Voyez le volume I, p. 486 et suivantes
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Le sixième jour, la moelle de l’épine, s’étant divisée en deux parties, continue de s’avancer le long du tronc 5 le foie, qui était blanchâtre auparavant, est devenu de couleur obscure, le cœur bat dans ses deux ventricules, le corps du poulet est recouvert de la peau, et sur cette peau l’on voit déjà poindre les plumes.
Le bec est facile à distinguer le septième jour; le cerveau, les ailes, les cuisses et les pieds ont acquis leur figure parfaite ; les deux ventricules du cœur paraissent comme deux bulles contiguës et réunies par leur partie supérieure avec le corps des oreillettes ; on remarque deux mouvements successifs dans les ventricules aussi bien que dans les oreillettes; ce sont comme deux cœurs séparés.
Le poumon paraît à la fin du neuvième jour, et sa couleur est blanchâtre; le dixième jour les muscles des ailes achèvent de se former, les plumes continuent de sortir, et ce n’est que le onzième jour qu’on voit des artères, qui auparavant étaient éloignées du cœur, s’y attacher, et que cet organe se trouve parfaitement conformé et réuni en deux ventricules.
Le reste n’est qu’un développement plus grand des parties, qui se fait jusqu’à ce que le poulet casse sa coquille après avoir pipé , ce qui arrive ordinairement le vingt-unième jour, quelquefois le dix-huitième, d’autres fois le vingt-septième.
Toute cette suite de phénomènes, qui forme un spectacle si intéressant pour un observateur, est l’effet de l’incubation opérée par une poule, et l’industrie humaine n’a pas trouvé qu’il fût au-dessous d’elle d’en imiter les procédés : d’abord de simples villageois d’Égypte, et ensuite des physiciens de nos jours, sont venus à bout de faire éclore des œufs aussi bien que la meilleure couveuse, et d’en faire éclore un très-grand nombre à la fois; tout le secret consiste à tenir ces œufs dans une température qui réponde à peu près au degré de la chaleur de la poule, et à les garantir de toute humidité et de toute exhalaison nuisible, telle que celle du charbon, de la braise, même de celle des œufs gâtés : en remplissant ces deux conditions essentielles, et en y joignant l’attention de retourner souvent les œufs et de faire circuler dans le four ou l’étuve les corbeilles qui les contiendront, en sorte que non-seulement chaque œuf, mais chaque partie du même œuf participe à peu près également à la chaleur requise, on réussira toujours à faire éclore des milliers de poulets.
Toute chaleur est bonne pour cela; celle de la mère poule n’a pas plus de privilège que celle de tout autre animal, sans en excepter l’homme ni celle du feu solaire ou terrestre, ni celle d’une couche de tan ou de fumier :
a. On sait que Livie, étant grosse, imagina de couver et faire éclore un œuf dans son sein, voulant augurer du sexe de son enfant par le sexe du poussin qui viendrait ; ce poussin fut mâle, et son enfant aussi. Les augures ne manquèrent pas de se prévaloir du fait pour montrer aux plus incrédules la vérité de leur art; mais ce qui reste le mieux prouvé, c'est que la chaleur humaine est suffisante pour l’incubation des œufs.
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le point essentiel est de savoir s’en rendre maître, c’est-à-dire d’être toujours en état de l’augmenter ou de la diminuer à son gré : or il sera toujours possible, au moyen de bons thermomètres distribués avec intelligence dans l’intérieur du four ou de l’étuve, de savoir le degré de chaleur de ses différentes régions; de la conserver en étoupant les ouvertures et en fermant tous les registres du couvercle, de l’augmenter, soit avec des cendres chaudes, si c’est un four, soit en ajoutant du bois dans le poêle, si c’est une étuve à poêle, soit en faisant des réchauds si c’est une couche, et enfin de la diminuer en ouvrant les registres pour donner accès à l’air extérieur, ou bien en introduisant dans le four un ou plusieurs corps froids, etc.
Au reste, quelque attention que l’on donne à la conduite d’un four d’incubation, il n’est guère possible d’y entretenir constamment et sans interruption le trente-deuxième degrés qui est celui de la poule; heureusement ce terme n’est point indivisible, et l’on a vu la chaleur varier du trentehuitième au vingt-quatrième degré sans qu’il en résultât d’inconvénient pour la couvée; mais il faut remarquer qu’ici l’excès est beaucoup plus à craindre que le défaut, et que quelques heures du trente-huitième et même du trente-sixième degré feraient plus de mal que quelques jours du vingtquatrième ; et la preuve que cette quantité de moindre chaleur peut encore être diminuée sans inconvénient , c’est qu’ayant trouvé , dans une prairie qu’on fauchait, le nid d’une perdrix , et ayant gardé et tenu à l’ombre les œufs pendant trente-six heures qu’on ne put trouver de poule pour les couver, ils éclôrent néanmoins tous au bout de trois Jours, excepté ceux qui avaient été ouverts pour voir où en étaient les perdreaux ; à la vérité, ils étaient très-avancés, et sans doute il faut un degré de chaleur plus fort dans les commencements de l’incubation que sur la fin de ce même temps, où la chaleur du petit oiseau suffit presque seule à son développement.
A l’égard de son humidité, comme elle est fort contraire au succès de l’incubation, il faut avoir des moyens sûrs pour reconnaître si elle a pénétré dans le four, pour la dissiper lorsqu’elle y a pénétré et pour empêcher qu’il n’en vienne de nouvelle.
L’hygromètre le plus simple et le plus approprié pour juger de l’humidité de l’air de ces sortes de fours, c’est un œuf froid qu’on y introduit et qu’on y tient pendant quelque temps, lorsque le juste degré de chaleur y
1. Du thermomètre de Réaumur. — On omet de nous dire tout ce que cet ingénieux instrument avait déjà rendu de services. « En physique générale , le nom de Réaumur est prin- « cipalement célèbre par son thermomètre, qu’il fit connaître en 1731. Sa construction repose « sur le choix des deux points extrêmes de la graduation, celui de la congélation de l’eau, « et celui de son ébullition, points toujours fixes dans les mêmes circonstances. La division '/ d- cet intervalle en 80 degrés , était une disposition plus arbitraire, et que l’on a pu aban- « donner p''ur la division centésimale ; mais on ne s’écartera pas des deux bases dont nous « venons de parler, en sorte qu’au fond tous les thermomètres pourront toujours être regardés « comme de Réaumur • trmtefois il faut avouer que l’idée primitive en appartient à Newton. » (Cuvier.)
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est établi; si au bout d’un demi-quart d’heure au plus, cet œuf se couvre d’un nuage léger, semblable à celui que l’haleine produit sur une glace polie, ou bien à celui qui se forme l’été sur la surface extérieure d’un verre où l’on verse des liqueurs à la glace, c’est une preuve que l’air du four est trop humide, et il l’est d’autant plus que ce nuage est plus longtemps à se dissiper; ce qui arrive principalement dans les fours à tan et à fumier, que l’on a voulu renfermer en un lieu clos : le meilleur remède à cet inconvénient est de renouveler l’air de ces endroits fermés, en y établissant plusieurs courants par le moyen des fenêtres opposées, et à défaut de fenêtre en y plaçant et agitant un ventilateur proportionné à l’espace. Quelquefois la seule transpiration du grand nombre d’œufs produit dans le four même une humidité trop grande; et dans ce cas il faut tous les deux ou trois jours retirer pour quelques instants les corbeilles d’œufs hors du four, et l’éventer simplement avec un chapeau qu’on y agitera en différents sens.
Mais ce n’est pas assez de dissiper riiumidité qui s’est accumulée dans les fours, il faut encore, autant qu’il est possible, lui interdire tout accès par dehors, en revêtissent leurs parois ext(?rieures de plomb laminé ou de bon ciment, ou de plâtre, ou de goudron bien cuit, ou du moins en leur donnant plusieurs couches à l’huile qu’on laissera bien sécher, et en collant sur leurs parois intérieures des bandes de vessies ou de fort papier gris.
C’est à ce peu de pratiques aisées que se réduit tout l’art de l’incubation artificielle, et il faut y assujettir la structure et les dimensions des fours ou étuves, le nombre, la forme et la distribution des corbeilles, et toutes les petites manœuvres que la circonstance prescrit, que le moment inspire, et qui nous ont été détaillées avec une immensité de paroles', et que nous réduirons ici dans quelques lignes, sans cependant rien omettre
Le four le plus simple est un tonneau revêtu par dedans de papier collé, bouché par le haut d’un couvercle qui l’emboîte, lequel est percé dans son milieu d’une grande ouverture fermant à coulisse, pour regarder dans le four, et de plusieurs autres petites autour de celle-là servant de registre pour le ménagement de la chaleur, et fermant aussi à coulisse : on noie ce tonneau plus qu’aux trois quarts de sa hauteur dans du fumier chaud; on place dans son intérieur, les unes au-dessus des autres et à de justes intervalles, deux ou trois corbeilles à claire-voie, dans chacune desquelles on arrange deux couches d’œufs, en observant que la couche supérieure soit moins fournie que l’inférieure, afin que l’on puisse aussi avoir l’œil sur celle-ci ; on ménage, si l’on veut, une ouverture dans le centre de chaque corbeille, et dans l’espèce de petit puits formé par la rencontre de ces ouvertures, qui répondent toutes à l’axe du tonneau, on y suspend unthermo-
a. Voyez VArt de faire éclore les poulets, par M. de Réaumur, 2 vol. in-12.
i . Réaumur est diffus ; mais , quand on se tait sur l’invention heureuse du thermomètre , at-on bien le droit de faire remarquer cette immensité de paroles ?
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mètre bien gradué ; on en place d’autres en différents points de la circonférence, on entretient partout la chalenr au degré requis, et on a des poulets.
On peut aussi, en économisant la chaleur et tirant parti de celle qu’ordinaireraent on laisse perdre, employer à l’incubation artificielle celle des fours de pâtissiers et de boulangers, celle des forges et des verreries, celle même d’un poêle ou d’une plaque de cheminée, en se souvenant toujours que le succès de la couvée est attaché principalement à une juste distribution de la chaleur, et à l’exclusion de toute humidité.
Lorsque les fournées sont considérables et qu’elles vont bien, elles produisent des milliers de poulets à la foisj et cette abondance même ne serait pas sans inconvénient dans un climat comme le nôtre, si l’on n’eût trouvé moyen de se passer de poule pour élever les poulets, comme on savait s’en passer pour les faire éclore; et ces moyens se réduisent à une imitation plus ou moins parfaite des procédés de la poule lorsque ses poussins sont éclos.
On juge bien que cette mère qui a montré tant d’ardeur pour couver, qui a couvé avec tant d’assiduité, qui a soigné avec tant d’intérêt des embryons qui n’existaient point encore pour elle, ne se refroidit pas lorsque ses poussins sont éclos ; son attachement, fortifié par la vue de ces petits êtres qui lui doivent la naissance, s’accroît encore tous les jours par les nouveaux soins qu’exige leur faiblesse : sans cesse occupée d’eux, elle ne cherche de la nourriture que pour eux; si elle n’en trouve point, elle gratte la terre avec ses ongles pour lui arracher les aliments qu’elle recèle dans son sein, et elle s’en prive en leur faveur; elle les rappelle lorsqu’ils s’égarent, les met sous ses ailes à l’abri des intempéries et les couve tine seconde fois; elle se livre à ces tendres soins avec tant d’ardeur et de souci que sa constitution en est sensiblement altérée, et qu’il est facile de distinguer de toute autre poule une mère qui mène ses petits, soit à ses plumes hérissées et à ses ailes traînantes, soit au son enroué de sa voix et à ses différentes inflexions toutes expressives, et ayant toutes une forte empreinte de sollicitude et d’affection maternelle.
Mais si elle s’oublie elle-même pour conserver ses petits, elle s’expose à tout pour les défendre: paraît-il unépervier dans l’air, cette mère si faible, si timide, et qui en toute autre circonstance chercherait son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse, elle s’élance au-devant de la serre redoutable, et par ses cris redoublés, ses battements d’ailes et son audace, elle en impose souvent à l’oiseau carnassier, qui, rebuté d’une résistance imprévue, s’éloigne et va chercher une proie plus facile; elle paraît avoir toutes les qualités du bon cœur, mais, ce qui ne fait pas autant d’honneur au surplus de son instinct, c’est que si par hasard on lui a donné à couver des œufs de cane ou de tout autre oiseau de rivière, son affection n’est pas
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moindre pour ces étrangers qu’elle le serait pour ses propres poussins; elle ne voit pas qu’elle n’est que leur nourrice ou leur bonne et non pas leur mère, et lorsqu’ils vont, guidés parla nature, s’ébattre ou se plonger dans la rivière voisine, c’est un spectacle singulier de voir la surprise, les inquiétudes, les transes de cette pauvre nourrice qui se croit encore mère, et qui pressée du désir de les suivre au milieu des eaux, mais retenue par une répugnance invincible pour cet élément, s’agite incertaine sur le rivage, tremble et se désole, voyant toute sa couvée dans un péril évident, sans oser lui donner de secours.
Il serait impossible de suppléer à tous les soins de la poule pour élever ses petits, si ces soins supposaient nécessairement un degré d’attention et d’affection égal à celui de la mère elle-même; il suffit, pour réussir, de remarquer les principales circonstances de la conduite de la poule et ses procédés à l’égard de ses petits, et de les imiter autant qu’il est possible. Par exemple, ayant observé que le principal but des soins de la mère est de conduire scs poussins dans des lieux où ils puissent trouver à se nourrir, et de les garantir du froid et de toutes les injures de l’air, on a imaginé le moyen de leur procurer tout cela, avec encore plus d’avantage que la mère ne peut le faire. S’ils naissent en hiver, on les tient pendant un mois ou six semaines dans une étuve échauffée au même degré que les fours d’incubation ; seulement on les en tire cinq ou six fois par jour pour leur donner à manger au grand air, et surtout au soleil; la chaleur de l’étuve favorise leur développement. Pair extérieur les fortifie et ils prospèrent : de la mie de pain, des jaunes d’œufs, de la soupe, du millet sont leur première nourriture; si c’est en été, on ne les tient dans l’étuve que trois ou quatre jours, et dans tous les temps on ne les tire de l’étuve que pour les faire passer dans Xdipoussinière. C’est une espèce de cage carrée, fermée par devant d’un grillage en fil de fer ou d’un simple filet, et par dessus d’un couvercle à charnière; c’est dans cette cage que les poussins trouvent à manger ; mais lorsqu’ils ont mangé et couru suffisamment, il leur faut un abri où ils puissent se réchauffer et se reposer, et c’est pour cela que les poulets qui sont menés par une mère ont coutume de se rassembler alors sous ses ailes. M. de Réaumur a imaginé pour ce même usage wï\& mère artificielle : c’est une boîte doublée de peau de mouton, dont la base est carrée et le dessus incliné comme le dessus d’un pupitre; il place cette boîte à l’un des bouts de sa poussinière, de manière que les poulets puissent y entrer de plmn-pied et en faire le tour au moins de trois côtés, et il l’échauffe par dessous au moyen d’une chaufferette qu’on renouvelle selon le besoin ; l’inclinaison du couvercle de cette espèce de pupitre offre des hauteurs différentes pour les poulets de différentes tailles; mais comme ils ont coutume, surtout lorsqu’ils ont froid, de se presser et même de s’entasser en montant les uns sur les autres, et que dans cette foule les petits et les faibles courent risque d’être étoufl'és, on tient cette boîte
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OU mère artificielle ouverte par les deux bouts, ou plutôt on ne la ferme aux deux bouts que par un rideau que le plus petit poulet puisse soulever facilement, afin qu’il ait toujours la facilité de sortir lorsqu’il se sent trop pressé ; après quoi il peut, en faisant le tour, revenir par l’autre bout et choisir une place moins dangereuse. M. de Réaumur tâche encore de prévenir ce même inconvénient par une autre précaution, c’est de tenir le couvercle de la mère artificielle incliné assez bas pour que les poulets ne puissent pas monter les uns sur les autres; et à mesure que les poulets croissent, il élève le couvercle, en ajoutant sur le côté de la boîte des hausses proportionnées. Il renchérit encore sur tout cela en divisant ses plus grandes poiissinières en deux par une cloison transversale, afin de pouvoir séparer les poulets de différentes grandeurs ; il les fait mettre aussi sur des roulettes pour la facilité du transport, car il faut absolument les rentrer dans la chambre toutes les nuits, et même pendant le jour lorsque le temps est rude; et il faut que celte chambre soit échauffée en temps d’hiver : mais, au reste, il est bon, dans les temps qui ne sont ni froids ni pluvieux, d’exposer les poussinières au grand air et au soleil, avec la seule précaution de les garantir du vent; on peut même en tenir les portes ouvertes, les poulets apprendront bientôt à sortir pour aller gratter le fumier ou becqueter l’herbe tendre, et à rentrer pour prendre leur repas ou s’échauffer sous la mère artificielle. Si l’on ne veut pas courir le risque de les laissser ainsi vaguer en liberté, on ajoute au bout de la poussinière une cage à poulets ordinaire qui, communiquant avec la première, leur fournira un plus grand espace pour s’ébattre et une promenade close où ils seront en sûreté.
Mais plus on les tient en captivité, plus il faut être exact à leur fournir une nourriture qui leur convienne : outre le millet, les jaunes d’œufs, la soupe et la mie de pain , les jeunes poulets aiment aussi la navette, le chèncvis et autres menus grains de ce genre, les pois, les fèves, les lentilles, le riz, l’orge et l’avoine mondés, le turquis écrasé et le blé noir. Il convient, et c’est même une économie, de faire crever dans l’eau bouillante la plupart de ces graines avant de les leur donner; cette économie va à un cinquième sur le froment, à deux cinquièmes sur l’orge, à une moitié sur le turquis, à rien sur l’avoine et le blé noir; il y aurait de la perte à faire crever le seigle, mais c’est de toutes ces graines celle que les poulets aiment le moins. Enfin on peut leur donner, à mesure qu’ils deviennent grands, de tout ce que nous mangeons nous-mêmes, excepté les amandes amères “ et les grains de café**; toute viande hachée, cuite ou crue, leur est bonne,
a. Voyez Éphémérides des Curieux de la nature, déc. 1, ann. 8, observ. 99.
b. Deux poulets ayant été nourris, l’un avec du café des îles rôti , l’autre avec le même café non rôti, devinrent tous deux étiques et moururent, l’un le huitième jour et l’autre le dixième, après avoir consommé chacun trois onces de café; les pieds et les jambes étaient tort enflés, et la vésicule du fiel se trouva aussi grosse que celle d’une poule d’Inde. Mémoires de l’Académie royale des Sciences, ann. 1746, p. 101.
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surtout les vers de terre 5 c’est le mets dont ces oiseaux, qu’on croit si peu carnassiers, paraissent être le plus friands, et peut-être ne leur manquet-il, comme à bien d’autres, qu’un bec crochu et des serres pour être de véritables oiseaux de proie*.
Cependant il faut avouer qu’ils ne diffèrent pas moins des oiseaux de proie par la façon de digérer et par la structure de l’estomac que par le bec et par les ongles : l’estomac de ceux-ci est membraneux, et leur digestion s’opère par le moyen d’un dissolvant qui varie dans les différentes espèces, mais dont l’action est bien constatée^; au lieu que les gallinacés peuvent être regardés comme ayant trois estomacs, savoir : 1° le jabot, qui est une espèce de poche membraneuse, où les grains sont d’abord macérés et commencent à se ramollir; 2° la partie la plus évasée du canal intermédiaire entre le jabot et le gésier, et la plus voisine de celui-ci ; elle est tapissée d’une quantité de petites glandes qui fournissent un suc dont les aliments peuvent aussi se pénétrer à leur passage; 3“ enfin, le gésier qui fournit un suc manifestement acide, puisque de l’eau, dans laquelle on a broyé sa membrane interne, devient une bonne présure pour faire cailler les crèmes; c’est ce troisième estomac qui achève, par l’action puissante de ses muscles, la digestion qui n’avait été que préparée dans les deux premiers. La force de ses muscles est plus grande qu’on ne le croirait : en moins de quatre heures elle réduit en poudre impalpable une boule d'un verre assez épais pour porter un poids d’environ quatre livres; en quarante-huit heures elle divise longitudinalemeut, en deux espèces de gouttières, plusieurs tubes de verre de quatre lignes de diamètre et d’une ligne d’épaisseur, dont, au bout de ce temps, toutes les parties aiguës et tranchantes se trouvent émoussées et le poli détruit, surtout celui de la partie convexe ; elle est aussi capable d’aplatir des tubes de fer-blanc, et de broyer jusqu’à dix-sept noisettes dans l’espace de vingt-quatre heures, et cela par des compressions multipliées, par une alternative de frottement dont il est difficile de voir la mécanique. M. de Réaumur- ayant fait nombre de tentatives pour la découvrir, n’a aperçu qu’une seule fois des mouvements un peu sensibles dans cette partie; il vit dans un chapon, dont il avait mis le gésier à découvert, des portions de ce viscère se contracter, s’aplatir et se relever ensuite; il observa des espèces de cordons charnus qui se formaient à sa surface, ou plutôt qui paraissaient s’y former, parce qu’il se faisait entre deux des enfoncements qui les séparaient, et tous ces mou-
a. Voyez Mém. de l’Acad. royale des Sciences, ann. 1732, p. 266.
1. Il leur manque un bec, des serres, des intestins, et tout ce qui constitue un oiseau car~ nivore. (Voyez la note 1 de la page 428 du 11® volume.)
2. Enfin voilà Réaumur cité (voyez la note 1 de la p. 222), mais pour un bien petit fait. — Les deux mémoires de Réaumur sur la digestion des oiseaux sont le premier modèle, qu’on ait eu en France , dans l'art des expériences , appliqué à la physiologie.
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vements semblaient se propager comme par ondes et très-lentement.
Ce qui prouve que, dans les gallinacés, la digestion se fait principalement par l’action des muscles du gésier, et non par celle d’un dissolvant * quelconque, c’est que, si l’on fait avaler à l’un de ces oiseaux un petit tube de plomb ouvert par les deux bouts, mais assez épais pour n’être point aplati par l’elFort du gésier, et dans lequel on aura introduit un grain d’orge, le tube de plomb aura perdu sensiblement de son poids dans l’espace de deux jours, et le grain d’orge qu’il renferme, fût-il cuit et même mondé, se retrouvera au bout de deux jours un peu renflé, mais aussi peu altéré que si on l’eût laissé pendant le même temps dans tout autre endroit également humide; au lieu que ce même grain et d’autres beaucoup plus durs, qui ne seraient pas garantis par un tube, seraient digérés en beaucoup moins de temps.
Une chose qui peut aider encore à l’action du gésier, c’est que les oiseaux en tiennent la cavité remplie, autant qu’il est possible, et par là mettent en jeu les quatre muscles dont il est composé : à défaut de grains ils le lestent avec de l’herbe et même avec de petits cailloux, lesquels, par leur dureté et leurs inégalités, sont des instruments propres à broyer les grains avec lesquels ils sont continuellement froissés ^ ; je dis par leurs inégalités, car lorsqu’ils sont polis ils passent fort vite, il n’y a que les raboteux qui restent ; ils abondent d’autant plus dans le gésier qu’il s’y trouve moins d’aliments; et ils y séjournent beaucoup plus de temps qu’aucune autre matière digestible ou non digestible.
Et l’on ne sera point surpris que la membrane intérieure de cet estomac soit assez forte pour résister à la réaction de tant de corps durs sur lesquels elle agit sans relâche, si l’on fait attention que cette membrane est en elfet fort épaisse et d’une substance analogue à celle de la corne; d’ailleurs, ne sait-on pas que les morceaux de bois et les cuirs, dont on se sert pour frotter avec une poudre extrêmement dure les corps auxquels on veut donner le poli, résistent fort longtemps? On peut encore supposer que cette membrane dure se répare de la même manière que la peau calleuse des mains de ceux qui travaillent à des ouvrages de force.
Au reste, quoique les petites pierres puissent contribuer à la digestion, il n’est pas bien avéré que les oiseaux granivores aient une intention bien décidée en les avalant. Redi ayant renfermé deux chapons avec de l’eau et de ces petites pierres pour toute nourriture, ils burent beaucoup d’eau et moururent, l’un au bout de vingt jours, l’autre au bout de vingt-quatre, et
1. La digestion se fait essentiellement par l’action dissolvanle du suc ou fluide gastrique ( voyez les expériences de Réaumur , et plus particulièrement encore , sur ce dernier point , celles de Spallanzani ) : l’action triturante des muscles du gésier ne produit qu’une division mécanique de l’aliment, laquelle permet au suc gastrique d’en pénétrer toutes les parties ; c’est une simple mastication intérieure.