LE TÉTRAS OU LE GRAND COQ DE BRUYÈRE
Si l’on ne jugeait des choses que par les noms, on pourrait prendre cet oiseau ou pour un coq sauvage ou pour un faisan; car on lui donne en plu-
a. Voyez Glanures iV Edwards, troisième part’e, p. 2C9.
b. De Re Rustica , lib. iii , cap. is.
c. Vid. Gessnerum, de Âvibiis, page 479 : « quorum tenuior est res familiaris in celebribus <t Isidis conventibus, anseres atque aves meleagrides immolant. »
d. « Simili modo (nempe ut memnonides aves) , pugnant meleagrides in Bæotia. » Plin., llist. nat., lib. x, cap. xxvi.
e. La fable dit que les sœurs de Méléagre, désespérées de la mort de leur frère, furent changées en ces oiseaux qui portent encore leurs larmes semées sur leur plumage.
* Tetrao urogallus (Linn.). — Le grand coq de bruyère (Cuv.). — Ordre id., genre Tétras (Cuv. ). — « Le plus grand des gallinacés, supérieur au dindon pour la taille, à plumage « ardoisé, rayé finement en travers de noirâtre; la femelle fauve, à lignes transversales « brunes ou noirâtres. Il se tient dans les grands bois des hautes montagnes , niche dans les K bruyères ou les nouveaux taillis, et se nourrit de bourgeons, de baies. Sa chair est excel- « iente; sa trachée-artère fait deux courbures avant de descendre dans le poumon. » (Cuvier.)
LE TÉTRAS
sieurs pays, et surtout en Italie, le nom de coq sauvage, gallo alpestre^, selvatico; tandis qu’en d’autres pays on lui donne celui de faisan bruyant et de faisan sauvage : cependant il dilfère du faisan par sa queue qui est une fois plus courte à proportion et d’une tout autre forme; par le nombre lies grandes plumes qui la composent, par l’étendue de son Ami, relativement à ses autres dimensions, par ses pieds pattus et dénués d’éperons, etc. D’ailleurs, quoique ces deux espèces d’oiseaux se plaisent également dans les bois, on ne les rencontre presque jamais dans les mêmes lieux , parce que le faisan, qui craint le froid, se tient dans les bois en plaines, au lieu que le coq de bruyère cherche le froid et habite les bois qui couronnent le sommet des hautes montagnes, d’où lui sont venus les noms de coq de montagne et de coq de bois.
Ceux qui, à l’exemple de Gessner et de quelques autres, voudraient le regarder comme un coq sauvage, pourraient, à la vérité, se fonder sur quelques analogies; car il y a en effet plusieurs traits de ressemblance avec le coq ordinaire, soit dans la forme totale du corps, soit dans la configuration particulière du bec, soit par cette peau rouge plus ou moins saillante dont les yeux sont surmontés, soit par la singularité de ses plumes qui sont presque toutes doubles, et sortent deux à deux de chaque tuyau, ce qui, suivant Belon, est propre au coq de nos basses-cours*'. Enfin, ces oiseaux ont aussi des habitudes communes : dans les deux espèces il faut plusieurs femelles au mâle; les femelles ne font point de nids, elles couvent leurs œufs avec beaucoup d’assiduité, et montrent une grande aifection pour leurs petits quand ils sont éclos. Mais si l’on fait attention que le coq de bruyère n’a point de membranes sous le bec et point d’éperons aux pieds; que ses pieds sont couverts de plumes, et ses doigts bordés d’une espèce de dentelure; qu’il a dans la queue deux pennes de plus que le coq ; que cette queue ne se divise point en deux plans comme celle du coq, mais qu’il la relève en éventail comme le dindon ; que la grandeur totale de cet oiseau est quadruple de celle des coqs ordinaires qu’il se plaît dans les pays froids, tandis que les coqs prospèrent beaucoup mieux dans les pays tempérés; qu’il n’y a point d’exemple avéré du mélange de ces deux espèces; que leurs œufs ne sont pas de la même couleur; enfin, si l’on se souvient des preuves par lesquelles je crois avoir établi que l’espèce du coq est originaire des contrées tempérées de l’Asie, où les voyageurs n’ont presque jamais vu de coqs de bruyère, on ne pourra guère se persuader que ceux-ci soient la souche de ceux-là, et l’on reviendra bientôt d’une erreur occasionnée, comme tant d’autres, par une fausse dénomination.
a. Albin décrit le mâle et la femelle sous le nom de coq et poule noire des montagnes de Moscovie; plusieurs auteurs l’appellent i/aUws syimO îs.