‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de Cuvier (volume 5)Chapitre 91 sur 240 · Voyez la page 244 du III« volume · texte numérisé non relu

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2. Il se fait à la manière accoutumée. — On les a vus s’accoupler à la ménagerie.

L’AUTRUCHE

des pieux armés de pointes bien acérées, dans lesquelîes la mère s’enferre d’elle-môme lorsqu’elle revient avec empressement se poser sur ses œufs^.

Quoique le climat de la France soit beaucoup moins chaud que celui do la Barbarie, on a vu des autruches pondre à la ménagerie de Versailles; mais MM. de l’Académie ont tenté inutilement de faire éclore ces œufs par une incubation artificielle, soit en employant la chaleur du soleil ou celle d’un feu gradué et ménagé avec art; ils n’ont jamais pu parvenir à découvrir dans les uns ni dans les autres aucune organisation commencée, ni même aucune disposition apparente à la génération d’un nouvel être ; le jaune et le blanc de celui qui avait été exposé au feu s’étaient un peu épaissis ; celui qui avait été mis au soleil avait contracté une très-mauvaise odeur, et aucun ne présentait la moindre apparence d’un fœtus ébauché**, en sorte que cette incubation philosophique n’eut aucun succès. M. do Réaumur n’existait pas encore*.

Ces œufs sont très-durs, très-pesants et très-gros ; mais on se les représente quelquefois encore plus gros qu’ils ne sont en effet, en prenant des œufs de crocodile pour des œufs d’autruche**^ : on a dit qu’ils étaient comme la tête d’un enfant**, qu’ils pouvaient contenir jusqu’à une pinte de liqueur®, qu’ils pesaient quinze livres/’, et qu’une autruche en pondait cinquante dans une années' : Élien a dit jusqu’à quatre-vingts; mais la plupart de ces faits me paraissent évidemment exagérés; car, 1° comment se peut-il faire qu’un œuf dont la coque ne pèse pas plus d’une livre, et qui contient au plus une pinte de liqueur, soit du poids total de quinze livres? il faudrait pour cela que le blanc et le jaune de cet œuf fussent sept fois plus denses que l’eau, trois fois plus que le marbre, et à peu près autant que l’étain, ce qui est dur à supposer.

2“ En admettant, avec Willugliby, que l’autruche pond dans une année cinquante œufs pesant quinze livres chacun, il s’ensuivrait que le poids total de la ponte serait de sept cent cinquante livres, ce qui est beaucoup pour un animal qui n’en pèse que quatre-vingts.

a. De fàbulosis antiquoriim gcstis.

b. Mémoires pour servir à Vhisloire des animaux , partie ii, p. 138.

c. BeloD, Hist. nat. des oisiaux , p. 239.

d. Willugliby, Ornithologia , p. 105.

e. Belon , Hist. nat. des oiseaux, p. 233.

f. Léon l’Africain, Description de \’ Afrique , lib. is. — Willugbby, uhi supra.

g. Willugbby, ibidem.

1. L’incubation philosophique de M. de Réaumur, a eu, depuis ce trait de Buffon , le mérite, très-philosophique, de donner à Vovologie un moyen facile d’examen et d’étude.

2. Mais, point du tout. L’œuf de X’M'.ruche est beaucoup plus gros que celui du crocodile n’œuf du crocodile n’est guère plus gros que celui de l’oie); il ne va pourtant pas jusqu’à peser quinze livres ; il en pèse à peu près trois. « Un œuf d’autruche équivaut à vingt-quatre « et jusqu’à vingt-huit œufs de poule. J’en ai mangé plusieurs fois, et je les ai trouvés des « plus délicats. » ( Cuvier.)

L’AUTRUCHE

Il me paraît donc qu’il y a une réduction considérable à faire, tant sur le poids des œufs que sur leur nombre, et il est fâcheux qu’on n’ait pas de mémoires assez sûrs pour déterminer avec justesse la quantité de cette réduction; on pourrait, en attendant, fixer le nombre des œufs, d’après Aristote, à vingt-cinq ou trente ; et, d’après les modernes qui ont parlé le plus sagement, à trente-six ; en admettant deux ou trois couvées, et douze œufs par chaque couvée, on pourrait encore déterminer le poids de chaque œuf à trois ou quatre livres, en passant une livre plus ou moins pour la coque, et deux ou trois livres pour la pinte de blanc et de jaune qu’elle contient ; mais il y a bien loin de cette tixation conjecturale à une observation précise. Beaucoup de gens écrivent, mais il en est peu qui mesurent, qui pèsent, qui comparent; de quinze ou seize autruches dont on a fait la dissection en différents pays, il n’y en a qu’une seule qui ait été pesée, et c’est celle dont nous devons la description à Yallisnieri. On ne sait pas mieux le temps qui est nécessaire pour l’incubation des œufs* : tout ce qu’on sait, ou plutôt tout ce qu’on assure, c’est qu’aussitôt que les jeunes autruches sont écloses elles sont en état de marcher, et même de courir et de chercher leur nourriture ®, en sorte que dans la zone torride, où elles trouvent le degré de chaleur qui leur convient et la nourriture qui leur est propre, elles sont émancipées en naissant, et sont abandonnées de leur mère, dont les soins leur sont inutiles; mais dans les pays moins chauds, par exemple au cap de Bonne-Espérance, la mère veille à ses petits tant que ses secours leur sont nécessaires et partout les soins sont proportionnés aux besoins.

Les jeunes autruches sont d’un gris cendré la première année, et ont des plumes partout, mais ce sont de fausses plumes qui tombent bientôt d’elles-mêmes pour ne plus revenir sur les parties qui doivent être nues, comme la tête, le haut du cou, les cuisses, les flancs et le dessous des ailes; elles sont remplacées sur le reste du corps par des plumes alternativement blanches et noires, et quelquefois grises par le mélange de ces deux couleurs fondues ensemble; les plus courtes sont sur la partie inférieure du cou, la seule qui en soit revêtue; elles deviennent plus longues sur le ventre et sur le dos; les plus longues de toutes sont à l’extrémité de la queue et des ailes, et ce sont les plus recherchées. M. Klein dit, d’après Albert, que les plumes du dos sont très-noires dans les mâles, et brunes dans les femelles® : cependant MM. de l’Académie, qui ont disséqué huit autruches, dont cinq mâles et trois femelles, ont trouvé le plumage à peu près semblable dans les unes et les autres'*; mais on n’en a jamais vu qui

a. Léon l’Africain, Description de l’Afrique , lib. iï.

b. Kolbe, Description du Cap.

c. Klein, Hist. Avium, p. 16. — Albert, apud Gesnerum de Avibus , p. 742.

d. Mémoires pour servir à l’histoire des animaux , partie ii , p. 113.

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