‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 116 sur 240 · C’est qu’en effet ils n’en ont point · texte numérisé non relu

C’est qu’en effet ils n’en ont point

LA PEINTADE.

canal intermédiaire entre le jabot et le gésier est d’une substance plus dure et plus blanche que la partie du conduit intestinal qui précède le jabot, et ne présente pas, à beaucoup près, un si grand nombre de vaisseaux apparents.

L’œsophage descend le long du cou, à droite de la trachée-artère®, sans doute parce que le cou qui, comme je l’ai dit, est fort long, se pliant plus souvent en avant que sur les côtés, l’œsophage pressé par la trachée-artère dont les anneaux sont entièrement osseux ici, comme dans la plupart des oiseaux, a été poussé du côté où il y avait le moins de résistance.

Ces oiseaux sont sujets à avoir dans le foie, et même dans la rate, des concrétions squirreuses; on en a vu qui n’avaient point de vésicule du fiel j mais, dans ce cas, le rameau hépatique était fort gros ; on en a vu d’autres qui n’avaient qu’un seul testicule*’ : en général, il paraît que les parties internes ne sont pas moins susceptibles de variétés que les parties extérieures et superficielles.

Le cœur est plus pointu qu’il ne l’est communément dans les oiseaux®; les poumons sont à l’ordinaire; mais on a remarqué dans quelques sujets qu’en soufflant dans la trachée-artère pour mettre en mouvement les poumons et les cellules à air; on a remarqué, dis-je, que le péricarde, qui paraissait plus lâche qu’à l’ordinaire, se gonflait comme les poumons

J’ajouterai encore une observation anatomique, qui peut avoir quelque rapport avec l’habitude de crier, et à la force de la voix de la peintade; c’est que la trachée-artère reçoit dans la cavité du thorax deux petits cordons musculeux longs d’un pouce, larges de deux tiers de ligne, lesquels s’y implantent de chaque côté ®.

La peintade est en elfet un oiseau très-criard, et ce n’est pas sans raison que Browne l’a appelée galhis clamosusf ; son cri est aigre et perçant, et à la longue il devient tellement incommode que, quoique la chair de la peintade soit un excellent manger et bien supérieur à la volaille ordinaire, la plupart des colons d’Amérique ont renoncé à en élever s. Les Grecs avaient un mot particulier pour exprimer ce cri**; Élien dit que la méléagride prononce à peu près son nom * ; le docteur Gai, que son cri approche de celui de la perdrix, sans être néanmoins aussi éclatant-?’; Belon, qu’il est quasi comme celui des petits poussins nouvellement éclos; mais il assure posilive-

a. Voyez les Mémoires pour servir à l’hist. nat. des animaux, partie ii, p. 81 , etc.

b. Voyez idem, ibidem, p. 84.

c. Voyez idem, ibidem, p. 86, etc.

d. Histoire de l’Académie des Sciences , t. I, p. 153.

e. M émoires pour servir à l’histoire des animaux, loco citato,

f. Natural history of Jamaïc. , p. 470.

g. Lettres édifiantes. Recueil XX, loco citato.

h. KayxàÇeiv, selon Pollux. Gessner, de Avibiis, p. 479.

i. Dénatura animalium, lib, iv, cap. xui.

j. Voyez Gessner, de Avibus, p. 481.

LA PEINTADE.

nient qu’il est dissemblable à celui des poules communes et je ne sais pourquoi Âldrovande ’’ et M. Salerne lui font dire le contraire.

C’est un oiseau vif, inquiet et turbulent, qui n’aime point à se tenir en place, et qui sait se rendre maître dans la basse-cour; il se fait craindre des dindons même, et, quoique beaucoup plus petit, il leur en impose par sa pétulance : « La peintade, dit le P. Margat, a plutôt fait dix tours et donné! « vingt coups de bec que ces gros oiseaux n’ont pensé à se mettre en] « défense. » Ces poules de Numidie semblent avoir la même façon de com- \ battre que l’historien Salluste attribue aux cavaliers numides : « Leur « charge, dit-il, est brusque et irrégulière; trouvent-ils de la résistance ils (( tournent le dos, et un instant après ils sont sur l’ennemi <*. » On pourrait à cet exemple en joindre beaucoup d’autres qui attestent l’influence du climat sur le naturel des animaux ainsi que sur le génie national des habitants : l’éléphant joint à beaucoup de force et d’industrie une disposition à l’esclavage; le chameau est laborieux, patient et sobre ; le dogue ne démord point.

Élien raconte que, dans une certaine île, la méléagride est respectée des oiseaux de proie®; mais je crois que dans tous les pays du monde les oiseaux de proie attaqueront par préférence toute autre volaille qui aura le bec moins fort, point de casque sur la tête, et qui ne saura pas si bien se défendre.

La peintade est du nombre des oiseaux pulvérateurs qui cherchent dans la poussière où ils se vautrent un remède contre l’incommodité des insectes; elle gratte aussi la terre comme nos poules communes, et va par troupes très-nombreuses ; on en voit à l’île de May des volées de deux ou trois cents; les insulaires les chassent au chien courant, sans autres armes que des bâtons f; comme elles ont les ailes fort courtes elles volent pesamment; mais elles courent très-vite, et, selon Belon, en tenant la tête élevée comme la girafe elles se perchent la nuit pour dormir, et quelquefois la journée, sur les murs de clôture, sur les haies, et même sur les toits des maisons et sur les arbres; elles sont soigneuses, dit encore Belon, en pourchassant leur vivre*; et en effet elles doivenL consommer beaucoup et avoir plus

a. Histoire des oiseaux , p. 248.

b. Ornithologia , t. II, p. 338.

c. Histoire naturelle des oiseaux, p. 134.

d. Voyez Lettres édiflantcs, XX® Recueil, loco citato.

e. Voyez Historia animalium, lib. v, cap. xxvii.

f. Voyez Dampier, Nouveau voyage autour du monde , t. IV, p. 23; et le Voyage de Bi ue dans la Nouvelle relation de l’Afrique occidentale , par Labat.

g. Histoire des oiseaux , p. 248.

h. M. de Sève a observé, en jetant du pain à des peintades, que lorsqu’une d’entre elles prenait un morceau de pain plus gros qu’elle ne pouvait l’avaler tout de suite , elle l’empoi tait en fuyant les paons et les autres volailles qui ne voulaient pas la quitter ; et que, pour s’en débarrasser, elle cachait le morceau de pain dans du fumiei ou dans de la terre, où elle venait le chercher et le manger quelque temps après.

LA PEINTADE.

de besoins que les poules domestiques, vu le peu de longueur de leurs intestins.

Il paraît, par le témoignage des anciens® et des modernes^, et par les demi-membranes qui unissent les doigts des pieds, que la peintade est un oiseau demi-aquatique : aussi celles de Guinée, qui ont recouvré leur liberté à Saint-Domingue, ne suivant plus que l’impulsion du naturel , clicrcbent de préférence les lieux aquatiques et marécageux G

Si on les élève de jeunesse, elles s’apprivoisent très-bien. Brue raconte qu’étant sur la côte du Sénégal, il reçut en présent d’une princesse du pays deux peintades, l’une mâle et l’autre femelle, toutes deux si familières qu’elles venaient manger sur son assiette , et qu’ayant la liberté de voler au rivage, elles se rendaient régulièrement sur la barque au son de la cloche qui annonçait le dîner et le souper Moore dit qu’elles sont aussi

farouches que le sont les faisans en Angleterre®; mais je doute qu’on ait vu des faisans aussi privés que les deux peintades de Brue ; et ce qui prouve que les peintades ne sont pas fort farouches, c’est qu’elles reçoivent la nourriture qu’on leur présente au moment même où elles viennent d’être prises G Tout bien considéré, il me semble que leur naturel approche beaucoup plus de celui de la perdrix que de celui du faisan.

La poule peintade pond et couve à peu près comme la poule commune; mais il paraît que sa fécondité n’est pas la même en différents climats, ou du moins qu’elle est beaucoup plus grande dans l’état de domesticité, où elle regorge de nourriture, que dans l’état de sauvage, où étant nourrie moins largement, elle abonde moins en molécules organiques superflues.

On m’a assuré qu’elle est sauvage à l’île de France, et qu’elle y pond huit, dix et douze œufs à terre dans les bois, au lieu que celles qui sont domestiques à Saint-Domingue, et qui cherchent aussi le plus épais des haies et des broussailles pour y déposer leurs œufs, en pondent jusqu’à cent et cent cinquante, pourvu qu’il en reste toujours quelqu’un dans le nids.

Ces œufs sont plus petits à proportion que ceux de la poule ordinaire, et ils ont aussi la coquille beaucoup plus dure; mais il y a une différence remarquable entre ceux de la peintade domestique et ceux de la peintade sauvage : ceux-ci ont de petites taches rondes comme celles du plumage,

a. Pline, Historia nafuralis, lib. xxxvii, cap. ii. — Clitus de Milet dans Athénée, lib. xiv, cap. XXVI.

b. Gessner, de Avibus, p. 478. — Friscb, planche cxxvi. — Lettres édifiantes. Recueil XX, etc.

c. Lettres édifiantes, ibidem. — J’entrai dans nn petit bosquet, auprès d’un marais , qui attirait des compagnies de peintades, dit M. Adanson, p. 76 de son Voyage au Sénégal.

d. Troisième voyage de Brue, publié par Labat.

e. Voyez Histoire générale des voyages , t. III, p. 310.

f. Longolius apud Gessnerum, p. 479.

g. Lettres édifiantes , Recueil XX.

LA PEINTADE.

et qui n’avaient point échappé à Aristote®, au lieu que ceux de la peintade domestique sont d’abord d’un rouge assez vif, qui devient ensuite plus sombre, et enfin couleur de rose sèche, en se refroidissant. Si ce fait est vrai, comme me l’a assuré M. Fournier, qui en a beaucoup élevé, il faudrait en conclure que les influences de la domesticité sont ici assez profondes pour altérer non-seulement les couleurs du plumage, comme nous l’avons vu ci-dessus, mais encore celle de la matière dont se forme la coquille des œufs; et comme cela n’arrive pas dans les autres espèces, c’est encore une raison de plus pour regarder la nature de la peintade comme moins fixe et plus sujette à varier que celle des autres oiseaux.

La peintade a-t-elle soin ou non de sa couvée? c’est un problème qui n’est pas encore résolu : Belon dit oui, sans restriction Frisch est aussi pour jraffirmative à l’égard de sa grande espèce, qui aime les lieux secs, et il lassure que le contraire est vrai de la petite espèce, qui se plaît dans les marécages; mais le plus grand nombre des témoignages lui attribue de l’indilférence sur cet article; et le jésuite Margat nous apprend qu’à Saint- Domingue on ne lui permet pas de couver elle-même ses œufs, par la raison qu’elle ne s’y attache point, et qu’elle abandonne souvent ses petits : on préfère, dit-il , de les faire couver par des poules d’Inde ou par des poules communes®.

Je ne trouve rien sur la durée de l’incubation * ; mais, à juger par la grosseur de l’oiseau et par ce que l’on sait des espèces auxquelles il a le plus de rapport, on peut la supposer de trois semaines, plus ou moins, selon la chaleur de la saison ou du climat, l’assiduité de la couveuse, etc.

Au commencement, les jeunes peintadeaux n’ont encore ni barbillons, ni sans doute de casque; ils ressemblent alors par le plumage, par la couleur des pieds et du bec, à des perdreaux rouges; et il n’est pas aisé de distinguer les jeunes mâles des vieilles femelles**; car c’est dans toutes les espèces que la maturité des femelles ressemble à l’enfance des mâles.

Les peintadeaux sont fort délicats et très-difficiles à élever dans nos pays septentrionaux , comme étant originaires des climats brûlants de l’Afrique; ils se nourrissent ainsi que les vieux, à Saint-Domingue, avec du millet, selon le P. Margat®; dans l’île de May, avec des cigales et des vers qu’ils trouvent eux-mêmes en grattant la terre avec leurs ongles f;

a. Histoi'ia animaliiim , lib. vi, cap. ii.

b. « Sont moult fécondes et soigneuses de bien nourrir leurs petits. » Histoire des oiseaux , page 248.

c. Lettres édifiantes, Recueil XX, loco citato.

d. Ceci nous a été assuré par le sieur Fournier, que nous avons cité ci-devant.

e. Lettres édifiantes. Recueil XX, loco citato.

f. Nouveau voyage autour du monde, de Dampier, t. IV, p. 22. — Labat, t. II, p. 326; et t. III , page 139.

1. La durée de l’incubation est de vingt-quatre à vingt-si.v jours.

LA PEINTADE.

et, selon Frisch, ils vivent de toutes sortes de graines et d’insectes®.

Le coq peintade produit aussi avec la poule domestique*; mais c'est une espèce de génération artificielle qui demande des précautions : la principale est de les élever ensemble de jeunesse, et les oiseaux métis qui résultent de ce mélange forment une race bâtarde, imparfaite, désavouée, pour ainsi dire, de la nature, et qui, ne pondant guère que des œufs clairs, n’a pu jusqu’ici se perpétuer régulièrement

Les peintadeaux des basses-cours sont d’un fort bon goût, et nullement inférieurs aux perdreaux; mais les sauvages ou marrons de Saint-Domingue sont un mets exquis et au-dessus du faisan.

Les œufs de peintade sont aussi fort bons à manger.

Nous avons vu que cet oiseau était d’origine africaine, et de là tous les noms qui lui ont été donnés de poule africaine, numidique, étrangère, de poule de Barbarie, de Tunis, de Mauritanie, de Libye, de Guinée (d’où s’est formé le nom de guinette), d’Égypte, de Pharaon et même de Jérusalem : quelques Mahométans, s’étant avisés de les annoncer sous le nom de poules de Jérusalem, les vendirent aux chrétiens tout ce qu’ils voulurent'; mais ceux-ci, s’étant aperçus de la fraude, les revendirent à profit à de bons Musulmans, sous le nom de poules de la Mecque.

On en trouve à l’île de France et à l’île de Bourbon où elles ont été transplantées assez récemment, et où elles se sont fort bien multipliées'; elles sont connues à Madagascar sous le nom d’acanquesf , et au Congo sous ce]\ii de quetèles 3 ; elles sont fort communes dans la Guinée*, à la côte d’Or, où il ne s’en nourrit de privées que dans le canton d’Acra*, à Sierra-Leone •?, au Sénégal *, dans l’île de Gorée, dans celle du cap Yert en Barbarie, en Égypte, en Arabie’" et en Syrie"; on ne dit point s’il y en a dans les îles Canaries, ni dans celle de Madère. Le Gentil rapporte qu’il a vu à Java des poules peintades ", mais on ignore si elles étaient domestiques ou sauvages : je croirais plus volontiers qu’elles étaient

a. Frisch , planche cxxvi.

b. Selon le sieur Fournier.

c. Longolius apiid Gessnerum, de Avibus , p. 479,

d. M. Aublet.

e. Voyage autour du monde de la Barhinais le Gentil, t. XI , p. 608.

f. François Gauche, Relation de Madagascar , p, 133.

g. Maregrave, Hisloria nat. Brasil., p. 192.

h. Margat; Lettres édifiantes, loco citato.

i. Voyage de Barbot,])3.ge'2n .

j. Maregrave . Hist. nat. Brasil., loco citato.

l:. Voyage au Sénégal, de M. Adanson, p. 7.

l. Dampier, Voyage autour du monde , t. IV, p. 23.

Strahon, lib. xvi.

)!. « Meleagrides fertultima Syriæ regio. » Diodor. Sicul

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