‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 115 sur 240 · Voyez la nomenclature de la page · texte numérisé non relu

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LA PEINTADE.

j’ai établi à l’article du dindon que cet oiseau est propre et particulier à l’Amérique, qu’il vole pesamment, ne nage point du tout, et que par conséquent il n’a pu franchir la vaste étendue de mers qui sépare l’Amérique de notre continent : d’où il suit qu’avant la découverte de l’Amérique il était entièrement inconnu dans notre continent, et que les anciens n’ont pu en parler sous le nom de méléagride.

Il paraît que c’est aussi par erreur que le nom de knor-haan s’est glissé dans la liste des noms de la peintade donnée par M. Brisson® citant Kolbe^ Je ne nie pas que la figure par laquelle le knor-haan a été désigné dans le voyage de Kolbe n’ait été faite d’après celle de la poule africaine de Marcgrave, comme le dit M. Brisson; mais il avouera aussi qu’il est difficile de reconnaître dans un oiseau propre au cap de Bonne-Espérance, la peintade qui est répandue dans toute l’Afrique, mais moins au Cap que partout ailleurs , et qu’il est encore plus difficile d’adapter à celle-ci ce bec court et noir, cette couronne de plumes, ce rouge mêlé dans les couleurs des ailes et du corps, et cette ponte de deux œufs seulement que Kolbe attribue à son knor-haan.

Le plumage de la peintade, sans avoir des couleurs riches et éclatantes, est cependant très-distingué; c’est un fond gris bleuâtre plus ou moins foncé, sur lequel sont semées assez régulièrement des taches blanches plus ou moins rondes, représentant assez bien des perles; d’où quelques modernes ont donné à cet oiseau le nom de poules perlées et les anciens, ceux de varia et de guttata ^ : tel était du moins le plumage de la peintade dans son climat natal ; mais depuis qu’elle a été transportée dans d’autres régions elle a pris plus de blanc, témoin les peintades à poitrine blanche de la Jamaïque et de Saint-Domingue, et ces peintades parfaitement blanches dont parle M. Edwards®; en sorte que la blancheur de la poitrine, dont M. Brisson a fait le caractère d’une variété, n’est qu’une altération commencée de la couleur naturelle, ou plutôt n’est que le passage de cette couleur à la blancheur parfaite.

a. Ornithologie , t. I , page 177.

b. Description du cap de Bonne-Espérance , t. III, p. 169. « Un oiseau qui appartient pro- II prement au Cap , dit ce voyageur, est le knor-hahu ou coq-knor, c’est la sentinelle des autres « oiseaux; il les avertit lorsqu’il voit approcher un homme, par un cri qui ressemble au son (I du mot crac , et qu’il répète fort haut : sa grandeur est celle d’une poule; il a le bec court '.I et noir comme les plumes de sa couronne ; le plumage des ailes et du corps mêlé de rouge , (I de blanc et de cendré; les Jambes Jaunes, les ailes petites : il fréquente les lieux solitaires, « et fait son nid dans les buissons; sa ponte est de deux œufs; ou estime peu sa chair, quoi- (I qu’elle soit bonne. »

c. Voyez Frisch, planche cxxvi. — Klein, Historiée Animalium prodromus , p. 3.

d. Martial, Epigramm.

e. « Depuis que les peintades se sont multipliées (en Angleterre), leur couleur s’est altérée, U il s’y est mêlé du blanc dans plusieurs ; d’autres sont d’un gris de perle clair, en conservant « leurs mouchetures; d’autres sont parfaitement blanches. » Voyez Glanures d’Edwards, troisième partie , p. 269.

LA PEINTADE.

Les plumes de la partie moyenne du cou sont fort courtes à l’endroit qui joint sa partie supérieure, ou il n’y en a point du tout; puis elles vont toujours croissant de longueur jusqu’à la poitrine où elles ont près de trois pouces.

Ces plumes sont duvetées depuis leur racine jusqu’à environ la moitié de leur longueur; et cette partie duvetée est recouverte par l’extrémité des plumes du rang précédent, laquelle est composée de barbes fermes et accrochées les unes aux autres

La peintade a les ailes courtes et la queue pendante comme la perdrix, ce qui, joint à la disposition de ses plumes, la fait paraître bossue {genus gibberum. Pline) ; mais cette bosse n’est qu’une fausse apparence, et il n’en reste plus aucun vestige lorsque l’oiseau est plumé'*.

Sa grosseur est à peu près celle de la poule commune; mais elle a la forme de la perdrix, d’où lui est venu le nom de perdrix de Terre-Neuve ‘*: seulement elle a les pieds plus élevés et le cou plus long et plus menu dans le haut.

Les barbillons qui prennent naissance du bec supérieur n’ont point de forme constante, étant ovales dans les unes et carrés ou triangulaires dans les autres : ils sont rouges dans la femelle et bleuâtres dans le mâle ; et c’est, selon MM. de l’Académie'' et M. Brisson% la seule chose qui distingue les deux sexes ; mais d’autres auteurs ont assigné , comme nous l’avons vu ci-dessus, d’autres différences tirées des couleurs du plumage f, des barbillons s, du tubercule calleux de la tête des caroncules des narines î, de la grosseur du corps y, des soies ou filets de Y occiput , etc. ; soit que ces variétés dépendent en effet de la différence du sexe, soit que, par un vice de logique trop commun, on les ait regardées comme propres au sexe de l’individu où elles se trouvaient accidentellement, et par des causes toutes différentes.

En arrière des barbillons on voit, sur les côtés de la tête, la très-petite ouverture des oreilles qui, dans la plupart des oiseaux, est ombragée par des plumes, et se trouve ici à découvert; mais, ce qui est propre à la peintade, c’est ce tubercule calleux, cette espèce de casque qui s’élève sur sa tête, et que Belon compare assez mal à propos au tubercule ou plutôt à la

а. Voyez Mémoires pour servir à l’histoire des Animaux, partie ii, p. 81.

б. Voyez Lettres édifiantes , Recueil XX , loco citato.

c. Voyez Belon, Hist. nat. des oiseaux, p. 247.

d. Voyez Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii , p. 83.

e. Ornithologie , t. 1, p. 179.

f. Gains apud Gessnerum de Avïbus, p. 481.

g. Columelle, Frisch, Dampier, etc.

h. Aldrovande, Roberts, Barrère , Dalecüamp, etc.

«. Barrère, Labat, Dampier, etc.

j. Frisch.

&. Frisch , Barrère, etc.

LA PEINTADE.

corne de la girafe®; il est semblable par sa forme à la contre-épreuve du bonnet ducal du doge de Venise, ou, si l’on veut, à ce bonnet mis sens devant derrière*’; sa couleur varie dans les différents sujets du blanc au rougeâtre, en passant par le jaune et le brun®; sa substance intérieure est comme celle d’une chair endurcie et calleuse; ce noyau est recouvert d’une peau sèche et ridée qui s’étend sur Y occiput et sur les côtés de la tête, mais qui est écbancrée à l’endroit des yeux**. Les physiciens à causes finales' n’ont pas manqué de dire que celte callosité était un casque véritable, une arme défensive donnée aux peinlades pour les munir contre leurs atteintes réciproques, attendu que ce sont des oiseaux querelleurs, qui ont le bec très-fort et le crâne très-faible ®.

Les yeux sont grands et couverts, la paupière supérieure a de longs poils noirs relevés en haut, et le cristallin est plus convexe en dedans qu’en dehors L

M. Perrault assure que le bec est semblable à celui de la poule ; le jésuite Margat le fait trois fois plus gros, très-dur et très-pointu ; les ongles sont aussi plus aigus, selon le P. Labat; mais tous s’accordent, anciens et modernes, à dire que les pieds n’ont point d’éperons

Une différence considérable qui se trouve entre la poule commune et la peintade, c’est que le tube intestinal est beaucoup plus court, à proportion, dans cette dernière, n’ayant que trois pieds, selon MM. de l’Académie, sans compter les cæcums qui ont chacun six pouces, vont en s’élargissant depuis leur origine, et reçoivent des vaisseaux du mésentère comme les autres intestins. Le plus gros de tous est le duodénum, qui a plus de huit lignes de diamètre; le gésier est comme celui de la poule; on y trouve aussi beaucoup de petits graviers, quelquefois même rien autre chose, apparemment lorsque l’animal étant mort de langueur a passé les derniers temps de sa vie sans manger ; la membrane interne du gésier est très-ridée, peu adhérente à la tunique nerveuse, et d’une substance analogue à celle de la corne.

Le jabot, lorsqu’il est soufflé, est de la grosseur d’une balle de paume; le

a. Belon, Nature des oiseaux , p. 247.

b. C’est à cause de ce tubercule que M. Linnæus a nommé la peintade, tantôt « gallus vertice « corneo, » Syst. nat., édit. VI, tantôt « plmsianus vertice calloso, » édit. X.

c. 11 est blanchâtre dans la planche cxxvi de Frisch; couleur de cire, suivant Belon, p. 247; brun, selon Marcgrave; fauve brun, selon M. Perrault, etc.

d. Mémoires sur les animaux, partie ii, p. 82.

e. Voyez Miss. Aldrovandi Ornithologia , t. II, p. 37.

f. Mémoires sur les animaux, partie ii, p. 87.

1. Les physiciens à causes finales. Il y a un emploi niais des causes finales; mais il y en a aussi un emploi supérieur; et la physiologie tout entière n’est qu’une démonstration continuelle des causes finales : elle nous montre partout des organes faits pour des fondions, et des fonctions faites pour la vie.

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