Belon, Nature des oiseaux , p
c. Aldrovande, Ornithologie , t. II, p. Cl.
LE TETRAS.
Pour moi, afin d’éviter toute équivoque, je donnerai dans cet article au coq de bruyère le nom de tétras, formé de celui de tetrao, qui me paraît être son plus ancien nom latin, et qu’il conserve encore aujourd’hui dans la Sclavonie, où il s’appelle tetrez. On pourrait aussi lui donner celui de cedron tiré de cedrone, nom sous lequel il est connu en plusieurs contrées d’Italie : les Grisons l’appellent stolzo, du mot allemand stolz, qui signitie quelque chose de superbe ou d’imposant, et qui est applicable au coq de bruyère à cause de sa grandeur et de sa beauté; par la même raison, les habitants des Pyrénées lui donnent le nom de paon sauvage; celui d’«rogallus, sous lequel il est souvent désigné par les modernes qui ont écrit en latin, vient de ur, our, uns, qui veut dire sauvage, et dont s’est formé en allemand le mot auer-hahn ou ourh-hahn, lequel, selon Frisch, désigne un oiseau qui se tient dans les lieux peu fréquentés et de difficile accès; il signifie aussi un oiseau de marais®, et c’est de là que lui est venu le nom rict-hahn, coq de marais, qu’on lui donne dans la Souabe et même en Écosse
Aristote ne dit que deux mots d’un oiseau qu’il appelle tetriœ, et que les Athéniens appelaient ourax; cet oiseau, dit-il, ne niche point sur les arbres ni sur la terre, mais parmi les plantes basses et rampantes, Tetrix quant Athenienses vacant oupaxa, nec arbori, nec terrœ nidum suum committit, sed frutici Sur quoi il est à propos de remarquer que l’expression grecque n’a pas été fidèlement rendue en latin par Gaza, car : 1° Aristote ne parle point ici d’arbrisseau [frutici), mais seulement de plantes basses**, ce qui ressemble plus au gramen et à la mousse qu’à des arbrisseaux; 2° Aristote ne dit point que le tetrix fasse de nid sur ces plantes basses, il dit seulement qu’il y niche, ce qui peut paraître la même chose à un littérateur, mais non à un naturaliste, vu qu’un oiseau peut nicher, c’est-à-dire pondre et couver ses œufs sans faire de nid; et c’est précisément le cas du tetrix, selon Aristote lui-même, qui dit quelques lignes plus haut que l’alouette et le tetrix ne déposent point leurs œufs dans des nids, mais qu’ils pondent sur la terre, ainsi que tous les oiseaux pesants, et qu’ils cachent leurs œufs dans l’herbe drue
Or, ce qu’a dit Aristote du tetrix dans ces deux passages, ainsi rectifiés l’un par l’autre, présente plusieurs indications qui conviennent à notre tétras, dont la femelle ne fait point de nid, mais dépose ses œufs sur la mousse et les couvre de feuilles avec grand soin lorsqu’elle est obligée do
a. Aue, désigue , selon Frisch, une grande place hnmide et basse.
l. Gessner, de Avibus , p. 231 et 477.
c. llistoria atiimaliutn , lib. vi , cap. i.
d. Év Tcl; tpuTG'.;, in humilibus plantis. '
e. OÙK Iv vE&TTeîatç.... àxx’ èv rÿ yÿ ÈTr/iXu-j'a^o'y.Eva ûXr,v «non in nudis sed in terra obum-
« branles plantis. » Gessner dit précisément ; « nidum ejus congestum potius quam constructnm 0 vidimus. » De Avibus , lib. ni , p. 487.
LE TÉTRAS
les quitter : d’ailleurs le nom latin tetrao, par lequel Pline désigne le coq de bruyère, a un rapport évident avec le nom grec tetrix, sans compter l’analogie qui se trouve entre le nom athénien ourax et le nom composé ourh-hahn, que les Allemands appliquent au même oiseau, analogie qui probablement n’est qu’un effet du hasard.
Mais ce qui pourrait jeter quelques doutes sur l’identité du tetrix d’ Aristote avec le tetrao de Pline, c’est que ce dernier, parlant de son tetrao avec quelque détail, ne cite point ce qu’Aristote avait dit du tetrix, ce que vraisemblablement il n’eût pas manqué de faire selon sa coutume, s’il eût regardé son tetrao comme étant le même oiseau que le tetrix d’Aristote , à moins qu’on ne veuille dire qu’Aristote ayant parlé fort superficiellement du tetrix, Pline n’a pas dû faire grande attention au peu qu’il en avait dit.
A l’égard du grand tetrax dont parle Athénée (lib. ix), ce n’est certainement pas notre tétras, puisqu’il a des espèces de barbillons charnus et semblables à ceux du coq, lesquels prennent naissance auprès des oreilles et descendent au-dessous du bec, caractère absolument étranger au tétras, et qui désigne bien plutôt la méléagride ou poule de Numidie, qui est notre peintade.
Le. petit tetrax, dont parle le même auteur, n’est, selon lui, qu’un trèspetit oiseau, et par sa petitesse même exclu de toute comparaison avec notre tétras, qui est un oiseau de la première grandeur.
A l’égard du tetrax du poète Nemesianus, qui insiste sur sa stupidité, Gessner le regarde comme une espèce d’outarde ; mais je lui trouve encore un trait caractérisé de ressemblance avec la méléagride; ce sont les couleurs de son plumage, dont le fond est gris cendré, semé de taches en forme de gouttes “ ; c’est bien là le plumage de la peintade, appelée par quelquesuns gallina gutlata
Mais, quoi qu’il en soit de toutes ces conjectures, il est hors de doute que les deux espèces de tetrao de Pline sont de vrais tétras ou coqs de bruyère' : le beau noir lustré de leur plumage, leurs sourcils couleur de feu, qui représentent des espèces de flammes dont leurs yeux sont surmontés , leur séjour dans les pays froids et sur les hautes montagnes, la délicatesse de leur chair, sont autant de propriétés qui se rencontrent dans
a. Fragmenta librorum de , attribues par quelques-uns au poëte Nemesianus , qui
vivait dans le iii« siècle.
b. « Etpicta perdis, Numidicæque guttatæ. » Martial. C’est aussi très-exactement le plumage de ces deux poules du duc de Ferrare, dont Gessner parle à l’article de la peintade, « totas cinereo colore, eoque albicante, cumnigris rotundisque maculis. » De Avibus, p. 481.
c. « Decet tetraonas suus nitor, absolutaque nigritia, in superciliis cocci rubor... gignunt eos « Alpes et septentrionalis regio. » Pline , lib. x, cap. xxii. Le tetrao des hautes montagnes de Crète, vu par Belon, ressemble fort à celui de Pline: il a, dit l’observateur français, une tache rouge de chaque côté joignant les yeux, et de force qu’il est noir devant l’estomac, ses plumes en reluisent. Observations de plusieurs singularités , etc., p. 11.
LE TETRAS.
le grand et le petit tétras, et qui ne se trouvent réunies dans aucun autre oiseau. Nous apercevons même, dans la description de Pline, les traces d’une singularité qui n’a été connue que par très-peu de modernes : morimitur contumaciâ , dit cet auteur, spirilu revocato ce qui se rapporte à une observation remarquable que Frisch a insérée dans l’histoire de cet oiseau*; ce naturaliste n’ayant point trouvé de langue dans le bec d’un coq de bruyère mort, et lui ayant ouvert le gosier, y retrouva la langue, qui s’y était retirée avec toutes ses dépendances; et il faut que cela arrive le plus ordinairement , puisque c’est une opinion commune parmi les chasseurs que les coqs de bruyère n’ont point de langue : peutêtre en est-il de même de cet aigle noir dont Pline fait mention% et de cet oiseau du Brésil dont parle Scaliger lequel passait aussi pour n’avoir point de langue, sans doute sur le rapport de quelques voyageurs crédules ou de chasseurs peu attentifs, qui ne voient presque jamais les animaux que morts ou mourants, et surtout parce qu’aucun observateur ne leur avait regardé dans le gosier.
L’autre espèce de tetrao dont Pline parle au même endroit est beaucoup plus grande, puisqu’elle surpasse l’outarde et même le vautour, dont elle a le plumage, et qu’elle ne le cède qu’à l’autruche; du reste, c’est un oiseau si pesant qu’il se laisse quelquefois prendre à la main ®. Belon prétend que cette espèce de tetrao n’est point connue des modernes, qui, selon lui, n’ont jamais vu de tétras ou coqs de bruyère plus grands, ni même aussi grands que l’outarde : d’ailleurs, on pourrait douter que l’oiseau, désigné dans ce passage de Pline par les noms (ïotis et à’avis-tarda' , fût notre outarde, dont la chair est d’un fort bon goût , au lieu que Vavistarda de Pline était un mauvais manger : damnatas in cihis ; mais on ne doit pas conclure pour cela, avec Belon , que le grand tétras n’est autre chose que Vavis-tarda, puisque Pline, dans ce même passage, nomme le tétras et Vavis-tarda, et qu’il les compare comme des oiseaux d’espèces différentes.
Pour moi, après avoir tout bien pesé, j’aimerais mieux dire : 1° que le premier tetrao dont parle Pline est le tétras de la petite espèce, à qui tout ce qu’il dit en cet endroit est encore plus applicable qu’au grand;
2“ Que son grand tetrao est notre grand tétras, et qu’il n’en exagère pas la grosseur en disant qu’il surpasse l’outarde ; car j’ai pesé moi-même une grande outarde qui avait trois pieds trois pouces de l’extrémité du bec à
a. « Capü animum despondent , » dit Longolius.
b. Frisch, Distribution méthodique des oiseaux , etc., flg. cvni.
c. Plin.j lib. X , cap. iii.
d. J. C. Scaliger, in Cardanum, exercit. 228.
e. Cela est vrai à la lettre du petit tétras , comme on le verra dans l’article suivant, 1. Voyez la note de la page 253.
LE TETRAS.
celle des ongles, six pieds et demi de vol, et qui s’est trouvée du poids de douze livres; or, l’on sait et l’on verra bientôt que parmi les tétras de la grande espèce, il y en a qui pèsent davantage.
Le tétras ou grand coq de bruyère a près de quatre pieds de vol : son poids est communément de douze à quinze livres; Aldrovande dit qu’il en avait vu un qui pesait vingt-trois livres, mais ce sont des livres de Bologne, qui sont seulement de dix onces ; en sorte que les vingt-trois ne font pas quinze livres de seize onces. Le coq noir des montagnes de Moscovie, décrit par Albin, et qui n’est autre chose qu’un tétras de la grande espèce, pesait dix livres sans plumes et tout vidé ; et le même auteur dit que les Heures de Norwége, qui sont de vrais tétras, sont de la grandeur d’une outarde
Cet oiseau gratte la terre comme tous les frugivores; il a le bec fort et. tranchant*’, la langue pointue, et dans le palais un enfoncement proportionné au volume de la langue; les pieds sont aussi très-forts et garnis de plumes par devant ; le jabot est excessivement grand , mais du reste fait , ainsi que le gésier, à peu près comme dans le coq domestique® : la peau du gésier est veloutée à l’endroit de l’adhérence des muscles.
Le tétras vit de feuilles ou de sommités de sapin, de genévrier, de cèdre de saule, de bouleau, de peuplier blanc, de coudrier, de myrtille, de ronces, de chardons, de pommes de pin, des feuilles et des fleurs du blé sarrasin, de la gesse, du mille-feuilles, du pissenlit, du trèfle, de la vesce et de l’orobe, principalement lorsque ces plantes sont encore tendres; car lorsque les graines commencent à se former, il ne touche plus aux fleurs , et il se contente des feuilles; il mange aussi, surtout la première année, des mûres sauvages, de la faîne, des œufs de fourmis, etc. On a remarqué au contraire que plusieurs autres plantes ne convenaient point à cet oiseau, entre autres la livèche, l’éclaire, l’hièble, l’extramoine, le muguet, le froment , l’ortie, etc. ®.
On a observé, dans le gésier des tétras que l’on a ouverts, de petits cailloux semblables à ceux que l’on voit dans le gésier de la volaille ordinaire, preuve certaine qu’ils ne se contentent point des feuilles et des fleurs qu’ils prennent sur les arbres, mais qu’ils vivent encore des grains qu’ils trouvent en grattant la terre. Lorsqu’ils mangent trop de baies de genièvre,
а. Albin , t. I , page 21 .
б. Je ne sais ce que veut dire Longolius , en avançant que cet oiseau a des vestiges de barbillons. Voyez Gessner, p. 487 : y aurait-il, parmi les grands tétras, une race ou une espèce qui aurait des barbillons , comme cela a lieu à l'égard des petits tétras ; ou bien Longolius ne veutil parler que d’une certaine disposition de plumes, représentant imparfaitement des barbillons,, comme il a fait à l’article de la gelinotte? Voyez Gessner, de Avilnis, p. 229.
c. Selon, Nature des oiseaux , p. 251.
d. Ibidem.
e. Journal économique. Mai 1765.
LE TETRAS.
leur chair, qui est excellente, contracte un mauvais goût; et, suivant la remarque de Pline, elle ne conserve pas longtemps sa bonne qualité dans les cages et les volières où l’on veut quelquefois les nourrir par curiosité
La femelle ne diffère du mâle que par la taille et par le plumage, étant plus petite et moins noire; au reste, elle l’emporte sur le mâle par l’agréable variété des couleurs, ce qui n’est point l’ordinaire dans les oiseaux, ni même dans les autres animaux , comme nous l’avons remarqué en faisant riiistoire des quadrupèdes; et, selon Willughby, c’est faute d’avoir connu cette exception, que Gessner a fait de la femelle une autre espèce de tétras sous le nom de grygallus major'’, formé de l’allemand grugel-kahn; de même qu’il a fait aussi une espèce de la femelle du petit tétras, à laquelle il a donné le nom grygallus minor” : cependant Gessner prétend n’avoir établi ses espèces qu’après avoir observé avec grand soin tous les individus, excepté le grygallus minor, et s’être assuré qu’ils avaient des différences bien caractérisées*^ : d’un autre côté, Schwenckfeld, qui était à portée des montagnes, et qui avait examiné souvent et avec beaucoup d’attention le grygallus, assure que c’est la femelle du tétras®; mais il faut avouer que dans cette espèce, et peut-être dans beaucoup d’autres, les couleurs du plumage sont sujettes à de grandes variétés, selon le sexe, l’âge, le climat et diverses autres circonstances. M. Brisson ne parle point de huppe dans sa description ; et des deux figures données par Aldrovande, l’une est huppée et l’autre ne l’est point. Quelques-uns prétendent que le tétras, lorsqu’il est jeune, a beaucoup de blanc dans son plumage f, et que ce blanc se perd à mesure qu’il vieillit, au point que c’est un moyen de connaître l’âge de l’oiseau»; il semble même que le nombre des pennes de la queue ne soit pas toujours égal ; car Linnæus le fixe à dix-huit dans sa Fauna suecica, et M. Brisson à seize dans son Ornithologie ; et, ce qu’il y a de plus singulier, Schwenckfeld, qui avait vu et examiné beaucoup de ces oiseaux, prétend que, soit dans la grande, soit dans la petite espèce, les femelles ont dix-huit pennes
a. « In aviariis saporem perdunt. » Plin., lit. x, cap. xxii.
b. Gessner trouve que le nom de grand franoolin des Alpes, conviendrait assez au gvygallus major, vu qu’il ne diffère du francolin que par sa taille, étant trois fois plus gros, page 495.
c. En effet, Gessner dit positivement que, parmi tous les animaux, il n’est pas une seule espèce où les mâles ne l’emportent sur la femelle par la beauté des couleurs : à quoi Aldrovande oppose avec beaucoup de raison , l’exemple des oiseaux de proie , et surtout des éperviers et des faucons, parmi lesquels les femelles non-seulement ont le plumage plus beau que les mâles , mais encore surpassent ceux-ci en force et en grosseur, comme il a été remarqué ci-dessus , dans l’histoire de ces oiseaux. Voyez Aldrovande, de Avibus , t. II, p. 72.
d. Gessner, de Avibus , lib. iii, p, 493.
e. Schwenckfeld, Aviarium Silesiæ, p. 371.
f. Le blanc qui est dans la queue , forme avec celui des ailes et du dos, lorsque l’oiseau fait la roue, un cercle de cette couleur. Journal économique. Avril 1753.
g. Schwenckfeld, Aviarium Silesiæ, p. 371.
LE TÉTRAS
à la queue, et les mâles douze seulement : d’où il suit que toute méthode qui prendra pour caractères spécifiques des différences aussi variables que le sont les couleurs des plumes et même leur nombre, sera sujette au grand inconvénient de multiplier les espèces; je veux dire les espèces nominales, ou plutôt les nouvelles phrases, de surcharger la mémoire des commençants, de leur donner de fausses idées des choses, et par conséquent de rendre l’étude de la nature plus difficile.
Il n’est pas vrai, comme l’a dit Encelius, que le tétras mâle étant perché sur un arbre jette sa semence par le bec, que ses femelles, qu’il appelle à grands cris, viennent la recueillir, l’avaler, la rejeter ensuite, et que leurs œufs soient ainsi fécondés ; il n’est pas plus vrai que de la partie de cette semence qui n’est point recueillie par les poules il se forme des serpents, des pierres précieuses, des espèces de perles : il est humiliant pour l’esprit humain qu’il se présente de pareilles erreurs à réfuter. Le tétras s’accouple comme les autres oiseaux; et ce qu’il y a déplus singulier, c’est qu’Encelius lui-même, qui raconte cette étrange fécondation par le bec, n’ignorait pas que le coq couvrait ensuite ses poules, et que celles qu’il n’avait point couvertes pondaient des œufs inféconds : il savait cela, et n’en persista pas moins dans son opinion; il disait, pour la défendre, que cet accouplement n’était qu’un jeu, un badinage, qui mettait bien le sceau à la fécondation, mais qui ne l’opérait point, vu qu’elle était l’effet immédiat de la déglutition de la semence... En vérité c’est s’arrêter trop longtemps sur de telles absurdités.
Les tétras mâles commencent à entrer en chaleur dans les premiers jours de février : cette chaleur est dans toute sa force vers les derniers jours de mars, et continue jusqu’à la pousse des feuilles. Chaque coq, pendant sa chaleur, se tient dans un certain canton d’où il ne s’éloigne pas; on le voit alors soir et matin se promenant sur le tronc d’un gros pin ou d’un autre arbre, ayant la queue étalée en rond, les ailes traînantes, le cou porté en avant, la tête enflée, sans doute par le redressement de ses plumes, et prenant toutes sortes de postures extraordinaires, tant il est tourmenté par le besoin de répandre ses molécules organiques superflues : il a un cri particulier pour appeler ses femelles, qui lui répondent et accourent sous l’arbre où il se tient, et d’où il descend bientôt pour les cocher et les féconder; c’est probablement à cause de ce cri singulier, qui est très-fort et se fait entendre de loin, qu’on lui a donné le nom de faisan bruyant. Ce cri commence par une espèce d’explosion suivie d’une voix aigre et perçante, semblable au bruit d'une faux qu’on aiguise : cette voix cesse et recommence alternativement, et après avoir ainsi continué à plusieurs reprises pendant une heure environ, elle finit par une explosion semblable à la première
a. Journal économique. Avril 1753.
LE TÉTRAS
Le létras, qui dans tout autre temps est fort difficile à approcher, se laisse surprendre irès-aisément lorsqu’il est en amour, et surtout tandis qu’il fait entendre son cri de rappel ; il est alors si étourdi du bruit qu’il fait lui-même, ou, si l’on veut, tellement enivré, que ni la vue d’un homme, ni même les coups de fusil ne le déterminent à prendre sa volée; il semble qu’il ne voie ni n’entende, et qu’il soit dans une espèce d’extase c’est pour cela que l’on dit communément, et que l’on a même écrit que le tétras est alors sourd et aveugle; cependant il ne l’est guère que comme le sont, en pareille circonstance, presque tous les animaux, sans en excepter l'homme : tous éprouvent plus ou moins cette extase d’amour, mais apparemment qu’elle est plus marquée dans le tétras; car en Allemagne on donne le nom d'auer-hahn aux amoureux qui paraissent avoir oublié tout autre soin pour s’occuper uniquement de l’objet de leur passion et même à toute personne qui montre une insensibilité stupide pour ses plus grands intérêts.
On juge bien que c’est cette saison où les tétras sont en amour que l’on choisit pour leur donner la chasse ou pour leur tendre des pièges. Je donnerai, en parlant de la petite espèce à queue fourchue, quelques détails sur cette chasse, surtout ceux qui seront les plus propres à faire connaître les mœurs et le naturel de ces oiseaux : je me bornerai à dire ici que l’on fait très-bien, même pour favoriser la multiplication de l’espèce, de détruire les vieux coqs, parce qu’ils ne souffrent point d’autres coqs sur leurs plaisirs, et cela dans une étendue de terrain assez considérable; en sorte que ne pouvant suffire à toutes les poules de leur district, plusieurs d’entre elles sont privées de mâles et ne produisent que des œufs inféconds.
Quelques oiseleurs prétendent qu’avant de s’accoupler, ces animaux se préparent une place bien nette et bien unie% et je ne doute pas qu’en effet on n’ait vu des places; mais je doute fort que les tétras aient eu la prévoyance de les préparer : il est bien plus simple de penser que ces places sont les endroits du rendez-vous habituel du coq avec ses poules, lesquels endroits doivent être au bout d’un mois ou deux de fréquentation journalière certainement plus battus que le reste du terrain.
La femelle du tétras pond ordinairement cinq ou six œufs au moins, et huit ou neuf au plus. Schwenckfeld prétend que la première ponte est de huit, et les suivantes de douze, quatorze et jusqu’à seize ^ ; ces œufs sont
a. « In tantum aucta ut in terrà quoque immobilis prehendatur. » Ce que Pline attribue ici à la grosseur du tétras , n’est peut-être qu’un effet de sa chaleur et de l’espèce d’ivresse qui l’accompagne.
h. J. L. Frisch, sur les oiseaux', discours relatif à la flg. cvii.
c. Gessner, de Avihus, p. 492.
d. Aviarium Silesiœ, p. 372. Cette gradation est conforme à Tobservation d'Aristote : « Ex a primo coitu aves ova edunt pauciora. » Hist. animal., lib. v, cap. xiv. 11 me parait seulement que le nombre des œufs est trop grand.
LE TÉTRAS
blancs, marquetés de jaune, et, selon le même Scliwenckfeld, plus gros que ceux des poules ordinaires; elle les dépose sur la mousse en un lieu sec, où elle les couve seule et sans être aidée par le mâle “ : lorsqu’elle est obligée de les quitter pour aller chercher sa nourriture elle les cache sous les feuilles avec grand soin; et, quoiqu’elle soit d’un naturel très-sauvage, si on l’approche tandis qu’elle est sur ses œufs elle reste et ne les abandonne que très-difficilement, l’amour de la couvée l’emportant en cette occasion sur la crainte du danger.
Dès que les petits sont éclos, ils se mettent à courir avec beaucoup de légèreté; ils courent même avant qu’ils soient tout à fait éclos, puisqu’on en voit qui vont et viennent ayant encore une partie de leur coquille adhérente à leur corps ; la mère les conduit avec beaucoup de sollicitude et d’affection ; elle les promène dans les bois, où ils se nourrissent d’œufs de fourmis, de mûres sauvages, etc. La famille demeure unie tout le reste de Tannée, et jusqu’à ce que la saison de l’amour, leur donnant de nouveaux besoins et de nouveaux intérêts, les disperse, et surtout les mâles qui aiment à vivre séparément; car, comme nous l’avons vu, ils ne se souffrent pas les uns les autres, et ils ne vivent guère avec leurs femelles que lorsque le besoin les leur rend nécessaires.
Les tétras, comme je l’ai dit , se plaisent sur les hautes montagnes; mais cela n’est vrai que pour les climats tempérés, car dans les pays très-froids, comme à la baie d’Hudson, ils préfèrent la plaine et les lieux bas, où ils trouvent apparemment la même température que sur nos plus hautes montagnes ^ 11 y en a dans les Alpes, dans les Pyrénées, sur les montagnes d’Auvergne, de Savoie, de Suisse, de Westphalie, de Souabe, de Moscovie, d’Écosse, sur celles de Grèce et d’Italie, en Norvège et même au nord de l’Amérique. On croit que la race s’en est perdue en Irlande % où elle existait autreiois.
On dit que les oiseaux de proie en détruisent beaucoup, soit qu’ils choisissent pour les attaquer le temps où l’ivresse de l’amour les rend si faciles à surprendre, soit que, trouvant leur chair de meilleur goût, ils leur donnent la chasse par préférence.
a. Je crois ayoir lu quelque part, qu’elle couvait pendaut euvirou vingt-huit jours, ce qui est assez probable, vu la grosseur de l’oiseau.
b. Histoire générale des voyages, t. XIV, p. 663.
c. Zoologie britannique , p. 84.
LE PETIT TÉTRAS
LE PETIT TÉTRAS
ou COQ DE BRUYÈRE A QUEUE FOURCHUE.*
Voici encore im coq et un faisan, qui n’est ni coq ni faisan : on l’a appelé petit coq sauvage, coq de bruyère, coq de bouleau, etc., faisan noir, faisan de montagne; on lui a même donné le nom de perdrix, de gelinotte; mais, dans le vrai, c’est le petit tétras, c’est le premier tetrao de Pline, c’est le tclrao ou Vurogallus minor de la plupart des modernes : quelques naturalistes, tels que Rzaczynski, l’ont pris pour le tetrax du poète Nemesianus; mais c’est sans doute faute d’avoir remarqué que la grosseur de ce tetrax est, selon Nemesianus même, égale à celle de l’oie et de la grue “, au lieu que, selon Gessner, Schwenckfeld, Aldrovande et quelques autres observateurs qui ont vu par eux-mêmes, le petit tétras n’est guère plus gros qu’un coq ordinaire, mais seulement d’une forme un peu plus allongée, et que sa femelle, selon M. Ray, n’est pas tout à fait aussi grosse que notre poule commune.
Turner, en parlant de sa poule moresque, ainsi appelée, dit-il , non pas à cause de son plumage, qui ressemble à celui de la perdrix, mais à cause de la couleur du mâle, qui est noir, lui donne une crête rouge et charnue, et deux espèces de barbillons de même substance et de même couleur en quoi Willughby prétend qu’il se trompe; mais cela est d’autant plus difficile à croire que Turner parle d’un oiseau de son pays [apud nos est), et qu’il s’agit d’un caractère trop frappant pour que Ton puisse s’y méprendre : or, en supposant que Turner ne s’est point trompé en effet sur cette crête et sur ces barbillons, et d’autre part, considérant qu’il ne dit point que sa poule moresque ait la queue fourchue, je serais porté à la regarder comme une autre espèce, ou, si Ton veut, comme une autre race de petits tétras, semblable à la première par la grosseur, par le différent plumage du mâle et de la femelle, par les mœurs, le naturel, le goût des mêmes nourritures, etc. , mais qui s’en distingue par ses barbillons charnus et par sa queue non fourchue ; et ce qui me confirme dans cette idée, c’est que je trouve dans Gessner un oiseau sous le nom de gallus sylves-
a. Tarpeiæ est custos arcis non corpore major
Noc qui te volucres docuit , Palamede , figuras.
Vide M. Aurelii Olympii Nemesiani, fragmenta de Aucupio. d. Voyez Gessner, de Avibus, p. 477.
’ Tetrao letrix (Linn.). — Le coq de bruyère à queue fourchue , \e coq de bouleati (Ctiy.) — « Le mâle est plus ou moins noir, avec du blanc aux couvertures des ailes et sous la « queue, dont les deux fourches s’écartent en dehors. La femelle est fauve, et rayée en travers « de noirâtre et de blanchâtre. Leur taille est celle du coq et de la poule. On les trouve aussi et dans les bois des montagnes. » (Cuvier.)
LE PETIT TÉTRAS
iris lequel a aussi des barbillons et la queue non fourchue , du reste, fort ressemblant au petit tétras; en sorte qu’on peut et qu’on doit, ce me semble, le regarder comme un individu de la même espèce que la poule moresque de Turner, d’autant plus que dans cette espèce le mâle porte en Écosse (d’où Ton avait envoyé à Gessner la figure de l’oiseau) , le nom de coq noir, et la femelle celui de poule grise, ce qui indique précisément la différence de plumage qui, dans les espèces de tétras, se trouve entre les deux sexes.
Le petit tétras dont il s’agit ici n’est petit que parce qu’on le compare avec le grand tétras; il pèse trois à quatre livres, et il est encore, après celui-là, le plus grand de tous les oiseaux qu’on appelle coqs de bois ^
Il a beaucoup de choses communes avec le grand tétras : sourcils rouges, pieds pattus et sans éperons, doigts dentelés, tache blanche à l’aile, etc.; mais il en diffère par deux caractères très-apparents; il est beaucoup moins gros et il a la queue fourchue, non-seulement parce que les pennes ou grandes plumes du milieu sont plus courtes que les extérieures, mais encore parce que celles-ci se recourbent en dehors ; de plus, le mâle de cette petite espèce a plus de noir, et un noir plus décidé que le mâle de la grande espèce, et il a de plus grands sourcils : j’appelle ainsi cette peau rouge et glanduleuse qu’il a au-dessus des yeux; mais la grandeur de ces sourcils est sujette à quelque variation dans les mêmes individus, en différents temps, comme nous le verrons plus bas.
La femelle est une fois plus petite que le mâle ® ; elle a la queue moins fourchue, et les couleurs de son plumage sont si différentes que Gessner s’est cru en droit d’en former une espèce séparée qu’il a désignée par le nom de grygallus minor, comme je l’ai remarqué ci-dessus dans l’histoire du grand tétras. Au reste, cette différence de plumage entre les deux sexes ne se décide qu’au bout d’un certain temps : les jeunes mâles sont d’abord de la couleur de leur mère, et conservent cette couleur jusqu’à la première automne ; sur la fin de cette saison, et pendant Thiver, ils prennent des nuances de plus en plus foncées jusqu’à ce qu’ils soient d’un noir bleuâtre, et ils retiennent cette dernière couleur toute leur vie , sans autres changements que ceux que je vais indiquer : 1“ ils prennent plus de bleu à mesure qu’ils avancent en âge; 2° à trois ans, et non plus tôt, ils prennent une tache blanche sous le bec; 3“ lorsqu’ils sont très-vieux, il paraît une autre tache d’un noir varié sous la queue, où auparavant les plumes étaient toutes blanches Charleton et quelques autres ajoutent qu’il y a d’autant
a. Voyez Gessner, de Avibus, pag. 477.
Ibidem, pag. 493.
f. Dritisch Zoologtj.
(i. Actes de Breslaw. Novembre 1725.
LE PETIT TETRAS.
moins de taches blanches à la queue que l’oiseau est plus vieux; en sorte que le nombre plus ou moins grand de ces taches est un indice pour reconnaître son âge“.
Les naturalistes, qui ont compté assez unanimement vingt-six pennes dans l’aile du petit tétras, ne s’accordent point entre eux sur le nombre des pennes de la queue, et l’on retrouve ici à peu près les mêmes variations dont j’ai parlé au sujet du grand tétras. Schwcnckfeld , qui donne dix-huit pennes à 1a femelle, n’en accorde que douze au mâle. Willughby, Albin, M. Brisson, en assignent seize aux mâles comme aux femelles; les deux mâles que nous conservons au Cabinet du Roi en ont tous deux dix-huit ; savoir, sept grandes de chaque côté, et quatre dans le milieu, beaucoup plus courtes : ces dilférences viendraient-elles de ce que le nombre de ces grandes plumes est sujet à varier réellement, ou de ce que ceux qui les ont comptées ont négligé de s’assurer auparavant s’il n’en manquait aucune dans les sujets soumis à leurs observations? Au reste, le tétras a les ailes courtes, et par conséquent le vol pesant, et on ne le voit jamais s’élever bien haut ni aller bien loin.
Les mâles et les femelles ont l’ouverture des oreilles fort grande, les doigts unis par une membrane jusqu’à la première articulation, et bordés de dentelures*', la chair blanche et de facile digestion, la langue molle, un peu hérissée de petites pointes et non divisée; sous la lange une substance glanduleuse, dans le palais une cavité qui répond exactement aux dimensions de la langue, le jabot très-grand, le tube intestinal long de cinquante et un pouces, et les appendices ou cæcums de vingt-quatre; ces appendices sont sillonnés de six stries ou cannelures".
La différence qui se trouve entre les femelles et les mâles ne se borne pas à la superficie, elle pénètre jusqu’à l’organisation intérieure. Le docteur Waygand a observé que l’os du sternum dans les mâles, étant regardé à la lumière, paraissait semé d’un nombre prodigieux de petites ramifications de couleur rouge, lesquelles se croisant et recroisant en mille ma.nièrcs et dans toutes sortes de directions, formaient un réseau très-curieux et très-singulier; au lieu que dans les femelles le même os n’a que peu ou point de ces ramifications; il est aussi plus petit et d’une couleur blanchâtre
а. Charleton, Exercilationes , pag. 82.
б. « üngiüs medii digiti ex parte interiore in aciem tenuatus : » expression nn peu louche ie Willughby; car si cela signifie que l’ongle du doigt du milieu est tranchant du côté intérieur, nous avons vérifié sur l’oiseau même, que le côté extérieur et le côté intérieur de cet ongle sont également tranchants ; et de plus , cet ongle ne diffère que très-peu et même point du tout des autres par ce caractère tranchant , ainsi cette observation de Willughy nous paraît mal fondée.
c. Willughby, p. 124. Schwenckfeld , p. 375.
d. Voyez Actes de Breslaw , mois de novembre 1725,
LE PETIT TÉTRAS
Gel oiseau vole le plus souvent en troupe, et se perche sur les arbres à peu près comme le faisan “ : il mue en été, et il se cache alors dans des lieux fourrés ou dans des endroits marécageux*; il se nourrit principalement de feuilles et de boutons de bouleau, et de baies de bruyère, d’où lui est venu son nom français coq de bruyère, et son nom allemand birck-han, qui signifie coq de bouleau ; il vit aussi de chatons de coudrier, de blé et d’autres graines : l’automne il se rabat sur les glands, les mûres de ronces, les boutons d’aune, les pommes de pin, les baies de myrtille {vitis idœa) , de fusain ou bonnet de prêtre ; enfin , l’hiver, il se réfugie dans les grands bois où il est réduit aux baies de genièvre, ou à chercher sous la neige celles de Voxycoccum ou canneberge , appelée vulgairement coussinet de marais quelquefois même il ne mange rien du tout pendant les deux ou trois mois du plus grand hiver; car on prétend qu’en Norwége il passe cette saison rigoureuse sous la neige, engourdi, sans mouvement et sans prendre aucune nourriture comme font dans nos pays plus tempérés les chauves-souris, les loirs, les lérots, les muscardins, les hérissons et les marmottes, et (si le fait est vrai) sans doute à peu près pour les mêmes causes
On trouve de ces oiseaux au nord de l’Angleterre et de l’Écosse dans les parties montueuses, en Norwége et dans les provinces septentrionales de la Suède, aux environs de Cologne, dans les Alpes suisses, dans le Bugey, où ils s’appellent grianots , selon M. Héhert; en Podolie, en Lithuanie, en Samogitie, et surtout en Yolhynie et dans l’Ukraine, qui comprend les palatinats de Kiovie et de Braslaw, où un noble Polonais en prit un jour cent trente paires d’un seul coup de filet, dit Bzaczynski, près du village de KusminceA Nous verrons plus bas la manière dont la chasse du tétras se fait
a. Britisch Zoology.
b. Actes de Breslaw , mois de novembre 172S.
c. Voyez Scbwenckfeld , Aviarium S/Iesice, p. 375. — Rzaczynski, Auctuarium Polon. , p. 422. — Willugbby, p. 125. — Britisch Zoology, p. 85.
é. Linnæus, Syst. nat., édit. X, p. 159. — Gessner, deAvibus, p. 495. Les auteurs de îa Zoologie britannique avaient remarqué que les perdrix blancbes , qui passent l’hiver dans la neige, avaient les pieds mieux garnis de plumes que les deux espèces de tétras qui savent se mettre à Tabri dans les forêts épaisses ; mais si les tétras passent aussi Thiver sous la neige , que devient cette belle cause finale , ou plutôt que deviennent tous les raisonnements de ce genre lorsqu’on les examine avec les yeux de la philosophie ‘ !
e. Voyez l’Histoire naturelle àu loir, où j’indique la vraie cause de l’engourdissement de ces animaux. Celui du tétras pendant Thiver me rappelle ce que Tou trouve dans le livre de Mirabilibus, attribué à Aristote, au sujet de certains oiseaux du royaume de Pont, qui étaient en hiver dans un tel état de torpeur, qu’on pouvait les plumer, les dresser et même les mettre à la broche sans qu’ils le sentissent, et qu’on ne pouvait les réveiller qu’en les faisant rôtir r en retranchant de ce fait ce qu’on y a ajouté de ridicule pour le rendre merveilleux, il se réduit à un engourdissement semblable à celui des tétras et des marmottes , qui suspend toutes les fonctions des sens externes, et ne cesse que par l’action de la chaleur.
f. Auctuarium Polon. , pag. 422.
i (d). Voyez la note 1 de la page 336,
LE PETIT TÉTRAS
en Courlande : ces oiseaux ne s’accoutument pas facilement à un autre climat, ni à l’état de domesticité; presque tous ceux que M. le maréchal de Saxe avait fait venir de Suède dans sa ménagerie de Chambord y sont morts de langueur et sans se perpétuer®.
j Le tétras entre en amour dans le temps où les saules commencent à pousser, c’est-à-dire sur la tin de l’hiver, ce que les chasseurs savent bien reconnaître à la liquidité de ses excréments **. C’est alors qu’on voit chaque jour les mâles se rassembler dès le matin au nombre de cent ou plus, dans quelque lieu élevé, tranquille, environné de marais, couvert de bruyère, etc., qu’ils ont choisi pour le lieu de leur rendez-vous habituel: là ils s’attaquent, ils s’entre-battent avec fureur jusqu’à ce que les plus faibles aient été mis en fuite; après quoi les vainqueurs se promènent sur un tronc d’arbre ou sur l’endroit le plus élevé du terrain, l’œil en feu, les sourcils gonflés, les plumes hérissées, la queue étalée en éventail, faisant la roue, battant des ailes, bondissant assez fréquemment % et rappelant les femelles par un cri qui s’entend d’un demi-mille. Son cri naturel, par lequel il semble articuler le mot allemand frau monte de tierce dans cette circonstance, et il y joint un autre cri particulier, une espèce de roulement de gosier très-éclatant « : les femelles qui sont à portée répondent à la voix des mâles par un cri qui leur est propre ; elles se rassemblent autour d’eux et reviennent très-exactement les jours suivants au même rendez-vous. Selon le docteur Waygand, chaque coq a deux ou trois poules auxquelles il est plus spécialement atfectionné f .
Lorsque les femelles sont fécondées, elles vont chacune de leur côté faire leur ponte dans des taillis épais et un peu élevés; elles pondent par terre et sans se donner beaucoup de peine pour la construction d’un nid, comme font tous les oiseaux pesants : elles pondent six ou sept œufs, selon les uns ü", de douze à seize, selon les autres et de douze à vingt, selon quelques autres * ; les œufs sont moins gros que ceux des poules domestiques et un peu plus longuets, M. Linnæus assure que ces poules de bruyère perdent leur fumet dans le temps de l’incubation'?’. Schwenckfeld semble insinuer que le temps de leur ponte est dérangé depuis que ces oiseaux ont été tourmentés par les chasseurs et effrayés par les coups de fusil; et il attribue
a. Voyez Salerne, Ornithologie , page 137.
b. Actes de Breslaw. Novembre 1725.
c. Frisch , planche cix. — Britisch Zoology, p. 83.
d. Ornithologie de Salerne, loco citato.
e. Frisch, ibidem.
f. Actes de Breslaw, ibidem.
g. Britisch Zoology , ibidem.
h. Schwenckfeld, Aviarium Silesiœ, pag. 373,
i. Actes de Breslaw , ibidem.
j. Syst. nat., édit. X, pag. 159.
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aux mêmes causes la perte qu’a faite l’Allemagne de plusieurs autres belles espèces d’oiseaux.
Dès que les petits ont douze ou quinze jours, ils commencent déjà à battre des ailes et à s’essayer à voltiger; mais ce n’est qu’au bout de cinq ou six semaines qu’ils sont en état de prendre leur essor, et d’aller se percher sur les arbres avec leurs mères : c’est alors qu’on les attire avec un appeau soit pour les prendre au fdet, soit pour les tuer à coups de fusil; la mère, prenant le son contrefait de cet appeau pour le piaulement de quelqu’un de ses petits qui s’est égaré, accourt et le rappelle par un cri particulier qu’elle répète souvent, comme font en pareil cas nos poules domestiques, et elle amène à sa suite le reste de la couvée qu’elle livre ainsi à la merci des chasseurs.
Quand les jeunes tétras sont un peu plus grands et qu’ils commencent à prendre du noir dans leur plumage, ils ne se laissent pas amorcer si aisément de cette manière; mais alors, jusqu’à ce qu’ils aient pris la moitié de leur accroissement, on les chasse avec l’oiseau de proie. Le vrai temps de cette chasse est l’arrière-saison , lorsque les arbres ont quitté leurs feuilles; dans ce temps les vieux mâles choisissent un certain endroit où ils se rendent tous les matins, au lever du soleil , en rappelant par un certain cri (surtout quand il doit geler ou faire beau temps) tous les autres oiseaux de leur espèce, jeunes et vieux, mâles et femelles ; lorsqu’ils sont rassemblés ils volent en troupes sur les bouleaux , ou bien, s’il n’y a point de neige sur la terre, ils se répandent dans les champs qui ont porté l’été précédent du seigle, de l’avoine ou d’autres grains de ce genre; et c’est alors que les oiseaux de proie dressés pour cela ont beau jeu.
On a en Courlande, en Livonie et en Lithuanie, une autre manière de faire cette chasse : on se sert d’un tétras empaillé, ou bien on fait un tétras artificiel avec de l’étoffe de couleur convenable, bourrée de foin ou d’étoupe, ce qui s’appelle dans le pays une balvane ; on attache cette balvane au bout d’un bâton, et l’on fixe ce bâton sur un bouleau, à portée du lieu que ces oiseaux ont choisi pour leur rendez-vous d’amour; car c’est le mois d’avril, c’est-à-dire le temps où ils sont en amour, que l’on prend pour faire cette chasse; dès qu’ils aperçoivent la balvane, ils se rassemblent autour d’elle, s’attaquent et se défendent d’abord comme par jeu , mais bientôt ils s’animent et s’entre-battent réellement, et avec tant de fureur, qu’ils ne voient ni n’entendent plus rien , et que le chasseur, qui est caché près de là dans sa hutte, peut aisément les prendre, même sans coup férir. Ceux qu’il a pris ainsi, il les apprivoise dans l’espace de cinq ou six jours,
a. Cet appeau se fait avec un os de l’aile de l’autour, qu’on remplit en partie de cire, en ménageant des ouvertures propres à rendre le son demandé. Voyez Actes de Breslaw. Novembre