‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 69 sur 105 · Voyez la note précédente · texte numérisé non relu

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DU SOUFRE

L’eau ne dissout point le soufre et ne fait même aucune impression à sa surface; cependant si l’on verse du soufre en fusion dans de l’eau, elle se mêle avec lui, et il reste mou ' tant qu’on ne le fait pas sécher à l’air; il reprend sa solidité et toute sa sécheresse dès que l’eau dont il s’est humecté par force, et avec laquelle il n’a que peu ou point d’adhérence, est enlevée par l’évaporation.

Voilà sur la composition de la substance du soufre et sur ses principales propriétés, ce que nos plus habiles chimistes ont reconnu et nous représentent comme choses incontestables et certaines; cependant elles ont besoin d’être modifiées, et surtout de n’être pas prises dans un sens absolu si l’on veut s’approcher de la vérité, en se rapprochant des faits réels de la nature. Le soufre, quoique entièrement composé de feu fixe et d’acide, n’en contient pas moins les quatre éléments*, puisque l’eau , la terre et l’air se trouvent unis dans l’acide vitriolique *, et que le feu même ne se fixe que par l’intermède de l’air.

Le phlogistique n’est pas, comme on l’assure, une substance simple, identique et toujours la même dans tous les corps, puisque la matière du feu y est toujours unie à celle de l’air et que sans le concours de ce second élément, le feu fixe ne pourrait ni se dégager ni s’enflammer : on sait que l’air fixe prend souvent la place du feu fixe en s’emparant des matières que celui-ci quitte; que l’air est même le seul intermède par lequel on puisse dégager le feu fixe, qui alors devient le phlogistique. Ainsi le soufre, indépendamment de l’air fixe qui est entré dans sa composition , se charge encore de nouvel air dans son état de fusion : cet air fixe s’unit à l’acide , la vapeur même du soufre fixe l’air et l’absorbe, et enfin le soufre, quoique contenant le feu fixe en plus grande quantité que toutes les autres substances combustibles, ne peut s’enflammer comme elles, et continuer à brûler que par le concours de l’air.

En comparant la combustion du soufre à celle du phosphore, on voit que dans le soufre l’air fixe prend la place du feu fixe à mesure qu’il se dégage et s’exhale en flamme, et que dans le phosphore, c’est l’air fixe qui se dégage le premier, et laisse le feu fixe reprendre sa liberté ; cet effet s’opère sans le secours extérieur du feu libre, et par le seul contact de l’air®; et dans

1. Pour obtenir le soufre mou, il faut ne verser le soufre dans l’eau qu’à la température de plus de 260 degrés, température où il devient fluide.

2. Le soufre est un corps simple. ( Voyez la note 2 de la page 303. )

3. L’acide sulfurique [vitriolique) est composé de soufre et i’oxygène:\e reste est de .’imagination de Buffon.

4. Voyez, sur le prétendu phlogistique, composé de /ê» et d’air, la note 3 de la page 23 du IX' volume.

5. Le phosphore brûle en effet, dans l’air, à la température ordinaire, tandis que le soufre a besoin d’ètre chauffé; et cela tient uniquement à ce que le phosphore est plus fusible que le soufre.

DU SOUFRE

toute matière où il se trouve des acides, l’air s’unit avec eux et se fixe encore plus aisément que le feu même dans les substances les plus combustibles.

Dans les explications chimiques on attribue tous les effets au phlogistique, c’est-à-dire au feu fixe seul, tandis qu’il n’est jamais seul, et que l’air fi.xc est très-souvent la cause immédiate ou médiate de l’effet ; heureusement que, dans ces dernières années, d’habiles physiciens, ayant suivi les traces du docteur Haies*, ont fait entrer cet élément dans l’explication de plusieurs phénomènes, et ont démontré que l’air se fixait en s’unissant à tous les acides, en sorte qu’il contribue presque aussi essentiellement que le feu, non-seulement à toute combustion, mais môme à toute calcination, soit à chaud, soit à froid.

J’ai démontré “ que la combustion et la calcination sont deux effets du même ordre, deux produits des mômes causes et lorsque la calcination se fait à froid, comme celle de la céruse par l’acide de l’air, c’est que cet acide contient lui-même une assez grande quantité de feu fixe, pour produire une petite combustion intérieure qui s’annonce par la calcination, de la même manière que la combustion intérieure des pyrites humectées se manifeste par l’inflammation.

On ne doit donc pas supposer, avec Stahl et tous les autres chimistes, que le soufre n’est composé que de phlogistique et d’acide, à moins qu’ils ne conviennent avec moi que le phlogistique n’est pas une substance simple, mais composée de feu et d’air, tous deux fixes; que de plus ce phlogistique ne peut pas être identique et toujours le même, puisque l’air et le feu s’y trouvent combinés en différentes proportions et dans un état de fixité plus ou moins constant; et de même on ne doit pas prononcer dans un sens absolu, que le soufre, uniquement composé d’acide et de phlogistique, ne contient point d’eau, puisque l’acide vitriolique en contient^, et qu’il a même avec cet élément assez d’affinité pour s’en saisir avidement.

L’eau, l’air et le feu peuvent également se fixer dans les corps, et l’on sera forcé, pour exposer au vrai leur composition, d’admettre une eau fixe comme l’on a été obligé d’admettre un air fixe, après avoir admis le feu fixe; et de même on sera conduit par des réflexions fondées et par des observations ultérieures à ne pas regarder l’élément de la terre comme absolument fixe, et on ne conclura pas, d’après l’idée que toute terre est fixe, qu’il n’existe point de terre dans le soufre, parce qu’il ne donne ni suie ni

a. Tome IX, pages 39 et suiv.

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