Voyez la note de la page
” Struthio camelus (Linn.). — L’autruche de l’ancien continent (Gnv.). — Ordre des Echassiers , famille ies Brevipennes , genre Autruches (Cuv.).
L’AÜTRUCHE.
des choses naturelles; en effet, comment un animal si considérable par sa grandeur, si remarquable par sa forme, si étonnant par sa fécondité, attaché d’ailleurs par sa nature à un certain climat, qui est l’Afrique et une partie de l’Asie, aurait-il pu demeurer inconnu dans des pays si anciennement peuplés, où il se trouve à la vérité des déserts, mais où il ne s’en trouve point que l’homme n’ait pénétrés et parcourus?
La race de l’autruche est donc une race très- ancienne , puisqu’elle prouve jusqu’aux premiers temps, mais elle n’est pas moins pure qu’elle est ancienne ; elle a su se conserver pendant cette longue suite de siècles, et toujours dans la même terre, sans altération comme sans mésalliance : en sorte qu’elle est dans les oiseaux , comme l’éléphant dans les quadrupèdes, une espèce entièrement isolée ‘ et distinguée de toutes les autres espèces par des caractères aussi frappants qu’invariables.
L’autruche passe pour être le plus grand des oiseaux, mais elle est privée par sa grandeur même de la principale prérogative des oiseaux, je veux dire la puissance de voler : l’une de celles sur qui Vallisnieri a fait ses observations pesait, quoique très-maigre, cinquante-cinq livres tout écorchée et vidée de ses parties mtérieures; en sorte que passant vingt à vingtcinq livres pour ces parties et pour la graisse qui lui manquait®, on peut,
non que j’admette de telles autruches, mais parce qu’Hérodote parle en cet endroit des productions singulières et propres à une certaine région de l’Afrique, et non de celles qui lui étaient communes avec d’autres contrées (Hœ sunt illic feræ, et item quœ alibi). Or, l’autruche ordinaire étant très-répandue et par conséquent très-connue dans toute l’Afrique, ou bien il n’en aurait pas fait mention en ce lieu , puisqu’elle n’était pas une production propre au pays dont il parlait, ou du moins, s’il en eût fait mention, il aurait omis l’épithète de terrestre, qui n’ajoutait rien à l’idée que tout le monde en avait; et en cela cet historien n’eùt fait que suivre ses propres principes, puisqu’il dit ailleurs {in Thalia), en parlant du chameau: « Græcis « utpotè scientibus non puto describendum. » 11 faut donc, pour donner au passage ci-dessus un sens conforme à l’esprit de l’auteur, rendre le katagaios comme je l’ai rendu, d’autant pins qu’il existe réellement des oiseaux qui ont l’instinct de se cacher dans le sable , et qu’il est question dans le même passage de choses encore plus étranges, comme de serpents et d’ânes cornus, d’acéphales, etc., et l’on sait que ce père de l’histoire n’était pas toujours ennemi des fables ni du merveilleux.
A l’égard des deux autres espèces de strouthos , l’aérien et l’aquatique, je ne puis non plus accorder à M. Salerne que ce soit notre moineau et le poisson nommé plie, ni imputer avec lui à la langue grecque, si riche, si belle, si sage, l’énorme disparate de comprendre sous un même nom des êtres aussi dissemblables que l’autruche, le moineau et une espèce de poisson. S’il fallait prendre un parti sur les deux dernières sortes de strouthos, l’aérien et l’aquatique, je dirais que le premier est cette outarde à long cou, qui porte encore aujourd’hui dans plus d’un endroit de l’Afrique le nom à.’autruche volante , et que le second est quelque gros oiseau aquatique à qui sa pesanteur ou la faiblesse de ses ailes ne permet pas de voler.
a. Ses deux ventricules, bien nettoyés, pesaient seuls six livres; le foie, une livre huit onces; le cœur, avec ses oreillettes et les troncs des gros vaisseaux, une livre sept onces; les deux pancréas, une livre; et il faut remarquer que les intestins, qui sont très-longs et trèsgros, doivent être d’un poids considérable. Voyez Notomia dello Struzzo, t. I des œuvres de Vallisnieri, p. 239 et suiv.
1. Il n’y a d’espèce entièrement isolée que celle de l’homme. ( Voyez la note 2 de la page 16 du IV® volume.)
L’AUTRUCHE
sans rien outrer, fixer le poids moyen d’une autruche vivante et médiocre ment grasse à soixante et quinze ou quatre-vingts livres : or quelle force n( faudrait-il pas dans les ailes et dans les muscles moteurs de ces ailes, poui soulever et soutenir au milieu des airs une masse aussi pesante! Les forces de la nature paraissent infinies lorsqu’on la contemple en gros et d’une vue générale; mais lorsqu’on la considère de près et en détail, on trouve que tout est limité ‘ ; et c’est à bien saisir les limites que s’est prescrites la nature par sagesse, et non par impuissance, que consiste ta bonne méthode d’étudier et ses ouvrages et ses opérations. Ici un poids de soixante et quinze livres est supérieur par sa seule résistance à tous les moyens que la nature sait employer pour élever et faire voguer dans le fluide de l’atmosphère des corps dont la gravité spécifique est un millier de fois plus grande que celle de ce fluide; et c’est par cette raison qu’aucun des oiseaux dont la masse approche de celle de l’autruche, tels que le thouiou, le casoar, le dronte, n’ont ni ne peuvent avoir la faculté de voler; il est vrai que la pesanteur n’est pas le seul obstacle qui s’y oppose; la force des muscles pectoraux, la grandeur des ailes, leur situation avantageuse, la fermeté de leurs pennes “, etc. , seraient ici des conditions d’autant plus nécessaires, que la résistance à vaincre est plus grande : or toutes ces conditions leur manquent absolument ; car pour me renfermer dans ce qui regarde l’autruche, cet oiseau, à vrai dire, n’a point d’ailes, puisque les plumes qui sortent de ses ailerons sont toutes effilées, décomposées, et que leurs barbes sont de longues soies détachées les unes des autres, et ne peuvent faire corps ensemble pour frapper l’air avec avantage, ce qui est la principale fonction des pennes de l’aile ; celles de la queue sont aussi de la même structure, et ne peuvent par conséquent opposer à l’air une résistance convenable; elles ne sont pas même disposées pour pouvoir gouverner le vol en s’étalant ou se resserrant à propos, et en prenant différentes inclinaisons; et ce qu’il y a de remarquable, c’est que toutes les plumes qui recouvrent le corps sont encore faites de même ; l’autruche n’a pas, comme la plupart des autres oiseaux, des plumes de plusieurs sortes, les unes lanugineuses et duvetées, qui sont immédiatement sur la peau, les autres d’une consistance plus ferme et plus serrée qui recouvrent les premières,
a. J’appelle et dans la suite j’appellerai toujours ainsi les grandes plumes de l’aile et de la queue qui servent, soit à l’action du vol , soit à sa direction, me conformant en cela à l’analogie de la langue latine et à l’usage des écrivains des bons siècles, lesquels n’ont jamais employé le mot penna dans un autre sens. Rapidis secal permis. Virgil.
1. Idée profonde et admirablement présentée. — « Il paraît que les forces musculaires, dont la « nature dispose , auraient été insuffisantes pour mouvoir des ailes aussi étendues que la masse « de ces oiseaux les aurait exigées pour se soutenir en l’air ; leur sternum est en simple bou- « clier, et manque de cette arête qu’on observe dans tous les autres oiseaux; leurs muscles « pectoraux sont fort minces, mais leurs extrémités postérieures ont repris en force ce que leurs a ailes ont perdu : les muscles de leurs cuisses, et surtout de leurs jambes, ont une épaisseur « énorme. » ( Cuvier )
L’AUTRUCHE
et d’autres encore plus fortes et plus longues qui servent au mouvement, et répondent à ce qu’on appelle les œuvres vives dans un vaisseau ; toutes les plumes de l’autruche sont de la même espèce, toutes ont pour barbes des fdets détachés, sans consistance, sans adhérence réciproque, en un mot, toutes sont inutiles pour voler ou pour diriger le vol : aussi l’autruche est allachée à la terre comme par une double chaîne, son excessive pesanteur et la conformation de ses ailes; et elle est condamnée à en parcourir laborieusement la surface, comme les quadrupèdes, sans pouvoir jamais s’élever dans l’air. Aussi a-t-elle, soit au dedans, soit au dehors, beaucoup de traits de ressemblance avec ces animaux : comme eux, elle a sur la plus grande partie du corps du poil plutôt que des plumes; sa tête et ses flancs n’ont même que peu ou point de poil, non plus que ses cuisses, qui sont trèsgrosses, très-musculeuses, et où réside sa principale force; ses grands pieds nerveux et charnus, qui n’ont que deux doigts', ont beaucoup de rapport avec les pieds du chameau, qui lui-même est un animal singulier entre les quadrupèdes par la forme de ses pieds ; ses ailes, armées de deux piquants semblables à ceux du porc-épic, sont moins des ailes que des espèces de bras qui lui ont été donnés pour se défendre; l’orifice des oreilles est à découvert, et seulement garni de poil dans la partie intérieure où est le canal auditif; sa paupière supérieure est mobile comme dans presque tous les quadrupèdes, et bordée de longs cils comme dans l’homme et l’éléphant; la forme totale de ses yeux a plus de rapport avec les yeux humains qu’avec ceux des oiseaux, et ils sont disposés de manière qu’ils peuvent voir tous deux à la fois le même objet “ ; enfin les espaces calleux et dénués de plumes et de poils qu’elle a, comme le chameau, au bas du sternum, et à l’endroit des os pubis, en déposant de sa grande pesanteur, la mettent de niveau avec les bêtes de somme les plus terrestres, les plus lourdes par elles-mêmes, et qu’on a coutume de surcharger des plus rudes fardeaux. Théveuot était si frappé de la ressemblance de l’autruche avec le chameau dromadaire'', qu’il a cru lui voir une bosse sur le dos"; mais quoiqu’elle ait le dos arqué, on n’y trouve rien de pareil à cette éminence charnue des chameaux et des dromadaires.
Si de l’examen de la forme extérieure nous passons à eelui de la conformation interne, nous trouverons à l’autruche de nouvelles dissemblances avec les oiseaux, et de nouveaux rapports avec les quadrupèdes.
a. Voyez Mémoires de l’Académie, année 1735, p. 146.
b. Il faut que les rapports de ressemblance qu’a l’autruclie avec le chameau soient en effet bien frappants, puisque les Grecs modernes, les Turcs, les Persans, etc., l’ont nommée, chacun dans leur langue , oiseau chameau : son ancien nom grec, strouthos, est la racine de tous les noms, sans exception , qu’elle a dans les différentes langues de l’Europe.
c. Voyage de Thévenot, t. I, p. 313.
1. L’autruche de l’ancien continent n’a que deux doigts : l’externe, plus court de moitié que l’autre, manque d’ongle.
L’AUTRUCHE
Une tête fort petite", aplatie et composée d’os très-tendres et très-faibles**, mais fortifiée à son sommet par une plaque de corne, est soutenue dans une situation horizontale sur une colonne osseuse d’environ trois pieds de haut, et composée de dix-sept vertèbres : la situation ordinaire du corps est aussi parallèle à l’horizon ; le dos a deux pieds de long et sept vertèbres, auxquelles s’articulent sept paires de côtes, dont deux de fausses et cinq de vraies : ces dernières sont doubles à leur origine, puis se réunissent en une seule branche. La clavicule' est formée d’une troisième paire de fausses côtes j les cinq véritables vont s’attacher par des appendices cartilagineux au sternum, qui ne descend point jusqu’au bas du ventre, comme dans la plupart des oiseaux; il est aussi beaucoup moins saillant au dehors; sa forme a du rapport avec celle d’un bouclier, et il a plus de largeur que dans l’homme même. De l’os sacrum naît une espèce de queue composée de sept vertèbres semblables aux vertèbres humaines ; le fémur a un pied de long, le tibia et le tarse un pied et demi chacun , et chaque doigt est composé de trois phalanges ^ comme dans l’homme, et contre ce qui se voit ordinairement dans les doigts des oiseaux, lesquels ont très-rarement un nombre égal de phalanges
Si nous pénétrons plus à l’intérieur, et que nous observions les organes de la digestion, nous verrons d’abord un bec assez médiocre'^, capable d’une très-grande ouverture, une langue fort courte et sans aucun vestige de papilles; plus loin s’ouvre un ample pharynx proportionné à l’ouverture du bec, et qui peut admettre un corps de la grosseur du poing; l’œsophage est aussi très-large et très-fort, et aboutit au premier ventricule qui fait ici trois fonctions : celle de jabot parce qu’il est le premier; celle de ventricule parce qu’il est en partie musculeux et en partie muni de fibres musculeuses, longitudinales et circulaires®; enfin, celle du bulbe glandu-
a. Scaliger a remarqué que plusieurs autres oiseaux pesants, tels que le coq, le paon, le dindon , etc., avaient aussi la tète petite ; au lieu que la plupart des oiseaux qui volent bien, petits et grands, ont la tête plus grosse à proportion. Exercit. in Cardanum, fol. 308, verso.
b. MM. de l’Académie ont trouvé une fractnre au crâne de Tun des sujets qu’ils ont disséqués. Mémoires 'pour servir à l'histoire naturelle des animaux, partie lu, p. 151.
c. Voyez Ambr. Paré, lib. xxiv, cap. xxn; et Vallisnieri, 1. 1, p. 246 et seqq.
d. M. Brisson dit que le bec est unguiculé ; Vallisnieri, que la pointe en est obtuse et sans crochet : la langue n’est point non plus d’une forme ni d’une grandeur constante dans tous les iadividus. Voyez Animaux de Perrault, partie ii, p. 125; et Vallisnieri, ubi supra.
e. Vallisnieri, ubi supra. — Ramby, n®» 386 et 413 des Trans. Philosophiques de Londres.
1. Les oiseaux, en général, ont deux clavicules : une première qui est la clavicule proprement dite, ou fourchette, et une seconde qui est formée par les os coracoidiens , et non par une paire de fausses côtes. L’autruche n’a point de clavicule proprement dite ou fourchette : elle n’a qne la clavicule coracdidienne. — « Dans les autruches il n’y a point de fourchette ; le « nandou {autruche d’Amérique) a la pointe acromiale plus prononcée que dans les oiseaux à « clavicule. Cette pointe s’étend davantage dans les casocCrs ; enfin dans les autruches elle est « aussi prolongée que le coracoïdien, auquel elle se soude par son extrémité inférieure, en « laissant entre elle et lui un grand trou. Le casoar de la Nouvelle-Hollande a, couchée sur son « acromion, une petite clavicule, qui ne se réunit point à celle du côté opposé. » (Cuvier. )