‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 105 sur 240 · Voyez la note 1 de la p. 487 du P' volume · texte numérisé non relu

Voyez la note 1 de la p. 487 du P' volume

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pleraent auquel il succède dans Tordre de la nature, sans même qu’il soit excité par la présence d’aucun œuf. Une poule qui vient de pondre éprouve une sorte de transport que partagent les autres poules qui n’en sont que témoins, et qu’elles expriment toutes par des cris de joie répétés soit que la cessation subite des douleurs de l’accouchement soit toujours accompagnée d’une joie vive, soit que cette mère prévoie dès lors tous les plaisirs que ce premier plaisir lui prépare. Quoi qu’il en soit, lorsqu’elle aura pondu vingt-cinq ou trente œufs, elle se mettra tout de bon à les couver : si on les lui ôte à mesure , elle en pondra peut-être deux ou trois fois davantage, et s’épuisera par sa fécondité même; mais enfin il viendra un temps où, par la force de Tinstinct , elle demandera à couver par un gloussement particulier et par des mouvements et des attitudes non équivoques. Si elle n'a pas ses propres œufs, elle couvera ceux d’une autre poule, et, à défaut de ceux-là, ceux d’une femelle d’une autre espèce, et même des œufs de pierre ou de craie; elle couvera encore après que tout lui aura été enlevé, et elle se consumera en regrets et en vains mouvements** : si ses recherches sont heureuses et qu’elle trouve des œufs vrais ou feints dans un lieu retiré et convenable, elle se pose aussitôt dessus, les environne de ses ailes, les échaulfe de sa chaleur, les remue doucement les uns après les autres comme pour en jouir plus en détail et leur communiquer à tous un égal degré de chaleur; elle se livre tellement à cette occupation, qu’elle en oublie le boire et le manger : on dirait qu’elle comprend toute l’importance delà fonction qu’elle exerce, aucun soin n’est omis, aucune précaution n’est oubliée pour achever l’existence de ces petits êtres commencés, et pour écarter les dangers qui les environnent <*. Ce qu’il y a de plus digne de remarque, c’est que la situation d’une couveuse, quelque insipide qu’elle nous paraisse, est peut-être moins une situation d’ennui qu’un état de jouissance continuelle, d’autant plus délicieuse qu’elle est plus recueillie, tant la nature semble avoir mis d’attraits à tout ce qui a rapport à la multiplication des êtres.

L’elfet de l’incubation se borne au développement de l’embryon du poulet, qui, comme nous l’avons déjà dit, existe tout formé dans la cicatricule de l’œuf fécondé ; voici à peu près Tordre dans lequel se fait ce développe-

a. Nous n’aYons point dans notre langue de termes propres pour exprimer les différents cris de la poule, du coq, des poulets. Les Latins, qui se plaignaient de leur pauvreté, étaient beaucoup plus riches que nous et avaient des expressions pour rendre toutes ces différences. V^oyez Gesner, de Avibus, p. 431. « Gallus cucurit, pulli pipiunt, gallina canturit, gracillat, « pipat , singultit; glociunt eæ quæ volunt incuhare, » d’où vient le mot français glousser,

I le seul que nous ayons dans ce genre.

I 6. On vient à bout d’éteindre le besoin de couver en trempant souvent dans l’eau froide les parties postérieures de la poule.

c. 11 n’y a pas jusqu’au bruit qui ne leur soit contraire : on a remarqué qu’une couvée entière de poulets, éclos dans la boutique d’un serrurier, fut attaquée de vertiges. Voyez Collecliou académique, partie étrangère, t. III , p. 23.

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ment, ou plutôt comme il se présente à l’observateur j et comme j’ai déjà donné dans un assez grand détail tous les faits qui ont rapport au développement du poulet dans l’œuf je me contenterai d’en rappeler ici les circonstances essentielles.

Dès que l’œuf a été couvé pendant cinq ou six heures, on voit déjà distinctement la tête du poulet jointe à l’épine du dos, nageant dans la liqueur, dont la bulle qui est au centre de la cicatricule est remplie : sur la fin du premier jour la tête s’est déjà recourbée en grossissant.

Dès le second jour, on voit les premières ébauches des vertèbres qui sont comme de petits globules disposés des deux côtés du milieu de l’épine; on voit aussi paraître le commencement des ailes et les vaisseaux ombilicaux, remarquables par leur couleur obscure; le cou et la poitrine se débrouillent, la tête grossit toujours ; on y aperçoit les premiers linéaments des yeux et trois vésicules entourées, ainsi que l’épine, de membranes transparentes : la vie du fœtus devient plus manifeste; déjà l’on voit son cœur battre et son sang circuler.

Le troisième jour tout est plus distinct, parce que tout a grossi : ce qu’il y a de plus remarquable, c’est le cœur, qui pend hors de la poitrine et bat trois fois de suite, une fois en recevant par l’oreillette le sang contenu dans les veines, une seconde fois en le renvoyant aux artères , et la troisième fois en le poussant dans les vaisseaux ombilicaux ; et ce mouvement continue encore vingt-quatre heures après que l’embryon a été séparé du blanc de son œuf. On aperçoit aussi des veines et des artères sur les vésicules du cerveau ; les rudiments de la moelle de l’épine commencent à s’étendre le long des vertèbres; enfin on voit tout le corps du fœtus comme enveloppé d’une partie de la liqueur environnante, qui a pris plus de consistance que le reste.

Les yeux sont déjà fort avancés le quatrième jour ; on y reconnaît fort bien la prunelle, le cristallin, l’humeur vitrée; on voit outre cela, dans la tête, cinq vésicules remplies d’humeur, lesquelles, se rapprochant et se recouvrant peu à peu les jours suivants, formeront enfin le cerveau, enveloppé de toutes ses membranes; les ailes croissent, les cuisses commencent à paraître et le corps à prendre de la chair.

Les progrès du cinquième jour consistent, outre ce qui vient d’être dit , en ce que tout le corps se recouvre d’une chair onctueuse; que le cœur est retenu au dedans par une membrane fort mince qui s’étend sur la capacité de la poitrine, et que l’on voit les vaisseaux ombilicaux sortir de l’abdomen

a. Les yaisseaiix qui se répandent dans le jaune de l'œuf, et qui par conséquent se trouvent Lors de Vabdomen du yOulet, rentrent peu à peu dans cette cavité, selon la remarque de Stenon. Voyez Collection académique, partie étrangère, t. V, p. 572.

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