Voyez le III® volume, page
LA PEINTADE.
Enfin, M. Brisson regarde comme une variété conslante la blancheur du plumage de la poitrine, observée sur les peintades de la Jamaïque, et en a l'ait une race distincte, caractérisée par cet attribut®, qui, comme nous venons de le voir, n’appartient pas moins aux peintades de Saint-Domingue qu’à celles de la Jamaïque.
Mais, indépendamment des dissemblances qui ont paru suffisantes aux naturalistes pour admettre plusieurs races de peintades, j’en trouve beaucoup d’autres, en comparant les descriptions et les figures publiées par différents auteurs, lesquelles indiquent assez peu de fermeté, soit dans le moule intérieur de cet oiseau , soit dans l’empreinte de sa forme extérieure , et une très- grande disposition à recevoir les influences du dehors.
La peintade de Frisch et de quelques autres** a le casque et les pieds blanchâtres, le front, le tour des yeux, les côtés de la tête et du cou, dans sa partie supérieure, blancs, marquetés de gris cendré; celle de Frisch a de plus, sous la gorge, une tache rouge en forme de croissant, plus bas un collier noir fort large, les soies ou filets de Yoccipul en petit nombre, et pas une seule penne blanche aux ailes ; ce qui fait autant de variétés par lesquelles les pintades de ces auteurs ditfèrent de la nôtre.
Celle de Marcgrave avait de plus le bec jaune®; celle de M. Brisson l’avait rouge à la base; et de couleur de corne vers le bout**. MM. de l’Académie ont trouvé à quelques-unes une petite huppe à la base du bec, composée de douze ou quinze soies ou filets raides longs de quatre lignes®, laquelle ne se retrouve que dans celles de Sierra-Leone, dont j’ai parlé plus haut.
Le docteur Cai dit que la femelle a la tête toute noire, et que c’est la seule différence qui la distingue du mâle f.
Aldrovande prétend au contraire que la tête de la femelle a les mêmes couleurs que celle du mâle , mais que son casque est seulement moins élevé et plus obtus
Roberts assure qu’elle n’a pas même de casque *.
Dampier et I^abat , qu’on ne lui voit point ces barbillons rouges et ces
a. Voyez VOrnithologie de M. Brisson, t. I , page 180. Meleagris pectore albo.
b. « Le mâle et la femelle, dit Belon, ont même madrure en plumes et blancheur autour « des yeux, et rougeur par dessous. » Voyez Hist. nat. des oiseaux, p. 247. — « Ad latera « capitis albo, » dit Marcgrave. Hisloria nat. Brasil., p. 192. — « La tète est revêtue, dit le « jésuite Margat, d’une peau spongieuse , rude et ridée, dont la couleur est d’un blanc bleuâtre. » Voyez Lettres édifiantes, Recueil XX, p. 362 et suiv.
c. « Uostrum flavum. » Voyez Hisloria nat. Brasil., p. 192.
d. Voyez Ornithologie , t. I, p. 180.
e. Voyez Mémoires sur les animaux, partie ii, p. 82.
f. Gains apud Gessnerum de Avibus, p. 481.
g. Voyez Ornilhologia Aldrov., t. II, p. 336.
h. Voyages de Roberts au Cap Vert et aux îles , etc., p. 402.
LA PEINTADE.
caroncules de même couleur, qui , dans le mâle, bordent l’ouverture des narines
M. Barrère dit que tout cela est plus pâle que dans le mâle ^ et que les soies de X occiput sont plus rares, et telles apparemment qu’elles paraissent dans la pl. cxxvi de Frisch.
Enfin , MM. de l’Académie ont trouvé dans quelques individus ces soies ou filets de Vocciput élevés d’un pouce, en sorte qu’ils formaient comme une petite huppe derrière la tête
Il serait difficile de démêler parmi toutes ces variétés' celles qui sont assez profondes, et, pour ainsi dire, assez fixes pour constituer des races distinctes^ et comme on ne peut douter qu’elles ne soient toutes fort récentes, il serait peut-être plus raisonnable de les regarder comme des effets qui s’opèrent encore journellement par la domesticité, par le changement de climat, par la nature des aliments, etc. , et de ne les employer dans la description que pour assigner les limites des variations auxquelles sont sujettes certaines qualités de la peintade ; et pour remonter autant qu’il est possible aux causes qui les ont produites, jusqu’à ce que ces variétés, ayant subi l’épreuve du temps et ayant pris la consistance dont elles sont susceptibles , puissent servir de caractères à des races réellement distinctes.
La peintade a un trait marqué de ressemblance avec le dindon, c’est de n’avoir point de plumes à la tête ni à la partie supérieure du cou; et cela a donné lieu à plusieurs ornithologistes, tels que Belon Gessner % Aldrovandef et Klein?, de prendre le dindon pour la méléagride des anciens; mais outre les différences nombreuses et tranchées qui se trouvent, soit entre ces deux espèces, soit entre ce que l’on voit dans le dindon, et ce que les anciens ont dit de la méléagride il suffit, pour mettre en évidence la fausseté de celte conjecture, de se rappeler les preuves par lesquelles
а. Nouveau voyage de Dampier, t. VI , page 23. — Il est probable que la crête courte et d’un rouge très- vif, dont parle le P. Cbarlevoix, n’est autre chose que ces caroncules. Voyez son Histoire de Vile Espagnole, 1. 1, p. 28, etc.
б. Barrère, Ornithologiæ specimen , class. iv, gen. ni, species 6.
c. Voyez Mémoires sur les animaux , partie ii, p. 80.
d. Voyez Histoire naturelle des oiseaux , p. 248.
e. Voyez De avibus , p. 480 et suiv.
/'. Voyez Ornithologiæ lib. xin, p. 36.
g. Prodromus Historiœ avium, p. 112.
h. La méléagride était de la grosseur d’une poule de bonne race , avait sur la tête un tubercule calleux, le plumage marqueté de taches blanches, semblables à des lentilles, mais plus grandes ; deux barbillons adhérents au bec supérieur, la queue pendante , le dos rond , des membranes entre les doigts, point d’éperons aux pieds, aimait les marécages, n’avait point d’attachement pour ses petits, tous caractères qu’on chercherait vainement dans le dindon , lequel en a d’ailleurs deux très-frappants , qui ne se retronvent point dans la description de la méléagride , ce bouquet de crins durs qui lui sort au bas du cou , et sa manière d’étaler sa queue et de faire la roue autour de sa femelle.