‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 66 sur 105 · Voyez les notes de la page · texte numérisé non relu

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2. Buffon pose des molécules indestructibles , indestructibles même par le feu le plus üiolent ; aussi ne les appelle-t-il plus organiques; il les appelle actives, et les fait dériver d’un atome de lumière ou de chaleur. Cuvier avait essentiellement raison : « s’il eût existé des « molécules organiques, elles auraient été décomposées et détruites par le feu primitif du globe. » Les molécules organiques ne sont qu’un mot.

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nous, elle sait fondre et sublimer les mclanx, cristalliser les sels, tirer le vitriol et le soufre des pyrites, etc. Son mouvement plus que perpétuel, aidé de l’éternité du temps, produit, entraîne, amène toutes les révolutions, toutes les combinaisons possibles; pour obéir aux lois établies par le souverain Être, elle n’a besoin ni d'instruments, ni d’adminicules, ni d’une main dirigée par l’intelligence humaine; tout s’opère, parce qu’à force de temps tout se rencontre, et que, dans la libre étendue des espaces et dans la succession continue du mouvement, toute matière est remuée, toute forme donnée, toute figure imprimée; ainsi tout se rapproche ou s’éloigne, tout s’unit ou se fuit, tout se combine ou s’oppose, tout se produit ou se détruit par des forces relatives ou contraires, qui seules sont constantes, et, se balançant sans se nuire, animent Tunivers et en font un théâtre de scènes toujours nouvelles, et d’objets sans cesse renaissants.

Mais en ne considérant la nature que dans ses productions secondaires, qui sont les seules auxquelles nous puissions comparer les produits de notre art, nous la verrons encore bien au-dessus de nous; et, pour ne parler que du sujet particulier dont je vais traiter dans cet article, le soufre qu’elle produit au feu de ses volcans est bien plus pur, bien mieux cristallisé, que celui dont nos plus grands chimistes ont ingénieusement trouvé la composition®: c’est bien la même substance ; ce soufre artificiel et celui de la nature ne sont également que la matière du feu rendue fixe par l’acide, et la démonstration de cette vérité, qui ne porte que sur l’imitation par notre art d’un procédé secondaire de la nature, est néanmoins le triomphe de la chimie, et le plus beau trophée qu’elle puisse placer au haut du monument de toutes ses découvertes.

L’élément du feu qui, dans son état de liberté, ne tend qu’à fuir, et divise toute matière à laquelle on l’applique, trouve sa prison et des liens dans cet acide, qui lui-même est formé par l’intermède des autres éléments ; c’est par la combinaison de l’air et du feu que l’acide primitif a été produit, et dans les acides secondaires, les éléments de la terre et de l’eau sont tellement combinés qu’aucune autre substance simple ou composée n’a autant d'affinité avec le feu ; aussi cet élément se saisit de l’acide dès qu’il se trouvedansson état de pureté naturelle et sans eau superflue, il formeavec lui un nouvel être qui est le soufre, uniquement composé de l’acide et du feu *.

a. Ils sont allés jusqu’à déterminer la proportion dans laquelle l’acide vitriolique et le feu fixe entrent chacun dans le soufre. Sfiihla trouvé « que, dans la composition du soufre, l’acide vitrio- « lique faisait environ quinze seizièmes du poids total, et même un peu plus, et que le phlo- « gistique faisait un peu moins d'un seizième... M. Brandt dit, d’après ses propres expériences, (. que la proportion du principe intlammable à celle de l’acide vitriolique est à peu près de

1. Nous voici de nouveau dans la chimie idéale de Buffon : un acide , un feu fixe, ce feu et cet acide qui, se saisissant l’un l’autre, forment le soufre, etc. ( ^‘yez mes notes précédentes sur tout cela.)

Dü SOUFRE.

Pour voir clairement ces rapports importants, considérons d’abord le soufre tel que la nature nous l’olîre au sommet de ses volcans : il se sublime, s’attache et se cristallise contre les parois des cavernes qui surmontent tous les feux souterrains; ces chapiteaux des fournaises embrasées par le feu des pyrites sont les grands récipients de cette matière sublimée ; elle ne se trouve nulle part en aussi grande abondance, parce que nulle part l’acide et le feu ne se rencontrent en aussi grand volume, et n’agissent avec autant de puissance.

Après la chute des eaux et la production de l’acide, la nature a d’abord renfermé une partie de la matière du feu dans les pyrites, c’est-à-dire, dans les petites masses ferrugineuses et minérales où l’acide vitriolique, se trouvant en quantité, a saisi cet élément du feu, et le retiendrait à perpétuité, si l’action des éléments humides® ne survenait pour le dégager et lui rendre sa liberté; l’humidité, en agissant sur la matière terreuse et s’unissant en même temps à l’acide, diminue sa force, relâche peu à peu les nœuds de son union avec le feu, qui reprend sa liberté dès que ses liens sont brisés : dans cet incendie le feu, devenu libre, emporte avec sa flamme une portion de l’acide auquel il était uni dans la pyrite, et cet acide pur, et séparé de la terre qui reste fixe, forme, avec la substance de la flamme, une nouvelle matière uniquement composée de feu fixé par l’acide, sans mélange de terre ni de fer, ni d’aucune autre matière.

Il y a donc une différence essentielle entre le soufre et la pyrite, quoique tous deux contiennent également la substance du feu saisie par l’acide, puisque le soufre n’est composé que de ces deux substances pures et simples, tandis qu’elles sont incorporées dans la pyrite avec une terre fixe de fer ou d’autres minéraux ; le mot de soufre minéral, dont on a tant abusé, devrait être banni de la physique, parce qu’il fait équivoque et présente une fausse idée; car ce soufre minéral n’est pas du soufre, mais de la pyrite, et de même toutes les substances métalliques, qu’on dit être minéralisées par le soufre, ne sont que des pyrites qui contiennent, à la vérité, les principes du soufre, mais dans lesquelles il n’est pas formé. Les pyrites martiales et cuivreuses, la galène de plomb, etc., sont autant de pyrites dans lesquelles la substance du feu et celte de l’acide se trouvent plus ou moins intimement unies aux parties fixes de ces métaux : ainsi les pyrites ont été formées par une grande opération de la nature, après la production

« 3 à 50 (ou d’un dix-septième) eu poids; mais ni M. Braudt ni M. S.aM n’ont pas connu « l’influence de l’air dans la combinaison de leurs expériences, en sorte que cette proportion « n’est pas certaine. » Dictionnaire de Chimie , par M. Macquer, article Soufre.

a. L’eau seule ne décompose pas les pyrites : le long des falaises des côtes de Normandie, les bords de la mer sont Jonchés de pyrites que les pécheurs ramassent pour en faire du vitriol.

La rivière de Marne, dans la partie de la Champagne crayeuse qu’elle arrose, est Jonchée de pyrites martiales qui restent intactes tant qu’elles sont dans l’eau, mais qui s’effleurissent dès qu’elles sont exposées à l’air.

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de l’acide et des matières combustibles, remplies de la substance du feu ; et le soufre ne s’est formé que par une opération secondaire, accidentelle et particulière, en se sublimant avec l’acide par l’action des feux souterrains. Les charbons de terre et les bitumes qui, comme les pyrites, contiennent de l’acide, doivent par leur combustion produire de même une grande quantité de soufre: aussi toutes les matières, qui servent d’aliment au feu des volcans et à la chaleur des eaux thermales, donnent également du soufre dès que par les circonstances locales, l’acide, et le feu qui l’accompagne et l’enlève, peuvent être arrêtés et condensés par le refroidissement.

On abuse donc du nom de soufre, lorsqu’on dit que les métaux sont minéralisés par le soufre; et, comme les abus vont toujours en augmentant, on a aussi donné le même nom de soufre à tout ce qui peut brûler: ces applications équivoques ou fausses viennent de ce qu’il n’y avait dans aucune langue une expression qui pût désigner le feu dans son état fixe. Le soufre des anciens chimistes représentait cette idée®, le pfdogistique^ la représente dans la chimie récente, et l’on n’a rien gagné à celte substitution de termes; elle n’a même fait qu’augmenter la confusion des idées, parce qu’on ne s’est pas borné à ne donner au phlogistique que les propriétés du feu fixe : ainsi le mot ancien de soufre ou le mot nouveau de phlogistique, dans la langue des sciences, n’auraient pas fait de mal s’ils n’eussent exprimé que l’idée nette et claire du feu dans son état fixe; cependant feu fixe est aussi court, aussi aisé à prononcer que phlogistique , et feu fixe rappelle l’idée principale de l’élément du feu, et le représente tel qu’il existe dans les corps combustibles, au lieu que phlogistique qu’on n’a jamais bien défini, qu’on a souvent mal appliqué, n’a fait que brouiller les idées, et rendre obscures les explications des choses les plus claires ; la réduction des chaux métalliques en est un exemple frappant, car elle s’explique, s’entend aussi clairement que la précipitation, sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours, avec nos chimistes, à l’absence ou à la présence du phlogistique.

a. Le soufre des pliilosopties hermétiques était uu tout autre être que le soufre commua : ils le regardaient comme le principe de la lumière, comme celui du développement des germes et de la nutrition des corps organisés (voyez Georg. Wolfgang Wedel, Ephémiridis d’ Allemagne , années 1678, 1679, et la Collection académique , partie étrangère, tome III, pag. 413 et 416 ) . et sons ces rapports il parait qn’ils considéraient particulièrement, dans le soufre, son feu fixe, indépendamment de l’acide dans lequel il se trouve engagé : dans ce point de vue, ce n’est plus du soufre qu’il s’agit, mais du feu même, en tant que fixé dans les différent? corps de la nature: il en fait l’activité, le développement et la vie, et, en ce sens, le soufre des alchimistes peut en effet être regardé comme le principe des phénomènes de la chaleur, de la lumière, du développement et de la nutrition des corps organisés. (Observation communiquée par M. l’abbé Bexon.)

1. On a cherché, de bonne heure, le principe actif de la combustion : les alchimistes crurent l’avoir trouvé dans le soufre; Beccher imagina le phlogistique; Stahl rendit ce phlogistique fameux ; Lavoisier a découvert enfin l’oxygène. ( Voyez, dans le tome IX, la note de la page 23 et la note 4 de la page 27. j

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Dans la nature, et surtout dans la matière brute, il n’y a d’êtres réels et primitifs que les quatre éléments ‘ : chacun de ces éléments peut se trouver en un état différent de mouvement ou de repos, de liberté ou de contrainte, d’action ou de résistance, etc. Il y aurait donc tout autant de raison de faire un nouveau mot pour l’air fixe, mais heureusement on s’en est abstenu jusqu’ici ; ne vaut-il pas mieux en effet désigner par une épithète l’état d’un élément, que de faire un être nouveau de cet état en lui donnant un nom particulier? Rien n’a plus retardé le progrès des sciences que la logomachie, et cette création de mots nouveaux à demi techniques, à demi mélaphO'riqiies, et qui dès lors ne représentent nettement, ni l’effet ni la cause : j’ai même admiré la justesse de discernement des anciens; ils ont appelé pyrites les matières minérales qui contiennent en abondance la substance du feu ; avons-nous eu raison de substituer à ce nom celui de soufre, puisque les minerais ne sont en effet que des pyrites ? Et de même les anciens chimistes ont entendu, par le mot de soufre, la matière du feu contenue dans les huiles, les résines, les esprits ardents, et dans tous les corps des animaux et des végétaux, ainsi que dans la substance des minéraux ; avons-nous aujourd’hui raison de lui substituer celui de phlogistique? Le mieux eût été de n’adopter ni l’un ni l’autre: aussi n’ai-je employé, dans le cours de cet ouvrage, que l’expression de feu fixe'' au lieu de phlogistique , comme je n’emploie ici que celle dQ pyrite au lieu de soufre minéral.

Au reste, si l’on veut distinguer l’idée du feu fixe de celle du phlogistique, il faudra, comme je l’ai dit^ phlogistique , le feu qui,

d’abord étant fixé dans les corps, est en même temps animé par l’air et peut en être séparé; et laisser le nom de feu fixe à la matière propre du feu fixé dans ces mêmes corps, et qui sans l’adminicule de l’air auquel il se réunit ne pourrait s’en dégager.

Le feu fixe est toujours combiné avec l’air fixe, et tous deux sont les principes inflammables de toutes les substances combustibles; c’est en raison de la quantité de cet air et du feu fixe qu’elles sont plus ou moins inflammables : le soufre, qui n’est composé que d’acide pur et de feu fixe, brûle en entier et ne laisse aucun résidu après son inflammation ^ ; les autres substances qui sont mêlées de terres ou de parties fixes, laissent toutes des cendres ou des résidus charbonneux après leur combustion, et en général toute inflammation, toute combustion n’est que la mise en liberté, par le concours de l’air, du feu fixe contenu dans les corps, et c’est alors que ce

а. Le phlogistique et le feu fixe sont la même chose®, dit très-bien M. de Morveau, et le soufre n’est composé que de feu et d’acide vitriolique. Éléments de Chimie, t. II , p. 21.

б. Voyez l’introduction aux minéraux, tome IX de cette Histoire naturelle.

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