‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 90 sur 240 · Yoyez la note de la page · texte numérisé non relu

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2. Les oiseaux n’ont pas d’épiglotte. — « Les fonctions de Vépiglotte sont remplies, dans les <1 oiseaux, par des pointes cartilagineuses placées sur les bords de la glotte , et disposées de U manière à empêclier les substances alimentaires d’y entrer lors de la déglutition. » [Cuvier.)

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un petit nombre d’individus, et combien il est dangereux, par cette méthode, de prendre ou de donner des variétés individuelles pour des caractères constants. M. Perrault a observé que chacune des deux branches de la trachée-artère se divise, en entrant dans le poumon, en plusieurs rameaux membraneux, comme dans l’éléphant®.

Le cerveau, avec le cervelet, forme une masse d’environ deux pouces et demi de long sur vingt lignes de large : Vallisnieri assure que celui qu’il a examiné ne pesait qu’une once, ce qui ne ferait pas la douze centième partie du poids de l’animal; il ajoute que ta structure en était semblable à celle du cerveau des oiseaux, et telle précisément qu’elle est décrite par Willis; je remarquerai néanmoins, avec MM. les anatomistes de l’Académie, que les dix paires de nerfs* prennent leur origine et sortent hors du crâne de la même manière que dans les animaux terrestres ; que la partie corticale et la partie moelleuse du cervelet sont disposées comme dans ces mêmes animaux; qu’on y trouve quelquefois les deux apophyses vermiformes qui se voient dans l’homme, et un ventricule, de la forme d’une plume à écrire, comme dans la plupart des quadrupèdes

Je ne dirai qu’un mot sur les organes de la circulation, c’est que le cœur est presque rond, au lieu que les oiseaux l’ont ordinairement plus allongé.

A l’égard des sens externes, j’ai déjà parlé de la langue, de l’oreille et de la forme extérieure de l’œil; j’ajouterai seulement ici que sa structure interne est celle qu’on observe ordinairement dans les oiseaux. M. Ramby prétend que le globe tiré de son orbite prend de lui-même une forme presque triangulaire*^; il a aussi trouvé l’humeur aqueuse en plus grande quantité, et l’humeur vitrée en moindre quantité qu’à l’ordinaire*^.

Les narines sont dans le bec supérieur, non loin de sa base; il s’élève du milieu de chacune des deux ouvertures une protubérance cartilagineuse revêtue d’une membrane très-fine, et ces ouvertures communiquent avec le palais par deux conduits qui y aboutissent dans une fente assez considérable; on se tromperait si l’on voulait conclure de la structure un peu compliquée de cet organe que l’autruche excelle par le sens de l’odorat; les faits les mieux constatés nous apprendront bientôt tout le contraire,

a. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii , p. 1 44.

b. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux, partie ii, p. 133.

c. Transactions philosophiques , no 413.

d. Ibidem, n® 386.

1. Les dix paites de nerfs. Nous comptons douze paires de nerfs cérébraux depuis Sœmmerriûg, qui a divisé la 7“ paire en deux, la 8® en trois , et rejeté le ueri sous-occipital parmi les nerfs spinaux. (Voyez tous les livres récents sur l’anatomie. )

2. Le cervelet des oiseaux est presque entièrement formé par le lobe médian; il n’a presque pas de lobes latéraux. ( Voyez mon livre intitulé : Recherches expérimentales sur les propriétés et les fondions du système nerveux. )

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et il paraît en général que les sensations principales et dominantes de cet animal sont celles de la vue et du sixième sens.

Cet exposé succinct de l’organisation intérieure de l’autruche est plus que suffisant pour confirmer l’idée que j’ai donnée d’abord de cet animal singulier, qui doit être regardé comme un être de nature équivoque*, et faisant la nuance entre le quadrupède et l’oiseau sa place, dans une méthode où l’on se proposerait de représenter le vrai système de la nature, ne serait ni dans la classe des oiseaux, ni dans celle des quadrupèdes, mais sur le passage de l’une à l’autre; en elfet, quel autre rang assigner à un animal dont le corps, mi-parti ^ d’oiseau et de quadrupède, est porté sur des pieds de quadrupède et surmonté par une tête d’oiseau, dont le mâle a une verge, et la femelle un clitoris, comme les quadrupèdes, et qui néanmoins est ovipare, qui a un gésier comme les oiseaux, et en même temps plusieurs estomacs et des intestins qui , par leur capacité et leur structure, répondent en partie à ceux des ruminants, en partie à ceux d’autres quadrupèdes?

Dans l’ordre de la fécondité, l’autruche semble encore appartenir déplus près à la classe des quadrupèdes qu’à celle des oiseaux, car elle est trèsféconde et produit beaucoup. Aristote dit qu’après l’autruche, l’oiseau qu’il nomme atricapilla^ est celui qui pond le plus; et il ajoute que cet oiseau, atncapilla, pond vingt œufs et davantage : d’où il suivrait que l’autruche en pond au moins vingt-cinq ; d’ailleurs, selon les historiens modernes et les voyageurs les plus instruits, elle fait plusieurs couvées de douze ou quinze œufs chacune. Or si on la rapportait à la classe des oiseaux, elle serait la plus grande, et par conséquent devrait produire le moins, suivant l’ordre que suit constamment la nature dans la multiplication des animaux, dont elle paraît avoir fixé la proportion en raison inverse de la grandeur des individus; au lieu qu’étant rapportée à la classe des animaux terrestres, elle se trouve très-petite, relativement aux plus grands, et plus petite que

a. « Partim avis , partim quadrupes, » dit très-bien Aristote, lib. iv, de partibus animalium, cap. nltimo.

1. Point équivoque dn tout. L’autruche est très-nettement oeseau , et n’est qu’oiseaw. Voyez la note de la page 199. — Buffon cherche parfois, pour son lecteur, des points de vue singuliers ; et il est le premier à s’y laisser prendre. Il nous rappelle alors cette disposition d’esprit , qu’il peignait tout à l’heure dans Hérodote : « On sait que ce père de l’histoire n’était pas toujours « ennemi des fables ni du merveilleux. »

2. Mi-parti d’oiseau et de quadrupède. Les pieds de l’autruche sont des pieds d’oiseau, et Jusque dans tous leurs détails, jusque dans le nombre de leurs phalanges (voyez la note 2 de la page 205) : ils ne sont en rien pieds de quadrupède; le mâle de Vautruche n’est pas le seul qui ait une verge : dans les canards, dans les oies, les cigognes, les hoccos , les outardes, etc., |e mâle en a aussi une ; les estomacs de l’autruche ne répondent pas plus à ceux des animaux ruminants que les estomacs, tout aussi multiples, de tous les gallinacés, du dindon, du coq, etc.

3. h’alricapilla est, selon les uns, le bouvreuil; selon d’autres, la mésange à tête noire; selon Cuvier, le gobe-mouche à collier.

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ceux de grandeur médiocre, tels que le cochon, et sa grande fécondité rentre dans l’ordre naturel et général.

Oppien, qui croyait mal à propos que les chameaux de la Bactriane s’accouplaient à rebours et en se tournant le derrière, a cru par une seconde erreur qu’un oiseau-chameau (car c’est le nom qu’on donnait dès lors à l’autruche) ne pourrait manquer de s’accoupler delà même façon; et il l’a avancé comme un fait certain ; mais cela n’est pas plus vrai de l’oiseauchameau que du chameau lui-même, comme je l’ai dit ailleurs* : et quoique, selon toute apparence, peu d’observateurs aient été témoins de cet accouplement, et qu’aucun n’en ait rendu compte, on est en droit de supposer qu’il se fait à la manière accoutumée^, jusqu’à ce qu’il y ait preuve du contraire.

Les autruches passent pour être fort lascives et s’accoupler souvent ; et si l’on se rappelle ce que j’ai dit ci-dessus des dimensions de la verge du mâle, on concevra que ces accouplements ne se passent point en simples compressions, comme dans presque tous les oiseaux, mais qu’il y a une intromission réelle des parties sexuelles du mâle dans celles de la femelle. Thévenot est le seul qui dise qu’elles s’assortissent par paires, et que chaque mâle n’a qu’une femelle, contre l’usage des oiseaux pesants®.

Le temps de la ponte dépend du climat qu’elles habitent, et c’est toujours aux environs du solstice d’été, c’est-à-dire au commencement de juillet, dans l’Afrique septentrionale**, et sur la fin de décembre dans l’Afrique méridionale ^ La température du climat influe aussi beaucoup sur leur manière de couver; dans la zone torride, elles se contentent de déposer leurs œufs sur un amas de sable qu’elles ont formé grossièrement avec leurs pieds, et où la seule chaleur du soleil les fait éclore; à peine les couvent-elles pendant la nuit, et cela même n’est pas toujours nécessaire, puisqu’on en a vu éclore qui n’avaient point été couvés par la mère, ni même exposés aux rayons du soleil mais quoique les autruches ne couvent point ou que très-peu leurs œufs, il s’en faut beaucoup qu’elles les abandonnent ; au contraire, elles veillent assidûment à leur eonservation, et ne les perdent guère de vue ; c’est de là qu’on a pris occasion de dire qu’elles les couvaient des yeux, à la lettre , et Diodore rapporte une façon de prendre ees animaux, fondée sur leur grand attachement pour leur couvée : c’est de planter en terre, aux environs du nid et à une juste hauteur,

a. Voyages de Thévenot , t. I, p. 313.

l. Albert, De animal. , lib. xxiii.

c. Voyage de Dampierre autour du monde, t. II, p. 251.

d. Jaunequin, étant au Sénégal , mit dans sa cassette deux œufs d’autruche bien enveloppés d’étoupes; quelque temps après il trouva que l'un de ces œufs était près d’éclore. Voyez Histoire générale des voyages , t, II, p. 458.

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