‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 30 sur 240 · Un éléphant, et dans l’ile de Madagascar · texte numérisé non relu

Un éléphant, et dans l’ile de Madagascar

LE CONDOR

graver le nid, pourrait bien encore être le même. Mais sans aller prendre nos comparaisons si loin, à quelle autre espèce peut-on rapporter le laemmer geyer^ des Allemands? ce vautour des agneaux ou des moutons, qui a souvent été vu en Allemagne et en Suisse en différents temps , et qui est beaucoup plus grand que l’aigle, ne peut être que le condor. Gessner rapporte, d’après un auteur digne de foi. George Fabricius, les faits suivants: Des paysans d’entre Miesen et Brisa, villes d’Allemagne, perdant tous les jours quelques pièces de bétail qu’ils cherchaient vainement dans les forêts, aperçurent un très-grand nid posé sur trois chênes, construit de perches et de branches d’arbres, et si étendu qu’un char pouvait être à l’abri dessous; ils trouvèrent dans ce nid trois jeunes oiseaux déjà si grands, que leurs ailes étendues avaient sept aunes d’envergure; leurs jambes étaient plus grosses que celles d’un lion , leurs ongles aussi grands et aussi gros que les doigts d’un homme; il y avait dans ce nid plusieurs peaux de veaux et de brebis M. Yalmont de Bomare et M. Salerne ont pensé comme moi, que le laemmer geyer des Alpes devait être le condor du Pérou. Il a, dit M. de Bomare, quatoi'ze pieds de vol , et fait une guerre cruelle aux chèvres, aux brebis, aux chamois, aux lièvres et aux marmottes. M. Salerne rapporte aussi un fait très-positif à ce sujet, et qui est assez important pour le citer ici tout au long. « En 1719, M. Déradin, beau-père de M. du Lac, tua à « son château de Mylourdin , paroisse de Saint-Martin-d’Abat , un oiseau «qui pesait dix-huit livres, et qui avait dix-huit pieds de vol; il volait « depuis quelques jours autour d’un étang; il fut percé de deux balles sous « l'aile. Il avait le dessus du corps bigarré de noir, de gris et de blanc, et « le dessus du ventre rouge comme de l’écarlate, et ses plumes étaient « frisées; on le mangea tant au château de Mylourdin qu’à Châteauneuf- « sur-Loire; il fut trouvé dur, et sa chair sentait un peu le marécage; « j’ai vu et examiné une des moindres plumes de ses ailes; elle est plus « grosse que la plus grosse plume de cygne. Cet oiseau singulier sem- « blerait être le contur ou condor ^ » En effet , l’attribut de grandeur excessive doit être regardé comme un caractère décisif, et quoique le laemmer geyer des Alpes diffère du condor du Pérou, par les couleurs du plumage, on ne peut s’empêcher de les rapporter à la même espèce, du moins jusqu’à ce que l’on ait une description plus exacte de l’un et de l’autre.

Il paraît, par les indications des voyageurs , que le condor du Pérou a le

а. Diction. d’Hist. nat. , par M. Valmont de Bomare , article de l’aigle.

б. Ornithol. de Salerne, p. 10.

1. Le lœmmer geyer et le condor sont deux espèces très-distinctes. Ils sont même de genres différents. Le lœmmer geyer est un griffon ou gypaète (voyez la nomenclature de la p. 66); le condor est du genre des vautours proprement dits. Buffon confond très-souvent, dans cet article, ces deux vautours , dont le premier n’iialûte que l’ancien continent, et dont le second n’habite que le nouveau.

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LE CONDOR

plumage comme une pie , c’est-à-dire mêlé de blanc et de noir ; et ce grand oiseau tué en France, au château de Mylourdin, lui ressemble donc, nonseulement par la grandeur, puisqu’il avait dix-huit pieds d’envergure, et qu’il pesait dix-huit livres, mais encore par les couleurs, étant aussi mêlé de noir et de blanc. On peut donc croire avec toute apparence de raison, que cette espèce principale et première dans les oiseaux, quoique très-peu nombreuse, est néanmoins répandue dans les deux continents*, et que pouvant se nourrir de toute espèce de proie “, et n’ayant à craindre que les hommes, ces oiseaux fuient les lieux habités et ne se trouvent que dans les grands déserts ou les hautes montagnes.

LE MILAN* ET LES BUSES

Les milans et les buses, oiseaux ignobles, immondes et lâches, doivent suivre les vautours, auxquels ils ressemblent par le naturel et les mœurs : ceux-ci, malgré leur peu de générosité, tiennent par leur grandeur et leur force l’un des premiers rangs parmi les oiseaux. Les milans et les buses, qui n’ont pas ce même avantage, et qui leur sont inférieurs en grandeur, y suppléent et les surpassent par le nombre; partout ils sont beaucoup plus communs, plus incommodes que les vautours; ils fréquentent plus souvent et de plus près les lieux habités; ils font leur nid dans des endroits plus accessibles ; ils restent rarement dans les déserts ; ils préfèrent les plaines et les collines fertiles aux montagnes stériles : comme toute proie leur est bonne, que toute nourriture leur convient, et que plus la terre produit de végétaux, plus elle est en même temps peuplée d’insectes, de reptiles, d’oiseaux et de petits animaux , ils établissent ordinairement leur domicile au pied des montagnes, dans les terres les plus vivantes, les plus abondantes en gibier, en volaille, en poisson; sans être courageux ils ne sont pas timides, ils ont une sorte de stupidité féroce qui leur donne l’air de l’audace tranquille, et semble leur ôter la connaissance du danger : on les approche, on les tue bien plus aisément que les aigles ou les vautours : détenus en captivité, ils sont encore moins susceptibles d’éducation; de tout temps on les a proscrits, rayés de la liste des oiseaux nobles, et rejetés

a. Les déserts de la province de Pachacama, au Pérou, inspirent une secrète horreur; on n’y entend le chant d’aucun oiseau, et dans toutes ces montagnes je n’en vis qu’un, nommé condur, qui est de la grosseur d’un mouton, et qui se perche sur les montagnes les plus arides et se nourrit des vers qui naissent dans ces sahles. Nouveau voyage autour du monde , par le Gentil, t. I, p. 129.

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