‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 113 sur 240 · n’y avait , en effet, que les noms de mêlés · texte numérisé non relu

n’y avait , en effet, que les noms de mêlés

LE DINDON

tères qui manquaient absolument aux deux espèces primitives (les plumes doubles), et qu’il manquait d’autres caractères qui se trouvaient dans ces deux espèces (les dix-huit plumes de la queue) ; et si l’on voulait absolument une espèce métive* , il y aurait plus de fondement à croire qu’elle dérive du mélange du coq de bruyère et du dindon, qui, comme je l’ai remarqué, n’a que seize pennes à la queue, et qui a les plumes doubles comme notre prétendu mulet.

Les dindons sauvages ne diffèrent des domestiques^ qu’en ce qu’ils sont beaucoup plus gros et plus noirs : du reste, ils ont les mêmes mœurs, les mêmes habitudes naturelles, la même stupidité ; ils se perchent dans les bois sur les branches sèches, et lorsqu’on en fait tomber quelqu’un d’un coup d’arme à feu, les autres restent toujours perchés, et pas un seul ne s’envole. Selon Fernandès, leur chair, quoique bonne, est plus dure et moins agréable que celle des dindons domestiques, mais ils sont deux fois plus gros : hucxolotl est le nom mexicain du mâle, et cihuatotolin le nom de la femelle". Albin nous apprend qu’un grand nombre de seigneurs anglais se plaisent à élever des dindons sauvages, et que ces oiseaux réussissent assez bien partout où il y a de petits bois, des parcs ou autres enclos ^

Le dindon huppé n’est qu’une variété du dindon commun, semblable à celle du coq huppé dans l’espèce du coq ordinaire ; la huppe est quelquefois noire et d’autres fois blanche, telle que celle du dindon décrit par Albin'’ : il était de la grosseur des dindons ordinaires; il avait les pieds couleur de chair, la partie supérieure du corps d’un brun foncé , la poitrine, le ventre, les cuisses et la queue blanches, ainsi que les plumes qui formaient son aigrette; du reste, il ressemblait exactement à nos dindons communs, et par la chair spongieuse et glanduleuse qui recouvrait la tête et la partie supérieure du cou , et par le bouquet de crins durs naissant (en apparence) de la poitrine, et par les éperons courts qu’il avait à chaque pied, et par son antipathie singulière pour le rouge, etc.

a. Fr. Fernandès, Hisloria avium novæ Hispaniæ , page 27.

b. Albin, liv. ii, n° xxxiii.

c. Idem, ibidem.

1. Mais pourquoi vouloir absolument une espèce me ime Pourquoi, surtout, admettre des espèces métisses par voie d’hypothèse ? — L’oiseau, décrit par Edwards , n’était, suivant Lamouroux , qu’une variété du faisan commun.

2. Voyez la nomenclature de la page 313. — Le dindon sauvage de Virginie [meleagris fera Vieill. ) a tout le phrmage d’un brun foncé avec les plumes du cou, de la gorge, du dos, etc., bordées de reflets azurés. — Le plumage du dindon domestique est très-varié , tantôt il est noir, tantôt blanc, souvent orné de bandes alternatives blanches et grises avec des reflets assez éclatants, etc.

LA PEINTADE.

LA PEINTADE."'

II ne faut pas confondre la peintade avec le pintado, comme a fait M, Ray, du moins avec le pintado dont parle Dampier®, lequel est un oiseau de mer de la grosseur d’un canard, ayant les ailes fort longues, et qui rase la surface de l’eau en volant : tous caractères fort étrangers à la peintade, qui est un oiseau terrestre à ailes courtes, et dont le vol est fort pesant.

Celle-ci a été connue et très-bien désignée par les anciens. Aristote n’en parle qu’une seule fois dans tous ses ouvrages sur les animaux ; il la nomme méléagride, et dit que ses œufs sont marquetés de petites taches^.

Varron en fait mention sous le nom de poule d’Afrique : c’est, selon lui , un oiseau de grande taille à plumage varié, dont le dos est rond, et qui était fort rare à Rome ^

Pline dit les mêmes choses que Varron, et semble n’avoir fait que le copier'^, à moins qu’on ne veuille attribuer la ressemblance des descriptions à l’identité de l’objet décrit; il répète aussi ce qu’Aristote avait dit de la couleur des œufs % et il ajoute que les peintades de Numidie étaient les plus estimées f : d’où on a donné à l’espèce le nom de poule numidique par excellence.

Columelle en reconnaissait de deux sortes qui se ressemblaient en tout point, excepté que l’une avait les barbillons bleus, et que l’autre les avait rouges; et cette différence avait paru assez considérable aux anciens pour constituer deux espèces ou races désignées par deux noms distincts : ils appelaient méléagride, la poule aux barbillons rouges, et poule africaine, celle aux barbillons bleus?, n’ayant pas observé ces oiseaux d’assez près

a. Voyez son Voyage aux terres Australes , t. IV de son Nouveau voyage autour du monde, p. 23 , édit, de Rouen.

b. Voyez Hisloria animalium , lib. vi, cap. n.

c. « Grandes , variæ , gibberæ quas meleagrides appellant Græci. » Varro, de Re Rusticâ , lib. III, cap. IX.

d. « AfricæGallinarumgenus, gibberiun, variis sparsum plumis.»/r/st.na/., lib. x, cap. xxvi.

e. Ibidem , cap. lu.

f. Ibidem , cap. xlviii. « Quam plerique numidicam dicunt. » Columelle.

g. « Africana gallina est meleagridi similis nisi quod rutilam paleam et cristam capite gerit, « quæ utraque simt in meleagride cærulea. » Voyez Columelle, de Re Rusticâ, lib. xiii, cap. ii.

* Numida meleagris (Linn.). — La. peintade commune (Cuv.). — Ordre id., genre Peintades (Cuv.). — « Les anciens Grecs nommaient les peintades méte'agrides , et supposaient qu’elles « étaient le produit de la métamorphose des sœurs de Méléagre. On regardait les taches de leur « plumage comme des traces de larmes. Les Romains les nommaient poules d’Afrique, de « Numidie, etc., etc. Les modernes ne les ont retrouvées qu’en Guinée. » (Cuvier.) — * Outre l’espèce commune , on en connaît une seconde dont la tète est surmontée d’une crête K de plumes, et une troisième où elle est armée d’un casque conique [numida cristata et M numida mitrala), et l’on en a découvert depuis peu une autre où le casque est très-petit, et « qui porte sur la base du bec une petite touffe de tiges courtes, presque sans barbes [numida « lorhyncha). n (Cuvier.)

LA PEINTADE.

pour s’apercevoir que la première était la femelle, et la seconde le mâle d’une seule et même espèce , comme l’ont remarqué IVIM, de l’Académie

Quoi qu’il en soit, il paraît que la peintade, élevée autrefois à Rome avec tant de soin, s'était perdue en Europe, puisqu’on n’en retrouve plus aucune trace chez les écrivains du moyen âge, et qu’on n’a recommencé à en parler que depuis que les Européens ont fréquenté les côtes occidentales de l’Afrique, en allant aux Indes par le cap de Bonne-Espérance^ : non-seulement ils l’ont répandue en Europe, mais ils l’ont encore transportée en Amérique , et cet oiseau ayant éprouvé diverses altérations dans ses qualités extérieures par les influences des divers climats , il ne faut pas s’étonner si les modernes, soit naturalistes, soit voyageurs, en ont encore plus multiplié les races que les anciens.

Frisch distingue, comme Columelle, la peintade à barbillons rouges de celle à barbillons bleus % mais il reconnaît entre elles plusieurs autres différences ; selon lui, cette dernière, qui ne se trouve guère qu’en Italie, n’est point bonne à manger, elle est plus petite, elle se tient volontiers dans les endroits marécageux, et prend peu de soin de ses petits : ces deux derniers traits se retrouvent dans la méléagride de Clytus de Milet : « On « les tient, dit-il, dans un lieu aquatique, et elles montrent si peu d’atta- « chement pour leurs petits, que les prêtres commis à leur garde sont « obligés de prendre soin de la couvée; » mais il ajoute que leur grosseur est celle d’une poule de belle race : il paraît aussi, par un passage de Pline, que ce naturaliste regardait la maléagride comme un oiseau aquatique®; celle à barbillons rouges est au contraire, selon M. Frisch, plus grosse qu’un faisan, se plaît dans les lieux secs, élève soigneusement ses petits, etc.

Dampier assure que dans l’île de May, l’une de celles du cap Vert, il y a des peintades dont la chair est extraordinairement blanche, d’autres dont la chair est noire, et que toutes l’ont tendre et délicate f ; le P. Labat en dit

a. Voyez Mémoires pour servir à l’histoire naturelle des animaux, dressés par M. Perrault, deuxième partie, p. 82.

b. « Tout ainsi comme la Guinée est un pays dont les marchands ont commencé à apporter « plusieurs marchandises qui étaient auparavant inconnues à nos Français , aussi, sans leurs « navigations , les poules de ce pays-là étaient inconnues , n’eùt été qu’ils leur ont fait passer <( la mer, qui maintenant sont j’a si fréquentes ès maisons des grands seigneurs en nos contt trées, qu’elles nous en sont communes. » Voyez Belon. Hist. nat. des oiseaux, p. 246.

c. Voyez le Discours relatif à la planche cxxvi de Frisch.

d. « Locus ubi aluntur, palustris est ; pullos suos i.ullo amoris affectu hæc aies prosequitur, tt et teneros adhuc negligit, quare à sacerdotibus curam eorum geri oportet. «Voyez Athénée, liv. XIV, cap. XXVI.

e. « Menesias Africæ locum Sicyonem appellat, et Grathim amnem in oceanum effluentem, « lacu in quo aves quas meleagridas et penelopas vocat, vivere. » Hist. naturalis, lib. xxxvn, cap. II.

f. Voyez Nouveau voyage autour du monde, t. IV, page 23.

LA PEINTADE.

autant® : cette dilîérence, si elle est vraie, me paraîtrait d’autant plus considérable qu’elle ne pourrait être attribuée au changement de climat, puisque dans cette île, qui avoisine l’Afrique, les peintades sont comme dans leur pays natal, à moins qu’on ne veuille dire que les mêmes causes particulières qui teignent en noir la peau et le périoste de la plupart des oiseaux de l’île de Sant-Iago, voisine de l’île de May, noircissent aussi dans cette dernière la chair des peintades.

Le P. Charlevoix prétend qu’il y en a une espèce à Saint-Domingue, plus petite que l’espèce ordinaire*’; mais ce sont apparemment ces peintades marronnes, provenant de celles qui y furent transportées par les Castillans peu après la conquête de l’île : cette race étant devenue sauvage, et s’étant comme naturalisée dans le pays, aura éprouvé l’influence naturelle de ce climat, laquelle tend à affaiblir, amoindrir, détériorer les espèces, comme je l’ai fait voir ailleurs ‘ ; et ce qui est digne de remarque , c’est que cette race, originaire de Guinée, et qui, transportée en Amérique, y avait subi l’état de domesticité, n’a pu dans la suite être ramenée à cet état , et que les colons de Saint-Domingue ont été obligés d’en faire venir de moins farouches d’Afrique pour les élever et les multiplier dans les bassescours". Est-ce pour avoir vécu dans un pays plus désert, plus agreste, et dont les habitants étaient sauvages, que ces peintades marronnes sont devenues plus sauvages elles-mêmes? ou ne serait-ce pas aussi pour avoir été effarouchées par les chasseurs européens, et surtout par les Français, qui en ont détruit un grand nombre, selon le P. Margat, jésuite^?

Marcgrave en a vu de huppées qui venaient de Sierra-Leone, et qui avaient autour du cou une espèce de collier membraneux d’un cendré bleuâtre"; et c’est encore ici une de ces variétés que j’appelle primitives, et qui méritent d’autant plus d’attention qu’elles sont antérieures à tout changement de climat.

Le jésuite Margat , qui n’admet point de différence spécifique entre la poule africaine et la méléagride des anciens, dit qu’il y en a de deux couleurs à Saint-Domingue, les unes ayant des taches noires et blanches disposées par compartiments en forme de rhomboïdes, et les autres étant d’un gris plus cendré; il ajoute qu’elles ont toutes du blanc sous le ventre, audessous et aux extrémités des ailes G

а. Ibidem, t. II, page 326.

б. Voyez Histoire de Vile espagnole de Saint-Domingue , p. 28 et 29.

c. Voyez Lettres édifiantes, XX® Recueil, loco citato.

d. Ibidem.

e. a Earum collum. circum-ligatum seu circum-volutum quasi linteamine membran aceo K coloris cinerei cærulescentis : caput tegit crista obrotunda , multiplex , coustans pennis ele- « ganter nigris. » Marcgrave, Hist. naturalis Brasiliensis , p. 192.

f. Lettres édifiantes , au lieu cité.

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