‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 78 sur 105 · Voyez la note 2 de la page · texte numérisé non relu

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2. Le sulfate de fer se reproduit, dans les mines, par la décomposition du bisulfure de fer. Il ne se trouve presque jamais en cristaux; il se présente sous la forme d’efflorescences verdâtres , ou sous celle de filaments soyeux qui ont reçu le nom d’alun de plume , matière qui est un mélange de sulfate d’alumine et de sulfate de fer.

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On peut aussi tirer le vitriol des pyrites par le moyen du feu qui dégage, sous la forme de soufre, une partie de l’acide et du feu fixe qu’elles contiennent on lessive ensuite la matière qui reste après cette extraction du soufre, et pour charger d’acide l’eau de ce résidu, on la fait passer successivement sur d'autres résidus également désoufrés, après quoi on l’évapore dans des chaudières de plomh : la matière pyriteuse n’est pas épuisée de vitriol par cette première opération; on la reprend pour l’étendre à l’air, et au bout de dix-huit mois ou deux ans, elle fournit par une semblable lessive de nouveau vitriol.

Il y a dans quelques endroits des terres qui sont assez mêlées de pyrites décomposées pour donner du vitriol par une seule lessive : au reste on ne se sert que de chaudières de plomb pour la fabrication du vitriol, parce que l’acide rongerait le fer et le cuivre. Pour reconnaître si la lessive vitriolique est assez chargée, il faut se servir d’un pèse-liqueur ; dès que cet instrument

a très-fréquemment dans les mines de charbon que l’on exploite aux emûrons de la ville de « Newcastle, joint à la propriété qu’elles ont de tomber aisément en efflorescence, ont donné « lieu à rétablissement de plusieurs fabriques de vitriol ou couperose.

« Telles qu’elles sont extraites des mines, elles sont vendues à des compagnies qui les paient « à raison de huit livres sterling les vingt tonnes (vingt quintaux la tonne), rendues aux fabri- « ques qui, pour la commodité du transport, sont placées au bord d’une rivière sur le penchant « de la montagne; au-dessus, on a formé plusieurs emplacements pour y recevoir la pyrite, « lesquels ont, à la vérité, la même inclinaison que la montagne, mais dont on a regagné le « niveau avec des murs construits sur le devant et sur les côtés, de même que si Ton eût voulu « y pratiquer des réservoirs ; le sol , dont la forme est un plan incliné, est battu avec de la « boime argile, capable de retenir Teau; et dans les endroits où ces plans se réunissent, il y a « des canaux qui communiquent à un autre principal placé le long du mur de devant.

« C’est sur ce sol que Ton met et que Ton étend la pyrite pour y être décomposée, soit par « Thumidité répandue dans l’atmosphère, soit par Teau des pluies, qui , en filtrant à travers, « se charge de vitriol avant que d’arriver dans les canaux, et de ceux-ci se rend dans deux « grands réservoirs, d’où on l’élève ensuite pour la mettre dans les chaudières...

« Ayant mis dans le fond de la chaudière de la vieille ferraille, que Tou arrange le long des « côtés latéraux, et jamais dans le milieu, où le feu a trop d’action, o.i la remplit avec de « Teau des réservoirs, et partie avec des eaux mères, ayant soin de la tenir toujours pleine « pendant TébuUition jusqu’à ce qu’il se forme une pellicule. La durée dune évaporation varie « suivant le degré de force que Teau a acquise; trois à quatre jours suffisent quelquefois pour « concentrer celle d’une pleine chaudière; d’autres fois, elle exige une semaine entière: après « ce temps, on transvase cette eau dans une des caisses de cristallisation , où elle reste plus ou « moins de temps, suivant le degré de chaleur de l’atmosphère...

« Chaque chaudière produit communément quatre tonnes ou quatre-vingts quintaux de vitriol, « indépendamment de celui qui est contenu dans les eaux mères ; il se vend aux Hollandais à « raison de quatre livres sterling la tonne; si on l’établit à un si bas prix, il faut observer « que Ton n’a eu, pour ainsi dire, que les premières dépenses de l’établissement à faire, puis- « que cette pyrite n’a pas besoin d’ètre calcinée, et que les seuls frais sont ceux de l’évaporation, « qui sont d'un mince objet dans un pays où le charbon est à très-bas prix; d’ailleurs, ce vitriol « est de la meilleure qualité, puisqu’il n’est composé que du fer et de Tacide vitriolique : il « n’en est pas de même de celui que Ton fabrique communément en Allemagne et en France « avec des pyrites extraites d’un filon, qui contiennent presque toujours du cuivre ou du zinc, « dont ü est comme impossible de les priver entièrement, surtout avec bénéfice. » Voyages métallurgiques, t. 111, pag. 316 et suiv.

a. Voyez les procédés de cette extraction, sous l’article du Soufre.

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indiquera que la lessive contient vingt-huit onces de vitriol, on pourra la faire évaporer pour obtenir ce sel en cristaux; il faut environ quinze jours pour opérer cette cristallisation, et l’on a observé qu’elle réussit beaucoup mieux pendant Thiver qu’en été®.

Nous avons en France quelques mines de vitriol naturel: « On en exploite, « dit M. de Gensane, une au lieu de la Fonds près Saint-Julien-de-Valgogne; « le travail y est conduit avec la plus grande intelligence; le minéral y est « riche et en grande abondance, et le vitriol qu’on y fabrique est certaine- « ment de la première qualité \ » Il doit se trouver de semblables mines dans tous les endroits où la terre limoneuse et ferrugineuse se trouve mêlée d’une grande quantité de pyrites décomposées

Il se produit aussi du vitriol par les eaux sulfureuses qui découlent des volcans ou des solfatares : « La formation de ce vitriol , dit M. l’abbé « Mazéas, s’opère de trois façons; la première, par les vapeurs qui s’élè- « vent des solfatares et des ruisseaux sulfureux ; ces vapeurs en retombant « sur les terres ferrugineuses les recouvrent peu à peu d’une efflorescence « de vitriol La seconde se fait par la filtration des vapeurs à travers

a. Le vitriol martial d’Angleterre est en cristaux de couleur verte trune, d’un goût doux, astringent, approchant de celui du vitriol blanc. Le vitriol dans lequel il y a une surabondance de fer est d’un beau vert pur; c’est celui dont on se sert pour l’opération de l’huile de vitriol : celui d’Allemagne est en cristaux d’un vert bleuâtre, assez beaux, d’un goût âcre et astringent ; ils participent non-seulement du fer, mais encore d’une portion de cuivre : cette espèce convient fort à l’opération de l’eau-forte.

Le vitriol vert se tire encore d’une autre matière que des pyrites : dans les mines de cuivre où l’on exploite le cuivre, le fond des galeries est toujours abreuvé d’une eau provenant de la condensation des vapeurs qui régnent dans ces mines; quelquefois même il sort, par quelques ouvertures naturellement pratiquées dans le bas de ces mines, une liqueur minérale trèsbleuâtre ou légèrement verdâtre : c’est le vitriolum ferreum cupreum aquis immixtum. On adapte à l’orifice de cette issue un tuyau de bois qui conduit la liqueur dans une citerne remplie de vieille ferraille ; la partie cuivreuse en dissolution, qui donnait au mélange rme couleur bleue, fait divorce et se dépose en forme d’une boue roussàtre sur les morceaux de fer, qui cnt plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a le cuivre ; alors la liqueur, de bleuâtre qu’elle était pour la plus grande partie, se change en une belle couleur verte, simple et martiale ; on la décante dans une autre citerne, dont le niveau est pratiqué à la base de la précédente : on y plonge de nouveau rm morceau de fer, lequel, s’il ne rougit pas ni ne se dissout point, fournit une preuve constante que l’eau ne participe que d’un fer pur, et qu’elle en est suffisamment chargée; alors on procède à l’évaporation et à la cristallisation : celle-ci se fait en portant la liqueur chaude, soit dans différents toimeaux de bois de chêne ou de sapin, lesquels sont garnis d’rm bon nombre de branches de bois fourchues, longues de quinze pouces, et différemment entre-croisées, soit dans des fosses ou des auges garnies de planches, dans lesquelles on suspend des morceaux de bois qui ressemblent à des herses, étant hérissés de plus de cinquante chevilles ou pointes ; c’est ainsi qu’en multipüant les sm’faces sur lesquelles le vitriol s’attache et se cristallise l’on accélère la cristallisation et sa régularité. Minéralogie de Valmont de Bomare, 1. 1, p. 303.

b. Histoire naturelle du Languedoc, t. I, p. 176.

c. Avant de quitter Cazalla en Espagne, je fus voir une mine de vitriol qui est à une demilieue, dans le rocher d’une montagne appelée les Châtaigniers... La pierre est pyriteuse et ferrugineuse, et Ton y voit des fleurs et des taches profondes de jaune verdâtre, et une sorte de farine. Bûvvlcs, Histoire naturelle d’Espagne.

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« les terres; ces sortes de mines fournissent beaucoup plus de vitriol « que les premières; elles se trouvent communément sur le penchant des « montagnes qui contiennent des mines de fer, et qui ont des sources d’eau « sulfureuses : la troisième manière est lorsque la terre ferrugineuse con- « tient beaucoup de soufre; on s’aperçoit, dès qu’il a plu, d’une chaleur sur « la surface de la terre causée par une fermentation intestine... Il se forme « du vitriol en plus ou moins grande quantité dans ces terres®. »

Le vitriol bleu dont la base est le cuivre, se forme comme le vitriol de fer; on ne le trouve que dans les mines secondaires où le cuivre est déjà décomposé, et dont les terres sont abreuvées d’une eau chargée d’acide vitriolique. Ce vitriol cuivreux se présente aussi en masses ou en stalactites, mais rarement cristallisées, et les cristaux sont plus souvent dodécaèdres qu'hexaèdres ou rhomboïJaux : on peut tirer ce vitriol des pyrites cuivreuses et des autres minerais de ce métal qui sont presque tous dans l’état pyriteux ^

On peut aussi employer des débris ou rognures de cuivre avec l’alun pour faire ce vitriol; on commence par jeter sur ces morceaux de cuivre du soufre pulvérisé; on les met ensemble dans un four, et on les plonge ensuite dans une eau où l’on a fait dissoudre de l’alun : l’acide de l’alun ronge et détruit les morceaux de cuivre ; on transvase cette eau dans des baquets de plomb lorsqu’elle est sufilsaniinent chargée, et en la faisant

a. Mémoires sur les solfatares des emirons de Rome, t. V des Mémoires des Savants étrangers, p. 319.

b. Oa ne peut tirer le vitriol Heu que de la véritable mine de cuivre ou de la matte crue .qui en provient : plus la mine de cuivre est pure, plus elle contient de cuivre, plus le vitriol est d’un beau bleu; cependant il y a moins de bénéfice à convertir le cuivre en vitriol que de le convertir en métal, attendu qu’on ne le tire pas tout d’une mine par la lessive, et qu’il en coûterait beaucoup trop pour retirer ce reste de cuivre par la fonte.

Lorsqu’on veut faire du vitriol bleu d’une mine de cuivre, il faut la griller ou griller sa matte... On met cette mine toute chaude dans des cuves qu’on ne remplit qu’à moitié; ou bien si on Ta laissé refroidir après le grillage, il faut que Teau qu’on verse dessus soit bouillante, ce qui est encore mieux, surtout dans les endroits où, comme à Goslar, il y a dans l’atelier une chaudière exprès pour faire chauffer Teau : la lessive du vitriol bleu se fait comme celle du vitriol vert; et si pendant vingt-quatre heures elle ne s’enrichit pas assez et ne contient pas au moins dix onces de vitriol, on peut la laisser séjourner pendant quarante-huit heures, ou bien verser cette lessive sur d’autre mine calcinée, afin d’en faire rme lessive double : après que la lessive a séjourné le temps nécessaire sur la mine, on la transporte dans d’autres cuves pour qu’elle puisse s’y clarifier; ensuite on tire la mine qui a été lessivée et on la grille de nouveau, ou pour la fondre, ou pour en faire une seconde lessive.

Les eaux mères qui restent après la cristallisation du vitriol se remettent dans la chaudière avec de la lessive neuve, comme dans la fabrication du vitriol vert; on verse dans une cuve à rafraîchir les lessives cuites, et après qu’elles y ont déposé leur limon, on les transvase dans des cuves à cristalliser, et Ton y suspend des roseaux ou des échalas de bois, après lesquels le vitriol se cristallise. Traité de la fonte des mines de Schlutter, t. II, pag. G38 et 639.

1. Vitriol bleu ; le sulfate de cuivre (voyez la note 2 de la page 362). Le sulfate de cuivre est également le résultat de la décomposition du sulfure de cuivre- et il se trouve en dissolution dans les eaux qm sortent des mines, et qu’on appelle eaux de cémentation.

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évaporer on obtient le vitriol qui se forme eu beaux cristaux bleus c’est de cette apparence cristalline ou vitreuse que le nom même de vitriol est dérivé ^

Le vitriol de zinc' est blanc, et se trouve aussi en masses et en stalactites clans les minières de pierre calaminaire ou dans les blendes; il ne se présente que très-rarement en cristaux à facettes, sa cristallisation la plus ordinaire dans le sein de la terre est en filets soyeux et blancs

On peut ajouter à ces trois vitriols métalliques, qui tous trois se trouvent dans l’intérieur de la terre, une substance grasse à laquelle on a donné le nom de beurre fossile-, et qui suinte des schistes alumineux ; c’est une vraie stalactite vitriolique ferrugineuse, qui contient plus d’acide qu’aucun des autres vitriols métalliques, et par cette raison M. le baron de Dietrich a cru pouvoir aA'ancer que ce beurre fossile n’est que de l’acide vitriolique concret ; mais si l’on fait attention que cet acide ne prend une forme concrète

a. Pline a parfaitenaent coimii cette formation des cristaux du vitriol, et même il en décrit le procédé mécanique avec autant d’élégance que de clarté : « Fit in Hispaniæ pnteis, dit-il, id « genus aquæ liabentibus... decoquitur... et in piscinas ligneas funditur, immobilibus super « bas transtiis dépendent restes, quibus adhærescens limus, vitreis acinis imaginera quamdam « uværeddit; color cæruleus per-quam spectabili nitore, vitrumque creditur. » Histoire naturelle, lib., XXXIV, ch. XII.

b. Les Grecs, qui apparemment connaissaient mieux le vitriol de cuivre que celui de fer, avaient donné à ce sel un nom qui désignait son affinité avec ce premier métal; c’est la remarque de Pline : « Græci cognationem æris nomina fecerunt... appellantes chalcantum. » Lib. xxxiv, cap. XII.

c. La base du vitriol blanc est le zinc : on l’a souvent nommé vitriol de Goslard , parce qu’on le tire des mines de plomb et d’argent de Rammelsberg, près de Goslard; on leur fait subir un premier grillage par lequel on retire du soufre, et, pour obtenir le vitriol blanc, on fait les mêmes opérations que pour le vitriol vert. Ce vitriol blanc se fabrique toujours en été; il faut que la lessive soit chargée de quinze ou dix- sept onces de vitriol avant de la mettre dans des cuves où elle doit déposer son limon jaune; car s’il en restait dans la lessive lorsqu’on la verse dans la chaudière pour la faire bouillir, le vitriol, au lieu d’étre blanc, se cristalliserait rougeâtre... L’ébullition de la lessive du vitriol blanc doit être continuée plus longtemps que celle du vitriol vert... Lorsque la lessive est suffisamment évaporée, on la transvase dans la cuve à rafraîchir, et de là dans des cuviers de cristallisation où l’on arrange des lattes et des roseaux; elle y reste quinze jours, après quoi on retire le vitriol blanc pour le mettre dans la caisse à égoutter, puis on le calcine et on l’enferme dans des barils. Traité de la fonte des mines de Schlutter, t. II, p. 639. — Wallerius, suivant la remarque de M. Valmont de Bomare [Minéralogie, t. I, p. 307), observe que le vitriol de zinc, indépendamment de ce demi-métal, paraît contenir aussi du fer, du cuivre, et même du plomb : cela peut être, en le considérant dans un état d’impureté et de mélange, mais il n’en est pas moins vrai que le zinc est sa base.

d. M. le baron de Dietrich dit { note 34) que ce minéral est décrit par M. Pallas, sous le nom de kamenoja maslo; en allemand, stein bv.tters, c’est-à-dire beurre fossile. « Ce n’est, dit « M. de Dietrich, autre chose qu’un acide vitriolique chargé de quelques parties ferrugineuses « et de beaucoup de matières terreuses et grasses... On en tire d’un schiste alumineux fort dur « et brun à Willischtan, sur la rive droite de l’Aï; il suinte des fentes des rochers et des grottes « formées dans ces schistes, sous la forme d’une matière grasse d’un blanc jaunâtre, qui se « durcit un peu en la faisant sécher. Lorsqu’on examine avec attention les endroits les plus « propres de ces grottes, on le découvre sous la forme d’aiguilles fines; c’est, selon toute appa-

1. Vitriol de zinc : le sulfate de zinc. ( Voyez la note 2 de la page 362. )

2. Sulfate hydraté de fer et d’alumine , mou et souvent terreux.

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qu’après une très-forte concentration et par la continuité d’un feu violent/ et qu’au contraire ce beurre vitriolique se forme, comme les autres stalactites, par l’intermède de l’eau, il me semble qu’on ne doit pas hésiter à le rapporter aux vitriols que la nature produit par la voie humide.

Après ces vitriols à base métallique, on doit placer les vitriols à base terreuse qui , pris généralement , peuvent se réduire à deux : le premier est l’alun* dont la terre est argileuse ou vitreuse, et le second est le gypse que les chimistes ont appelé sélénite, et dont la base est une terre calcaire. Toutes les argiles sont imprégnées d’acide vitriolique, et les terres qu’on appelle ne diffèrent des argiles communes, qu’en ce qu’elles

contiennent une plus grande quantité de cet acide; l’alun y est toujours en particules éparses, et c’est très-rarement qu’il se présente en filets cristallisés : on le retire aisément de toutes les terres et pierres argileuses en les faisant calciner et ensuite lessiver à l’eau.

Le gypse, qu’on peut regarder comme un vitriol calcaire, se présente en stalactites et en grands morceaux cristallisés dans toutes les carrières de plâtre.

Mais lorsque la quantité de terre contenue dans l’argile et dans le plâtre est très-grande en comparaison de celle de l’acide, il perd en quelque sorte sa propriété la plus distinctive; il n’est plus corrosif, il n’est pas même sapide, car l’argile et le plâtre n’affectent pas plus nos organes que toute autre matière; et sous ce point de vue, on doit rejeter du nombre des substances salines ces deux matières, quoiqu’elles contiennent de l’acide.

Nous devons, par la même raison, ne pas compter au nombre des vitriols

« rence, de l’acide Yitviolique concret natif, comme celui qui a été découvert par le docteur « Balthasar en Toscane . dès que le temps est humide, cette matière suiute avec bien plus t d’abondance hors des rochers.

« Il y a un schiste argileux vitriolique sur la rivière de Tomsk, près de la ville de ce nom , « dont on extrait du vitriol impur jaune, qu’on vend mal à propos à Tomsk pour du beurre « fossile. C’est à Krasuojark qu’on trouve le véritable beurre fossile en grande abondance et à « bon marché; on l’y apporte des bords du fleuve Jeuiseï et de ceux du fleuve Mana, où on le « trouve dans les crevasses et cavités d’un schiste alumineux noir, à la surface duquel il est « attaché sous la forme d’une croûte épaisse et raboteuse : il y en a aussi en aiguilles ; il y est « en général très-blanc, léger, et lorsqu’on le brûle à la flamme qui le liquéfie facilement, et « qu’on le fait bouillir, il s’en élève des vapeurs vitrioliques rouges, et le résidu est une terre « légère très-blanche et savonneuse. On trouve la meme matière dans un schiste alumineux « bnm, sur le rivage de Chilok, près du village de Parkina; le peuple se sert de cette matière « en guise de remède pour arrêter les diarrhées et dyssenteries, les pertes des femmes en « couches, les fleurs blanches et autres écoulements impurs : on le donne pour vomitif aux « enfants, afin de les débarrasser des glaires qu’ils ont sur la poitrine ; enfin on s’eu sert encore « en cas de nécessité, au lieu de vitriol, pour teindre le cuir en noir; et l'on prétend que les « forgerons en font usage pour faire de l’acier : ce dernier fait aurait mérité d’être constaté. » Voyage de M. Pallas, t. II , pag. 88 , 626, 697 ; et t. III , p. 258.

1. On comprend aujourd’hui , sous le nom d’alwre , un grand nombre de sulfates doubles , formés par un sulfate de protoxyde, et un sulfate de sesquioxyde, quelle qu’en soit la base, et, en outre, par vingt-quatre équivalents d’eau.

L’alun ordinaire est un sulfate double d’alumine et de potasse ou d’ammoniaque,

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OU substances vraiment salines, toutes les matières où l’acide en petite , quantité se trouve non-seulement mêlé avec l’une ou l’autre terre argileuse >011 calcaire, mais avec toutes deux, comme dans les marnes et dans quelques autres terres et pierres mélangées de parties vitreuses, calcaires, limo- Ineuses et métalliques : ces sels à double base forment un second ordre de matières salines, auxquelles on peut donner le nom ù’hépar; mais toute matière simple, mixte ou composée de plusieurs substances ditïérentes, dans laquelle l’acide est engagé ou saturé, de manière à n'être pas senti ni reconnu par la saveur, ne doit ni ne peut être comptée parmi les sels sans abuser du nom; car alors presque toutes les matières du globe seraient des sels , puisque presque toutes contiennent une certaine quantité d'acide aérien. Nous devons ici fixer nos idées par notre sensation; toutes les matières insipides ne sont pas des sels, toutes celles au contraire dont la saveur offense, irrite ou flatte le sens du goût, seront des sels, de quelque nature que soit leur base et en quelque nombre ou quantité qu’elles puissent être mélangées; cette propriété est générale, essentielle, et même la seule qui puisse caractériser les substances salines et les séparer de toutes les autres matières : je dis le seul caractère distinctif des sels, car l’autre propriété par laquelle on a voulu les distinguer, c’est-à-dire la solubilité dans l’eau, ne'leur appartient pas exclusivement ni généralement, puisque les gommes et même les terres se dissolvent également dans toutes liqueurs aqueuses, et que d’ailleurs on connaît des sels que l’eau ne dissout point tels que le soufre qui est vraiment salin, puisqu’il contient l’acide vitriolique en grande quantité.

Suivons donc l’ordre des matières dans lesquelles la saveur saline est sensible; et ne considérant d’abord que les composés de l’acide vitriolique, nous aurons, dans les minéraux, les vitriols de fer, de cuivre et de zinc auxquels on doit ajouter l’alun, parce que tous sont non-seulement sapides, mais même corrosifs.

L’acide vitriolique, qui par lui-même est fixe, devient volatil en s’unissant à la matière du feu libre sur laquelle il a une action très-marquée, puisqu’il la saisit pour former le soufre, et qu’il devient volatil avec lui dans sa combustion; cet acide sulfureux volatil* ne diffère de l’acide vitriolique fixe que par son union avec la vapeur sulfureuse dont il répand l’odeur; et le mélange de cette vapeur à l’acide vitriolique, au lieu d’augmenter sa force, la diminue beaucoup; car cet acide, devenu volatil et sulfureux, a beaucoup moins de puissance pour dissoudre; son affinité avec

a. Lettres de M. Denieste , t. I, p. 44.

1. L’acide sulfurique et Yacide sulfureux ne sont que des degrés différents de Y oxydation du soufre : Yacide sulfureux en est le degré inférieur.

L’acide sulfureux est indécomposable par la chaleur, quand il est libre ; mais , combiné avec les bases alcalines, et chauffé , il se décompose , et produit un sulfate et un sulfure.

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les autres substances est plus faible; tous les autres acides peuvent le décomposer, et de lui-même il se décompose par la seule évaporation : la fixité n’est donc point une qualité essentielle à l’acide vitriolique; il peut se convertir en acide aérien, puisqu’il devient volatil et se laisse emporter en vapeurs sulfureuses.

L’acide sulfureux fait seulement plus d’effet que l’acide vitriolique sur les couleurs tirées des végétaux et des animaux; il les altère, et même les fait disparaître avec le temps, au lieu que l’acide vitriolique fait reparaître quelques-unes de ces mêmes couleurs, et en particulier celle des roses; l’acide sulfureux les détruit toutes, et c’est d’après cet effet qu’on l’emploie pour donner aux étoffes la plus grande blancheur et le plus beau lustre.

L’acide sulfureux me paraît être l’une des nuances que la nature a mises entre l’acide vitriolique et l’acide nitreux; car toutes les propriétés de cet acide sulfureux le rapprochent évidemment de l’acide nitreux , et tous deux ne sont au fond que le même acide aérien qui , ayant passé par l’état d’acide vitriolique, est devenu volatil dans l’acide sulfureux *, et a subi encore plus d'altération avant d’être devenu acide nitreux par la putréfaction des corps organisés : ce qui fait la principale différence de l’acide sulfureux et de l’acide nitreux, c’est que le premier est beaucoup plus chargé d’eau que le second, et que par conséquent , il n’est pas aussi fortement uni avec la matière du feu.

Après les vitriols métalliques, nous devons considérer les sels que l’acide vitriolique a formés avec les matièresderreuses, et particulièrement avec la terre argileuse qui sert de base à l’alun; nous verrons que cette terre est la même que celle du quartz, et nous en tirerons une nouvelle démonstration de la conversion réelle du verre primitif en argile.

LIQUEUR DES CAILLOUX

J’ai dit et répété plus d’une fois dans le cours de mes ouvrages, que l’argile tirait son origine de la décomposition des grès et des autres débris du quartz réduits en poudre, et atténués par l’action des acides et l’impression de l’eau ; je l’ai même démontré par des expériences faciles à répéter, et par lesquelles on peut convertir en assez peu de temps la poudre de grès en argile, par la simple action de l’acide aérien et de l’eau ; j’ai rapporté de semblables épreuves sur le verre pulvérisé; j’ai cité les observations réitérées et constantes qui nous ont également prouvé que les laves les plus solides des volcans se convertissent en terre argileuse , en sorte qu’indé-

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