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LE DINDON
mélange de deux espèces, celles du paon et du coq ordinaire; mais s’il est bien prouvé, comme je le crois , que les dindons soient d’origine américaine, il n’est pas possible qu’ils aient été produits par le mélange de deux espèces asiatiques telles que le coq et le paon ; et ce qui achève de démontrer qu’en effet cela n’est pas, c’est que dans toute l’Asie on ne trouve point de dindons sauvages, tandis qu’ils fourmillent en Amérique; mais, dirat-on, que signifie donc ce nom de gallo-pavus (coq-paon), si anciennement appliqué au dindon? Rien de plus simple : le dindon était un oiseau étranger, qui n’avait point de nom dans nos langues européennes; et comme on lui a trouvé des rapports assez marqués avec le coq et le paon, on a voulu indiquer ces rapports par le nom composé de gallo-pavus, d’après lequel Sperling et quelques autres auront cru que le dindon était réellement le produit du mélange de l’espèce du paon avec celle du coq, tandis qu’il n’y avait que les noms de mêlés*; tant il est dangereux de conclure du mot à la chose ! tant il est important de ne point appliquer aux animaux de ces noms composés qui sont presque toujours susceptibles d’équivoque !
M. Edwards parle d’un autre mulet qu’il dit être le mélange de l’espèce du dindon avec celle du faisan ; l’individu sur lequel il a fait sa description" avait été tué d’un coup de fusil dans les bois voisins de Handford , dans la province de Dorset, où il fut aperçu, au mois d’octobre 1759, avec deux ou trois autres oiseaux de la même espèce : il était en effet d’une grosseur moyenne entre le faisan et le dindon, ayant trente-deux pouces de vol; une petite aigrette de plumes noires assez longues, s’élevait sur la base du bec supérieur; la tête n’était point nue comme celle du dindon, mais couverte de petites plumes fort courtes ; les yeux étaient entourés d’un cercle de peau rouge, mais moins large que dans le faisan : on ne dit point si cet oiseau relevait les grandes plumes de la queue pour faire la roue ; il paraît seulement par la figure qu’il la portait ordinairement comme la porte le dindon lorsqu’il est tranquille : au reste, il est à remarquer qu’il n’avait la queue composé que de seize plumes comme celle du coq de bruyère; tandis que celle des dindons et des faisans en a dix-huit : d’ailleurs chaque plume du corps était double sur une même racine, l’une ferme et plus grande, l’autre petite et duvetée, caractère qui ne convient ni au faisan ni au dindon, mais bien au coq de bruyère et au coq commun. Si cependant l’oiseau dont il s’agit tirait son origine du mélange du faisan avec le dindon, il semble qu’on aurait dû retrouver en lui comme dans les autres mulets : premièrement les caractères communs aux deux espèces primitives; en second lieu, des qualités moyennes entre leurs qualités opposées, ce qui n’a point lieu ici, puisque le prétendu mulet de M. Edwards avait des carac-
a. GJanttres , planche cccxxxvii.