Voyez les notes précédentes
* Ordre id., famille id., genre Milans (Cuv.).
** Ordre id., famille id , genre Buses (Cuv.).
LE MILAN ET LES BUSES
de l’école de la fauconnerie , de tout temps on a comparé l’homme grossièrement impudent au milan, et la femme tristement bêle à la buse.
Quoique ces oiseaux se ressemblent par le naturel, par la grandeur du corps par la forme du bec et par plusieurs autres attributs, le milan est néanmoins aisé à distinguer, non-seulement des buses, mais de tous les autres oiseaux de proie, par un seul caractère facile à saisir; il a la queue fourchue; les plumes du milieu , étant beaucoup plus courtes que les autres, laissent paraître un intervalle qui s’aperçoit de loin, et lui a fait improprement donner le surnom d’aigle à queue fourchue; il a aussi les ailes proportionnellement plus longues que les buses, et le vol bien plus aisé : aussi passe-t-il sa vie dans l’air; il ne se repose presque jamais, et parcourt chaque jour des espaces immenses; et ce grand mouvement n’est point un exercice de chasse, ni de poursuite de proie, ni même de découverte, car il ne chasse pas; mais il semble que le vol soit son état naturel, sa situation favorite : l’on ne peut s’empêcher d’admirer la manière dont il l’exécute, ses ailes longues et étroites paraissent immobiles; c’est la queue qui semble diriger toutes ses évolutions, et elle agit sans cesse; il s’élève sans effort, il s’abaisse comme s’il glissait sur un plan incliné; il semble plutôt nager que vohîr; il précipite sa course, il la ralentit, s’arrête et reste comme suspendu ou fixé à la même place pendant des heures entières, sans qu’on puisse s’apercevoir d’aucun mouvement dans ses ailes.
Il n’y a, dans notre climat, qu’une seule espèce de milan, que nos Français ont appelé milan royal^' , parce qu’il servait aux plaisirs des princes, qui lui faisaient donner la chasse et livrer combat par le faucon ou l’épervier; on voit en effet, avec plaisir, cet oiseau lâche, quoique doué de toutes les facultés qui devraient lui donner du courage, ne manquant ni d’armes, ni de force, ni de légèreté, refuser de combattre et fuir devant l’épervier, beaucoup plus petit que lui, toujours en tournoyant et s’élevant comme pour se cacher dans les nues, jusqu'à ce que celui-ci l’atteigne, le rabatte à coups d’ailes, de seri’es et de bec, et le ramène à terre moins blessé que battu, et plus vaincu par la peur que par la force de son ennemi.
Le milan, dont le corps entier ne pèse guère que deux livres et demie, qui n’a que seize ou dix-sept pouces de longueur depuis le bout du bec
0. « Milvus regalis magiiitudine et liatitu buteoni conformis est crura illi sunt crocea
« buniiliora, buteonis iiltrà poplités propend entibus plumis similiter ferrugineis dilatis obte- « guntur. » Schwenckfeld, Avi. SU., p. 303.
b. Les Grecs appelaient ixTÏ; le putois ; et il est probable qu’ils ont donné au milan le même nom, parce que le milan attaque et tue les volailles comme le putois. — Les latins l’ont appelé milvus, quasi mollis avis, oiseau lâcbe ; les noms huau ou huo en vieux français, et wowe en hollandais semblent être des dénominations empruntées de son cii hu-o. — Glead en anglais et glada en suédois sont tirés de ce qu’il paraît glisser en volant. — Milion est un mot corrompu de milan.
1. Falco milvus (Linn.). — Le milan commun (Cuv.). — Ordre id. , famille id., genre Milans; sous-genre Milans imoprement dils (Cuv.).
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jusqu’à l’extrémité des pieds, a néanmoins près de cinq pieds de vol ou d’envergure : la peau nue qui couvre la base du bec est jaune, aussi bien que l’iris des yeux et les pieds; le bec est de couleur de corne et noirâtre vers le bout, et les ongles sont noirs; sa vue est aussi perçante que son vol est rapide; il se tient souvent à une si grande hauteur qu’il échappe à nos yeux, et c’est de là qu’il vise et découvre sa proie ou sa pâture, et se laisse tomber sur tout ce qu’il peut dévorer ou enlever sans résistance; il n’attaque que les plus petits animaux et les oiseaux les plus faibles : c’est surtout aux jeunes poussins qu’il en veut; mais la seule colère de la mère poule suffit pour le repousser et l’éloigner. « Les milans sont des animaux « tout à fait lâches, m’écrit un de mes amis®, je les ai vus poursuivre à « deux un oiseau de proie pour lui dérober celle qu’il tenait, plutôt que de « fondre sur lui, et encore ne purent-ils y réussir ; les corbeaux les insul- « tent et les chassent; ils sont aussi voraces, aussi gourmands que lâches : « je les ai vus prendre, à la superficie de l’eau, de petits poissons morts et «à demi corrompus; j’en ai vu emporter une longue couleuvre dans leurs « serres; d’autres se poser sur des cadavres de chevaux et de bœufs; j’en « ai vu fondre sur des tripailles que des femmes lavaient le long d’un petit « ruisseau, et les enlever presque à côté d’elles : je m’avisai une fois de « présenter à un jeune milan, que des enfants nourrissaient dans la maison « que j’habitais, un assez gros pigeonneau : il l'avala tout entier avec les « plumes. »
Cette espèce de milan est commune en France, surtout dans les provinces de Franche-Comté, du Dauphiné, du Bugey, de l’Auvergne, et dans toutes les autres qui sont voisines des montagnes : ce ne sont pas des oiseaux de passage, car ils font leur nid dans le pays et l’établissent dans des creux de rochers. Les auteurs de la Zoologie britannique * disent de même qu’ils nichent en Angleterre et qu’ils y restent pendant toute l’année; la femelle pond deux ou trois œufs qui, comme ceux de tous les oiseaux carnassiers, sont plus ronds que les œufs de poule; ceux du milan sont blanchâtres, avec des taches d’un jaune sale. Quelques auteurs ont dit qu’il faisait son nid, dans les forêts, sur de vieux chênes ou de vieux sapins : sans nier absolument le fait, nous pouvons assurer que c’est dans des trous de rochers qu’on les trouve communément.
L’espèce paraît être répandue, dans tout l’ancien continent, depuis la Suède jusqu’au Sénégal % mais je ne sais si elle se trouve aussi dans le
a. M. Hébert, que j’ai déjà cité comme ayant bien observé plusieurs faits relatifs à l’histoire des oiseaux.
b. « Some bave supposed tbese to be birds of passage ; but in England tbey certainly continue « tbe whole year. » Btitish Zoologie, Species vi, lhe Icile.
c. Il parait que le milan royal se trouve dans le Nord, puisque M. Linnæus Ta compris dans saüste des oiseaux de Suède, sous la dénomination de falco cerâ flavâ, caudâ fordpatâ; corpore fcmgineo, capile albidiore. Faun. Siiec,, n® 59; et Ton voit aussi, par les témoignages
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nouveau’, car les relations d’Amérique n’en font aucune mention : il y a seulement un oiseau qu’on dit être naturel au Pérou, et qu’on ne voit dans la Caroline qu’en été, qui ressemble au milan à quelques égards, et qui a comme lui la queue fourchue. M. Catesby en a donné la description et la figure® sous le nom ^'épenierà queue d'hirondelle, et M. Brisson l’a appelé milan de la Caroline^ Je serais assez porté à croire que c’est une espèce voisine de celle de notre milan, et qui la remplace dans le nouveau continent.
Mais il y a une autre espèce encore plus voisine, et qui se trouve dans nos climats comme oiseau de passage, que l’on a appelé le milan noir^. Aristote distingue cet oiseau du précédent, qu’il appelle simplement milan, et il donne à celui-ci l’épithète de milan étolien®, parce que probablement il était, de son temps, plus commun en Étolie qu’ailleurs. Belon'^ fait aussi mention de ces deux milans ; mais il se trompe lorsqu’il dit que le premier, qui est le milan royal, est plus noir que le second, qu’il appelle néanmoins milan noir; ce n’est peut-être qu’une faute d’impression ; car il est certain que le milan royal est moins noir que l’autre; au reste, aucun des naturalistes anciens et modernes n’a fait mention de la différence la plus apparente entre ces deux oiseaux, et qui consiste en ce que le milan royal a la queue fourchue, et que le milan noir l’a égale ou presque égale dans toute sa largeur, ce qui néanmoins n’empêche pas que ces deux oiseaux ne soient d’espèce très-voisine^, puisqu’à l’exception de cette forme de la queue ils se ressemblent par tous les autres caractères, car le milan noir, quoique un peu plus petit et plus noir que le milan royal, a néanmoins les couleurs du plumage distribuées de même, les ailes proportionnellement aussi
des voyageurs, qu’il se trouve dans les provinces les plus chaudes de l’Afrique ; ou rencontre encore ici (en Guinée), dit Bosman, une espèce d’oiseau de proie; ce sont les milans ; ils enlèvent, outre les poulets dont ils tirent leur nom, tout ce qu’ils peuvent découvrir et attraper, soit viande, soit poisson, et cela avec tant de hardiesse qu’ils arrachent aux femmes nègres les poissons qu’elles portent vendre au marché ou qu’elles crient dans les rues. Voyage de Guinée, p. 278. Près du désert, au long du Sénégal, dit un autre voyageur, on trouve un oiseau de proie de l’espèce du milan, auquel les Français ont donné le nom d’écouffe Toute nourriture con-
vient à sa faim dévorante; il n’est point épouvanté des armes à feu; la chair cuite ou crue le tente si vivement qu’il enlève aux matelots leurs morceaux dans le temps qu’ils les portent à leur bouche, flist. générale des voyages, par M. l’abbé Prévost, t. III, p. 306.
a. lUst. nat. de la Caroline, par Catesby, t. I,p. 4, pl. iv, avec une bonne figure coloriée.
l. Le milan de la Caroline. Brisson, Ornith., t. I, p. 418.
c. (( Pariunt milvi ova bina magna ex parte, iuterdum tamen et terna, totidemque excludunt « pullos; sed qui Ætolius nuucupatur, vel quaternos aliquandô excludit. » Arist., Hist. anim., lib. VI, cap. VI.
d. Milan noir. Belon, Hist. nat. des Oiseaux, p. 131.