Voyez la note 1 de la page 481 du volume
DISCOURS
l’éducation des petits, et il n’y aura point d’autre ponte; mais si par hasard on brise les œufs, on renverse le nid, il en construit bientôt un autre, et pond encore trois ou quatre œufs, et si on détruit ce second ouvrage comme le premier, l’oiseau travaillera de nouveau, et pondra encore deux ou trois œufs; cette seconde et cette troisième pontes dépendent donc en quelque sorte de la volonté de l’oiseau : lorsque la première réussit, et tant qu’elle subsiste, il ne se livre pas aux émotions d’amour et aux autres affections intérieures qui peuvent donner à de nouveaux œufs la vie végétative nécessaire à leur accroissement et à leur exclusion au dehors; mais si la mort a moissonné sa famille naissante ou prête à naître, il se livre bientôt à ces affections, et démontre par un nouveau produit que ses puissances pour la génération n’étaient que suspendues et point épuisées, et qu’il ne se privait des plaisirs qui la précèdent que pour satisfaire au devoir naturel du soin de sa famille. Le devoir l’emporte donc encore ici sur la passion, et l’attachement sur l’amour; l’oiseau paraît commander à ce dernier sentiment bien plus qu’au premier, auquel du moins il obéit toujours de préférence; ce n’est que par la force qu’il se départ de l’attachement pour ses petits, et c’est volontairement qu’il renonce aux plaisirs de l’amour, quoique très en état d’en jouir.
De la même manière que, dans les oiseaux, les mœurs sont plus pures en amour, de même aussi les moyens d’y satisfaire sont plus simples que dans les quadrupèdes; ils n’ont qu’une seule façon de s’accoupler “, au lieu que nous avons vu dans les quadrupèdes des exemples de toutes les situations ^ ; seulement il y a des espèces, comme celle de la poule, où la femelle s’abaisse en pliant les jambes , et d’autres, comme celle du moineau , où elle ne change rien à sa position ordinaire, et demeure droite sur ses pieds Dans tous, le temps de l’accouplement est très-court, et plus court encore dans ceux qui se tiennent debout que dans ceux qui s’abaissent. La forme extérieure ^ et la structure intérieure des parties de la génération
а. « Gcnus avium omne eodem illo ac simplici more conjungitur, nempe fœminam mare « supergrcdiente. » Aristot. Hist. aniin., lib. v, cap. viii.
б. La femelle du chameau s’accroupit; celle de l’éléphant se renverse sur le dos*. Les hérissons s’accouplent face à face debout ou couchés ; et les singes de toutes les façons.
c. « Coitus avibus duobns modis, fœmiiia humi considente, ut in gallinà, aut stante, ut in « gruibus; et quæ ita coeunt rem quamcelerrime peraguntut passeres. » Aristot. Hist. anim., lib. V, cap. n.
d. La plupart des oiseaux ont deux verges ^ ou une verge fourchue , et c’est par l’anus que
1 (6). Voyez la note delà page 184 du III® volume.
2 (b). Voyez la note de la page 616 du lU volume.
3 {d). Voyez la note 1 de la page 490 du !"■ volume. — « Dans la plupart des genres, l’ae* « couplemcnt se fait par la seule juxtaposition des anus; les autruches et plusieurs palmipèdes « ont cependant une verge creusée d’un sillon par où la semence est conduite. Les testicules
« sont situés à l’intérieur, au-dessus des reins Il n’y a, dans la fame’de, qu’im oviducte de
a développé; l’autre est réduit à une petite bourse. » ( Cuvier j.
SUR LA NATURE DES OISEAUX
sont fort différentes de celles des quadrupèdes; et la grandeur, la position, le nombre, l’action et le mouvement de ces parties varient même beaucoup dans les diverses espèces d’oiseaux Aussi paraît-il qu’il y a intromission réelle dans les uns, et qu’il ne peut y avoir dans les autres qu’une forte compression, ou même un simple attouchement; mais nous réservons ces détails, ainsi que plusieurs autres, pour l’histoire particulière de chaque genre d’oiseau.
En rassemblant sous un seul point de vue les idées et les faits que nous venons d’exposer, nous trouverons que le sens intérieur, le sensorium de l’oiseau, est principalement rempli d’images produites par le sens de la vue; que ces images sont superficielles, mais très-étendues, et la plupart relatives au mouvement, aux distances, aux espaces; que, voyant une province entière aussi aisément que nous voyons notre horizon, il porte dans son cerveau une carte géographique des lieux qu’il a vus ; que la facilité qu’il a de les parcourir de nouveau est l’une des causes déterminantes de ses fréquentes promenades et de ses migrations. Nous reconnaîtrons qu’étant très-susceptible d’être ébranlé par le sens de l’ouïe, les bruits soudains doivent le remuer violemment, lui donner de la crainte et le faire fuir, tandis qu’on peut le faire approcher par des sons doux, et le leurrer par des appeaux; que les organes de la voix étant très-forts et très-flexibles, l’oiseau ne peut manquer de s’en servir pour exprimer ses sensations, transmettre ses affections et se faire entendre de très-loin ; qu’il peut aussi se mieux exprimer que le quadrupède, puisqu’il a plus de signes, c’est-à-dire plus d’inflexions dans la voix; que, pouvant recevoir facilement et conserver longtemps les impressions des sons, l’organe de ce sens se monte comme un instrument qu’il se plaît à faire résonner ; mais que ces sons communiqués, et qu’il répète mécaniquement, n’ont aucun rapport avec ses affections intérieures; que le sens du toucher ne lui donnant que des sensations imparfaites, il n’a que des notions peu distinctes de la forme des corps, quoiqu’il en voie très-clairement la surface; que c’est par le sens de la vue, et non par celui de l’odorat, qu’il est averti de loin de la présence des choses qui peuvent lui servir de nourriture; qu’il a plus de besoin que d’appétit, plus de voracité que de sensualité ou de délicatesse de goût.
sort cette double verge pour s’étendre au debors. Dans quelques espèces cette partie est d’une grandeur très-remarquable, et dans d’autres elle est à peine sensible. La femelle n’a poÆ, comme dans les (piadrupèdes, l’orifice de la vulve au-dessous de l’anus, elle le porte au-dessus *, elle n’a point de matrice comme les quadrupèdes , mais de simples ovaires , etc.
a. Voyez, sur cela, VHistoire de l'Académie des Sciences, année 1718, p. 11. — Les Mémoires pour servir à l'Histoire des anima'ix , partie i , p. 230 ; partie ii , p. 108 , 134 , 164 ; partie iir, p. 71. — La Collection Académique , partie étrangère, t. IV, p. 820, 822 , 828; et t. V, p. 489.
1 (d). L’üviducte s’ouvre au-dessus du rectum, et à gauche. L’un et l’autre s’ouvrent dans le cloaque. — « Le cloaque est une poche où aboutissent, dans le mâle, le rectum, les uretères « et les canaux spermatiques , et , dans la femelle, le rectrmr et Toviducte : elle est ouverte au « dehors par l’anus. » ( Cuv. ).
42 DISCOURS SUR LA NATURE DES OISEAUX
Nous verrons que pouvant aisément se soustraire à la main de l’homme , et se mettre même hors de la portée de sa vue, les oiseaux ont dû conserver un naturel sauvage, et trop d’indépendance pour être réduits en vraie domesticité; qu’étant plus libres, plus éloignés que les quadrupèdes, plus indépendants de l’empire de l’homme, ils sont moins troublés dans le cours de leurs habitudes naturelles ; que c’est par cette raison qu’ils se rassemblent plus volontiers, et que la plupart ont un instinct décidé pour la société; qu’étant forcés de s’occuper en commun des soins de leur famille, et même de travailler d’avance à la construction de leur nid , ils prennent un fort attachement l’un pour l’autre, qui devient leur affection dominante, et se répand ensuite sur leurs petits; que ce sentiment doux tempère les passions violentes, modère même celle de l’amour, et fait la chasteté, la pureté de leurs mœurs et la douceur de leur naturel; que, quoique plus riches en fonds d’amour qu’aucun des animaux, ils dépensent à proportion beaucoup moins, ne s’excèdent jamais, et savent subordonner leurs plaisirs à leurs devoirs ; qu’enlin cette classe d’êtres légers que la nature parait avoir produits dans sa gaieté, peut néanmoins être regardée comme un peuple sérieux, honnête, dont on a eu raison de tirer des fables morales, et d’emprunter des exemples utiles.
LES OISEAUX DE PROIE
On pourrait dire, absolument parlant, que presque tous les oiseaux vivent de proie, puisque presque tous recherchent et prennent les insectes, les vers et les autres petits animaux vivants; mais je n’entends ici par oiseaux de proie que ceux qui se nourrissent de chair et font la guerre aux autres oiseaux ; et en les comparant aux quadrupèdes carnassiers, je trouve qu’il y en a proportionnellement beaucoup moins. La tribu des lions, des tigres, des panthères, onces, léopards, guépards, jaguars, couguars, ocelots, servals, margais, chats sauvages ou domestiques; celle des chiens, des chacals, loups, renards, isatis; celle des hyènes, civettes, zibeths, genettes et fossanes; les tribus plus nombreuses encore des fouines, martes, putois, mouffettes, furets, vansires, hermines, belettes, zibelines, mangoustes, surikates, gloutons, pékans, visons, sousliks*; et des sarigues, marmoses, cayopollins, tarsiers, phalangers^; celle des roussettes, rougettes, chauvessouris, à laquelle on peut encore ajouter toute la famille des rats, qui, trop
* Acdpitres (Linn. ). Les oiseaux de proie. — Dr ordre d^s oiseaux (Cuv.).
1. « Le souslik a ua goût particulier pour la chair et n’épargue pas même sa propre espèce. » (Cuvier).