui des montagnes argileuses®^ : ainsi les petites ou
a. « Remarquez encore que, dans mon voyage de ITtalie par le Tyrol, j’ai d’abord traversé « des montagnes calcaires, ensuite des schisteuses, et enfin de granité ; que ces dernières étaient
1. Mais, sans doute; et à quoi pourrait-on attribuer la température ou chaleur de l’intérieur du globe qu’à uu feu central, réellement existant? ’&xÆo'o. oublie-t-il ce qu’il nous a dit de O cette grande chaleur qui réside dans l’intérieur du globe , et qui sans cesse en émane à l’exté- « rieur? » (Voyez t. IX, page 20 et suiv., ou plutôt voyez tout le tome IX® et tout le I®’'.) Non, il ne l’oublie pas; mais il ne voit qu’à demi la puissance et les effets de cette grande et première cause de tous les bouleversements, de tous les changements, de toutes les révolutions du globe.
2. Les volcans ne sont pas même, à parler rigoureusement, des causes secondaires : ce ne sont que des instruments, des effets du feu primitif. ’
3. Naguère encore, Buffon disait que toutes les montagnes avaient été formées dès le pre-
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grandes éminences formées par le soulèvement ou l’effort des feux souterrains, et les collines produites par les éjections des volcans, ne doivent être considérées que comme des tas de décombres, provenant de ces premières matières projetées et accumulées confusément.
On se tromperait donc beaucoup si l’on voulait attribuer aux volcans les plus grands bouleversements qui sont arrivés sur le globe : l’eau a plus influé que le feu sur les cbangements qu’il a subis depuis l’établissement des montagnes primitives; c’est l’eau qui a rabaissé, diminué ces premières éminences, ou qui les a enveloppées et couvertes de nouvelles matières; c’est l’eau qui a miné, percé les voûtes des cavités souterraines qu’elle a fait écrouler, et ce n’est qu’à l’affaissement de ces cavernes qu’on doit attribuer l’abaissement des mers et l’inclinaison des couches de la terre, telle qu’on la voit dans plusieurs montagnes , qui sans avoir éprouvé les violentes secousses du feu, sans s’être entr’ouvertes pour lui livrer passage, se sont néanmoins affaissées, rompues, et ont penché, en tout ou en partie, par une cause plus simple et bien plus générale, c’est-à-dire par l’affaissement des cavernes dont les voûtes leur servaient de base* ; car lorsque ces voûtes se sont enfoncées, les terres supérieures ont été forcées de s’affaisser, et c’est alors que leur continuité s’est rompue, que leurs couches horizontales se sont inclinées, etc.; c’est donc à la rupture et à la chute des cavernes ou boursouflures du globe, qu’il faut rapporter tous les grands changements qui se sont faits dans la succession des temps. Les volcans n’ont produit | qu’en petit quelques effets semblables “ , et seulement dans les portions de
« les plus élevées; que je suis redescendu de la partie la plus élevée de la province par des « montages scliisteuses et ensuite calcaires : souvenez-vous de plus qu’on observe la même « chose eu montant les autres chaînes de montagnes considérables de l’Europe, comme cela c( est incontestable dans les montagnes Garpathiques, celles de la Saxe, du Hartz, de la Silésie, ^ « de la Suisse, des Pyrénées, de l’Écosse et de la Laponie, etc., il parait qu’on peut eu tirer « la juste conséquence que le granité forme les montagnes les plus élevées, et eu même temps « les plus profondes et les plus anciennes que Ton connaisse eu Europe, puisque toutes les « autres montagnes sont appuyées et reposent sur le graulte; que le schiste argileux, qu’il soit « pur ou mêlé de quartz et de mica, c’est-à-dire que ce soit du schiste corné ou du grès, a été « posé sur le granité ou à côté de lui, et que les montagnes calcaires ou autres couches de « pierre ou de terre amenées par les eaux ont encore été placées par-dessus le schiste. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, etc., p. 493 et 496.
a. « La vue des crevasses obliques remplies d’une lave couleur de rouille qui sont dans le
mier temps de la consolidation du globe {Époques de la nature, t. IX, p. 493; voyez aussi la note 2 de cette même page, et la note de la page 306 du même volume) : il reconnaît ■ aujourd’hui des montagnes de divers âges , de divers temps : de plus anciennes , de secondes dans l’ordre de formation , de troisièmes, etc. — « Buffon ne distinguait pas d’abord les mon- i « tagnes des diverses époques. Mais plus tard les observations de Saussure, de Pallas et de « Deluc l’obligèrent à modifier son système pour qu’il fût en harmonie avec les faits que a ces savants avaient observés. Il surmonta toutes les difficultés avec beaucoup de génie... » (Cuvier.)
1. Les cavernes dont les voûtes servent de hase... (Voyez la note 1 de la page 509 du IX« I volume. )
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terre où se sont trouvées ramassées les pyrites et autres matières inflammables et combustibles qui peuvent servir d’aliment à leur feu , matières qui n’ont été produites que longtemps après les premières, puisque toutes proviennent des substances organisées.
Nous avons déjà dit que les minéralogistes semblent avoir oublié, dans leur énumération des matières minérales, tout ce qui a rapport à la terre végétale; ils ne font pas même mention de sa conversion en terre limoneuse ni d’aucune de ses productions minérales; cependant cette terre est à nos pieds, sous nos yeux , et ses anciennes couches sont enfouies dans le sein de la terre , à toutes les profondeurs où se trouvent aujourd’hui les foyers des volcans, avec toutes les autres matières qui entretiennent leur feu, c’est-à-dire les amas de pyrites, les veines de charbon de terre, les dépôts de bitume et de toutes les substances combustibles : quelques-uns de ces observateurs ont bien remarqué que la plupart des volcans semblaient avoir leur foyer dans les schistes et que leur feu s’était ouvert une issue, non-seulement dans les couches de ces schistes, mais encore dans les hancs et les rochers calcaires qui d’ordinaire les surmontent ; mais ils n’ont pas pensé que ces schistes et ces pierres calcaires avaient, pour base commune, des voûtes de cavernes dont la cavité était en tout ou en partie remplie de terre végétale, de pyrites, de bitume, de charbon et de toutes les substances nécessaires à l’entretien du feu; que par conséquent, ces foyers de volcan ne peuvent pas être à de plus grandes profondeurs que celle où les eaux de la mer ont entraîné et déposé les matières végétales des premiers âges*, et que par la même conséquence les schistes et pierres cal-
« schiste de Recoaro fournit une des preuves les plus convaincantes que le foyer des volcans « existe à la plus grande profondeur dans le schiste et même au-dessous : les fissures qu’on « voit ici dans le schiste doivent encore leur origine au dessèchement des parties précédem- « ment imprégnées d’eau, aux violentes commotions et tremhlements de terre, enfin aux efforts « prodigieux que fait.de bas en haut la matière enflammée d’un volcan; de là les couches « calcaires, dont la position primitive était horizontale, sont devenues obliques, telles que sont « les couches calcaires supérieures de la Scaglia, adossées aux côtés des monts Euganéens ; de « là les fissures des roches calcaires ont été remplies de laves, qui ont même pénétré entre « leurs différentes couches et les ont séparées, comme il se voit dans la vallée de Polisella, « dans le Véronais et en beaucoup d’autres endroits.
« Les flots et les inondations ont déposé des couches accidentelles {strata tertiara) qui ont « couvert tout le désordre causé par les volcans; de nouvelles éruptions sont survenues, et il est « facile d’entrevoir que, dans peut-être plusieurs milliers d’années, ces événements peuvent « s’être réitérés un grand nombre de fois : cette succession de révolutions, dues alternativement « au feu et à l’eau, doit avoir occasionné une grande confusion et un mélange surprenant des « produits de ces deux éléments.» Lettres sur la Minéralogie , par M. Ferber, etc., p. 63 et 66
a. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, p. 70 et suiv.
1. On voit, une fois de plus, combien étaient encore bornées, et, si je puis ainsi dire, petites, les idées que se faisait Buffon des volcans (voyez la note 2 de la page 534 du t. IX). Les foyers des volcans sont à de bien oxAves profondeurs que celles où les eaux de la mer ont entraîné et déposé les premières matières végétales. (Voyez mes précédentes notes sur les volcans.)
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caires qui surmontent le foyer du volean n’ont d’autre rapport avec son feu que de lui servir de cheminée; que de même la plupart des substances, telles que les soufres, les bitumes et nombre d’autres minéraux sublimés ou projetés par le feu du volcan, ne doivent leur origine qu’aux matières végétales et aux pyrites qui lui servent d’aliment ; qu’enfm la terre végétale étant la vraie matrice de la plupart des minéraux figurés qui se trouvent à la surface et dans les premières couches du globe, elle est aussi la base de presque tous les produits immédiats de ce feu des volcans'.
Suivons ces produits en détail, d’après le rapport de nos meilleurs observateurs, et donnons des exemples de leur mélange avec les matières anciennes. On voit, au monte lîonca et en plusieurs autres endroits du Vicentin, des couches entières d’un mélange de laves et de marbre, ou de pierres calcaires réunies en une sorte de brèche, à laquelle on peut donner le nom de brèche volcanique ; on trouve un autre marbre-lave dans une grande fente perpendiculaire d’un rocher calcaire, laquelle descend jusqu’à VAstico, torrent impétueux, et ce marbre, qui ressemble à la brèche africaine, est composé de lave noire et de morceaux de marbre blanc dont le grain est très-fm, et qui prend parfaitement le poli. Cette lave en brocatelle ou en brèche n’est point rare; on en trouve de semblables dans la vallée d'Eriofredo, au-dessus de Tonnesa'^, et dans nombre d’autres endroits des terrains volcanisés de cette contrée : ces marbres-laves varient tant par les couleurs de la lave que par les matières calcaires qui sont entrées dans leur composition.
Les laves du pays de Tresto sont noires et remplies, comme presque toutes les laves, de cristallisations blanches à beaucoup de facettes de la nature du scborl auxquelles on pourrait donner le nom de grenats blancs : ces petits cristaux de grenats ou scborls blancs ne peuvent avoir été saisis que par la lave en fusion, et n’ont pas été produits dans cette lave même par cristallisation, comme semble l’insinuer M. Ferber en disant « qu’ils « sont d’une nature et d’une figure qui ne s’est vue jusqu’ici dans aucun « terrain de notre globe, sinon dans la lave, et que leur nombre y est proie digieux. On trouve, ajoute-t-il, au milieu de la lave différentes espèces « de cailloux qui font feu avec l’acier, telles que des pierres à fusil, des «jaspes, des agates rouges, noires, blanches, verdâtres et de plusieurs « autres couleurs, des hyacinthes, des chrysolithes, des cailloux delà nature « des calcédoines, et des opales qui contiennent de l’eau'’. » Ces derniers
a. Lettres de M. Ferber, p. 67.
l. Lettres de M. Ferber, p. 70, 73 et 80. — Oa acliète souvent à Naples des verres artificiels an lieu de pierres précieuses du Vésuve, qui sont des variétés de scliorl de diverses couleurs qu( sortent de ce volcan. Idem, ibidem, p. 146.
1. La te7re végétale n’est point la première base de tous les produits immédiats du feu des volcans. La première base des pi'oduits immédiats du feu des volcans est dans les substances mêmes qui composent le noyau central du globe en fusion.
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faits cônfirmeiit ce que nous venons de dire au sujet des cristaux de scliorl qui, comme les pierres précédentes, ont été enveloppés dans la lave.
Toutes les laves sont plus ou moins mêlées de particules de fer; mais il est rare d’y voir d’autres métaux, et aucun métal ne s’y trouve en fdons réguliers et qui aient de la suite ; cependant le plomb et le mercure en cinabre, le cuivre et même l’argent, se rencontrent quelquefois en petite quantité dans certaines laves : il y en a aussi qui renferment des pyrites, de la manganèse, de la blende, et de longues et brillantes aiguilles d’antimoine®.
Les matières fondues par le feu des volcans ont donc enveloppé des substances solides et des minéraux de toutes sortes; les poudres calcinées qui s’élèvent de ces gouffres embrasés se durcissent avec le temps et se convertissent en une espèce de tuffeau assez solide pour servir à bâtir. Près du Yésuve, ces cendres terreuses rejetées se sont tellement unies et endurcies par le laps de temps, qu’elles forment aujourd’hui une pierre ferme et compacte dont ces collines volcaniques sont entièrement composées*.
On trouve aussi dans les laves différentes cristallisations qui peuvent provenir de leur propre substance, et s’être formées pendant la condensation et le refroidissement qui a suivi la fusion des laves : alors, comme le pense
а. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, p. 85 et 86.
б. « Pompéia et Herculanum étaient bâties de ce tuf et de laves ; ces villes ont été couvertes « de cendres, qui se sont converties en tuf; sous les jardins de Portici on a découvert trois « différents lits de laves les uns sous les autres, et on ignore le nombre des couches volcaniques « qu’on trouverait encore au-dessous; c’est de ce tuf qu’on se sert encore aujourd’hui pour la « construction des maisons de Naples... Les catacombes ont été creusées par les anciens dans « ce même tuf... On trouve de temps en temps, dans ce tuf et dans les cendres, des cristaux de « schorl blanc en forme de grenats arrondis à beaucoup de facettes; ils sont à demitranspa- « rents et vitreux, ou bien ils sont changés en une farine argileuse... 11 y a même de ces « cristaux dans les pierres ponces rouges que renferme la cendre qui a enseveli Pompéia... La « mer détache une quantité de pierres ponces des collines de tuf, contre lesquelles elle se brise ; « tout le rivage, depuis Naples jusqu’à Pouzzole, en est couvert : les flots y déposent aussi un « salde brillant ferrugineux, attirable à l’aimant, que les eaux ont arraché et lavé hors des « cendres contenues dans les collines de tuf... Différentes collines des environs de Naples ren-j « ferment encore des cendres non endurcies et friables de diverses couleurs qu’on nomme « pouzzolanes. » M. le baron de Dietrich remarque avec raison que la vraie pouzzolane n’est pas précisément de la cendre endurcie et friable, comme le dit M. Ferber, mais plutôt de la pierre ponce réduite en très-petits fragments, et je puis observer que la bonne pouzzolane, c’est-à-dire celle qui, mêlée avec la chaux, fait les mortiers les plus durables et les plus impénétrables à l’eau, n’est ni la cendre fine ou grossière pure, ni les graviers de ponce blanche, et qu’il n’y a que la pouzzolane mélangée de beaucoup de parties ferrugineuses qui soit supérieure aux mortiers ordinaires : c’est, comme nous le dirons (à l’article des ciments de nature), le ciment ferrugineux qui donne la dureté à presque toutes les terres et même à plusieurs pierres. Au reste, la meilleure pouzzolane, qui vient des environs de Pouzzole, est grise; celle des provinces de l’État-Ecclésiastique est jaune, et il y a en a de noire sur le Vésuve M. le baron de Dietrich ajoute que la meilleure pouzzolane des environs de Rome se tire d’une colline qui est à la droite de la Via Appia, hors de la porte de Saint-Sébastien, et que les grains de cette pouzzolane sont rougeâtres. Lettres de M. Ferber, p. 181.
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M. Ferber®, les molécules de matières homogènes se sont séparées du reste du mélange et se sont réunies en petites masses, et quand il s’en est trouvé une plus grande quantité, il en a résulté des cristaux plus grands. Ce naturaliste dit, avec raison, qu’en général les minéraux sont disposés à adopter des figures déterminées dans la fluidité de fusion par le feu, comme dans la fluidité humide; et nous ne devons pas être étonnés qu’il se forme des cristaux dans les laves, tandis qu’il ne s’en voit aucun dans nos verres factices; car la lave, coulant lentement et formant de grandes masses trèsépaisses, conserve à l’intérieur son état de fusion assez longtemps pour que la cristallisation s’opère : il ne faut dans le verre, dans le fer et dans toute autre matière fondue, que du repos et du temps pour qu’elle se cristallise'; et je suis persuadé qu’en tenant longtemps en fonte celle de nos verres factices, il pourrait s’y former des cristaux fort semblables à ceux qui peuvent se trouver dans les laves des volcans \
a. « Il y a (le ces cristaux, dit M. Ferber, depuis la grandeur d’une tète d'épingle jusqu’à un « pouce de diamètre; ils se trouvent dans la plupart des laves des volcans anciens et modernes ; « ils sont serrés les uns contre les autres; on peut en frappant sur les laves les en détacher, et, « lorsqu’ils sont tombés, il reste dans la lave une cavité qui conserve l’empreinte des cristaux, « et qui est aussi régulière que les cristaux mêmes ; il y a communément au centre un petit (( grain de scborl noir... 11 se trouve aussi dans quelques laves du Vésuve de petites colonnes « de scborl blanc transparent, avec ou sans pyramides à leur sommet; et aussi des rayons de « scborl noir, minces et en aiguilles, ou plus épais et plus gros, arrondis en hexagones...
« On trouve dans ces mêmes laves du mica de scborl feuilleté noir, en feuilles plus ou moins « grandes, quelquefois hexagones très-brillautes ; il paraît que ce ne sont que de petites paiti- « cilles qui ont été détachées par la grande chaleur du scborl noir eu colonnes; peut-être ce « scborl était-il feuilleté dans son origine.
« On y trouve du scborl noir disséminé par petits points dans les laves.
« Des cristaux de scborl noir fort brillants, hexagones, oblongs, si petits qu’on ne peut décou- « vrir leur figure qu’au moyen de la loupe : la pluie les lave hors des collines de cendres ; ils « sont attirables par l’aimant, soit qu’ils aient eux-mêmes cette propriété, soit qu'ils la doivent « au sable ferrugineux avec lequel ils sont mêlés.
« Du scborl vert foncé et noirâtre ou clair, couleur de cbrysolitbe et d’émeraude : il est rentt fermé dans une lave noire compacte. Il y en a de la grandeur d’un pouce; il a la dureté « d’un vrai scborl, ou tout au plus celle d’un cristal de quartz coloré, avec la figure duquel tt il a du rapport ; néanmoins les Napolitains le qualifient de pierre précieuse, ainsi que l’eso pèce suivante.
(( Du scborl hexagone jaunâtre, couleur de hyacinthe ou de topaze...
« Qu’on examine avec la loupe la lave noire la plus ferme et la plus compacte, on n’y décou- « vrira que de petits points ou cristaux de scborl blanc; ce qui prouve qu’ils sont une partie tt intégrante, et même essentielle de la lave. » Lettres sur la Minéralogie , par M. Ferber, pages 200 jusqu’à 230.
b. J’avais deviné juste, puisque je viens de voir dans le journal de M. l’abbé Rozier, du mois de septembre 1779, que M. James Keir a observé cette cristallisation dans du verre qui s’était solidifié très-lentement. « La forme, dit-il, la régularité et la grandeur des cristaux ont varié tt selon les circonstances... Les échantillons n“ 1 ont été pris au fond d’un grand pot, qui était tt resté dans un fourneau de verrerie pendant qu’on laissait éteindre lentement le feu; la masse tt de la matière chauffée était si grande, que la chaleur dura longtemps sans ajouter du chauf- « fage, et que la concrétion du verre fut très-longue. Je trouvai la partie supérieure du verre « changée en une matière blanche, opaque, ou plutôt demi-opaque, dont la couleur et le tissu