‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 25 sur 240 · LES VAUTOURS · texte numérisé non relu

LES VAUTOURS

L’on a donné aux aigles le premier rang parmi les oiseaux de proie , non parce qu’ils sont plus forts et plus grands que les vautours, mais parce qu’ils sont plus généreux, c’est-à-dire moins bassement cruels : leurs mœurs sont plus hères , leurs démarches plus hardies , leur courage plus noble , ayant au moins autant de goût pour la guerre que d’appétit pour la proie; les vautours, au contraire, n’ont que l’instinct de la basse gourmandise et de la voracité; ils ne combattent guère les vivants que quand ils ne peuvent s’assouvir sur les morts. L’aigle attaque ses ennemis ou ses victimes corps à corps; seul il les poursuit, les combat, les saisit; les vautours, au contraire, pour peu qu’ils prévoient de résistance, se réunissent en troupes comme de lâches assassins et sont plutôt des voleurs que des guerriers , des oiseaux de carnage que des oiseaux de proie; car dans ce genre il n’y a qu’eux qui se mettent en nombre et plusieurs contre un , il n’y a qu’eux qui s’acharnent sur les cadavres au point de les déchiqueter jusqu’aux os; la corruption, l’infection les attire au lieu de les repousser. Les éperviers, les faucons et jusqu’aux plus petits oiseaux montrent plus de courage, car ils chassent seuls , et presque tous dédaignent la chair morte et refusent celle qui est corrompue. Dans les oiseaux comparés aux quadrupèdes, le vautour semble réunir la force et la cruauté du tigre avec la lâcheté et la gourmandise du chacal, qui se met également en troupes pour dévorer les charognes et déterrer les cadavres; tandis que l’aigle a, comme nous l’ayons dit, le courage, la noblesse, la magnanimité et la munihcence du lion *.

On doit donc d’abord distinguer les vautours des aigles prr cette différence de naturel , et on les reconnaîtra à la simple inspection en ce qu’ils

1. Encore une peinture plus brillante que vraie. (Voyez les notes des pages 55 et 56 du III' volume. )

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